Biographie du Général Frère

 
 

Dernière mise à jour : 01 / 04 / 2026

 

Auteur de la page : MJR revue avec les contributions de Francis Freyermuth.

 

 

Introduction

 

Lors de mes premières recherches relatives à la vie et à la carrière du général Frère, je me heurte immédiatement à un manque d’informations évident. Sur Internet, dont Wikipédia et divers sites on trouve de très courtes biographies. Par ailleurs un panneau qui avait été réalisé pour les visiteurs du fort Frère à Oberhausbergen nous donne quelques éléments complémentaires. Il existe aussi une biographie du général Frère, écrite en 1949 par le général Weygand, à la demande de son épouse Mme Frère. Dans cet ouvrage on constate également que l’information concrète est assez rare. En effet, le général Weygand explique que les archives de la famille et du général Frère avaient disparu. Au début de la deuxième guerre mondiale sa cantine militaire était restée à Strasbourg, qui a été occupée par les troupes allemandes. Les autres archives ont été saisie au cours de la seconde guerre mondiale, vraisemblablement par la Gestapo. La biographie écrite par le général Weygand s’appuie donc sur les documents officiels, comme ses notations, ses décoration et citations, et surtout sur d’innombrables témoignages, de ses subordonnés, de ses camarades de l’armée et de ses supérieurs. Il utilise également des témoignages parus dans divers ouvrages écrits par d’autres militaires célèbres. La fragilité des témoignages apporte malheureusement quelques incohérences dans les dates et l’extraction des renseignements précis a été fastidieux. Toutefois j’ai essayé de revoir cette courte biographie destinée au site Internet du Fort Frère, pour que l’on ne se limite pas à quelques faits chronologiques, mais que l’on découvre plus précisément la personnalité de ce prestigieux personnage militaire si peu connu. Il reste toutefois encore un long travail de recherche à faire pour la compléter. Toutefois, le Centre de documentation du Struthof a publié sur son site une biographie assez complète à l’occasion du 80e anniversaire de sa mort. Mais sans attendre, allons voir le destin qui été celui de cet homme exceptionnel, dont le fort d’Oberhausbergen porte actuellement son nom.

 

1881 – 1900 : Sa jeunesse et ses études

 

Aubert Achille Jules Frère voit le jour à Grévillers dans le Pas-de-Calais le 21 août 1881. Il est le dernier d’une famille d’agriculteurs de onze enfants. Son père, Ghislain François Joseph Frère (1850-1934) est un propriétaire terrien exploitant son domaine et maire de la commune. Sa mère est Juliette Cécilia Ruffine Walle (1853-1926). Il entre à l’école du village, puis poursuit ses études dans les écoles chrétiennes de la région.

 

Il reçoit une éducation chrétienne, de 1891 à 1896 il est élève du collège Saint-Jean-Baptiste de Bapaume puis poursuit ses études secondaires au collège Saint-Bertin de Saint-Omer.

 

Carte postale ancienne du collège Saint-Jean-Baptiste de Bapaume, vers 1914. Source : Internet.

Carte postale ancienne du collège Saint-Bertin à Bapaume, vers 1900. Source : Internet.

 

Vers 1898, à l’âge de dix-sept ans il part préparer le bac à lauréat et le concours d’entrée à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr en entrant à Corniche au collège des Jésuites de la rue des Poste. Ses camarades de classe se rappellent sa vivacité, sa sensibilité, sa gentillesse et son âme prompte à s’enthousiasmer. Il remporte plusieurs prix et est bachelier à 19 ans.

 

1900 – 1914 : Avant la Première guerre mondiale

 

1900 : Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

 

A cette époque une grande partie de l’élite scolaire de la nation s’orientait vers les grande-écoles. Les candidats qui se pressaient au concours de Saint-Cyr étaient si nombreux que seulement un sur huit d’entre eux se trouvait parmi les élus. Mais Aubert Frère réussit brillamment le concours d’entrée de l’Ecole militaire de Saint-Cyr à 19 ans. Il fait partie de la 85 promotion de l’Ecole Spéciale Militaire, la promotion du Tchad (1900-1902) et suit la voie ouverte par l’un de ses frères ; il était en effet quatrième sur les cinq cent trente-trois candidats admis.

 

La 85e promotion de l’Ecole spéciale militaire

 

Le choix de cette promotion « Tchad » a été fait à la suite du combat de Koussery du 22 avril 1900. Cette action met fin à la domination esclavagiste de Rabah, dit le Sultan noir. Le colonel Lamy trouve une mort glorieuse pour la France, à Kousseri. Initialement cette promotion comprend cinq cent trente-trois membres élève-officier.

En 1902, ce sont cinq cent quatorze sous-lieutenants de la 85e promotion qui sorte de l’école. Trois cent trente-deux dont le futur général d’armée Aubert Frère, Achille, Jules rejoignent d’infanterie. Le major de la promotion est le sous-lieutenant d’Infanterie Henri, Fernand Dentz (1881-1945), plus tard général de corps d’armée.

Source : fiche relative à la 85e promotion, site Internet de l’Ecole Spéciale Militaire. 

 

1902 – 1912 : Algérie / Maroc : au 2e Régiment de Tirailleurs Algériens

 

Le sous-lieutenant Aubert Frère quitte donc les brumes du Nord pour rejoindre le soleil d’Afrique, où il va rester dix années, de 1902 à 1912. Ce sont les années essentielles pour la formation du soldat et du chef. La garnison officielle et portion centrale du 2ème régiment de tirailleurs algériens était à Mostaganem. Cette unité d’élite comprenait six gros bataillons de mille hommes, qui étaient répartis sur une région large d’environ 300 kilomètres et profonde de presque 1 000 kilomètres, qui s’étendait sur toute l‘Oranie, de la mer aux bordures du Sahara algérien.

 

Les régiments de tirailleurs étaient à cette époque de véritables troupes de métier. Les hommes servaient quinze ans avec la faculté de prolonger leur engagement. Le séjour en Afrique du sous-lieutenant Frère peut être partagé en deux parties égales de cinq ans chacune, que l’on peut appeler une période préparatoire et une période d’action.

 

Le 10 septembre 1902, le colonel Lyautey arrive à Aïn Sefra, prend le commandement, et peu de temps après il est nommé général de brigade.

A peine quelques semaines plus tard le sous-lieutenant Frère débarque à Oran. Nous n’avons que peu de renseignement sur la première partie de son séjour, hormis les appréciations de ses supérieurs. Dès son arrivée, il se fait remarquer par ses qualités d’esprit, son zèle, la franchise, l’énergie de son caractère, son cœur à l’ouvrage sans oublier sa modestie.

 

Lorsqu’il rentre à Tlemcen en 1904, après un séjour dans le sud, son colonel donna cette appréciation : « Intelligence énergique, sérieux et calme ». Il parlait couramment l’anglais et traduisait bien l’Allemand, et il a vraisemblablement acquis de bonnes connaissances en langues arabe pour être en mesure de commander ses hommes et prendre contact avec la population locale.

 

En 1904, il est détaché avec son peloton dans un poste isolé, alors qu’il avait commencé à préparer l’Ecole de Guerre. Il dut donc renoncer à se présenter au concours lorsque sa compagnie est envoyée à Taghit. Pendant ce séjour, il participe à une reconnaissance qui est envoyé sur le Guir moyen. Les notations de ses supérieurs mettent en lumière son esprit d’initiative. Il est apprécié comme un officier de valeur à qui l’on confie des missions délicates.

 

En avril 1907, le général Lyautey, commandant la division d’Oran, place le lieutenant Frère à la tête du groupe franc d’El Ardja. L’insécurité y régnait de façon endémique. Il effectue des patrouilles, vêtu comme les autres indigènes, se contentant pour toute nourriture pendant plusieurs jours de galettes d’orge et d’une poignée de dattes, capable de parcourir à pied et d’une traite à allure rapide, une centaine de kilomètres pour lutter contre les djouchs et les rezzous.

 

Le lieutenant Frère participe notamment à une opération de guerre en 1908 contre des gros rassemblements ennemis qui se formaient dans le Sud-Oranais. Pendant toute la durée des opérations, le groupe Frère a toujours été à l’extrême pointe d’avant-garde ou dans les montagnes sur le flanc dangereux. Il a suscité l’admiration de ces chefs, qui, malgré sa jeunesse, le propose pour la Croix de la Légion d’Honneur. Le général Lyautey, lui attribue la Croix le 13 juillet 1908 avec la citation suivante : « Huit ans de service, six campagnes. Services exceptionnels : a pris part à toutes les opérations depuis mars 1908 sur le front algéro-marocain, s’est constamment fait remarquer par son sang-froid et sa bravoure, en particulier aux combats des 13 et 14 mai 1908 à Bou Denib ».

Portrait du lieutenant Frère. Source S1000.

Site de l’Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région.

 

A l’issue de cette campagne, le lieutenant Frère part alors en congé et passe embrasser ses parents en Artois. Comme la vie des groupes francs n’allait pas sans fatigues excessives, supportée avec une alimentation mesurée, à son retour en France il est atteint d’une fièvre typhoïde sérieuse et a dû passer quelques semaines à l’hôpital.

 

A son retour sur le terrain, soucieux de lui éviter des efforts, le général Lyautey l’affecte alors au Parquet de l’un des Conseils de Guerre d’Oran, dans des fonctions de substitut du commissaire du Gouvernement. Il se fait immédiatement remarquer par sa conscience, son entente des affaires et le déploiement de sa logique. Sa volonté d’entrer le plus tôt possible à l’Ecole de Guerre, l’amena à être affecté au cabinet du général Lyautey, pour préparer l’examen. Il participe également à la vie mondaine locale et devient un familier de la maison du général Lyautey.

 

Puis le lieutenant Frère va néanmoins repartir au Maroc occidental, tant pis pour l’Ecole de Guerre. Son séjour au Maroc occidental sera de courte durée, puis il part pour le Maroc de l’ouest. A Oujda il retrouve les affaires sérieuses. Dans les années 1908 et 1909, et durant la première moitié de 1910, l’effort militaire se porte surtout dans le sud et dans l’ouest marocain. Le lieutenant Frère fut l’âme de la création du poste de Taourit ou se trouvait des unités de police franco-marocaine. Très vite l’unité de du lieutenant Frère prend part à toutes les opérations de police et de reconnaissance de l’Amalat d’Oudjda. Frère peut alors donner sa mesure à la tête de sa section, utilisée comme groupe franc. De jour comme de nuit, inlassablement son groupe sillonne le bled.

Carte au 1/50 000e du Maroc Oriental datant de 1913. Source : Gallica, BNF.

 

Au cours de l’année 1911, le lieutenant Frère prend part aux combats lors des attaques du camp de Merada, les 6 et 18 mai 1911 et celle du camp de Taourit, suivi d’une poursuite, le 20 mai 1911.

 

Oujda est une ville Marocaine située au nord-est du Maroc, bordée au nord et à l’ouest par le Rif oriental. Elle est située à 5 kilomètres de la frontière algérienne, c’est un point de passage entre l’Algérie et le Maroc. Elle est célèbre pour sa Grande Mosquée de la fin du XIIIe siècle. La ville est entourée de fortifications reconstruites vers 1208 où l’on trouve l’imposante porte de Sidi Abdelouhab. En 1907 la ville est occupée pendant cinq années par les troupes française avant la mise sous protectorat. Dès 1910 la ville est reliée par une voie de chemin de fer à Maghnia en Algérie, puis le chemin de fer s’étend jusqu’à Fès en 1924.

(Source : S3555).

 

1912 : Amiens au 8e bataillon de chasseurs

 

Au début du mois d’août 1912, le lieutenant Frère est muté en France. Après une période de repos auprès des siens à Grévillers, il rejoint le 8e bataillon de chasseurs à Amiens. Il est aussitôt détaché au peloton des Elèves Officiers de Réserve du 2e corps d’armée. Ses notes le montrent comme un professeur fort apprécié, de législation, d’administration militaire, de fortification et de travaux de campagne. Il réalise également d’excellente conférences sur le Maroc. Mais après son séjour mouvementé en Afrique du Nord, la vie de garnison en métropole doit lui apparaître bien terne. Quelques mois plus tard il est nommé au grade de capitaine.

 

Le 8e bataillon de chasseurs à pied, ainsi que neuf autres bataillons, est créé par l’Ordonnance Royale du 23 septembre 1840. Il est en Algérie au moment de la conquête et est rappelé en France en février 1859. Le 3 octobre 1877 il est envoyé à Amiens ou il reste en garnison jusqu’au 30 septembre 1913.

 

1912 : Remiremont au 5e bataillon de chasseurs

 

1912 : Il rejoint le 5e bataillon de chasseurs à Remiremont, sur la frontière des Vosges. Il passe de nombreux dimanches à parcourir la ligne des crètes en regardant l’Alsace. A Remiremont une antipathie réciproque l’éloigne de son chef de bataillon. Il s’en plaint lorsque qu’il est l’invité du général et de Mme Lyautey à Crévic. Il informe le général qu’il souhaite démissionner. Le général Lyautey lui propose alors de l’emmener en Afrique du Nord, mais le capitaine Frère préfère rester en France, pour organiser son mariage. Il demande également sa mutation pour Cambrai, au 1er régiment d’infanterie.

 

Octobre 1913 : Amiens à la 8e compagnie du 1er régiment d’infanterie

 

Muté à Amiens au 1er régiment d’infanterie de ligne, il y prend le commandement de la 8e compagnie en octobre 1913. Quelques mois avant le début de la première guerre mondiale, c’est une aire de bonheur qui s’ouvre pour la capitaine Frère. Il se marie le 5 mai 1914 avec Pauline Legrand, née à Arras le 13 avril 1894 (1894 Arras – 1989 Paris), qui était une cousine germaine. Une commune foi les rapprochait et jamais ménage ne sera plus uni. Malheureusement cette première période de félicité sera courte, quand la guerre éclate en août 1914 et le capitaine part en ligne à la tête de sa compagnie.

 

Août 1914 – Novembre 1918 : Première Guerre mondiale

 

Août 1914 : la Grande Guerre au 1er régiment d’infanterie

 

Le 1er régiment d’infanterie de ligne faisait partie de la 1ère division. La 1ère division entre dans l’organigramme du 1er corps d’armée et ce dernier est sous le commandement de la Ve armé qui constitue l’aile gauche du dispositif général. Lorsque le régiment quitte Amiens au début du mois d’août 1914 pour rejoindre sa zone de déploiement, les étapes à parcourir son longues sous une chaleur accablante. Le capitaine Frère n’hésite pas à marcher en tête de sa compagnie et de laisser son cheval pour mettre une dizaine de paquetages des hommes les plus en difficultés.

 

C’est le 15 août 1914, que le 1er corps a reçu son baptême du feu. En Belgique, le 1er Corps d’armée rejette les Allemands sur la rive droite de la Meuse et dégage Dinant. Mais rapidement les événements prennent une tournure défavorable. C’est le 22 août 1914 que le capitaine Frère est blessé pour la première fois. Alors que son bataillon est placé aux avant-postes, et que sa compagnie est en grand-garde à Romedenne, au sud de Namur. Une balle l’a frappé à la base du coup à courte distance. Le trou d’entrée est petit mais celui de la sortie est très important. Il a été soigné dans un premier temps au poste de secours puis évacué.

 

1915 : la Grande Guerre au 2ème Bataillon du 84e régiment d’infanterie

 

Sa blessure à peine cicatrisée, il rejoint sa nouvelle unité dans la région de Reims, au moment où se livrait de très durs combats lorsque les Allemands avaient arrêté la poursuite après la victoire de la Marne. Dans les premiers jours de l’année 1915, le capitaine Frère est appelé à prendre le commandement du 2e bataillon du 84e régiment d’infanterie, dont le chef venait d’être tué. Ce régiment est engagé au sein de la IVe armée. Il obtient sa deuxième citation le 14 janvier 1915 : « Chargé d’attaquer des positions ennemies au nord de Beauséjour, a communiqué à tous son ardeur et son entrain. Par son sang-froid et ses dispositions judicieuses, a pu, avec un minimum de pertes, occuper les lisières du bois au nord de Beauséjour et s’y maintenir ».

Deux mois plus tard une troisième citation confirme sa ténacité et sa bravoure. Une dernière phase de ces combats, connus sous le nom de première bataille de Champagne, occupe la deuxième quinzaine de février 1915. Au cours de cette période, le bataillon Frère perd la moitié de ses effectifs.

Au début du mois de mars 1915, le Ier corps est retiré du front et mis au repos dans la région d’Epernay. Par la suite il est mis en route par étapes aux environs de Verdun, où il fait partie du groupement Guillaumat, qui avait pour mission de réduire le saillant de Saint-Mihiel. Le 1er corps prend part aux attaques dans la région des Eparges. Le 23 avril 1915, le 1er Corps est retiré de ce secteur et est transporté dans le secteur de Trigny-Berry-au-Bac. Le 84e R.I. quittant le 1er corps, le général Guillaumat souhaitant garder le capitaine Frère, on lui confie le commandement d’un bataillon dont le chef est parti en permission.

Mettant à profit une période de calme, le général commandant la IVe armée avait décidé d’appeler par roulement les officiers à des cours d’informations où seraient tirés les leçons des récents combats. Le capitaine Frère est chargé de diriger celui du 1er Corps d’Armée. A l’ouverture du cours, le général Guillaumat présente Frère dans ses termes : « Ne vous étonnez pas, messieurs, que je confie ces leçons à un simple capitaine. Au cours des années que j’ai passée au ministère de la Guerre comme Directeur de l’Infanterie, j’ai rencontré peu d’officiers de l’intelligence et de la valeur du capitaine Frère, et je n’en crois pas de plus capable de diriger le travail que nous avons à faire ici ».

 

Août 1915 : au 2e Bataillon du 1er régiment d’infanterie

 

Au mois d’août 1915, il est nommé au commandement du 2e bataillon du 1er régiment d’infanterie de ligne, et est promu au grade de chef de bataillon à titre temporaire, alors il n’avait pas deux ans de grade de capitaine. Le commandant Frère à la tête de son bataillon prépare le terrain dans la région de Sapigneul en vue de la prochaine attaque, qui ne sera pas lancée.

Le 13 novembre 1915, le 1er régiment d’infanterie relève le 33e régiment d’infanterie à la cote 108, une hauteur crayeuse très disputée qui domine au sud de Berry-au-Bac.

Le 5 décembre 1915, face à l’imminence d’une attaque ennemie à l’aide de fourneaux de mines, le commandant Frère ramène l’essentiel de ses effectifs en seconde ligne et ne laisse qu’un rideau de guetteur. Les mines explosent le 6 décembre 1915 à 4 h40 ensevelissant les fantassins restés en première ligne. Ses hommes garnissent immédiatement la seconde ligne mais aucune attaque allemande ne suit. Le commandant Frère en profite pour consolider sa position sur les lèvres même des cratères des explosions de mines. Il obtient sa quatrième citation : « Officier supérieur merveilleux d’entrain, de bravoure et de sang-froid. Au cours des opérations qui ont marqué en septembre la préparation de notre offensive, a pris pied dans les tranchées avancées allemandes et y a organisé sa position dans des conditions que rendaient extrêmement difficiles la configuration du terrain et un bombardement incessant. Plus récemment soumis à des explosions de mines d’une violence exceptionnelle, a pris aussitôt toutes les dispositions nécessaires pour reconstituer son front et maintenir à un haut degré le moral de ses troupes malgré les pertes subies ». En 1915, le 1er Corps a passé une année de luttes incessantes dans les secteurs les plus durs : trois mois en Champagne suivis de huit jours de repos, quinze jours de combat dans la Woëvre, puis sans transition dix mois d’une vie de secteur où le calme fut l’exception.

 

Février 1916 : au 2e bataillon du 1er régiment d’infanterie à Verdun

 

Le 19 février 1916, le 1er corps d’armée est relevé et envoyé au repos dans la région de Vitry-le-François. Mais dès le 24 février 1916, il est dirigé sur Verdun, où l’attaque allemande était déclenchée depuis trois jours. Le général Joffre appela l’état-major d’armée du général Pétain et mis à sa disposition deux corps d’armée d’élite : le 20e et le 1er corps. Aussitôt débarquées les troupes interviennent en urgence. Le commandant Frère à la tête de son bataillon du 1er régiment d’infanterie, prend dès le 29 février 1916 la défense d’un secteur dont la gauche était appuyée à la Meuse. Pendant les premières nuits, face aux attaques allemandes, la 1ère division effectue une poussée méthodique et continue sur la côte du Poivre et reprend un peu de terrain. L’ennemi réagit surtout entre le 5 et le 9 mars 1916, lorsqu’il étend son offensive à la rive gauche de la Meuse. La 1ère division tient bon et améliore son organisation défensive en construisant plusieurs lignes successives de tranchées. Le commandant Frère qui avait installé ses avant-postes à la crête et sa première ligne à contre-pente, se montrait toujours infatigable et tout près des siens. Armé seulement de sa jumelle, il étudiait longuement le terrain pour mieux le défendre. Le bataillon est relevé le 9 avril 1915. Appelé à noter le commandant Frère, son chef de corps se plut à reconnaître en lui « le tempérament et la valeur d’un jeune général de la République ».

 

9 avril 1916 : au 2e bataillon du 1er régiment d’infanterie dans la région de Craonne

 

La 1ère division est relevée du front de Verdun à partir du 11 avril 1915 pour prendre pendant trois mois un secteur de défense dans la région de Craonne, puis mise à l’instruction au camp de Crèvecœur, pour être formée aux méthodes arrêtées par le général Foch pour la conduite de la bataille de la Somme.

 

20 août 1916 : au 2e bataillon du 1er régiment d’infanterie dans la bataille de la Somme

 

Le 10 août 1916, tous les éléments sont regroupés au sud d’Amiens en attendant d’être engagée dans cette nouvelle bataille. Sur la Somme, les deux corps d’armée d’élite se retrouvèrent, non pour se battre côte à côte comme à Verdun, mais tour à tour. Au mois d’août 1916, le 1er corps d’armée relève le 20e corps en ligne depuis le début de la bataille déclenchée le 1er juillet 1916. Le général Guillaumat et son 1er corps entre en ligne le 20 août 1916. Son unité a obtenu le renfort de la 45e division. L’objectif de la 1ère division est le village de Maurepas tenu par l’infanterie bavaroise dont la prise revient au 2e bataillon du 1er régiment d’infanterie du commandant Frère. A 17h45 il s’élance à la tête de ses troupes, coiffé de son célèbre calot rouge, mais le 1er régiment d’infanterie a de grandes difficultés pour traverser la partie nord de Maurepas. Les combats durent toute la nuit et c’est seulement au matin que Maurepas est aux mains des Français. Ces attaques ont pour but de soulager le front de Verdun pour que les Allemands soient obligés de transférer des troupes vers la Somme.

La 1ère division est mise au repos pendant quelques jours jusqu’au 10 octobre 1916, où le 1er corps est relevé après s’être emparé de Frégicourt et de Combles. A cette occasion le 1er corps est passé en revue par le commandant en chef, qui décore le commandant Frère de la Croix d’officier de la Légion d’Honneur, décernée avec la citation suivante : « Officier supérieur d’une vaillance exceptionnelle. Au cours de récentes opérations, a brillamment entraîné son bataillon à l’assaut d’un réduit fortifié, puis a manœuvré d’une façon remarquable pour faire tomber les îlots où résistaient des groupes ennemis. Déjà cité quatre fois à l’ordre ». Un peu plus tard le 1er corps est mis au repos dans un secteur calme. Son fameux calot rouge a été gardé pieusement par Mme Frère. Il a échappé aux désastres dans lesquels ont disparu les plus chers souvenirs. Elle en a fait don au 1er régiment d’infanterie.

 

Fin d’année 1916 : au 2e Bataillon du 1er régiment d’infanterie à Vedenay près du camp de Châlons

 

Le général Guillaumat profit du repos du 1er corps d’armée pour confier au commandant Frère un cours de formation des futurs chefs de bataillon. Ses élèves sont d’ailleurs étonnés par l’âge de l’instructeur. Il a mené cette instruction sur le terrain le matin et terminait les journées par la conférence de l’après-midi. A partir du 21 janvier 1917, le 1er Corps est transporté sur le front qui s’étend de l’Oise à Arras, dans le cadre de la préparation de l’offensive du général Nivelle.

 

16 mars 1917 : chef de corps du 6e bataillon de chasseurs à pied

 

Le 16 mars 1917, le commandant Frère est nommé chef de corps du 6e bataillon de chasseurs à pied qui appartenait à la 66e division commandée par le général Lacapelle. Dès son arrivée il donne une impulsion nouvelle à l’instruction et introduit la méthode Hébert pour l’éducation physique. Le 16 avril 1917 l’offensive Nivelle est lancée mais les attaques de rupture ne progressent pas. Le 6e B.C.P. arrive au bois de Beaumarais où il découvre les premiers tanks Schneider. Le secteur n’est pas préparé pour une attaque. Le 17 avril 1917 le 6e B.C.P. attaque dans un bel élan. Mais les chasseurs sont reçus par les nombreuses mitrailleuses allemandes et part de forts barrages d’artillerie. L’attaque est un échec. Après avoir subi de nombreuses pertes, le bataillon est mis au repos et le 19 mai 1917 il reçoit la garde du Drapeau des Chasseurs.

 

3 juin 1917 : au 6e bataillon de chasseurs à pied à Craonne

 

Le 3 juin 1917 le 6e B.C.P. est à nouveau en ligne au nord de Craonne. Le secteur subissant une forte pression ennemie, le commandant Frère est partout et ordonne le renforcement des positions. Les chasseurs travaillaient sans relâche malgré les bombardements ennemis. Il fait pousser les roulantes au plus près pour que les hommes puissent manger chaud. Le bataillon est relevé le 17 juin 1917 et mis au repos. Il a été en effet désigné pour participer à la revue du 14 juillet 1917 à Paris.

Il remonte en ligne le 25 juillet 1917 et reprend sa place. Le 30 juillet 1917 le commandant Frère réunit ses commandants de compagnie pour l’attaque de la tranchée dite de « la Gargousse », située sur le Chemin des Dames. L’attaque réussie pleinement et le bataillon sera le seul à posséder un poste sur la crête du Chemin des Dames. Mais il est à nouveau délogé le 10 août 1917 par une violente attaque ennemie. Mais la réaction du bataillon n’est pas longue à se produire pour en chasser l’ennemi, ce qui vaudra au 6e bataillon de chasseurs à pied la citation suivante : « Sous la direction du chef de bataillon Frère, a résisté victorieusement à une violente attaque, puis a contre-attaqué avec un entrain magnifique, infligeant de fortes pertes. »

 

28 septembre 1917 : au 6e bataillon de chasseurs à pied devant la Malmaison

 

Après quelques semaines de repos, la division de chasseurs est remise en ligne dans le secteur de la VIe armée, pour participer à l’attaque de la Malmaison. Pour le 6e B.C.P., le 28 septembre 1917 recommence le travail classique de construction d’abris et le creusement de parallèles, une tâche rendue pénible par le mauvais temps et les bombardements ennemis. Le 6e B.C.P. gagne ses emplacements de départ le 23 octobre 1917, à 3 heures. Il opérait en liaison avec un bataillon du 4e Zouave du commandant Giraud chargé d’enlever le fort de la Malmaison. A 5h15 le 6e B.C.P. s’élance et atteint tous ses objectifs, mais le commandant Frère est blessé par une balle de mitrailleuse. La cuisse est traversée et le sang coule. Muni d’un pansement sommaire, le commandant Frère refuse de se faire évacuer et commande toujours son bataillon, assis sur une chaise, sortie d’un ancien abri allemand, avec une énergie et une lucidité extraordinaire. Le bataillon a été cité à l’ordre de l’armée pour la troisième fois : « Après avoir, pendant plus d’un mois, préparé son terrain avec persévérance et méthode, a fait preuve d’un entrain superbe à l’attaque de la première position ennemie, le 23 octobre 1917, réalisant pleinement le programme fixé. Sous le commandement successif du commandant Frère qui, blessé au début de la journée, n’a consenti à se laisser évacuer que le soir, et du capitaine Chalumeau, a capturé 200 prisonniers, dont 4 officiers, 4 lance-mines et 9 mitrailleuses. »

 

29 novembre 1917 : au 6e bataillon de chasseurs à pied dans les Vosges

 

Après avoir quitté l’hôpital, le commandant Frère reprend la tête de son bataillon le 29 novembre 1917 dans la région de Lure. Puis dans le secteur calme où la 66e division était venue trouver un peu de repos pendant l’hiver 1917-1918 dans les Vosges, le commandant Frère ne cesse pas de maintenir ses troupes en haleine. Une partie des tranchées du bataillon son situées entre le Südel et le ballon de Guebwiller et étaient très éloignés de celles de l’ennemi.

 

Avril 1918 : au 6e bataillon de chasseurs à pied en Picardie

 

Au début d’avril 1918, la 66e division quitte l’Alsace et est transportée dans la région de Beauvais. Le 6e B.C.P. est transporté en camion pour prendre part à la bataille de Picardie qui faisait rage depuis le 21 mars 1918. Il est engagé pendant une quinzaine de jours dans la région du bois de Sénécat, puis relevé le 18 mai 1918 et placé en réserve au bivouac.

Dans la nuit du 20 au 21 mai 1918, son campement est soumis à bombardement par avions entraînant neuf tués et une trentaine de blessés. Le commandant Frère qui se reposait dans sa tente avec son second se senti touché et perdit connaissance. Il se réveilla et demanda que l’on s’occupe plutôt du capitaine Chalumeau, mais ce dernier venait malheureusement de décéder. Le commandant Frère, grièvement blessé à la tête, est conduit à l’hôpital de Dury. Il avait reçu trois éclats dont le plus superficiel avait pu être extrait. Mais il n’en était pas de même des deux autres qui avaient traversés la matière cérébrale et s’étaient logés au-dessus de l’œil. Il a survécu à l’opération sans que les médecins puisent répondre de sa vie. Aussitôt après sa blessure, le commandant Frère a été nommé Commandeur de la Légion d’Honneur avec cette citation : « Officier supérieur d’élite, s’imposant avec l’admiration de tous, par sa vaillance et ses mérites exceptionnels. Chef de corps de haute valeur, a su inspirer à ses chasseurs l’ardeur et la foi patriotique qui l’animent. Se prodiguant sans compter depuis le début de la campagne, n’a cessé de se distinguer en toutes circonstances par son sang-froid, son initiative et son mépris du danger. A été grièvement blessé à son P.C. par un bombardement aérien. Deux blessures antérieures, sept citations. Officier de la Légion d’Honneur pour faits de guerre ».

Il est transporté trois semaines plus tard à Paris, dans un centre de neurochirurgie. Une sommité médicale pronostique qu’il ne pourrait plus jamais rependre le service actif mais le commandant Frère jura qu’il marcherait à nouveau en appliquant toute sa volonté et son énergie. Il s’exerce d’abord dans son lit à mouvoir ses membres, à s’assoir et à réaliser lui-même la rééducation de ses nerfs et de ses muscles. Les progrès furent rapides et complets. Dans un premier temps il fait supprimer la voiturette qui le conduisait à la salle des massages et s’y rend au cou de deux infirmiers. Au bout de quelques temps, l’un d’eux fut remplacé par une canne. Enfin il réussit à marcher seul à l’aide de deux cannes.

Le 13 août 1918, sachant que son bataillon est au repos dans la région de Moreuil, il s’y rend pour faire ses adieux. Il leur apparaît pâle et appuyé sur sa canne. Sur ses manches brillent les insignes de son nouveau grade. Il a été promu le mois précédent lieutenant-colonel, à 37 ans, sans doute le plus jeune de l’armée française. Le commandant Petitpas lui remet la croix de Guerre avec médaille de bronze, le citant « Officier supérieur remarquable qu’un bataillon est fier d’avoir à sa tête, à l’égal de son fanion. Il en est et en restera le guide. »

Le lieutenant-colonel Frère a un bilan impressionnant au cours de la 1ère guerre mondiale : il est blessé gravement à trois reprises et cité à huit reprises et est fait commandeur de la Légion d’honneur le 20 mai 1918.

 

Mi-novembre 1918 : à la IVe armée et l’entrée à Strasbourg

 

Après sa très grave blessure, le lieutenant-colonel Frère est jugé apte à reprendre du service vers le milieu du mois de novembre 1918, au moins dans un état-major.Il est affecté à la IVe armée, celle du général Gouraud. Il y arrive peu de temps après la signature de l’armistice. Le 22e novembre 1918 il prend part à l’entrée de l’armée à Strasbourg. Le lieutenant-colonel Frère est paré d’une telle auréole de gloire et de prestige que le général Gouraud l’attache à sa personne. Relevant directement du général commandant et de son chef d’état-major, le lieutenant-colonel Frère est chargé des missions les plus diverses : il assure les liaisons avec les grandes unités voisines, avec le Commissaire général et avec les grandes organisations locales. Puis le général Gouraud le place à la tête du service S.R.C., dont les attributions sont très étendues. Ces délicates fonctions réclamaient, avec du jugement et de la pondération, la compréhension du caractère alsacien. Il entretient immédiatement une franche collaboration avec les autorités civiles. Il eut en outre à surveiller les décisions des commissions de triage, une tâche difficile.

 

1919 – 1939 : Entre deux guerres

 

Juin 1919 : chef de corps du 1er régiment d’infanterie à Cambrai

 

Au mois de mars 1919, le lieutenant-colonel Frère se sentant suffisamment remis de sa dernière blessure, redemande un commandement actif. Il est effectivement nommé chef de corps du 1er régiment d’infanterie et quitte Strasbourg pour Cambrai où il va demeurer pendant cinq ans. 1919 était l’année du début de la démobilisation et de la restructuration des unités. Au début de son commandement il avait remarqué un relâchement général de la discipline. C’est dans ces conditions le lieutenant-colonel Frère exerça son commandement. Il pousse toute son ardeur dans l’instruction de la troupe pour le combat d’infanterie en y apportant la richesse de son expérience. Le régiment a reçu en outre une éducation physique intense et rationnelle.

Il fut également appelé à donner des conférences publiques dont certaines sur la Syrie et sur le Maroc. Toutefois la guerre avait marqué sa famille. Son frère avait succombé, son père et sa mère avait été emmené en captivité par les Allemands. Il a obtenu la libération de ses parents par l’intermédiaire du maréchal Lyautey qui a demandé l’intervention du Roi d’Espagne.

Le colonel et madame Frère veillait à l’éducation de six neveux, enfants de parents proches. A Cambrai le colonel Frère préside à l’élaboration de l’historique du 1er régiment d’infanterie, mais il refuse d’y être nommé. Il était président d’honneur des amicales du régiment.

 

Fin 1924 : Commandant de l’école des Chars de Combat de Versailles

 

Après son temps de commandement, le lieutenant-colonel Frère est nommé au Centre d’Etudes des Chars, qui est en garnison à Versailles. Dans un premier temps il est commandant en second puis il en devient le chef.

1928, Issy-les-Moulineaux : Colonel Frère dirigeant l’entrainement chars de combat.

Source : S3550 – Agence Rol.