Contexte général et financement des travaux

Dernière mise à jour : 12 mars 2018



Contexte général et financement des travaux


La construction des forts détachés de Strasbourg s'est déroulée dans un contexte relativement difficile au cours des années 1871 à 1882 : lors des premières études faites pour la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg, l'Alsace-Lorraine était encore un territoire français occupé et géré par l'administration militaire allemande, relayée jusqu'à l'entrée en vigueur du Traité de Francfort par une administration civile provisoire. La région de Strasbourg a souffert des 45 jours de siège de la place forte (14 août au 27 septembre 1870), que ce soit la destruction d'une partie de la ville et de ses fortifications, les destructions des voies de communication ainsi que les séquelles laissées dans les villages alentours par le cantonnement des troupes allemandes. Par ailleurs, l'Empire allemand venant d'être créé, ce n'est qu'au fur et à mesure que les lois prussiennes et les nouvelles lois de l'Empire seront appliquées aux territoires nouvellement acquis. On constate plusieurs difficultés : la monnaie commune de l'empire allemand qui vient d'être créé, le Reichsmark, n'est mis en circulation en Alsace-Lorraine qu'à partir du 1er janvier 1875. Il s'avère que jusqu'en 1875, nous trouvons en Alsace-Lorraine des Francs français, des Thalers prussiens et les différentes monnaies en cours de tous les territoires allemands constituant le nouvel empire allemand. Et pour couronner le tout, les unités de mesure françaises et celles des états allemands sont souvent forts différentes.

L'administration civile et militaire chargée de réaliser ces projets rencontre également de nombreuses difficultés liées à une certaine résistance de la part des habitants restant sur place dans les territoires nouvellement annexés, et au fait que les hauts fonctionnaires français ont dû quitter les territoires nouvellement annexés. Ils ont été remplacés par des fonctionnaires des états allemands qui ne maîtrisent pas toujours la langue française et les lois locales.

Pour les autorités militaires allemandes s'ajoute la nécessité de construire rapidement les ouvrages de fortification avant la fin de l'occupation d'une partie du territoire français par ses troupes, pour défendre efficacement les territoires nouvellement annexés. Les départements français sont évacués par les troupes allemandes au fur et à mesure que la France rembourse la dette de guerre d'un montant de cinq milliards de francs or et des frais de stationnement des troupes allemandes. Cette occupation était initialement prévue jusqu'à la fin de l'année 1874 ; mais compte tenu que le gouvernement français arrive à mobiliser les sommes dues plus rapidement que prévu, il négocie avec l'empire allemand pour accélérer les modalités de payement et se débarrasser le plus rapidement possible des troupes allemandes.
En conséquence, l'armée d'occupation évacue les dernières places fortes françaises, Verdun et Belfort avant la fin septembre 1873. Cette dernière contrainte explique la précipitation des travaux de construction des forts détachés qui comme nous le verrons auront des conséquences sur la qualité de construction des ouvrages. Le contexte difficile et la précipitation peut être constatée à travers le processus décisionnel.


Processus décisionnel et financement.

Le 29 septembre 1870, le lendemain de l'entrée des troupes allemandes après la capitulation de Strasbourg, les autorités militaires prussiennes ordonnent la mise à l'étude de l'extension de la place forte. La presse locale informe les habitants par un article encore imprécis diffusé le 18 octobre 1871 que « la décision définitive vient d'être prise, au nord de la ville, près de Mundolsheim et de Hausbergen, entre la route et le chemin de fer sera érigé un grand fort, qui évitera un éventuel bombardement de la ville de ce côté....».

L'acte de naissance officiel et secret à l'époque des nouvelles fortifications de Strasbourg est l'ordonnance impériale du 17 novembre 1871 : « J'ordonne au ministère de la guerre, conformément à l'expertise de la commission de défense du territoire du 26 juin, de ceinturer la forteresse de Strasbourg de forts détachés de telle sorte que la ville soit à l'abri d'un bombardement, et de réaliser ces ouvrages le plus rapidement possible. Entre autres, il faudra également planifier et entreprendre bientôt une extension de la forteresse, au niveau du front Nord. Pour débloquer les fonds nécessaires à ces nouveaux ouvrages, le ministre de la guerre doit entrer en contact avec le chancelier de l'Empire, à condition de financer l'agrandissement de la forteresse avec l'argent provenant de la vente des terrains de construction provenant des anciennes fortifications, mis à la disposition de la ville ».

Pour financer la construction de la ceinture des forts détachés de Strasbourg, les autorités allemandes utilisent une partie des 5,316 milliards de francs or (soit 1 417 600 000 Reichsthaler ou 4 252 800 000 Marks) payés par la France à Allemagne au titre des indemnités de guerre.

Par la loi allemande du 8 juillet 1872, ils répartissent cette indemnité : une somme de 19 000 000 thalers (soit 71 250 000 francs de l'époque) est initialement destinée aux travaux de fortification à élever en Alsace-Lorraine (essentiellement pour les places de Metz et Strasbourg). Mais malgré le fait que l'administration militaire applique la fameuse pingrerie allemande « deutsche Sparsamkeit », ces crédits ont été rapidement dépassés et cela pour diverses causes parmi lesquelles on peut citer : les travaux supplémentaires occasionnés par les écroulements qui ont eu lieu dans les principaux forts de Metz et de Strasbourg, l'obligation de payer à des propriétaires des indemnités dues pour expropriation et les contraintes des servitudes militaires, la hausse subite du coût de la main-d'œuvre et des matériaux de construction occasionnée par la précipitation apportée dans les premiers travaux et les travaux annexes demandés en complément, tel que les routes stratégiques, les lignes télégraphiques souterraines et l'aménagement de batteries d'artillerie annexes et intermédiaires.

Compte tenu de l'augmentation des dépenses, le parlement allemand « Reichstag » reconnaît la nécessité de voter en 1875 une nouvelle allocation de 10 412 432 francs, à prélever sur le restant de l'indemnité de guerre. Nous allons à présent aborder la préparation des chantiers des nouveaux forts détachés de Strasbourg.