Fort IXa – Fort Am Altenheimerhof - Fort Schwarzhoff - Fort Hoche

Dernière mise à jour : 5 août 2018 (MJR)

 

Situation géographique et stratégique

 

1876-1918

Ceinture des forts détachés de Strasbourg - Rive gauche du Rhin - Secteur Sud.

1939-1940

Secteur fortifié du Bas-Rhin - Sous-secteur de Strasbourg

Actuellement :

Le fort est situé au bord du Rhin, à la lisière sud de la forêt de Strasbourg-Neuhof.

Références cadastrales : Section KH, parcelle 78. Surface : 6,92 ha.

Source : Wikimapia 2018 - Annotations du CESFS secteur entre le Fort Werder et le Fort Kirchbach

Distances avec les autres ouvrages :

Fort Kirchbach à l'Est, sur la rive droite du Rhin : 7,8 km (4,9 miles)

Fort Werder, actuel Fort Uhrich à l'ouest : 3,797 km (2,359 miles)

Intervalle entre le Fort Werder (actuel Fort Uhrich) et le Fort Kirchbach : 9,6 km (6 miles)

Ouvrage intermédiaire Werder-Schwarzhoff, actuel ouvrage Uhrich-Hoche, à l'Ouest : 2,232 km (1,449 miles)

Enceinte urbaine au nord : 8,9 km (5,5 miles).

Carte des environs du Fort Fransecky de 1904. L'emplacement des ouvrages a été ajouté à la plume à l'époque. Source : collection MJR.

Caractéristiques

Petit fort détaché à fossé plein d'eau de type « Biehler ».

Construction (gros œuvre)

Inscription sur l’intérieur de la voûte supérieure de la porte d’entrée du fort :

« Erbaut 1876-78 - Ingenieur Hauptmann Lichtenauer / Wallmeister Schröder

/ Gesellschaft M. Wessel /».

Traduction : Construit 1876-78, Ingénieur capitaine Lichtenauer, Garde du génie Schröder,

Société M. Wessel.

Avril 1999 : inscription sur la voûte intérieure de la porte d'accès à la poterne principale © MJR.

Dates estimées d’après les articles de presse : en prenant en compte les articles de presse, il semble que la construction du gros œuvre du fort Schwarzhoff s’est déroulée entre juillet 1877 et décembre 1878.

Construction initiale

Le fort Schwarzhoff a été construit sur des fondations en béton. Le bâti a pour l'essentiel été érigé avec de la maçonnerie en briques de dimensions règlementaires pour l'empire allemand, le « Reichsformat » de 25 cm x 12  cm x 6,5 cm. Tous les murs exposés aux tirs ont été érigés en pierre de taille et moellons en grès rose des Vosges. Même si l'on a utilisé à titre de décoration des appareils de pierres équarries à tête taillée, bouchardées pour la parement, l'essentiel de la façade de la caserne de gorge construite en briques, a été couverte d'un plaquage en pierre de taille. Seules, la caponnière de gorge, le blockhaus de gorge et les traverses-abris sont maçonnées en partie en pierres de taille et moellons.

Modernisations

1887-1890

Pour résister au souffle des nouveaux obus brisants ou obus torpilles, on procède dans un premier temps, comme dans les autres forts détachés, au renforcement des murs extérieurs de l'ouvrage par un couloir remplit de sable d'une largeur intérieure d'un mètre, avec des murs maçonnés en briques. Après avoir enlevé la terre qui recouvrait l'ouvrage, on a installé une couche de sable d'une épaisseur d'un mètre et d'une couche de béton au silex bleu et tassé d'une épaisseur 1,20 m. Lors des relevés détaillés que nous avons effectué sur l'ouvrage, nous avons constaté que le renforcement, qui n'était que partiel sur les autres grands forts détachés, a ici été particulièrement soigné. En effet, le fort Schwarzhoff, situé sur la rive gauche du Rhin, avait une position très exposée sur le flanc gauche, puisque le fort Kirchbach était situé beaucoup plus au nord sur la rive droite du Rhin.

1890 - 1916

Vers 1893-1894, la traverse-abri du front de tête a été arasée et reconstruite en la dotant d'une salle de piquet d'alerte et d'un observatoire cuirassé « W.T.90 ».

1897-1898 : construction à une centaine de mètres de la gorge du Fort Schwarzhoff, de la Batterie 40 « Am Altenheimerhof », qui était dotée de 3 canons de 10,5 cm sur affût à bouclier.
Installation sur la traverse-abri du flanc gauche d'un observatoire d'artillerie cuirassé modèle « Panzer-Beobachtungsstand 96 » (PBSt96), destiné à guider les tirs de la batterie 40.

1899-1905

Installation d'une digue le long de la lisière sud des forêts de Strasbourg-Neuhof et d'Illkirch-Graffenstaden, entre la berge du Rhin, le Fort Schwarzhoff, l'ouvrage Werder-Schwarzhoff, le Fort Werder et la berge de l'Ill, ainsi que de deux barrages, sur les cours d'eau du Schwarzwasser et du Rhin Tortu.

1905-avril 1916 : Modernisation dont la date exacte n'est pas connue :

Obturation partielle des portes des traverses-abris.

Installation de meurtrières avec volets blindés coulissant sur les deux côtés de la caponnière de gorge, sur les flancs de la caserne de gorge et au niveau des deux portes de guerre installées de part et d'autre de l'entrée principale.

Modification de l’accès au couloir transversal de la caserne de gorge au niveau de la sortie des flancs droit et gauche ; une chicane a été installée sur chaque accès, ce qui a nécessité le déplacement de la pompe manuelle des puits droit et gauche.

Installation d'un système de ventilation forcé et manuel, en principe un système pour trois travées de casemate de la caserne et caponnière de gorge.

Inversion du sens de la poudrière du temps de guerre : initialement le vestibule d'accès était situé vers le front de tête, alors qu'actuellement il est du côté de la gorge.

Installation de deux portes de guerre pour accéder aux deux poternes transversales du front de tête. Ces deux nouveaux passages sont couvert par un créneau à fusil et on a posé des tôles ondulées en acier galvanisé au plafond de ces nouvelles entrées, pour palier à la chute éventuelle de ménisques.

Les modifications au niveau de la caponnière de gorge et les différentes obturations ont été réalisées en béton. Cependant, on a pris de soin de teinter le béton dans une couleur proche de celle du parement en pierres de taille et de faire apparaître en surface un tracé analogue simulant les pierres de taille. 

Installation d’une cuisine moderne comportant trois cuves, dont deux à bain-marie et d’un percolateur.

1918-1939

Lors de l'utilisation ultérieure de l'ouvrage par l'armée française, une partie des fenêtres obturées de la caserne de gorge ont été réouvertes, et certaines ont été transformées en porte.

1939-1940

Mise en état de défense du fort Hoche, qui est transformé en point d'appui et caserne à l'épreuve dotée de chambres, cuisine et toilettes, pour les troupes chargées de la défense du secteur. Une série de petits blockhaus de type C, armée de fusil-mitrailleur modèle 24/29 sont installés autour du fort Hoche.

1945-2005

Le fossé de gorge a été comblé au niveau de la gorge.

Années 1960 : travaux de construction du barrage hydroélectrique de Strasbourg :

Démolition du tambour, avec son blockhaus et sa place d'arme de gorge ;

Arrasement du rempart et du fossé du flanc gauche, y compris la traverse-abri et son observatoire d'artillerie cuirassé « PBSt 96 ».

Installation de la nouvelle école des ponts ;

Démolition de la batterie n°40 « Am Altenheimerhof », qui comportait 3 canons de 10,5 cm sur affût à bouclier et installation en lieu et place, d'une darse de mise à l'eau des moyens de pontage du génie.

Dénominations successives

On n'attribuera plus de numéro au deux derniers petits forts détachés construit à Strasbourg, mais le numéro du fort précédent, qui est le Fort IX - Fort Werder, en ajoutant un petit a.

1876 - 1873 : Fort IXa, Fort am Altenheimer Hof, du nom de la ferme située près du site.

1876 - 1873 : Fort IXa, Fort am Altenheimerhof,

29 août 1882 : Fort IXa, Fort Schwarzhoff.

1919 - juin 1940 : Fort Hoche.

Juillet 1940 - 1944 : Fort Schwarzhoff.

1945 - à nos jours : Fort Hoche.

Biographie du général Julius Groß, dénommé Schwarzhoff.

Il est né le 21 novembre 1812 à Darkehmen en Prusse Orientale « Ostpreußen », d'un père capitaine, commandant une compagnie d'invalides dans la garnison. Il a suivi ses études au lycée de Alstadt près de Königsberg, puis a suivi la formation d'un établissement de cadets « Cadettenhaus » à Kulm et à Berlin. Ce dernier établissement il rejoint le 13 août 1830, avec le grade de sous-lieutenant, le 5ème régiment d'infanterie prussien « 5. Infanterie-Regiment ». Il a suivi les cours de l'école de guerre générale « Allgemeine Kriegsschule », et grâce à des détachements de longue durée a appris à connaître les armes de l'Artillerie et de la Cavalerie. Après avoir été officier-adjoint de bataillon « Bataillonsadjudant » puis du régiment « Regimentsadjudant », il est nommé capitaine le 24 décembre 1848 et commandant de compagnie « Compagniechef » au sein du 32ème régiment d'infanterie « 32. Infanterie-Regiment », qui était commandé à l'époque par le futur maréchal « Feldmarschall » von Steinmetz. En se faisant appeler régulièrement par son nom de famille maternel « von Groß gennant von Schwarzhoff », ce nom entre rapidement dans l'usage courant. Après avoir été muté à plusieurs reprises et avoir occupé plusieurs postes, il est nommé en 1860 en tant que chef de corps du 2ème régiment d'infanterie prussien « 2. Infanterie-Regiment », puis nommé général de brigade « General-Major » et commandant de la 13ème brigade d'infanterie stationnée à Magdebourg. C'est à ce poste qu'il participe à la campagne de 1866 en Bohême. C'est à Münchengrätz qu'il monta dans un premier temps au feu, et il a eu mains titres de gloire lors de la journée de Königgrätz, où sous le commandement du général von Fransecky, où il a brillamment résisté au niveau du paysage de collines et de forêts entre Maslowed et Benatek, dans des combats durs et sanglants, et a ainsi contribué à l'avancée de l'armée du prince héritier. Il a été récompensé avec la décoration de l'Ordre pour le mérite. Dès le retour du temps de paix, on lui a confié l'organisation de la réserve« Landwehr » dans la province de Hanovre. Au déclanchement de la guerre franco-allemande de 1870-71, il a été nommé commandant de la 7ème division d'infanterie. Le 30 août 1870 il a brillamment participé à la bataille de Beaumont, une bataille qui représente l'essentiel de sa contribution à cette guerre. Ultérieurement il participe au siège de Paris. Il est nommé général de corps d'armée « General der Infanterie » à la tête du IIIème corps d'armée allemand en 1875, un commandement au cours duquel il est appelé à plusieurs reprises en tant que conseiller pour régler différentes problématiques militaires. Le 13 août 1881 il est victime d'un malaise et décède à l'âge de 69 ans, le 18 août 1881 à Berlin-Moabit.

Portrait du général Julius Groß, dit Schwarzhoff

Tableau d'André Brauch représentant le fort Schwarzhoff vers 1900

 

 

Mission

1879 - 1918 :

Compte tenu que l'intervalle entre le Fort Werder (rive gauche du Rhin) et le Fort Kirchbach (rive droite du Rhin) est près de 10 km, il était donc nécessaire de renforcer la défense du front sud de Strasbourg par un autre fort détaché. Le choix de son implantation a été conditionné par l'épaisse forêt rhénane et la présence d'une digue longeant le Rhin. La construction d'un ouvrage sur ce site avait déjà été retenu dans le mémoire de 1871. Toutefois, à cause de la présence de l'épaisse forêt du Rhin, la construction de ce petit fort détaché n'avait pas été jugée prioritaire, et les impératifs budgétaires ont vraisemblablement motivé cette décision. Il est l'ouvrage le plus éloigné des fortifications du noyaux urbain, soit environ 8,9 km.

Sa mission principale est de défendre l'intervalle entre le Fort Werder et le Fort Kirchbach. Il devient le gardien du Rhin en couvrant également par ses feux le fleuve et ses berges en amont de Strasbourg, ainsi que le terrain situé au sud du fort Kirchbach.

1935-1940

Compte tenu de sa proximité avec le Rhin, l'ouvrage été intégré dans le plan de défense du secteur fortifié du Bas-Rhin. Il servait de point d'appui destiné à couvrir les chemins menant aux berges du Rhin. De nombreux petits blockhaus ont été érigé dans le secteur. Il est en mesure de fournir un abri et une cuisine aux troupes chargées de la défense du secteur.

Description succincte / Kurze Beschreibung

Description générale

Le fort Schwarzhoff, actuel Fort Hoche, est un petit fort détaché de forme pentagonale entouré d'un fossé en eau. Il s'agit du dernier fort à fossé en eau construit à Strasbourg. Son tracé de forme compacte est très simplifié et répond à la même logique que celle qui a inspiré les forts de la rive droite du Rhin aujourd'hui disparus. Il comporte un seul corps de casemates à l'épreuve des bombes et à un étage qui comprend le bâtiment d'entrée et les casemates e la caserne.

Compte tenu de sa superficie réduite avec des faces qui ne dépassent pas 70 mètres et des flancs de 45 m, il n'était plus possible d'appliquer un front bastionné d'une importance équivalente aux autres forts. Les caponnières assurant la défense des fronts à partir du saillant et des flancs à partir des caponnières d'épaule ne pouvaient plus être installées et la défense du fossé large de 27 m est désormais assurée à ciel ouvert à partir des parapets d'infanterie. La défense de la gorge est réalisée à partir d'une grande caponnière de gorge et du parapet de la gorge. 

Juin 1998 : vue aérienne de la gorge de l'ouvrage © Hans-Peter Günther. Tous droits réservés.

Tambour - Entrée

L'entrée comportait un tambour, disposant d'une enceinte en pierres de taille munie de grilles défensives et d'un grand portail, installé sur la gorge devant le fossé. Ce dispositif de défense de l'entrée comportait une place d'armes, un petit blockhaus de gorge et d'autres grilles défensives qui protégeait l'accès intérieur au fort. Tout ce dispositif a été arasé vraisemblablement lors de l'installation de la nouvelle école des ponts et l'aménagement du Rhin au début des années 1960.

Fossé

L'ensemble de l'ouvrage était entouré par un fossé plein d'eau. En face de l'entrée, une digue permettait d'accéder à la berme qui entourait l'ouvrage et à la poterne d'entrée de l'ouvrage. Cette digue d'accès était protégée de part et d'autre par des grilles défensives en fer, aujourd'hui disparue. Par ailleurs, lors des travaux de mise en état de défense, vraisemblablement préparé dès les travaux de renforcement de 1887-1890 et installé au déclenchement de la Première guerre mondiale, la zone située entre le fossé (la berme) et la caserne de gorge, et entre le fossé et le rempart de l'escarpe, était entièrement recouverte par un réseau de fils de fer recouvert de barbelé. Normalement ce réseau allait d'un côté jusqu'à mi-hauteur du rempart d'escarpe et de l'autre jusque sous le niveau de l'eau du fossé.

La caserne de gorge.

Le corps de casemate principal est logé sous le rempart du front de gorge. C'est un bâtiment qui comporte un seul niveau, et un total de 13 travées à l'épreuve des bombes. Huit de ces travées servent de casemates-logements, trois travées regroupent des locaux de service, tel que la cuisine, les magasins de subsistances, les toilettes, et une travée abrite la poterne d'entrée. 

Plan succinct de 1984 environ de la caserne de gorge (Collection MJR)

Aile droite de la caserne de gorge © 1999 MJR

Aile gauche de la caserne de gorge © 1999 MJR

Avril 1999 : Caponnière et caserne de gorge. Le fossé a été comblé au niveau de la gorge. © MJR.

Poterne principale sous traverse en capitale

La poterne principale dessert à partir de l'entrée les deux couloirs latéraux de la caserne, le magasin à poudre de guerre, quatre petits magasins et ateliers d'artillerie, une écurie, et il s'ouvre au front de tête vers deux poternes transversales, qui permettent d'accéder à la rue du rempart.

1999 : Poterne sous traverse en capitale, vue en direction du saillant de tête. © MJR.

1999 : Poterne sous traverse en capitale, vue en direction de la gorge et de l'entrée © MJR.

Rempart et plates formes d'artillerie

Contrairement aux autres forts détachés de type Biehler, le fort Schwarzhoff n'a pas de casemates de rempart. Les parapets d'artillerie comportait initialement une traverse-abri sur chaque flanc, et trois traverses-abris sur les deux faces et le saillant. La traverse-abri du flanc gauche a été arasée lors des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Strasbourg au cours des années 1960. La traverse-abri du front de tête a été complètement arasée et reconstruite lors des travaux de renforcement à la suite de la crise de la brisance ou crise de l'obus torpille (1887-1894). En effet, elle a été dotée d'une salle de piquet d'alerte et un observatoire cuirassé modèle 1890 « WT 90 ».

Accès et visites

L'ouvrage est situé sur un terrain militaire dont l'accès est interdit et géré pour l'instant par le ministère de de la Défense nationale. Il est mis en vente à partir de 2018.

Etat du fort en 2014

Lors de la construction du canal d'Alsace et de la nouvelle digue du Rhin dans le cadre de l'installation du barrage hydroélectrique et de l'écluse à grand gabarit de Strasbourg, le fort a subi de profonds bouleversements. En même temps, le ministère de la défense a installée la nouvelle école des ponts du 1er régiment du génie, pour remplacer celle qui était installée à l'extrémité sud de l'île du Rohrschollen (qui est une île depuis les travaux de construction du barrage hydroélectrique de Strasbourg). Il s'agissait d'un site militaire qui abritait du matériel militaire. Une grande partie des travées de la caserne de gorge et des locaux situés de part et d'autre de la poterne principale, ont subi des petites modifications pour stocker les matériels. Le fossé en eau a été comblé sur le flanc droit et la gorge. Le flanc droit a été arasé et l'angle de gorge droit a été amputé de son rempart pour l'installation d'une station-service. Le tambour et la place d'armes de gorge a été démolie et aplanie. Le rempart a quasiment totalement disparu, les terres ont été nivelées. Toutefois les trois traverses-abris du front de tête sont encore intactes et toujours en bon état. Elles conservent les lourds vantaux blindés des portes et les volets des niches latérales. La traverse-abri du saillant a conservé le poste d'observation cuirassé modèle 1890. La traverse-abri du flanc droit a été privée du massif de terre qui l'encadrait, mais elle est intacte.

En dépit de ces bouleversements, le corps de casemates principal est toujours en bon état. La caserne est intacte et sa façade plutôt bien préservée. La caponnière de gorge est particulièrement intéressante. Le pont-levis subsiste, ainsi que les lourds vantaux de la porte intérieure et la grille. La poterne d'entrée et la poterne principale et les deux couloirs latéraux du front de tête, qui sont pavés, sont en bon état. Le fort a été dépouillé de tous ces équipements de ventilation et des cuves de la cuisine.

En juin 2010, lors de la dissolution du 1er régiment du génie, le réseau électrique destiné à l'alimentation du fort a été coupé. Certaines portes ont été soudées pour sécuriser l'ouvrage. L'ouvrage a été confié à la base de défense de Strasbourg qui a mis en place un service de gardiennage privé. Puis la préfecture du Bas-Rhin a réquisitionné le fort pour l'hébergement en caravanes, de populations migrantes de l'est de l'Europe, encadrée par la Croix Rouge. Cette réquisition s'est achevé fin 2017.

Cession en cours du Fort Hoche.

France Domaines a publié sur son site l'annonce suivante : « Bâtiment technique. 67-Rhin (Bas). Neuhof Eschau - Caserne Hoche - Quartier Caserne Hoche - 67000 Strasbourg. Année prévisionnelle de cession : 2018. Occupant : Ministère de le Défense ».  Etat de la cession : cession à venir. Voir le site de France Domaines :

https://www.economie.gouv.fr/cessions/rechercher/geo?op=Rechercher&form_id=formulaire_rech_geo&departement=67 

Intérêt patrimonial de l'ouvrage.

Le fort Hoche, malgré quelques modifications des locaux de la caserne pour les besoins du stockage de matériel et l'amputation de son flanc gauche lors de la construction du barrage hydroélectrique de Strasbourg, représente le dernier petit fort détaché allemand a fossé plein d'eau de type « Biehler ». C'est à ce titre que cet ouvrage devrait être conservé et protégé au titre du patrimoine. Espérons qu'un futur propriétaire tiendra compte de son intérêt patrimonial. Le fort Hoche, héritage de notre patrimoine européen, est totalement atypique, n'a aucun équivalent. Il est bien le dernier exemplaire de petit fort détaché à fossé plein d'eau.

 

Chroniques succinctes du Fort Fransecky actuel Fort Ney

Zeittafel


Voici les chroniques du Fort Schwarzhoff, actuel Fort Hoche, de 1871 à nos jours. Pour aider à la compréhension de l'histoire particulière de cet ouvrage, nous avons ajouté quelques dates repères de l'histoire franco-allemande. Cette chronique n'est pas définitive et elle est régulièrement complétée et mise à jour.

 

Mercredi 18 janvier 1871

Proclamation du nouvel Empire allemand à la galerie des glaces à Versailles.

Mercredi 10 mai 1871

Traité de Francfort : l'Alsace (hormis Belfort), une partie de la Lorraine et quelques cantons Vosgiens sont annexés à l'Empire allemand et la France doit verser 5,316 milliards de franc-or au titre des indemnités de guerre. Les troupes allemandes occupent 22 départements français, qui sont évacués au fur et à mesure du règlement de la dette de guerre.

Vendredi 17 novembre 1871

Ordonnance impériale relative à la construction d'une ceinture de forts détachés autour de Strasbourg.

Jeudi 11 avril 1872

Pour permettre l'expropriation des terrains situés sur la rive gauche du Rhin, conformément aux lois françaises encore en vigueur, l'empereur Allemand Guillaume 1er signe une ordonnance autorisant les expropriations des terrains pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg sur la base de la loi sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 et de la loi sur l'expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d'ouvrages de fortification du 30 mars 1831.

Mai 1872

Le Generalmajor Alexis von Biehler apporte les dernières corrections à l'emplacement des forts.

Lundi 8 juillet 1872

Loi de l'empire allemand répartissant les sommes payées par la France au titre des dommages de guerre : 19 millions de Thalers (soit 71 250 000 francs de l'époque) sont destinés aux travaux de fortification sur le territoire annexé d'Alsace-Lorraine, c'est-à-dire essentiellement pour les places de Metz et de Strasbourg.

Août 1872

Création provisoire à Strasbourg d'une commission spéciale dénommée Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg, commandée initialement par le colonel Klotz du corps des ingénieurs militaire allemand.

Jeudi 31 décembre 1874

Ordonnance impériale instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874.

Lundi 10 mai 1875

La presse allemande a publié un article d'un article relatant le projet de construction de deux nouveaux forts détachés à Strasbourg : le fort d'Altenheim et le fort de la Tête de Mundolsheim. Il s'agissait des ouvrages dénommés actuellement Fort Hoche et Fort Ducrot. Voici l'article : « Au moment de l'établissement du nouveau plan de fortification, on avait projeté d'établir quelques petits ouvrages entre les forts, sur les points qui par suite de la configuration du terrain environnant, n'étaient pas suffisamment protégés ; mais jusqu'à présent, l'argent manquait et on ne pouvait penser entreprendre les travaux avant que le Reichstag ait voté les fonds nécessaires. L'on considérait comme plus particulièrement important de fortifier « la tête de Mundolsheim », sur les hauteurs de Hausbergen, à l'ouest de Mundolsheim, entre les forts de Mundolsheim et de Niederhausbergen ; et un point sur le « Lainen Sand » près de la ferme d'Altenheim, entre le fort situé à l'ouest d'Illkirch et celui établi sur la rive droite du Rhin, près de Marlen. Le premier ouvrage est nécessaire parce que la chaîne de hauteurs indiquée ci-dessus masque complètement, à 1 200 mètres, le fort de Mundolsheim et son occupation par l'ennemi entraînerait celle du fort ; le second, parce que la distance entre les deux forts (10 000 mètres environ) est trop considérable pour qu'ils puissent se soutenir mutuellement.... L'ouvrage d'Altenheim n'atteindra pas, du reste, à cause de son importance minime, les dimensions des autres forts ».

Vendredi 21 mai 1875

La presse militaire française a publié la traduction d'un autre article relatif au futur Fort Schwarzhoff : « D'après une correspondance
adressée de Strasbourg à la Gazette de Karlsruhe, l'on aurait l'intention de construire un nouveau fort à Strasbourg pour renforcer la ligne des fortifications sur la rive gauche du Rhin. On aurait choisi son emplacement dans le bas-fond qui est au sud de Strasbourg et à l'ouest du fort d'Illkirch, dans le voisinage de la ferme d'Altenheim. L'on commencerait les travaux dans le courant même de cette année, si la chose est possible
 ».

Samedi 23 septembre 1876

Le Fort Am Altenheimerhof a fait l'objet d'une adjudication attribuée à l'entrepreneur M. Wessel. En effet, le service impérial des fortifications de Strasbourg a adjugé les divers travaux tel que la fourniture de terrassiers, de voituriers, de tailleurs, de pose de palplanches ainsi que la livraison de matériaux nécessaires à la construction d'un ouvrage permanent près de l'Altenheimer-Hof (ferme d'Altenheim).

Samedi 10 février 1877

Adjudication pour la livraison de 200 m3 de pierres concassées ou de ballast pour l'entretien de la route entre le Fort Werder et celui de l'Altenheimerhof.

Juin 1877

Installation de la ligne de télégraphie souterraine du Fort Werder au Fort Schwarzhoff.Plan de pose de la ligne de télégraphie souterraine (Source AVES).

Mercredi 11 juillet 1877

Vente aux enchères par un huissier de justice des mobiliers de la ferme Altenheimerhof. Il s'agit d'un comptoir en bois, des tables, commode, armoire à vêtements, canapé, chaises, miroirs, images, meubles de chevet, chaises de brasserie, bancs, pendule, fourneaux, cuves, appareil à pression pour le tirage de la bière, buffet, secrétaire, ustensiles de cuisine, etc. A priori, à la vue de cette liste, cette ferme comportait vraisemblablement une petite guinguette.

14 juillet 1877

La presse locale et officielle a publié ce communiqué de M. Back l'administrateur de la commune de Strasbourg : Le service impérial des fortifications a demandé la cession d'un terrain d'une surface de 34,95 hectares de la forêt communale de Neudorf, près du nouveau Fort d'Altenheimerhof et donne en compensation un terrain de la même dimension de l'administration militaire « Militärfiscalischen Waldes » sur l'île « Sporeninsel ». En ce qui concerne cet échange, une enquête publique est ouverte pour une durée de 20 jours, du mercredi 18 juillet 1877 au lundi 6 août 1877 inclus. Durant cette période, les plans sont accessibles au public au bureau des domaines et les remarques éventuelles peuvent être inscrites dans le procès-verbal.

Lundi 16 juillet 1877

La presse locale publie un article relatif à la construction imminente d'un fort près du Rhin.

Jeudi 20 juillet 1877

L'article précèdent de la presse locale est complété par les informations suivantes : « Il faut préciser que les forts de la droite et de la rive gauche, s'ils ne sont pas déjà achevés, ils sont en voie de l'être, et que notre article ne concernait que le 14e fort, situé près de l'Altenheimerhof, et qui est en construction depuis peu de temps ».

Mardi 18 septembre 1877

La presse locale nous livre quelques renseignements sur la construction du fort Am Altenheimerhof et la route stratégique qui relie ce dernier au Fort Werder à Illkirch-Graffenstaden : « Ainsi Strasbourg sera entourée par 14 forts ; 12 sont terminés, le 13e près de  l'Altenheimer-Hof, s'élève toujours de plus en plus du sol et son achèvement est proche. Ce dernier est construit par la société de M. Wessel de Strasbourg. Une route nouvellement construite relie là-bas le relie aux routes forestières en provenance de Neuhof et de l'Oberjägerhof, et en utilisant des chemins plus petits, à la route nationale N°68 « Staatstrasse », qui est à proximité du Fort Werder ».

Samedi 23 mars 1878

Adjudication par le service impérial des fortifications « Kaiserlische Fortification » de la livraison de planches de parquet en pin, de poutres
en chêne et de lattes en pin pour l'installation des parquets du fort « Am Altenheimer-Hofe ».

2 novembre 1878

D'après la presse allemande, la construction du Fort Am Altenheimer Hof, est pratiquement achevée : « Avec l'arrivée de la mauvaise saison, les chantiers de construction des fortifications locales seront arrêtés, et au cours de l'hiver on n'exécutera que les travaux qui peuvent être exécutés indépendamment de la saison - tel les terrassements et les travaux intérieurs. Cette année, on a achevé la construction du nouveau fort « Am Altenheimer Hofe », il ne reste plus que quelques travaux mineurs à réaliser ; ce fort a pour mission de réaliser la jonction de la ceinture extérieure de fortification avec le Rhin, en amont de Strasbourg. Pour ce fort, qui est comme tous ceux qui ont été
achevés il y a quelques temps, doté d'un détachement de garde ; on a apporté une attention particulière à la réalisation de nombreuses casemates ; ces casemates permettent d'héberger à l'abri les équipages du fort, ainsi que tout le matériel et les pièces d'artillerie, que l'on mettra en place en cas d'une activité de défense. Les locaux d'habitation des casemates sont bien éclairés, aérés et secs, et leur ménagement a été réalisé avec un certain confort, que l'on ne rencontre pas souvent dans les casernements du temps de paix. L'équipement de la cuisine a été réalisé avec minutie, et l'on y trouve toutes les dernières inventions en la matière
 ».

Mardi 11 novembre 1879

Le service impérial des fortifications procède à l'adjudication du droit de pêche et d'exploitation de la glace « Fischerei und Eisnutzung » du Fort Werder (actuel Fort Uhrich à Illkirch), du Fort Am Altenheimerhof et de l'enceinte urbaine, pour la période allant du 1er janvier 1880 à mars 1886. Le montant du premier contrat ainsi que la caution devront être payés immédiatement sur place. Les conditions particulières de ces contrats ont une clause indiquant que l'adjudicataire à obligation d'entretenir le fossé.

16 septembre 1882

Baptême des forts Schwarzhoff et Podbielski. La presse a publié l'article suivant : « A Strasbourg, on a appelé fort Schwarzhoff le fort élevé près de l'Altenheimerhof au sud de la ville, et le fort Podbielski, le fort relativement peu considérable construit sur la hauteur voisine du village de Mundolsheim, entre le fort de Roon et le fort Prince-Royal (Kronprinz). Le général Schwarzhoff est mort l'année dernière à Berlin ; il avait commandé le III° corps d'armée. Le général Podbielski, inspecteur général de l'artillerie, a été le quartier-maître général de l'armée
allemande pendant la campagne 1870-1871
 ».

Lundi 18 octobre 1886

Projet de remplacement des volets des casemates des forts et modification du saillant des ouvrages. Une note française de renseignement rédigée le 18 octobre 1886 à Avricourt nous informe des faits suivants : « Strasbourg, 18 octobre 1886. Remplacement des volets des
casemates jugés insuffisants et rectification du tracé des forts de Strasbourg. Il paraît que l'on a constaté que la porte et les volets des casemates des forts et de l'enceinte de la place de Strasbourg ne pourraient pas résister aux balles du fusil à répétition français. Pour ce motif, on va les remplacer dans le courant de cet hiver par d'autres en acier Bessemer 
».

Jeudi 30 décembre 1886

Ordonnance impériale concernant la construction de 5 ouvrages intermédiaires à Strasbourg. Un ordonnance impériale « A.K.O. » daté du 30 décembre 1886 ordonne la construction de cinq ouvrages intermédiaires « Zwischenwerke » sur la ceinture des forts détachés à Strasbourg. Il s'agit des futurs ouvrages Neu-Empert, Fransecky-Moltke, Baden-Bismarck, Sachsen-Tann, Werder-Schwarzhoff (ces ouvrages prennent en effet le nom des deux ouvrages dont ils renforcent l'intervalle.

1887

Mise en chantier de l'ouvrage intermédiaire « Zwischenwerk Werder-Schwarzhoff », actuel ouvrage Uhrich-Hoche, dans l'intervalle entre le Fort Werder et le Fort Schwarzhoff. Sa construction est achevée en 1889.

Lundi 7 février 1887

Travaux de renforcement des forts de Strasbourg. Une note française de renseignement française 7 février 1887 nous livre des informations sur les travaux de renforcement des fortifications e Strasbourg suite à la crise de l'obus brisant : « L'entreprise des travaux a été donnée à la société Heydt et Cie, maison avec laquelle on a traité de gré à gré, et qui est la même que celle chargée des travaux de revêtement au ciment et au béton à exécuter dans les forts. Les travaux, commencés immédiatement sur plusieurs chantiers, doivent être terminés dans le délai de deux mois. Le génie vient de charger M.M. Heydt et Schuster, sans adjudication et au prix du devis, de tous les travaux de renforcement des casemates. Les casemates, abris etc., seront découverts afin qu'on puisse les recouvrir d'une couche de béton. Ce béton sera formé de mortier-ciment et de silex cassé. On conduit déjà du matériel et des matériaux dans les forts pour l'exécution de ces travaux, qui devront être terminés sans faute le 1er avril 1887. A cet effet l'administration militaire, vient de commander 900 wagons de ciment Portland et 1 000 wagons de silex-pierre bleue. Elle vient aussi de commander à M. Schaeffer, tuilier à Achenheim, près Strasbourg, 400 000 briques pour les forts. Il y aura donc aussi beaucoup de maçonnerie, ce qui est tout naturel, car si l'on veut couler du béton, il faut que les côtés soient fermés par des murs. Les travaux en question sont évalués à 1 million. Strasbourg, le 10 février 1887 ».

1891

Le général comte von Schlieffen est nommé au poste de chef d'état-major général de l'armée impériale allemande. Il succède au succède au comte Alfred von Waldersee. Cette nomination marque un changement pour la place forte de Strasbourg qui doit désormais devenir une position de barrage de la plaine d'Alsace, entre le Rhin, le futur Fort de Mutzig et le Donon. Les autorités militaires allemandes procèdent donc à un renforcement progressif du front sud de la place forte, comme la construction du point d'appui du kilomètre 119 (1891-1892), au Rohrschollen, près du Rhin. Il doit renforcer l'intervalle entre le Fort Schwarzhoff sur la rive gauche du Rhin et le Fort Kirchbach sur la rive droite du Rhin.

1897

Début de construction de la batterie n°40 à proximité du Fort Schwarzhoff. La « Batterie 40 Am Altenheimerhof » (1897-1898) est dotée de 3 canons de 10,5 cm sous affût à bouclier « 10 cm K.i.S.L. ». Début de construction de la batterie n°41 sur les rive du Rhin, au Rohrschollen, entre le point d'appui du Km 119 et le Fort Schwarzhoff. La « Batterie 40 Auf den Bauerngründen » (Batterie des Paysans) comporte 4 canons de 10,5 cm sous affût à bouclier « 10 cm K.i.S.L. ».

1898

Début de construction de la batterie n°39, à gauche de l'ouvrage Werder-Schwarzhoff, et de la batterie n°38 à gauche du Fort Werder. Les deux batteries sont dotées de 3 canons de 10,5 cm sous affût à bouclier « 10 cm K.i.S.L. ».

1904

Le restaurant « Wirtschaft » de « L'Altenheimer Hof » appartenant à Mth. Winter, situé à proximité du Fort Hoche, juste derrière la digue du Rhin.

Carte postale ancienne représentant la guiguette de l'Altenheimer Hof.

 

Photographies extraites de carte postale de la même époque.

5 mars 1914

Carte postale écrite du Fort Schwarzhoff par un soldat du 105e régiment d'infanterie de Saxe. Collection MJR.

Lundi 27 juillet 1914

Le ministère de la Guerre allemand ordonne le rappel des troupes absentes de leurs garnisons et qui, en cas de mobilisation, devaient, pour la protection des frontières et pour des missions spéciales, être « immédiatement » mises sur pied. Il prescrivit aussi la surveillance des grandes stations de télégraphie. L'Allemagne procède en effet a de discrètes mesures de préparation de la mobilisation. Le rappel des permissionnaires a commencé depuis plusieurs jours et les effets de la collection de guerre sont distribués. L'Allemagne effectue des réquisitions et met en place ses troupes de couverture. Le consul général de France à Bâle signale que les officiers allemands en déplacement dans cette partie de la Suisse ont reçu depuis plusieurs jours l'ordre de regagner l'Allemagne ; d'autre part, avis a été donné aux propriétaires de voitures automobiles du grand-duché de Bade de se préparer à les mettre à la disposition des autorités militaires, deux jours après un nouvel ordre. Le secret, sous peine d'amende, a été recommandé sur cet avis.

Mardi 28 juillet 1914

Le chancelier, sur la demande du Ministère de la Guerre prussien, fait appliquer les mesures prévues pour la période de tension politique : surveillance renforcée des voies ferrées par les agents des chemins de fer, dans les régions frontières et dans le district ferroviaire de Berlin

12h00 : L'Autriche déclare la guerre à la Serbie.

A Strasbourg : le journal Strassburger-Bürger-Zeitung titre : « Der Krieg zwischen Östreich-Ungarn und Serbien. Was tut Russland ? ». La guerre entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Que fait la Russie ?

Soir : Le Statthalter d'Alsace-Lorraine (gouverneur de la province), Dr. von Dallwitz, a abrégé ses vacances à Tarasp et rentre à Strasbourg.

Mercredi 29 juillet 1914

En Allemagne, la mise en place du dispositif de couverture se poursuit. Il se confirme que les réservistes des trois dernières classes auraient reçu leur feuille de mobilisation. La réquisition des chevaux et des automobiles est commencée ; les wagons de la région frontière sont évacués sur l'arrière. A Strasbourg, le 29 juillet parvient l'ordre du ministère de la guerre de faire garder les hangars d'aviation et des ballons « avec munitions réelles », contre toute action terrestre ou aérienne.

13h00 : A Strasbourg, les quatre régiments d'infanterie locaux, qui était sur les terrains d'exercice, reviennent à Strasbourg. La presse précise qu'il ne faut pas en conclure qu'il s'agit d'une mobilisation, puisque de toute façon, toutes les troupes devenaient revenir pour le 28
juillet ! Les fonctionnaires allemands reçoivent l'ordre de faire partir leurs familles.

Nuit : A Strasbourg, dans la nuit du 29 au 30 juillet, l'ordre fut également donné de construire, pour les fortifications de la frontière, tous les emplacements de troupes et de batteries, dont la construction était prévue en deçà de la frontière.

Jeudi 30 juillet 1914

Le 30 juillet 1914, un décret du ministère ordonne que les travaux de mise en état de défense de la place de Strasbourg soient entamés par la troupe à des fins d'exercice, sur les terrains militaires uniquement. Il est encore hors de question de réquisitionner les terrains privés. Il était déjà possible d'entamer les travaux de déboisement des glacis des forts des secteurs défensifs nord-ouest, ouest et sud.

A Strasbourg les préparatifs vont bon train. En début d'après-midi la circulation sur les ponts du Rhin est maintenant sévèrement contrôlée par les fantassins du IR II/105. Des mitrailleuses sont postées sur les tours du pont en défense contre avion. Des pièces d'artillerie sont aussi déployées en DCA sur le nœud ferroviaire des lignes Kehl - Appenweier et Auenheim sur la rive droite du Rhin, car il est capital pour l'acheminement des troupes.

19h25 : Un télégramme de l'inspection générale du corps des ingénieurs et du génie arrive de Berlin : « Entamer les préparatifs pour la construction de la Position de la Bruche, de manière que les travaux puissent commencer dans les meilleurs délais » ! Les tensions politiques devenaient de plus en plus perceptibles ; Le Gouverneur voudrait bien prendre davantage d'initiatives pour préparer la défense de la ville en raison de la dégradation rapide des relations entre la France et l'Allemagne et faire face à la guerre qui est, on le sent bien, désormais inéluctable. Le gouverneur von Eberhardt reste cependant lié aux autorités civiles de Strasbourg et ne souhaite pas compliquer la situation. Des négociations sont entamées en vue de d'anticiper les mesures d'approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà
entamées en vue d'anticiper les mesures d'approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà planifiées pour la garnison, mais il reste à déterminer si des stocks suffisants sont disponibles pour la population civile en cas d'investissement de la place forte.

Vendredi 31 juillet 1914

14h00 : A Strasbourg, vers 14 heures, arrive l'ordre de Berlin de construire le Pont de Guerre n°IV sur le Rhin, au port du Rhin, au nord du
pont-route. Celui-ci devrait pouvoir augmenter les capacités de franchissement du fleuve, complétées ultérieurement par l'édification d'autres ponts du même type.

14h30 : A Strasbourg arrive un nouveau télégramme du ministre de la guerre : « Danger de guerre imminent » ! Bien que cette missive ait été attendue du ministère de la guerre, elle permet enfin au Gouverneur militaire de disposer des pleins pouvoirs et de prendre toutes les dispositions jugées urgentes.

Samedi 1er août 1914

A Strasbourg, le journal Strassburger Bürger-Zeitung nous livre cet article : « La décision concernant la guerre européenne est tombée ! ».
« Hier, la Russie a lancé l'ordre de mobilisation générale. Dans la foulée, conformément à l'article 68, l'empereur Guillaume II a immédiatement l'état de danger imminent de guerre. L'Allemagne a lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle précise sa position et ordonne l'arrêt de sa mobilisation dans un délai de 12 heures et une demande à la France sur sa position en cas de guerre entre l'Allemagne et la Russie ».

18h00, place forte de Strasbourg : L'ordre de mobilisation générale était donné pour le 1er août, à 18 heures. Cette mobilisation préparée laborieusement et avec minutie, allait pouvoir commencer. Avec leurs effectifs du temps de paix, les troupes de couverture de la frontière reçurent l'ordre de mouvement et gagnèrent leurs secteurs, ainsi que les détachements chargés de la protection des lignes de chemin de fer et des principaux ponts.

19h00 : l'Allemagne déclara la guerre à la Russie.

Dimanche 2 août 1914

Matin : les troupes allemandes occupent le Grand-Duché de Luxembourg.

Place forte de Strasbourg : Le commandant en chef de l'armée allemande, le Generaloberst von Moltke, a transmis au Gouvernement militaire un extrait de l'organisation de marche de l'armée. La place forte était placée sous l'autorité de la VII. Armee commandée par le
Generaloberst von Heeringen, avec le XIV. Armeekorps du général von Huene, le XV. Armeekorps du général d'infanterie von Deimling et le XIV. Reserve AK, ainsi que la 7ème division de cavalerie. Les XIV. Et XV. AK sont des corps d'active, ils seront prêts en quelques jours, tandis que le XIV. Res. AK, en cours de constitution dans le pays de Bade sous les ordres du général d'artillerie von Schubert, mettra plus de temps à rejoindre ses positions.

Lundi 3 août 1914.

Le journal Strassburger Bürger-Zeitung publie dans le cadre de l'état de siège le communiqué officiel du gouvernement de la place :

Interdiction d'envoyer des missives privées contenant des renseignements sur les mouvements de troupe et les ouvrages de fortification ;

Interdiction de monter sans autorisation sur la plate-forme de la Cathédrale ;

Interdiction de posséder des pigeons, tous les pigeons détenus doivent immédiatement être tués ;

Toutes les personnes qui n'ont pas le statut de fonctionnaire d'Etat ou d'officier doivent immédiatement remettre toutes leurs armes au bureau de police ;

Interdiction d'exporter des vivres et des matériaux stratégiques.

18h40 : l'ambassadeur Allemand remet une lettre déclarant l'état de guerre avec la France.

Soir : le gouvernement belge refuse l'ultimatum allemand demandant le libre passage de ses troupes. 

Mardi 4 août 1914

12h00, Strasbourg place forte : ordre secret du Gouvernement de la place adressé aux bataillons de travailleurs : « Strasbourg, le 4 août 1914. Gouvernement. En ce qui concerne l'annexe des mesures de mobilisation du Gouvernement de la place forte du 25 mars 1914, Ib. N° 180 « Secret », les ordres complémentaires suivants sont donnés. Pour le ravitaillement des travailleurs des vivres ont été entreposés conformément à la liste suivante. La perception de ce fait contre un reçu, comme suit :

Si les travailleurs sont en mesure d'assurer eux-mêmes leur subsistance ou si des restaurateurs prennent en charge leur alimentation contre une somme de 1,20 M par personne, cela est naturellement souhaité. Les factures doivent mentionner le nombre de portions et le poids de la nourriture. La réception se fait toujours quelques jours auparavant. L'installation des points de cuisson « Kochstellen » et la préparation des repas est à la charge individuelle des autorités ou réalisé en commun conformément à l'annexe 9 des mesures de mobilisation. Des marmites pour la cuisson « Kochkessel » sont disponibles en nombre suffisant dans les communes. Il suffit de les demander à la mairie (Bürgermeisteramt). La modification des listes de dépôts « Speisezettel » peut être nécessaire. Les accords de ce type doivent être coordonnés avec les différents comités des dépôts, et les souhaits doivent y être soumis.  La nourriture pour les chevaux de la mise en état de défense doit être perçue aux mêmes endroits. Les dépôts de vivres seront en mesure de distribuer la nourriture à compter du 3e jour de mobilisation... ».

Les bataillons de travailleurs sont chargés de mettre la place forte de Strasbourg, les lignes de la Bruche, le fort de Mutzig et ses annexes en état de défense.

1915

Extrait de carte représentant le front sud de la place forte de Strasbourg. Cette carte allemande a été surchargée des ouvrages de  fortifications par le service géographique des armées françaises. Il s'agit du Fort von der Tann, du Fort Werder, du Zwischenwerk Werder-Schwarzhoff, du Fort Schwarzhoff et du Fort Kirchbach.

Jeudi 3 avril 1919

Les forts détachés de Strasbourg se voient attribués un nom français : le Fort Schwarzhoff est désormais nommé fort Hoche.

Jeudi 6 juillet 1933

D'après la loi du 6 juillet 1933 relative aux fortifications de Strasbourg, publiée au Journal Officiel du 7 juillet 1933, le Fort Ney est classé en première série au tableau de classement des places de guerre. Voici une partie de ce texte de loi :
Art. 1er. - Sont classé en première série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement des places de guerre et ouvrages défensifs de la France les ouvrages détachés indiqués ci-après : ouvrage de Neuf-Empert, fort-Ney, ouvrage Rapp-Ney, fort Rapp, fort Desaix, fort Ducrot, .batterie des Cerisiers, fort Foch, fort Pétain, fort Lefebvre, fort Uhrich, ouvrage Uhrich-Hoche, fort Hoche, batterie d'Altenheim, batterie des Paysans, ouvrage du kilomètre 119, abris à munitions M69 et M70.

Art. 3. Sont maintenus non classés, sans démolition, les ouvrages détachés de Strasbourg indiqués ci-après :
ouvrage Pétain-Kléber, fort Kléber, fort Joffre, ouvrage Joffre-Lefebvre, ainsi que les ouvrages bétonnés divers compris entre les forts Pétain (exclu) et Lefebvre (inclus).

1936.

De 1936 à 1940, les moyens de défense dans le secteur de Strasbourg sont renforcés. Seul une série de casemates de berges a été érigée. Il s'agit de petits ouvrages de fortifications destinés à renforcer les passages à travers la forêt du Rhin, et d'une série de petits ouvrages qui protègent les hauteurs des Hausbergen. Il s'agit de blockhaus, de barrières antichars, de position d'armes anti-char ou de mitrailleuses, d'observatoires et d'abri et postes de commandement.

Mercredi 4 mars 1936

En Allemagne, le 4 mars 1936, le chancelier Hitler, dénonçant le pacte de Locarno, fait occuper par la Reichswehr les pays rhénans ainsi que la zone neutre de la rive droite du Rhin.

Samedi 7 mars 1936

Après ce coup de force, en France, M. Albert Sarraut Président du Conseil prononce cette phrase dans une allocution radiodiffusée le 7 mars 1936 : « La France ne saurait admettre de voir Strasbourg sous le canon allemand ». Mais après des discussions passionnées, après de vaines tentatives auprès des puissances garantes du traité de Versailles, le silence s'est fait...

En1936, la Ligne Maginot est terminée et armée, mais les ouvrages qui la composent ne sont pas occupés en permanence. Néanmoins on y pratique la formation de l'encadrement. Sur les bords du Rhin, les casemates de berge sont désertes et soigneusement verrouillées. Avec cette première alerte, la ligne Maginot est alors occupée par ses équipages dont la plupart des hommes prennent la première fois contact avec la fortification y compris sur les bords du Rhin où l'on s'organise avec hâte. Mais les canons de 47 mm et les mitrailleuses de 13,2 mm n'ont pas encore été installées. Après quelques semaines, l'alerte est levée. Cette première alerte va entraîner une l'accélération de la formation des troupes de forteresse.

Samedi 28 mars 1936

Après ce coup de force de Hitler, les chefs militaires ont été consultés et leurs conclusions sont formelles : toute action militaire peut déclencher la guerre et « celle-ci ne semble pas pouvoir, hors du cadre d'une coalition, amener des résultats décisifs et rapides » (Note du Général Gamelin du 28 mars 1936 remise au ministre de la Guerre et aux Chefs d'Etat-major Généraux).

Vendredi 11 mars 1938.

L'annexion « Anschluss » de l'Autriche au Reich allemand provoque un nouvel état d'alerte. Début mai, la situation se détend et les équipages quittent à nouveau les bords du fleuve

Septembre 1938.

Une nouvelle crise se déclenche en septembre 1938 lors de l'affaire des Sudètes qui provoque l'entrée de la Wehrmacht en Tchécoslovaquie sous couvert de la protection des minorités allemandes de ce pays. En septembre 1938 Hitler exige le rattachement des Sudètes à l'Allemagne. A cette occasion les ouvrages sont réoccupés. Comme la situation s'aggrave, un plan de mobilisation partiel est mis en place et les équipages seront alors au complet. La paix de Munich amène la détente et une démobilisation rapide.

Samedi 3 décembre 1938

Fin 1938, quelques semaines après l'invasion de la Tchécoslovaquie, le général Gamelin, après avoir exposé l'ampleur de l'effort militaire allemand tant terrestre qu'aérien, écrit à M. Daladier, président du Conseil : « On peut dire que, dès le printemps prochain, l'Allemagne sera en état de faire la guerre à la fois contre la Pologne et contre la France. L'Allemagne pourra à son heure allumer l'incendie au point qu'elle jugera le plus favorable. Pour ce qui est de la France, on doit reconnaître que, d'ores et déjà, elle est hors d'état d'attaquer initialement l'Allemagne avec chances de succès ».

Vendredi 1er septembre 1939

Le 1er septembre 1939 au matin, les armées allemandes entrent en Pologne.

Dimanche 3 septembre 1939

La France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.

Jeudi 9 octobre 1947

Vue aérienne du fort Hoche (source IGNF).

En aval devant le fort, les ruines de la ferme et ancienne guinguette Am Altenheimerhof, détruite par les bombardements d'artillerie en 1940. Au bord du Rhin, au-dessus du fort Hoche, les restes de l'ancienne batterie 40 « Am Altenheimerhof ». Sur la gorge du fort, on aperçoit très bien les anciens bâtiments de l'ancien « Ekonomie-Gebäude » (bâtiment le plus long) et de la maison qui existent toujours sur le site.

Lundi 13 octobre 1947

Vue aérienne du fort Hoche (source IGNF).

1989

Plan de la nouvelle Ecole des Ponts du Fort Hoche. Le site est alors utilisé par le 1er régiment du génie qui y entrepose et entretien ses matériels de pontage. La darse permet de mettre à l'eau les moyens de pontage et d'accéder au Rhin.

Le fort est sur le côté gauche du plan. Le flanc droit a été supprimé lors de la rectification de la berge du Rhin lors des travaux d'aménagement du barrage hydroélectrique, du barrage agricole et de l'écluse de Strasbourg. Deux anciens bâtiments de l'époque de la construction du fort subsistent. Il s'agit du bâtiment n°002 est l'ancien bâtiment allemand dénommé « Ekonomiegebäude » et de la maison repère n°003. 

2001

Les terrains militaires entourant le fort Hoche étaient utilisés régulièrement pour l’entrainement des unités du 1er régiment du génie : ici en 2001 un engin de type MADEZ (matériel aéroportable de déminage de zone en cours de travail) © 1°RG.

Juin 2002

Vue aérienne du site de l'école des ponts du fort Hoche.

La darse de mise à l'eau du fort Hoche avec les attelages de ponts flottants motorisés.

2003

 Portière de matériel PFM (Pont flottant motorisé) du 1er régiment du génie dans la darse du fort Hoche © MJR

Démonstration d’un AMX30 B2 DT (de déminage) 1er régiment du génie en action au fort Hoche © MJR

30 juin 2010

Dissolution du 1er régiment du génie. Le Fort Hoche est pris en compte par la base de défense de Strasbourg, qui le fait gardienner par une société privée. 

Depuis la dissolution du 1er régiment du génie, la base de défense a mise en place un gardiennage par société civile, dont voici un de ses membres à quatre pattes très efficaces © MJR.

2011

 

Lors de l’installation de l’unité allemande le Jäger-Bataillon 291 de la Brigade franco-allemande au Quartier Leclerc à Illkirch, il s’avérait que les travaux de modernisation de l’atelier destinés à la maintenance des matériels de cette unité n’étant pas achevé, l’équipe de maintenance ce cette unité et l’organisme civil assurant une partie de cette maintenance se sont provisoirement installés au fort Hoche, puis vers la fin 2012 on rejoint le quartier Leclerc.

Atelier de maintenance du fort Hoche © MJR

 

Véhicules blindés transport de troupe de type TPZ sortant de la maintenance au fort Hoche © MJR

De la dissolution du 1er régiment du génie et jusqu’à leur cession en 2011, des matériels de pont flottant motorisé (PFM) étaient stockés au fort Hoche.

Matériels PFM stockés au fort hoche, peu de temps avant leur transfert © MJR.

2012

Vue intérieure de l’atelier utilisé provisoirement pour la maintenance des matériels du Jäger-Bataillon 291 © MJR

2017

Fin de la réquisition du fort Hoche au profit de l’hébergement des populations migrantes de l’Est.

2018

Mise en vente du site.


Gallerie photos :

Galerie de photos : Fort IXa – Fort Schwarzhoff (Hoche)