Fort IV - Fort Niederhausbergen - Fort Veste Kronprinz - Fort Foch

 

Dernière mise à jour : 29 mai 2019

 

Situation géographique et stratégique

 

Situation stratégique en 1872 – 1918 : ceinture des forts détachés – Secteur Ouest de la place forte. Le fort IV a été construit sur les hauteurs de Hausbergen.

 

Situation géographique actuelle : ban de la commune de Niederhausbergen, lieu-dit Langenberg, à la limite Ouest du ban communal.

 

Adresse : Chemin du Fort Foch, 67207 Niederhausbergen.

 

Coordonnées géographiques : 48°37’37.3’’ N – 7°44’43.5’’ E.

Piste cyclable : la piste des forts passe devant l’entrée du fort Foch.

Piste cyclable des forts devant le fort Foch. Photographie © MJR Janvier 2012.

Borne d’information du fort Foch au bord de la piste cyclable des forts devant le fort Foch. Panneau réalisée par le CESFS au profit de l’Eurométropole de Strasbourg. Photographie © MJR Janvier 2012.

Distances avec les autres ouvrages / Abstand zu den Nachbarwerke

 

Au Nord-Est : Fort III – Fort Mundolsheim - Fort Roon – Fort Desaix : 2,625 km (1,631 miles)

Au Nord : Fort IIIa – Fort Mundolsheimerkopf - Fort Podbielski – Fort Ducrot : 1,687 km (1,048 miles).

Au Sud : Kirchsbaumbatterie – Batterie des Cerisiers : 734 m (2 408 ft).

Au sud : Fort V – Fort Oberhausbergen - Fort Großherzog von Baden – Fort Frère : 1,618 km (1,005 miles).

Au Sud-Est : Stadtbefestigung - Enceinte urbaine : 5,4 km.

 

Vues vers l’Ouest à partir du front de tête du fort Foch © MJR Janvier 2012.


Caractéristiques

 

Grand fort détaché de ceinture à fossé sec de type Biehler, au tracé pentagonal de lunette aplatie, avec casernement de gorge brisé vers l’intérieur.

 

Construction (gros œuvre)

 

Date officielle de construction : 1872 – 1875.

 

Date de construction du gros œuvre d’après les informations trouvées : Juillet 1872 – août 1874.

 

Société : construit par la société Pathe - Jerschke - Schneider.

 

Installations complémentaires et modernisations :

Juin - juillet 1877 : installation de râteliers à fusils.

Juin 1878 : installation de deux cuisines comportant chacune un ensemble de 4 cuves chauffées au feu de bois et une petite cuisinière, montées et installées sur place.

1881 : une boulangerie comprenant un four à pain.

 

Dénominations successives

 

1872 : Fort IV ou Fort Niederhausbergen.

 

1er septembre 1873 – novembre 1918 : 1873 : Fort Kronprinz (Traduction : Prince Royal, fils de Guillaume Ier roi de Prusse et Empereur d’Allemagne, qui est à l’époque Frédéric Guillaume Nicolas Charles de Hohenzollern). 

 

23 novembre 1918 – 2 avril 1919 : Fort Prince Royal (dénomination française de l’époque qui est une traduction de la dénomination allemande).

 

3 avril 1919 – juin 1940 : Fort Maréchal Foch.

 

Juillet 1940 – 1944 : Fort Kronprinz (les forts reprennent tous leur dénomination allemande d’origine).

 

1945 – à nos jours : Fort Foch.

 

Biographie du Kronprinz

 

Portait du Kronprinz Frédéric Guillaume de Prusse vers 1870, futur empereur d’Allemagne.

Biographie du maréchal Foch

 

Dessin de A. Barrère de 1914 représentant le général Foch pendant la guerre de 1914-1918 (Collection MJR).

Mission

 

1875-1918 : le Fort IV, Fort Kronprinz (Prince Royal) commande le front ouest de la place forte et couvre les diverses routes à l’Ouest, entre Pfettisheim, Pfulgriesheim et Strasbourg.

 

Accès et visites

 

Propriétaire: Université de Strasbourg (UNISTRA).

Utilisation: Centre de Primatologie (CdP).

Accès et visites : accès et visites interdites pour préserver la tranquillité des primates.

 

Etat de l’ouvrage et intérêt patrimonial

 

Référence inventaire du patrimoine :

 

Fort Foch : 67170908.

Monument des démineurs (transféré au cimetière de Niederhausbergen) : 67170909.

 

Mesure de protection :

 

Fort Foch : édifice non protégé aux monuments historiques.

 

Chapelle orthodoxe Saint Sava (dans le fort) : inscrite aux monuments historiques en 1990.

Vue de la chapelle Saint Sava. Photographie © Philippe Burtscher Juillet 2002 (Tous droits réservés).

 

Chroniques succinctes / Kurze Zeittafel

 

L’histoire des forts de Strasbourg et plus particulièrement du Fort Foch vous est présentée sous la forme de chronique. En effet, l’état du fort en 1875 est tout à fait différent de celui de 1914. Son histoire évolue constamment. L'ouvrage est profondément modifié environ tous les dix ans. Par ailleurs, au fil des recherches, des données nouvelles pouvant s’ajouter, il s’avère que c’était le moyen le plus simple de vous présenter les faits historiques ayant un rapport avec ce fort. Attention toutefois aux informations générales données par la presse qui comportent souvent des erreurs et des approximations. Seuls les communiqués officiels contiennent les informations les plus fiables. Par ailleurs, il ne faut pas oublier de gratter la couche de nationalisme allemand et français de l’époque. Mais je publie volontairement ces textes qui nous mettent dans l’ambiance de l’époque.

 

Dimanche 26 février 1871

Allemagne-France : conclusion du traité préliminaire de paix.

La guerre de 1870-71 s’est achevée par une défaite de la France et la signature du traité préliminaire de paix le 26 février 1871. Ce traité prévoit de céder les territoires de l’Alsace (hormis le territoire de Belfort), de la Moselle et de deux cantons des Vosges au nouvel empire allemand.

 

Lundi 20 mars 1871

Allemagne, Alsace-Lorraine : création du 15e corps d’armée allemand « XV. Armee-Korps ».

Ordre du Cabinet impériale  « A.K.O. »  relatif à la création du 15e corps d’armée allemand « XV. Armee-Korps », stationné en Alsace-Lorraine.

 

Mercredi 5 avril 1871

Allemagne, Strasbourg place forte : le projet de ceinture de forts détachés évoqué par la presse locale.

La presse locale a publié l’article suivant au sujet du projet de construction des nouvelles fortifications : « Nous apprenons au sujet des nouvelles fortifications de Strasbourg que la ligne de défense s’étendra à une distance de 7 000 pas autour des remparts actuels jusqu’au Rhin et comprendra Kehl, Mittelhausbergen, d’où la ville a été bombardée, deviendra un point principal, et un des plus grand fort y sera établi. Au nord les fortifications s’étendront jusqu’à Hœnheim, au sud jusqu’à Illkirch. Les pièces actuelles n’ayant guère d’effet à une distance de plus de 8 000 pas, mais pouvant être rarement placées plus près qu’à 2 à 3 000 pas des forts, il sera impossible de bombarder Strasbourg. Quelques îles du Rhin seront également fortifiées, de sorte que l’investissement même de cette place de guerre serait très difficile. La ligne avancée se composera d’une vingtaine de forts et d’ouvrages. Ce serait alors au camp retranché, une place de guerre qui ne pourrait être comparée qu’à la place de Metz ».

 

Vendredi 5 mai 1871

Allemagne, Alsace-Lorraine places fortes : Mémoire sur les fortifications de Strasbourg et de Neuf-Brisach.

Le général von Moltke, chef de l’état-major général de l’empire allemand, rédige un mémoire concernant les fortifications de Strasbourg et Neuf-Brisach. Avec ce mémoire on aurait pu croire que la place de Neuf-Brisach est aussi importante que Strasbourg, mais ce ne sera pas le cas. Dans ce mémoire, Moltke opte à nouveau pour l’abandon de toutes les places fortes non indispensables pour transférer le maximum de forces à l’armée de campagne. Il souligne aussi, que d’après les enseignements tirés du dernier conflit, il est impératif de protéger les voies ferrées indispensables au ravitaillement de l’armée, par des places fortes, ce qui ne signifie pas qu’il faille construire des forts d’arrêts mais qu’il faut faire passer les lignes de chemin de fer par les grandes places fortes installées le long des cours d’eau, des places qu’il faudra agrandir en les dotant de forts détachés.

 

Jeudi 1er juin 1871

Allemagne, Alsace-Lorraine places fortes : Conférences au sujet des futurs emplacements à fortifier.

Le 1er juin 1871, le général d’infanterie, chef d’état-major de l’armée, comte de Moltke, et le général de division « Generallieutnant » von Kamecke, directeur du génie, après avoir assisté à plusieurs conférences avec le chancelier, le prince de Bismarck et le ministre d’Etat Delbrück, se sont rendus en Alsace-Lorraine pour inspecter et désigner les positions à fortifier dans les provinces nouvellement acquises.

 

Mercredi 10 mai 1871

Allemagne-France : conclusion du traité de paix à Francfort.

Conclusion de la paix entre la France et le nouvel Empire allemand. Signature du Traité de Francfort entre le gouvernement français et le nouvel Empire allemand. L’Alsace (hormis Belfort) et une partie de la Lorraine et deux cantons vosgiens sont cédés à l’Allemagne. L’Empire allemand doit désormais intégrer les forteresses des territoires nouvellement annexés dans son système de défense.

 

Vendredi 2 juin 1871

Allemagne, Alsace-Lorraine places fortes : Inspections des futurs emplacements à fortifier.

Le chef du Haut Etat-major de l’armée impériale allemande, le comte de Moltke commence sa visite en Alsace pour déterminer les positions à fortifier. D’ailleurs avant son départ par Frankfort en Alsace-Lorraine, il a eu plusieurs conférences avec le prince de Bismarck et le ministre d’Etat Delbrück. On résume que son voyage a pour but d’inspecter les positions à fortifier dans ces contrées.

 

Octobre 1871

Allemagne, Strasbourg place forte : piquetage des emplacements des futurs forts détachés.

Matérialisation de l’emplacement des forts par la mise en place de piquets et de perches en bois représentant le profil de chaque ouvrage.

 

Dimanche 5 novembre 1871

Allemagne, fortifications : révision du nouveau projet de défense du territoire.

Le mémoire du comte de Moltke chef de l’état-major général allemand incite l’Empereur à publier un nouvel ordre du cabinet impérial « A.K.O. » le 5 novembre 1871 pour demander de réviser et de présenter à nouveau le projet de défense du territoire à la commission de défense du territoire.

 

Vendredi 17 novembre 1871

Allemagne, Strasbourg place forte : ordre impérial de construction des nouvelles fortifications.

L’acte de naissance officiel et secret à l’époque relatif à la construction des ouvrages de la ceinture fortifiée de Strasbourg est l’ordre du Cabinet impérial du 17 novembre 1871 : « J’ordonne au ministère de la guerre, conformément à l’expertise de la commission de défense du territoire du 26 juin, de ceinturer la forteresse de Strasbourg de forts détachés de telle sorte que la ville soit à l’abri d’un bombardement, et de réaliser ces ouvrages le plus rapidement possible. Entre autres, il faudra également planifier et entreprendre bientôt une extension de la forteresse, au niveau du front Nord. Pour débloquer les fonds nécessaires à ces nouveaux ouvrages, le ministre de la guerre doit entrer en contact avec le chancelier de l’Empire, à condition de financer l’agrandissement de la forteresse avec l’argent provenant de la vente des terrains de construction provenant des anciennes fortifications, mis à la disposition de la ville. Berlin, le 17 novembre 1871. Au ministère de la guerre. Wilhelm Graf von Roon ».

 

Jeudi 21 décembre 1871

Allemagne, fortifications : loi concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses.

Pour garantir l’absence d’obstacles au niveau des champs de tir autour des ouvrages de fortification, on a voté en Allemagne la loi du 21 décembre 1871 concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses. Cette loi connue sous la dénomination de « Rayongesetz » (loi du rayon de fortification), fixe 3 rayons de fortification aux alentours des ouvrages, à 600, 975 et 2250 mètres, à l’intérieur desquels la construction était sévèrement réglementée voir même interdite. Les litiges concernant ces rayons, ainsi que le passage des routes et des voies ferrées ou l’aménagement de digues étaient soumis à l’examen de la commission impériale de rayon, à laquelle participait deux officiers, un prussien et un bavarois du corps du génie.

 

Mercredi 7 février 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : complément d’informations concernant l’adjudication de la construction des forts détachés II à VI.

Le service des fortifications de Strasbourg « kaiserliche Fortification » publie un complément d’informations dans la presse locale au sujet de l’adjudication des forts II à VI à Strasbourg. Les matériaux pour la construction des forts doivent être récupérer à Phalsbourg (démantèlement des anciennes fortifications) et dans les carrières de l’administration militaire. Cela fait l’objet d’une adjudication particulière, à laquelle pourront participer les consortiums, qui ont gagné l’adjudication de construction des forts. La construction d’une voie de chemin de fer de liaison permettra de transporter ces matériaux jusqu’aux chantiers. Pour l’adjudication future de l’exploitation de l’arasement de la place forte de Phalsbourg et pour l’éventuelle installation du chemin de fer de ceinture, aucune restriction n’est imposée, à part la nécessité de fournir des attestations de bonne exécution des contrats précédents délivrés par les autorités aux entrepreneurs.

 

Lundi 12 février 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : adjudication de la construction des forts II à VI.

Les travaux de construction des cinq premiers forts de Strasbourg ont été adjugés le 12 février 1872 à différents consortiums d’entrepreneurs. Il s’agit de la construction de cinq forts à fossés secs : le Fort Reichstett, le Fort Mundolsheim, le Fort Niederhausbergen, le Fort Oberhausbergen et le Fort Wolfisheim. Cette adjudication qui comporte trois grands forts et deux forts de taille moyenne. Un grand fort comme le Fort IV ou Fort Niederhausbergen environ 240 000 m3 de terrassement et 100 000 m3 de maçonnerie. La construction de ce fort a donc été à priori adjugé au consortium d’entrepreneurs August Pasdach & Cie. Au cours de l’année 1872, commencera également le chantier du Fort VII dont on a trouvé aucune adjudication. Les forts doivent être construit dans un délai de deux à trois ans.

Annonce officielle paru dans un journal local (Collection MJR)

Mercredi 21 février 1872

Allemagne, Alsace-Lorraine, fortifications : entrée en vigueur en Alsace-Lorraine de la loi concernant les restrictions appliquées à la propriété aux alentours des forteresse.

Loi du 21 février 1872, relative à l'introduction et à l'application en Alsace-Lorraine de la loi impériale du 21 décembre 1871, concernant les restrictions appliquées à la propriété aux alentours des forteresses. Le champ d'application de la loi impériale du 21 décembre 1871, concernant les restrictions à la propriété aux alentours des forteresses, sera étendue à l'Alsace-Lorraine à partir de sa date de publication. Signé et muni par du sceau impérial, à Berlin, le 21 février 1872. Wilhelm et Fürst von Bismarck. Voici quelques détails concernant cette loi.

Loi relative aux restrictions appliquées à la propriété aux alentours des forteresses.

Le droit de propriété, sis à proximité d'ouvrages de fortifications existants ou à construire, est soumis à des restrictions permanentes énoncées dans la présente loi. Après avoir constaté la nécessité de ces restrictions, le terrain situé aux environs des fortifications est divisé en trois zones portant la dénomination suivante : « Erster, zweiter, dritter Rayon » (premier, deuxième, troisième rayon).

Dans les forteresses qui ont plusieurs lignes de fortification, le terrain, compris entre deux lignes de fortification, constitue une zone intermédiaire dénommée « Zwischenrayon ». Dans les places munies d'une citadelle, le terrain, frappé de servitude en avant des ouvrages des fronts de la ville, prend le nom « Esplanade » (esplanade). Les rayons des zones se mesurent à partir des angles saillants du chemin couvert de la crête de glacis, de la crête du talus de contrescarpe ou, en l'absence de fossé, de la ligne de feu des parapets ou du pied du mur crénelé.

La première zone « Erster Rayon » embrasse :

1° dans toutes les places fortes et dans les forts détachés à construire, un espace de 600 mètres ;

2° dans les forteresses bâties le long d'un cours d'eau et dont la gorge est fortifiée, l'espace compris entre cette gorge et la berge.

La deuxième zone « Zweiter Rayon » comprend le terrain sis entre la limite de la première zone et une ligne située à 375 mètres en avant.

Les forts détachés n'ont pas de deuxième zone, mais le terrain, qui s'étend depuis la limite de la première zone jusqu'à une distance de 1 650 mètres, est soumis aux servitudes propres à la troisième zone « Dritter Rayon ».

La troisième zone « Dritter Rayon » comprend, dans toutes les places fortes, le terrain situé au-delà de la limite de la deuxième zone et jusqu'à une distance de 1 275 mètres.

Les zones intermédiaires « Zwischenrayon » se subdivisent en zones simples « Einfache » et zones rigoureuses « Strenge ». La zone rigoureuse embrasse le terrain situé entre l'enceinte intérieure et une ligne menée à 75 mètres en avant. La zone simple commence au-delà.

Lors de l'établissement de nouvelles fortifications, les deux premières zones, les esplanades ou zones intermédiaires sont mesurées par le commandant de la place, avec le concours des agents de la police, en présence des autorités locales et des propriétaires. Les limites sont indiquées par des bornes.

A partir de ce moment, les terrains sont soumis aux servitudes indiquées dans la présente loi. Aussitôt après l'arpentage des zones « Absteckung der Rayonlinie », le commandement doit établir un plan terrier « Rayonplan » et une matrice cadastrale « Rayon Kadaster » des zones. Le plan terrier donne la délimitation exacte des zones, la position et le numéro des bornes, ainsi que la nature et le genre d'exploitation des parcelles englobées.

La matrice comprend :

1° Les noms des propriétaires des parcelles.

2° La description de l'état des lieux, la date de l'établissement des bâtisses et constructions situées dans les deux premières zones et dans les zones intermédiaires.

3° Des notes sur les droits des propriétaires à une indemnité en cas de démolition. Etc.

En résumé, pour un fort détaché nous avons :

Un premier rayon jusqu'à 600 mètres autour du fort. Un troisième rayon, allant jusqu'à 1 650 mètres de la limite précédente.

Allemagne, Strasbourg fortifications : Réduction des projets des fortifications.

Dans la directive de l'inspection générale royale du 21 février 1872, signée par général von Biehler, les restrictions demandées sont encore plus importantes, compte tenu qu'avec les fonds prévus il faut également financer la construction de la route de liaison entre les forts eux-mêmes et l'enceinte, ainsi que les lignes télégraphiques souterraines. En tenant compte de ces nouvelles directives, les projets de construction doivent être revues à la baisse pour respecter les montants maximums suivants :

Pour un grand fort, de 550 000 à 560 000 thalers ;

Pour un petit fort, de 450 000 à 460 000 thalers.

Voici les directives particulières fixées par l'inspection générale et le département général de la guerre concernant les modifications à apporter au projet :

1). Réduction des effectifs de l'infanterie en tenant compte du fait que les personnels de l'artillerie de forteresse, qui sont équipés d'un fusil, peuvent également être employés pour une mission d'infanterie ;

2). Limitation par le service des fortifications des demandes de l'officier de la place, qui concernent la surface des locaux pour le stockage des réserves etc., de même que ceux de l'artillerie de forteresse et du service des fortifications ;

3). Réduction des capacités de stockage des magasins à poudre, et construction d'un seul laboratoire au lieu de deux prévus initialement ;

4). Remplacement du revêtement de l'escarpe par un mur d'escarpe détaché ;

5). Réductions éventuelles des locaux de stockage des vivres en prenant comme base de calcul une réserve de 6 semaines ;

6). Procéder à une modification structurelle du bâtiment en regroupant tous les locaux d'habitation en un corps de casemate à 2 étages au niveau de la gorge. A cela s'ajoute d'autres mesures que comme la réduction de l'effectif de l'infanterie. Par ailleurs ce document émet des préconisations particulières pour chaque fort détaché. 

 

Lundi 26 février 1872

Allemagne, Strasbourg et Metz, fortifications : application de la loi du « rayon de fortification » aux places fortes de Metz et de Strasbourg.

Un journal de Strasbourg a publié cette ordonnance : « Sur la base de l’article 35 de la loi impériale concernant les restrictions apportées aux propriétés aux alentours des fortifications, du 21 décembre 1871 (Bulletin des lois impériales, 1871, n°51, paragraphe 459, bulletin de loi d’Alsace-Lorraine 1872, n°8, paragraphe 133), nous portons à la connaissance du public que l’agrandissement des places fortes de Metz et de Strasbourg et la mise en application des servitudes est prévue. Berlin, le 26 février 1872. Le Chancelier d’empire Fürst von Bismarck ».

 

Mars 1872

Allemagne, Strasbourg fortifications : relevés de terrains sur la future ceinture de forts détachés.

Les gardes du génie « Wallmeister » effectuent des relevés de terrain pour dresser des plans détaillés des communes soumises aux servitudes du rayon des fortifications. Ces relevés concernent dans un premier temps les environs des futurs ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

 

Vendredi 8 mars 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : la presse publie un article sur le projet.

Les journaux extérieurs à la ville ont écrit : « Comme nous l’avions déjà annoncé, la construction des nouveaux forts va bientôt commencer. En liaison avec ce remodelage des fortifications, il y a l’agrandissement de la ville, qui sera mené en même temps que les projets de nouveau canal et d’installations de voies ferrées. Les plans de ces projets sont examinés en ce moment par l’administration municipale, et en général ils devraient obtenir une approbation unanime. Que ce projet prévu sur les plans prévoie de commencer par la construction des ouvrages de fortification dans un premier temps n’est pas surprenant ! Car c’est seulement lorsque les ouvrages de fortification chargés d’assurer la sécurité contre un bombardement de la ville seront achevés que l’on pourra démolir l’étroit corset de fortification qui enserre la ville. Les chantiers pour les cinq forts détachés les plus importants, c’est-à-dire ceux de Wolfisheim, Niederhausbergen, Oberhausbergen et Reichstett sont désormais prêt, d’ailleurs les adjudications pour la construction de ces ouvrages ont été attribuées le 12 février 1872. Au cours des années suivantes, l’adjudication des autres forts sera réalisée, on parle d’ailleurs que ce sont 12 forts qui seront érigés et ils seront reliés entre eux par une ligne de chemin de fer. Naturellement la réalisation de tels ouvrages va mobiliser d’énormes moyens : ce sera l’occasion de vérifier si la fameuse pingrerie allemande est toujours d’actualité “deutsche Sparsamkeit”. De temps en temps, ce système économique s’est avéré efficace, en arrivant à réaliser des ouvrages de fortification aux prix fixés sans surcoût. Les personnels concernés peuvent être fier de ce résultat alors que l’on avait préconisé le contraire. L’administration civile a projeté la construction d’un canal de Strasbourg à Lauterbourg ainsi que des travaux pour rendre le Rhin navigable en amont de Strasbourg, ce qui permettrait d’augmenter sa capacité de défense et facilitera son agrandissement, et grâce à cette coopération la main dans la main que l’on a les meilleurs espoirs pour la sécurité et le développement de Strasbourg ».

 

Mardi 19 mars 1872

Allemagne, Strasbourg et Metz, places fortes : la presse allemande publie un article sur les projets.

Article de presse de la Lorraine allemande. « La construction des forts de Strasbourg commencera bientôt à grande échelle, ceux de Metz – où il s’agit d’achever les travaux commencés par les Français en 1866 et 1867, et qui n’ont pas été achevés- sont menés avec vigueur depuis le début de l’année. Pour ce faire une idée sur le volume de ces travaux, les entrepreneurs qui ont reçu le droit d’exploiter des carrières de grès, font extraire chaque jour 100 charrettes de pierres de taille qui sont acheminées à partir des Vosges vers les chantiers avec le chemin de fer. De plus, on procède également à la reconstruction des maisons endommagées, alors qu’à Strasbourg, de nombreux bâtiments ne sont encore que des tas de gravats, mais peut-être que l’agrandissement de cette ville commencera bientôt. Mais également dans les autres villes, comme Mulhouse par exemple, où les chantiers de construction dureront de nombreuses années si bien que les salaires ont rapidement augmenté et sont d’ailleurs toujours à la hausse. Rien n’a été décidé pour la construction de fortifications qui feraient le contrepoids face à Belfort, cependant il semble que les matériaux qui seront utilisés à Strasbourg ne viendront pas seulement de Phalsbourg mais également de Sélestat ». Remarque : la place forte de Sélestat n’est arasée qu’à partir de 1874. Jusqu’à présent nous n’avons trouvé aucun document qui confirme l’utilisation des pierres de Sélestat pour les nouvelles fortifications de Strasbourg.

Allemagne, Strasbourg place forte : Réduction des projets des fortifications de Strasbourg.

Comité des ingénieurs. Section 3. Berlin, le 25 mars 1872. Expertise concernant la réduction des projets des fortifications de Strasbourg pour les forts II à VI. 15 janvier 1872. Rendu à la suite de la disposition du département royal général de la guerre « Allgemeinen Kriegs Departement » et de l’inspection générale royale du corps des ingénieurs et des fortifications. Suite aux données fournies par le département général royal de la guerre, de la somme initiale de 10 millions de thaler pour les forts de Strasbourg, il ne reste plus que 7 millions de thaler, y compris pour l’acquisition des terrains, si bien qu’il est nécessaire de procéder à des réductions conséquentes sur le base des directives présentées, et d’autant plus qu’avec cette somme, il faudra également couvrir les coûts des batteries intermédiaires qui devaient être érigées en construction permanente. Le département royal a calculé en tenant compte de ces impératifs, que le montant maximum à accorder pour la construction d’un grand fort s’élève à 750 000 thalers au lieu des 1 million de thalers prévu initialement dans le projet, et de 500 000 thalers pour un petit fort.

 

Mardi 2 avril 1872

Allemagne, Lutzelbourg : Augmentation du trafic sur le canal et projet de transporter les pierres des fortifications de Phalsbourg vers Strasbourg.

Un journal de Strasbourg a publié cet article : « Du canton de Lutzelbourg, 2 avril 1872. La circulation fluviale sur le canal est déjà très soutenue comme jamais, et cela risque encore d’augmenter puisque les pierres de taille prélevées lors de l’arasement des fortifications de Phalsbourg seront acheminées à Strasbourg pour servir de matériaux de construction pour la construction des nouveaux ouvrages de fortification ».

 

Jeudi 11 avril 1872

Allemagne, Strasbourg, place-forte : Déclaration de l’urgence de la construction des nouvelles fortifications dans le cadre de la procédure d’expropriation.

Pour permettre l’expropriation des terrains situés sur la rive gauche du Rhin, conformément aux lois françaises encore en vigueur, l’empereur Allemand Guillaume Ier signe une ordonnance autorisant les expropriations des terrains pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg sur la base de la loi sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 et de la loi sur l’expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d’ouvrages de fortification du 30 mars 1831. Voici la traduction intégrale de ce texte : « Nous Wilhelm, Empereur d’Allemagne et Roi de Prusse par la grâce de Dieu, nous ordonnons pour l’Alsace-Lorraine au nom de l’Empire d’Allemagne, à la requête du Chancelier d’Empire et sur la base de la loi française sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 (Bulletin des lois 9, série n°9285) et de la loi française sur l’expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d’ouvrages de fortification du 30 mars 1831 (Bulletin des lois 9, série n°98), ce qui suit : Conformément à l’intérêt public de la nécessité urgente d’agrandir les fortifications de Strasbourg, conformément au plan qui nous est présenté, les autorités chargées des travaux peuvent, par cette ordonnance, acquérir les parcelles de terrain nécessaires par des expropriations. Avec notre haute signature manuscrite et le cachet impérial ; A Berlin, le 11 avril 1872. Signé Wilhelm ». Par ordre pour le Chancelier d’Empire, signé Delbrück. Ordonnance rendue publique, à Strasbourg le 17 avril 1872. Signé von Möller.

 

Vendredi 12 avril 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction des nouvelles fortifications.

Un journal de Strasbourg qui a repris un article publié par un journal allemand a publié cet article : « Strasbourg le 12 avril 1872. De Strasbourg, d’après la « Spener’schen Ztg. » à propos de la construction des ouvrages de fortifications” : « La ville doit être munie d’une ceinture de 18 forts distants en moyenne d’environ d’une lieue « Meile » de l’enceinte de la ville. Dans un premier temps, la construction de 5 forts au nord-ouest va être commencée, et l’exécution de ces travaux a été adjugée à plusieurs consortiums de maître maçons. La construction de ces 5 premiers forts doit être complètement achevée au 1er avril 1875. Les plans délivrés aux entrepreneurs sont assez succins, la réalisation des dessins de détail reste à leur charge, bien que les plans délivrés soient déjà de grande qualité. Ces consortiums commencent à présent à ériger sur les emplacements des futurs chantiers un certain nombre de logements et même des cantines pour les colonies de travailleurs d’une capacité d’environ 800 à 1 000 personnes. Ces derniers viendront essentiellement de l’ancienne Allemagne « Alt-Deutschland », puisque les Alsaciens ne veulent pas s’adonner librement à ces travaux. Seulement après l’achèvement de ces 5 forts que l’on commencera la construction des 13 autres, et là seulement, lorsqu’ils seront tous terminés, alors que le coût global est estimé entre 30 et 40 millions de Thaler, commencera la démolition des anciennes fortifications ». Remarque : on ne construira que 14 forts détachés autour de Strasbourg.

 

Mai 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Corrections apportées à l’emplacement des forts détachés.

En mai 1872 le général von Biehler aurait apporté des corrections au piquetage sur le terrain de l’implantation des forts n°II à VII.

 

Mercredi 29 mai 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Chemin de fer de ceinture pour la construction des nouvelles fortifications.

La presse locale a publié à plusieurs reprises cette offre d’emploi pour l’installation du chemin de fer de ceinture : « Cherche travailleurs. 200 terrassiers et poseurs de rails, travailleurs consciencieux, qui trouveront un emploi pour une durée assez longue sur le chantier du chemin de fer de ceinture « Ringbahn », allant du canal de la Marne au Rhin « Marne Canal » à Souffelweyersheim, Mundolsheim, Oberhausbergen et Niederhausbergen, pour un très bon salaire. L’entrepreneur Rauschert & Becker ».

 

Jeudi 13 juin 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : avancement des travaux du chemin de fer de ceinture et préparation du chantier du Fort Niederhausbergen.

Un journal local a publié l’article suivant repris à partir d’un journal allemand : « Strasbourg le 13 juin 1872. On vient de publier dans le journal Niederrheinische Courrier, sur Hausbergen : Depuis plusieurs jours les travaux du chemin de fer de ceinture ont commencé ; sur la colline on a commencé à creuser un puits pour le fort et à ériger des baraquements pour les ouvriers. Les terrains destinés au fort sont débarrassés de leurs récoltes. Les propriétaires espèrent être indemnisés bientôt, puisque à la suite de l’expropriation le nouveau propriétaire vient d’en prendre possession ».

 

Jeudi 27 juin 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Travaux des nouvelles fortifications.

Strasbourg le 27 juin 1872. Le journal de Vienne Neue Freihe Presse écrit d’ici : « Des forts qui doivent transformer notre ville en place forte de 1er rang, depuis quelques temps les travaux de certains d’entre eux ont été pris à bras le corps, et plus précisément les deux, qui couronnent les Hausbergen, une croupe de terrain allongée fort imposante, situé environ sur la ligne entre Strasbourg et Saverne. C’est seulement après l’achèvement des forts que l’on commencera l’extension de la ville qui est d’ailleurs fort attendue, une date surveillée par l’association de promotion de la construction « Bauverein » qui vient d’être créé. Cette association d’entre aide doit aider les familles dans l’acquisition des logements, en leur permettant de payer par fractions ces investissements. D’ailleurs, le manque de logements actuel sera bientôt résorbé, puisque dès cet automne on aura reconstruit la plupart des immeubles détruits lors du siège ».

 

Lundi 1er juillet 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Travaux des nouvelles fortifications.

De l’Alsace le journal « Deutsche Presse » publié à Francfort a écrit sur les fortifications de Strasbourg : « Au Strasbourg, 1er juillet (1872). Au nord entre l’Ill et le Rhin l’enceinte de la ville, qui reliera à 3 kilomètres l’actuel front jusqu’au canal, sera avancée de telle façon, que les belles promenades entre la Robertsau et la place de la Robertsau seront incluses dans l’enceinte. C’est à cet endroit que l’on construira un port et canal, qui vient du Rhin et passe par Kehl, et permette un meilleur approvisionnement. A l’ouest, au-delà du front qui regarde vers la France, le côté qui nécessite naturellement une meilleure défense, la Prusse érige un vaste camp retranché « verschanztes Lager » qui peut accueillir une armée de 200 000 hommes, qui avec Strasbourg et cinq grands forts en forme d’étoile « sternformige Forts »  qui seront érigés sur les points suivants, en commençant par le nord : le Fort Reichstett, à environ 8 kilomètres au nord-est de la nouvelle enceinte, qui contrôle face à l’ouest la route vers Lauterbourg et vers l’est le chemin de fer vers Paris et ultérieurement deux lignes de chemin de fer projetées dont l’une relie la ville et les forts et l’autre qui relie les forts entre eux. Plus au sud à environ 3 kilomètres de ce premier Fort Reichstett où se trouve d’une part la route vers Wissembourg, et d’autre la grande ligne de voies ferrées vers Paris, le Fort Souffelweyersheim, à un kilomètre au sud-ouest le Fort Niederhausbergen près de la grande route de Strasbourg à Bouxwiller et enfin, les ouvrages d’Oberhausbergen et de Wolfisheim qui commandent la route allant à Saverne, Paris et le canal de la Bruche. Les emplacements de ces cinq forts ont été astucieusement choisis. Tous dominent le terrain dans la plaine de Strasbourg, qui est située à une hauteur de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Fort Reichstett est à une hauteur de 150 mètres, celui de Souffelweyersheim a une hauteur identique, ceux de Niederhausbergen et d’Oberhausbergen respectivement à 191 et 173 mètres, et enfin celui de Wolfisheim à 160 m au-dessus du niveau de la mer. Le premier, situé au nord du camp retranché, s’appuie sur les marais de la Souffel, et le cinquième au sud, sur les bras confluents de l’Ill. Sur le Rhin, en passant par Kehl, il est toujours possible d’amener de l’aide de toute sorte en provenance d’Allemagne ».

 

Juillet 1872

Début de construction du Fort IV, Fort Niederhausbergen, par le consortium d’entreprises Pathe - Jerschke – Schneider.

 

Mercredi 3 juillet 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction des nouvelles fortifications de Strasbourg.

Un correspondant strasbourgeois de la Presse allemande de Francfort donne à ce journal des détails sur les nouvelles fortifications de Strasbourg ; ces renseignements sont reproduits par la Gazette de Strasbourg. Du côté de la France on construira un vaste camp retranché pouvant contenir 200 000 hommes et relié la ville par cinq forts ; le fort de Reichstett, à 8 kilomètres au nord de la nouvelle enceinte ; le fort de Souffelweyersheim ; le fort de Niederhausbergen ; celui de Oberhausbergen et celui de Wolfisheim. Le fort de Reichstett dominera la route de Lauterbourg et le chemin de fer de Paris ; celui de Souffelweyersheim dominera également cette dernière ligne ; celui de Niederhausbergen, la route de Bouxwiller ; les deux autres forts, la route de Saverne et le canal de la Bruche.

 

Vendredi 5 juillet 1872

Allemagne, Phalsbourg, fortifications : Travaux de démolition des anciennes fortifications.

Un journal de Strasbourg a publié l’article suivant : « Metz, le 5 juillet 1872. Nous avons lu dans le journal Deutsche Allgemeine Zeitung : Lors d’une de mes récentes excursion à Phalsbourg j’ai pu constater l’avancement des travaux d’arasement de la place forte. Les murs hauts de 40 pieds sont pratiquement entièrement démolis et les gravats de ces derniers comblent les fossés sur une hauteur de 3 à 4 pieds. Le transport des pierres nécessaires aux autres travaux de fortification entraînera encore plus d’efforts et de frais que les travaux de démolition. Etant donné que l’installation d’une voie de chemin de fer est projetée entre Phalsbourg et Lutzelbourg et que le transport des pierres en voiture par-dessus la montagne est impossible, elles resteront sur place en attendant la construction de cette ligne. Les 41 maisons situées à l’intérieur de la ville qui ont été détruites par les bombardements ou par le feu, ont été, à part deux d’entre elles, toutes reconstruites et sont plus belles qu’avant ; en réalité la ville ne perd rien à l’arasement de ces ouvrages de fortification et à l’avenir elle n’est plus menacée par un bombardement. Phalsbourg doit recevoir une forte garnison, qui pourra être largement hébergée dans ces belles et grandes casernes ».

 

Samedi 6 juillet 1872

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine : Nouvelles diverses concernant les places fortes d’Alsace-Lorraine.

On lit dans la « Metzer-Zeitung », un des deux journaux allemands crées à Metz pour la garnison et la colonie : « Les fonctions de commandant et de major de place à Bitche viennent d’être supprimées. L’ensemble du réseau des places fortes de la nouvelle province allemande se réduit donc à Metz, Thionville, Strasbourg et Brisach. La direction générale des travaux de Strasbourg, comprenant l’achèvement de ceux qui sont commencés, les projets nouveaux à proposer, l’extension à donner, vient d’être confiée au colonel de génie Klotz. On assure que la construction des forts s’exécutera d’après des principes nouveaux. Il sera donné la plus grande attention aux travaux de communication, par télégraphe et chemins de fer, des forts avancés, soit entre eux, soit avec la ville ou les dépôts, magasins, quartier-général, etc., qu’elle renferme. Des systèmes nouveaux sont également appliqués à l’organisation des hôpitaux, et à l’établissement des abris pour les garnisons destinées à la défense de ces grandes places d’armes. La plus grande partie de l’armement de l’artillerie de ces forteresses consistera en pièces des plus gros calibre ».

 

Lundi 8 juillet 1872

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine : Loi sur la repartions des indemnités de guerre versées par la France et utilisées pour la construction des nouvelles fortifications.

La loi du 8 juillet 1872, en vertu de laquelle l’indemnité de guerre payé par la France a été répartie, avait consacré une somme de 19 000 000 thalers (71 250 000 fr.) aux travaux de fortification à élever en Alsace-Lorraine. Sur cette somme, 3 750 000 fr. étaient réservés pour l’agrandissement de la ville de Strasbourg. Restaient donc, pour être employés à la construction de nouveaux ouvrages, 67 500 000 fr. La portion de ce crédit, à dépenser en 1872 et en 1873, devait s’élever à 51 181 875 fr. : un reliquat de 16 318 125 fr. restait donc disponible pour les exercices suivants et était destiné à compléter le système de défense de Strasbourg et de Metz, les gros œuvres devant être achevés grâce aux crédits consacrés aux années 1872 et 1873.

 

Jeudi 11 juillet 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Généralités sur les travaux des nouvelles fortifications.

La presse locale a publié cet article : « Strasbourg, 11 juillet 1872. On lit dans le journal Frankfurter Zeitung : Au « Reichsland » (Terre d’Empire) on entreprend de grands travaux publics, on accélère l’installation des voies de chemin de fer tout comme les autres voies de communication, grâce auxquels le pays est déjà plus riche que la plupart des autres provinces allemandes, au niveau des installations déjà achevées ou celles qui sont projetées. La fortification à grande échelle de la capitale de la Terre d’Empire est menée rondement et nécessite des sommes colossales pour réaliser une place d’armes qui lorsqu’elle sera achevée n’aura pas d’égal au monde. Elle est prévue pour une population de plus de 300 000 habitants, entourée par 16 forts détachés, qui sera également un camp retranché capable d’accueillir une armée forte de 200 000 hommes. Avec deux nouvelles gares, dont une gare centrale, une liaison par bateau à vapeur avec Mannheim et Rotterdam, sur le canal projeté du Rhin au Neckar ou sur le Rhin rectifié, Strasbourg voit son avenir avec confiance ».

 

Lundi 22 juillet 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Arasement des fortifications de Phalsbourg et transport des matériaux vers Strasbourg.

La presse locale publie : « Strasbourg, 22 juillet 1872. L’arasement de la place forte solide comme un roc de Phalsbourg est pour l’essentiel pratiquement achevé, bien qu’il faille compter encore quelques mois pour achever ce qui a été commencé. Ces travaux ont entraîné une pénurie d’eau dans la place, puisque la population de cette petite place enclavée était déjà obligée de chercher péniblement de l’eau à l’extérieur à cette période de l’année. Deux bataillons de « Braunschweiger » sont encore en garnison dans la ville. La population se montre très réticente à leur départ. On peut encore signaler qu’une importante partie des maçonneries des fortifications qui ont été arasées, ont été transportées vers le canal près de Lutzelbourg à l’aide d’une voie ferrée spéciale et chargée dans les péniches pour être transporté à Strasbourg, où elle sera employée pour la construction des nouveaux forts extérieurs. Les bâtiments de Phalsbourg endommagés lors du bombardement sont systématiquement remplacés par de nouvelles constructions ».

 

Vendredi 16 août 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction des nouvelles fortifications de Strasbourg.

Une revue militaire française a publié un article tiré de journal militaire allemand et de la Gazette d’Augsbourg : « On vient de former une commission, sous le nom de : Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg. Comme son nom l’indique, elle est spécialement chargée des travaux qui s’exécutent à Strasbourg ; le colonel Klotz, du corps des ingénieurs, est à sa tête. L’enceinte de Strasbourg sera avancée à 3 kilomètres au nord, entre l’Ill et le Rhin, jusqu’au canal qui unit ces deux cours d’eau. Ainsi, la promenade de Roberstau sera comprise dans la nouvelle enceinte. Un canal, qui communiquera avec de la Marne au Rhin, permettra de tirer facilement des approvisionnements de Kehl. Le front qui regarde la France recevra naturellement les plus fortes défenses. On établira à l’ouest de la place un camp retranché susceptible de recevoir 200 000 hommes et qui sera couvert par cinq grands forts, à savoir : Le fort de Reichstett, à 8 kilomètres nord-ouest de la nouvelle enceinte, commandant la route de Lauterbourg ; A 3 kilomètres au sud de ce premier fort, le fort de Souffelweyersheim, commandant la route de Wissembourg et le chemin de fer de Paris ; A 1 kilomètre au sud-ouest, le fort de Niederhausbergen commandant la route de Strasbourg à Bouxwiller, et enfin les forts d’Oberhausbergen et de Wolfisheim commandant les routes de Saverne et de Paris, et le canal de la Bruche. Tous ces forts dominent la plaine de Strasbourg. On se propose, en outre de construire une ligne de fer qui reliera tous ces forts entre eux avec la place ».

Nous ajoutons à ces renseignements la nouvelle suivante, tirée d’un des derniers numéros de la gazette d’Augsbourg : « Trois forts faisant partie du système général de Strasbourg seront construits sur le territoire du grand-duché de Bade : Le premier, entre Sundheim et Eckartsweier ; Le second, au sud de Neumühl ; Le troisième, à Altenheim ».

 

Samedi 28 septembre 1872

Allemagne, Strasbourg, place forte : Pose de la première pierre de la nouvelle ceinture de fortification au Fort V.

Les autorités allemandes ont choisi le samedi 28 septembre 1872, le jour anniversaire de la capitulation de Strasbourg, pour célébrer de manière festive la pose de la première pierre des nouvelles fortifications de Strasbourg, sur le chantier du Fort V – Fort Oberhausbergen – Fort Grossherzog von Baden, actuel fort Frère. Grâce aux articles parus dans la presse locale, nous avons réussi à reconstituer l’essentiel du déroulement de cette cérémonie.

Les autorités allemandes ont choisi le samedi 28 septembre 1872, le jour anniversaire de la capitulation de Strasbourg, pour célébrer de manière festive la pose de la première pierre des nouvelles fortifications de Strasbourg, sur le chantier du Fort V – Fort Oberhausbergen – Fort Grossherzog von Baden, actuel fort Frère. A cette occasion, ils ont invité, au moyen du rapport de garnison « Parolebefehl », tous les officiers, médecins et fonctionnaires de l’armée, et des cartons d’invitation ont également été envoyés aux représentants des diverses branches de l’administration civile et à leurs épouses. Grâce aux articles publiés par la presse, nous avons reconstitué le déroulement de cette cérémonie.

Les alentours du fort ont été piquetés de drapeaux noir, blanc et rouge sur un large rayon, et la place de la cérémonie a été ornée de sapins, de guirlandes qui virevoltaient gaiment dans le vent. Du haut de la crête des parapets du front, sur lesquels les invités civils avaient pris place, parmi lesquels on trouvait de nombreuses dames, la place offrait à leur vue une image idyllique en arrière-plan, avec la tour de la cathédrale éclairée par le soleil et les sommets bleus des hauteurs des Vosges et de la Forêt-Noire. Parmi les invités ont été aperçus en plus de l’intégralité des autorités militaires et civiles, le conseiller du gouvernement von Quast, conservateur des monuments historiques de Prusse et de nombreuses dames alsaciennes des environs, reconnaissables à leur couvre-chef traditionnel.

La solennité a été ouverte ponctuellement à 10 heures, lorsque son excellence le général commandant le 15e corps d’armée von Fransecky pénétra dans le carré formé par des détachements de troupes de toutes les armes, et dès cet instant la fanfare de trompettes du régiment d’Uhlans annonça l’ouverture officielle de la cérémonie.

Sur cela, le gouverneur de la place von Hartmann prononça le discours officiel ; ce discours est certes assez long, mais nous le publions en intégralité car il reflète bien l’opinion des dirigeants allemands de l’époque : « Après que Strasbourg ait ouvert ses portes à Louis XIV, le roi reconnu que sa première mission était de sécuriser ce bien précieux par la modernisation des fortifications. Il chargea de cette mission son ingénieur le plus célèbre et le plus doué, Vauban. Les anciens bastions et redoutes, auxquels avaient œuvré les architectes militaires Specklin et Rimpler, ont été renforcés, les fossés ont été approfondis et régulés, un grand nombre d’ouvrages avancés ont été construits, la citadelle qui a été érigée était un modèle du genre reflétant l’art de la fortification de l’époque, sa jonction à l’enceinte urbaine de la ville a été réalisée, une ingénieuse zone inondable a été installée et protégée, tous les fronts de la forteresse étaient préparés contre toute attaque ennemie. Strasbourg était considérée comme une place imprenable. Cette ville d’Empire qui a gardé sa culture germanique derrière ses murs crénelés et préservée son indépendance grâce à l’appui de ses bastions, bien que l’Alsace eût été perdue, était devenue une place d’armes française, c’est-à-dire une place avancée base de départ des conflits contre l’Allemagne.

Les successeurs de Louis XIV ont renforcé Strasbourg, des plans dirigés contre l’Allemagne et sa puissance. Le fabuleux arsenal qui a été érigé contenait de nombreuses armes destinées à combattre l’Allemagne ; on a créé une fonderie de canons, des ateliers et des écoles militaires, qui avaient acquis très rapidement une réputation européenne. C’est de Strasbourg que partirent de nombreuses armées pour soumettre et dévaster l’Allemagne. Les portes de Strasbourg ont été baptisées des noms des victoires françaises.

Strasbourg était considérée comme une sentinelle inquiétante, avec laquelle le voisin menaçait la réunification et le déploiement de la puissance allemande. Les guerres de libération et les accords de paix de 1814 et 1815 avaient laissé l’Alsace et Strasbourg à la France. Avec la reconstitution de la puissance de la France, Strasbourg a repris le rôle qu’elle jouait auparavant. Les vieilles traditions françaises ont été reprises, les hommes politiques et les historiens français ont pour but permanent d’abaisser le développement de l’Allemagne, ce qui était le guide permanent de la politique française. Le deuxième empire estimait que son existence était compromise en cas d’unification allemande. Génial ! Pendant que la politique française prônait les anciens souvenirs et objectifs, elle délaissait sa défense, qui était très efficace auparavant. On oublia que la défense nécessite des moyens extraordinaires pour rester au niveau des progrès techniques de l’armement et des techniques militaires. On ne fit que très peu pour la défense de Strasbourg. La pensée que Strasbourg pourrait être assiégée était absente de l’esprit français. C’est ainsi que Strasbourg aborda la guerre de 1870 sans aucune préparation sur le plan matériel ou humain. Toutefois, cela engendra une longue lutte et dure lutte : du sang noble a coulé, d’importantes parties de Strasbourg ont été ruinées, avant que le drapeau tricolore français, défendu par un commandant courageux et valeureux n’ai été abaissé. Le 28 septembre 1870, les bannières allemandes flottaient à nouveau sur les bastions de Strasbourg.

Deux années se sont écoulées à présent, la paix a uni définitivement l’Alsace et la Lorraine au nouvel Empire allemand. C’était deux années de durs labeurs et de grande activité ; ce qui a été détruit devait être réparé, ce qui était trop vieux devait être renforcé. Par-dessus cela il fallait construire du nouveau. La nouvelle importance de Strasbourg en tant que capitale et point central d’une terre allemande située sur la rive gauche du Rhin, il fallait revoir à grande échelle sa sécurité et ses fortifications ; elles devaient être adaptées à la volonté énergique de l’empire uni, pour prouver qu’elle sera désormais inséparable de la nouvelle alliance ; elle devait avec la mise en œuvre des moyens phénoménaux par l’empire allemand, assurer sa défense. Les fortifications devaient donner de l’espace à la ville, nécessaire à sa nouvelle prospérité ; la ville doit allier son aisance avec sa sécurité ; ses admirables monuments et les locaux scientifiques ne doivent pas à nouveau être exposés à un bombardement, si la furie de la guerre devait à nouveau revenir par ici. C’est ainsi qu’a été réalisé le plan de ses fortifications, et nous nous sommes réunis ici pour la pose de la première pierre.

Sa Majesté l’Empereur a choisi ce jour pour procéder à cette cérémonie de pose de la première pierre, le jour de la capitulation de la place forte française de Strasbourg. C’est ainsi que cette cérémonie allie le passé avec l’avenir. Oui, nous commémorons aujourd’hui le jour où la place forte est tombée, nous nous souvenons des actions des contingents de l’armée allemande, qui nous a rendu notre vieille ville de l’empire allemand ; nous commémorons nos chers camarades, qui ont dû mettre en jeu leur sang et leur vie pour réussir cette œuvre, et ceux qui a présent reposent dans leur tombe sur cette nouvelle terre d’empire ; nous commémorons la valeur symbolique de la prise de Strasbourg qui a influencée la poursuite de la guerre ; nous nous rappelons qu’avec la prise de cette capitale, l’espoir de la rattacher avec l’Alsace à l’empire allemand est revenu ; nous rappelons encore une fois que la conquête de Strasbourg a permis de délivrer la ville de ses liens, et permet son développement dans une Allemagne libre.

Mais laissons le passé, et tournons notre regard vers l’avenir ; du nouveau renait, fort et puissant, et pour que vous saisissiez l’importance de ce nouveau, que l’on peut voir aux alentours, que la fête de ce jour a été transférée ici dans cette forteresse. A présent regardez vers le bas à partir de ce parapet, et vous voyez devant vous tout étendu la montagne frontière, qui sépare depuis 1 500 ans la langue allemande de celle de l’ouest. Là-haut sur les hauteurs et les cols, commence la vie française ; derrière la croupe de ces montagnes, s’arme, soustraite à nos yeux, l’attaque ennemie ; de chaque vallée qu’ils aperçoivent, entreront les armées ennemies avides de vengeance, auxquelles ont devra crier halte à partir de cette forteresse. Et regardez plus loin, là est étalée la joyeuse Alsace, une perle de l’empire, avec ses champs cossus, avec ses nombreux villages et masures, ses nombreuses églises dans lesquelles retentissent les vieux chants religieux allemands à la gloire de Dieu, et maintenant vous voyez l’étendue de la construction de cette forteresse, qui doit pour la germanité de l’Alsace, assurer l’appartenance de l’Alsace à l’empire allemand. Là juste derrière nous est Strasbourg, le symbole de l’art allemand, et c’est ici devant cette forteresse que doit être repoussée la marée qui tenterait d’arracher Strasbourg à l’empire. Plus loin reluit la bande cristalline du Rhin. Les remparts qui se dressent ici doivent rendre tout leur sens à ces mots de poète : le Rhin n’est pas la frontière de l’Allemagne, non, mais le fleuve de l’Allemagne !

Ici les passages d’un côté ou de l’autre doivent à nouveau se faire en sûreté, que ce soit en temps de paix comme en temps de guerre. Mais pour que l’on sache ce qu’il y a derrière nous, lorsque nous installons ici le fondement de la sécurité allemande, nous saluent de l’autre côté du Rhin ses gardiens fidèles, les montagnes allemandes, très étendues, du nord au sud ; ils nous apportent les salutations de l’empereur et de l’empire, de ses contes et de ses nombreuses tribus, qui nous disent, qu’ils allaient venir tous derrière les remparts, avec leur garde et tout leur savoir ; ils nous adressent les salutations du pays, et c’est pour sa liberté et son honneur que nous sommes ici dans cette forteresse.

Ce ne sont que peu de lunes qui sont allées dans le pays, depuis que nous étions à Strasbourg, le lieu de naissance d’une nouvelle création allemande ; la cérémonie d’aujourd’hui complète la première. A l’époque il s’agissait d’arriver à un lieu de mémoire de l’instruction et de la science allemande ; aujourd’hui nous inaugurons une place d’armes de la capacité de défense allemande.

Pour les deux, que ce soit la science ou la capacité de défense allemande, culmine la vie de notre peuple. Le peuple des penseurs est devenu, appelé par nos rois prussiens des Hohenzollern, un peuple en armes ! Où ils règnent dominent les créations de la science et l’honneur de l’homme. Et c’est ainsi qu’ils nous laissent aller à l’ouvrage de ce jour, à la pose de la première pierre de cette forteresse ; et nous y entreposons notre nouvelle promesse de fidélité ! Nous voulons être derrière notre empereur et notre empire ; nous y entreposons nos espoirs et nos souhaits ; que cette première pierre devienne une pierre angulaire de la sécurité et de la paisible vie allemande en l’honneur de notre empereur et la vie éternelle de notre patrie, et enfin nous y entreposons nos souhaits. Et si l’exubérance de l’ennemie devait s’en prendre à cette forteresse, alors que des hommes fiers au cœur vaillant se tiennent ici, qu’ils interviennent au risque de leurs biens, leur sang et leur amour, pour le pays qu’on leur a confié. Ainsi la forteresse et son pays resteront immuablement la propriété de l’empire allemand ! ».

Monsieur le lieutenant-colonel Grund, ingénieur de la place, a lu sur ceux le texte impérial du 7 novembre 1871, par lequel le plan de la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg obtint l’approbation impériale.

Puis vint la signature du document par les invités les plus prestigieux qui s’avancèrent. Le document fut ensuite inséré dans le cylindre en fer blanc qui était préparé à proximité, en même temps que les plans du fort, l’annuaire prussien 1870-71 et d’autres documents. L’ensemble des invités rentra par la suite à l’intérieur du local, où tout avait été prévu pour la pose de la première pierre, et c’est là que son Excellence le général commandant frappa les trois coups de marteau symboliques. Les paroles qu’il prononça n’étaient pas très audibles à cause d’une météo avec beaucoup de vent, mais il a dit à peu près cela : « Ici s’érige sûrement et fidèlement la garde sur le Rhin ».

Son excellence le président supérieur von Möller prononce les paroles suivantes : « Que ce beau pays qui s’étend sous nos regards puisse évoluer favorablement sous la protection de ces remparts dans sa particularité et qu’il puisse être reconnaissant à l’Allemagne, qui l’a délivré il y a quelques semaines ».

Monsieur le Gouverneur : « Pour les amis une protection pour les ennemis un rempart ».

Monsieur le président du cercle Monsieur von Ernsthausen : « Vivat Floreat Crescat Germania ».

Monsieur le lieutenant-colonel Grund, ingénieur de la place : « Le premier coup pour celui qui ordonna la construction de l’ouvrage. Le deuxième pour celui qui l’a conçu. Le troisième, pour ceux qui ont réalisés l’ouvrage ».

Pendant que les troupes présentèrent les armes et que les drapeaux furent abaissés, le général commandant entonna un « Hurrah » à sa majesté l’empereur d’Allemagne, auxquels répond avec enthousiasme toute l’assemblée présente. La cérémonie se termina vers 12 heures par l’hymne national, suivi de « Heil dir im Sieggeskranze » (Soit loué celui qui porte les lauriers de la victoire) et par « Die Wacht am Rhein » (La garde au Rhin), puis par 21 coups de canons tirés par une batterie du détachement à pied du régiment d’artillerie de campagne n°15.

 

Mardi 14 novembre 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction de la ceinture des forts détachés.

La presse locale nous livre les renseignements suivants au sujet de la construction des nouveaux forts détachés de Strasbourg : « Le 14 novembre 1872. Ces derniers temps, les travaux de terrassement et de maçonnerie des forts de Strasbourg ont bien avancé. Plus de 1 800 travailleurs et charretiers œuvrent actuellement sur les forts de Niederhausbergen, Mundolsheim et Reichstett. Ce chiffre augmente tous les jours par la venue de journaliers et de valets de ferme, qui quittent les paysans pour percevoir un salaire plus conséquent. Ce rassemblement de force de travail permet d’espérer que les travaux de construction des forts seront achevés dans 6 mois, c’est-à-dire avant l’échéance qui a été fixée. Pour stimuler le rendement des travailleurs, ils ne sont pas payés au tarif journalier mais à la tâche. De cette façon, un bon tailleur de pierre gagne jusqu’à 84 francs par semaine et récemment un charretier équipé de deux chevaux solides a gagné 235 F en deux semaines. Les mineurs quant à eux gagnent bien 7 à 8 F par jour. Pour ce travail ce sont plus particulièrement les Italiens qui démontrent leur assiduité au travail. Lors d’un tel rassemblement d’ouvriers en provenance de toutes les régions d’Europe, on trouve également certains individus qui ont une attirance particulière pour les vêtements d’hiver qu’ils échangent contre leurs effets déchirés, et ces vols exécutés dans les cantines, sont fréquents. D’autres ont la même attirance pour les légumes plantés par les paysans. Espérons que l’hiver qui approche veuille nous épargner de ces rigueurs, sinon en cas d’un arrêt des travaux de nombreuses mains seraient sans emploi, ce qui aurait des conséquences fâcheuses pour les villages environnant ».

 

Lundi 16 décembre 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Les forts de Strasbourg sur les deux rives du Rhin.

Les renseignements suivants sont empruntés aux Gazettes de Cologne et de Strasbourg : « On doit commencer, dans un bref délai, la construction des forts de la rive droite du Rhin ; les travaux de terrassements seront entrepris dans les premiers mois de l’année prochaine, sitôt que le temps le permettra.

Le fort du sud (Marlen) est situé au sud de la Kinzig, à environ une demi-lieue du Rhin, commandant la route du Rhin Altenheim-Laar. Le fort de l’Est (Neumühl) commande la route Kehl – Willstett –Appenweier – Oberkirch - Freudenstadt et, par conséquent, les communications avec le Wurtemberg, par la vallée de la Renchen. En outre, les forts de Marlen et de Neumühl rendent maîtres des communications principales de la vallée de la Kinzig. Le premier fort couvre la route Goldscheuer-Offenburg ; le second, les nœuds de communications entre les vallées de la Renchen et celles de la Kinzig (Villstett-sand-Hausach-Ulm). On défend ainsi deux des plus importants passages de la forêt Noire. Le fort du Nord est situé tout près du village d’Auenheim, commandant la route Kehl-Rastadt et correspondant au fort de Reichstett, construit sur la rive gauche. Le fort de Marlen est, en ligne droite, à 8 kilomètres de l’enceinte sud de la ville de Strasbourg, à 8 kilomètres du nœud de communications de Sand, à 10 kilomètres d’Appenweier (embranchement du chemin de fer) et à 3 kilomètres 5 du fort d’Auenheim. Le fort d’Auenheim, situé au nord-est du village de ce nom, est à une distance de 5 kilomètres 5 de la citadelle de Strasbourg, à 2 kilomètres 5 de Bodersweier (route du Rhin) et à 8 kilomètres du fort de Reichstett. Depuis quelques temps, la construction des forts de la rive gauche paraît très avancée. On aperçoit actuellement des échafaudages en bois, hauts de 55 à 65 pieds, servant à profiler les remblais. 2 000 travailleurs sont occupés aux trois forts de Niederhausbergen, Reichstett et Mundolsheim. Cet effectif augmente chaque jour. L’établissement des forts exige le défrichement d’une partie de la forêt communale de Strasbourg, dans la Wantzenau. On espère que la construction des forts sera terminée avant six mois, c’est-à-dire avant le délai fixé. Les murs d’enceinte tomberont dès que ces travaux seront achevés ».

 

Mercredi 18 décembre 1872

Allemagne, Strasbourg place forte ; Réalisation d’une carte des forts détachés n°1 à 9.

Réalisation de la carte de relevé de terrains sur la ligne des forts n°1 à 9 de la rive gauche du Rhin, à l’échelle 1/125 000e, dimension 152,5 cm x 123 cm, attachée au rapport du 18 décembre 1872.

 

Samedi 18 janvier 1873

Allemagne, Strasbourg : méthode de conversion des monnaies en cours.

Un journal local nous livre l’article suivant : « Strasbourg, 17 janvier 1873. Dans le « Zaberner Wochenblatt » nous trouvons une formule simple, que finalement beaucoup de monde utilisera. Il s’agit de la conversion des francs en Thalers. Voici la procédure.

Divisez les francs par 2. Le résultat devient des Groschen. Redivisez ces Groschen par 2. Le résultat devient des Thalers. Exemple : pour 20 francs, combien de thalers ?

Résultat : La moitié de 20 est 10. Donc 10 Groschen.

Divisez 10 par 2. Le résultat est de 5, c’est à dire 5 Thalers.

Donc, 20 francs nous donnes 5 Th. 10 Groschen ».

 

Samedi 25 janvier 1873

Allemagne, Strasbourg : instauration de la loi relative aux livrets des travailleurs.

La presse officielle et locale a publié des informations concernant la loi relative aux livrets des travailleurs « Arbeiterbücher ». Les Alsaciens-lorrains disposent d’un délai jusqu’à la fin du mois de février pour acquérir les livrets des travailleurs. Ces livrets doivent être perçus au bureau de la police, mais les travailleurs sont tenus de présenter les pièces justificatives concernant leur emploi actuel. Lorsqu’ils quittent un employeur, celui-ci est tenu de viser le livret. Ce document peut être utilisé comme pièce d’identité à l’intérieur de l’Empire. Aucun employeur n’a le droit d’embaucher du personnel s’il n’est pas muni du livret réglementaire. Signé : directeur de la police « Polizei Director » Back. Cette mesure contraignante est mise en œuvre alors que les chantiers de construction des nouvelles fortifications de Strasbourg sont en cours.

Publicité concernant les livrets de travailleurs parue en janvier 1873 (Collection MJR)

Mardi 11 février 1873

Allemagne, Strasbourg place forte : rumeurs concernant le départ des ouvriers italiens des chantiers de construction des forts détachés.

La presse locale nous informe : « Strasbourg, 9 février 1873. La rumeur rapportée par plusieurs journaux concernant le départ des italiens employés à la construction des forts de Strasbourg, pour aller en Espagne et combattre pour le roi Amadeus, est totalement fausse. Il est vrai qu’une partie des Italiens a quitté l’Alsace, mais pas pour récupérer les lauriers de la gloire au pays des châtaignes, mais pour travailler au percement du tunnel du Saint-Gothard contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Cette nouvelle est certainement plus crédible que la première rumeur, et en plus, tous les travailleurs italiens que l’on a interrogés ont répondus dans ce sens ».

 

Lundi 1er septembre 1873

Allemagne, Strasbourg place forte : Baptême des 12 premiers forts détachés.

Les 12 premiers forts détachés de Strasbourg seront baptisés par l’ordonnance impériale du 1er septembre 1873. Les noms des plus illustres personnages qui ont eu un rôle ou un commandement important pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 seront utilisés à cet effet. Les personnages les plus importants pour les grands forts, et les autres pour les forts de taille moyenne. Ces noms seront en vigueur jusqu’en avril 1918 et pendant l’occupation de fait allemande de mi-juin 1940 au 23 novembre 1944. Initialement, le nom était inscrit au-dessus de l’entrée de la poterne principale, sur la façade de gorge, à l’aide de lettres métalliques, en étain doré à la flamme. Dans chaque fort, au niveau de la pièce du commandant du fort, on trouvait en règle générale le portrait offert par l’illustre personnage du nom qu’il portait.

Le Fort IV ou Fort Niederhausbergen est baptisé Fort Veste Kronprinz par un ordre du Cabinet impérial datant du 1er septembre 1873. Les militaires français le dénomment Fort Prince Royal, jusqu’au début de l’année 1919. A quelques mètres près, le Fort IV est en effet le plus grand fort détaché de Strasbourg, et c’est le personnage le plus important de l’empire après Guillaume Ier, qui est attribué à cet ouvrage. Par ailleurs on ajoute le terme de Veste (Feste), c’est-à-dire forteresse, pour le plus imposant des forts.

 

Dimanche 14 septembre 1873

Allemagne, armée d’occupation en France : fin de l’évacuation.

Une revue militaire française nous livre cette information : « Armée d’occupation. Fin de l’évacuation. Nous n’aurons plus, grâce à Dieu, à nous occuper de l’armée d’occupation. Les cinq milliards étant payés, Verdun a été évacué samedi 13 septembre, et aujourd’hui l’arrière-garde prussienne, après s’être reposée avant-hier et avoir couché hier à Etain, repasse la frontière nouvelle que nos revers nous ont forcé à subir. Ainsi se termine une des plus tristes périodes de notre histoire militaire ; il est permis d’espérer qu’elle sera pour nous féconde en enseignements et en résultats, car dans l’armée nul des survivants ne l’oubliera sans doute. Les enfants eux-mêmes survivants de nos provinces de l’Est conserveront la mémoire de ces jours néfastes de l’occupation et ils en profiteront comme soldats ».

 

Mardi 16 septembre 1873

France : départ des dernières troupes allemandes d’occupation.

Les dernières troupes allemandes d'occupation quittent la France et repassent la nouvelle frontière. Ce dernier corps d'occupation était commandé par Manteuffel ; il avait évacué Verdun, gage extrême, trois jours auparavant, le 13 septembre 1873.

 

Mardi 30 septembre 1873

Allemagne, Strasbourg place forte : armement des forts de Strasbourg.

Une revue militaire française qui a repris un article d’un journal lorrain a publié cet article : « On arme avec une étonnante diligence les forts de Hausbergen, Reichstett et Mundolsheim, et les routes qui y conduisent sont depuis quelques jours sillonnées de pièces de canon, parmi lesquelles se remarquent des pièces françaises et des caissons de munitions. On ne peut s’empêcher d’être étonné de la rapidité avec laquelle les travaux des forts en général ont marché depuis six mois. Non seulement on les aperçoit parfaitement de la route, mais il est plus d’un qui serait déjà en état de servir ». Remarque : la mise en place des pièces d’artillerie sur les parapets des forts concerne vraisemblablement les forts de la rive gauche du Rhin, dont la construction a le plus avancée et coïncide avec l’évacuation du territoire français par les dernières troupes allemandes. Il s’agit là de la volonté du commandement allemand de mettre la place forte allemande à l’abris d’une éventuelle attaque. Il est donc vraisemblable que les parapets d’artillerie des faces et flancs des forts aient été construits en priorité. Les forts qui sont vraisemblablement concernés par cet armement sont : Fort V à Reichstett, Fort III à Mundolsheim, Fort IV à Niederhausbergen.

 

Samedi 25 octobre 1873

Allemagne, Strasbourg fortifications : armement des forts.

La presse d’Alsace-Lorraine a publié cette information : « On adresse à la Gazette de Carlsruhe la correspondance intéressante qui suit : « Depuis quelques jours notre ville a repris un air guerrier. Pour l’armement de plusieurs forts extérieurs maintenant terminés, de longues files de bouche à feu, de voitures de munition et d’autres objets nécessaires à l’établissement de fortifications, parcourent les rues de notre ville. Parmi les canons destinés particulièrement à l’armement des remparts, on rencontre surtout dans nos rues le canon en bronze de 12 centimètres et à culasse. En général une grande activité règne chez nous dans les constructions militaires ; les ateliers de l’arsenal ont été agrandis et le seront encore ; déjà maintenant près de 800 ouvriers y sont occupés. Prochainement quatre nouvelles casernes seront mises sous toit dans notre citadelle, qui de la sorte offrira six grandes casernes, sans parler de la vaste prison militaire et d’un très-grand magasin. Tout le régiment wurtembergeois n°126 doit aller occuper la citadelle. En dehors de ces bâtiments, la citadelle offre encore la « caserne des pigeons » ; en effet, on y entretient environ 500 pigeons voyageurs, dont le nombre doit être porté successivement au-delà de 1 000, et qui sont destinés, en cas de siège, à faire le service de la poste. A diverses reprises déjà, on a fait des expériences avec ces messagers aériens. D’abord on les a fait rentrer du Polygone distant de 1 ½ lieu ( ?) dans leur pigeonnier ; plus tard, on les a fait revenir de Bühl et de Rastatt. Lors des premiers exercices, tous les pigeons sont revenus ; si dans les courses postérieures, quelques-uns ne sont pas rentrés, c’est probablement qu’ils ont été abattus par des chasseurs. En effet, on a trouvé dans les plumes de quelques-uns des messagers revenus des traces de petit plomb. Prochainement se fera une grande expérience à partir de Wurtzbourg. On est très-curieux du résultat qui s’obtiendra, car pour ces grands voyages il s’agit de décider si la perte de 30 % admise jusqu’à présent est exacte ou non. Chaque pigeon portant sur sa plume caudale un monogramme et un numéro d’ordre, le contrôle en est facile et leur rapidité au vol peut facilement être constatée. Les pigeons les plus rapides sont réservés à la reproduction ».

 

Année 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : établissement d’un plan projet pour une route stratégique sur les hauteurs de Hausbergen.

Le génie militaire établit un plan concernant la route stratégique reliant les forts sur les hauteurs de Hausbergen. Il s’agit d’un profil longitudinal le long des hauteurs de Hausbergen, un plan en couleur aux échelles 1 :2 500e et 1 :250e établi sur deux feuilles dénommé « Längenprofil der Verbindungsstraße längs dem Hausberger Höhenkamm ». En effet, la plupart des forts de la ceinture de fortification sont reliés à une route, en fait le plus souvent un chemin empierré qui permet le passage des attelages de l’artillerie lourde, qui passe à l’arrière des forts. Dans la mesure du possible, on a utilisé les anciens chemins qui ont été modernisés et élargis.

 

Mois de janvier 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : compte rendu concernant l’installation des lignes de télégraphies souterraines entre les forts détachés de Strasbourg.

Les renseignements suivants datés de janvier 1874 ont été communiqués par le 2e Bureau de l’Etat-major général au Ministère : « Forts de Strasbourg : Télégraphie souterraine. Le télégraphe souterrain qui doit relier les forts entre eux et ensuite ces derniers à la ville de Strasbourg sera probablement établi d’ici trois mois, on y travaille sans relâche ».

 

Mardi 13 janvier 1874

Allemagne, Strasbourg, place forte : point de situation français relatif au nouveau type de forts détachés allemands et à la construction des nouvelles fortifications.

Dans une note française du deuxième bureau, on retrouve un document allemand qui nous apporte quelques informations concernant la place forte de Strasbourg (note en allemand, incomplète, seule la partie la plus utile a été traduite) : « Avec l’amélioration conséquente de ces derniers des temps des performances des pièces d’artillerie, on a été obligé de prendre en compte la modification des objectifs qui seraient les cibles de cette artillerie en temps de guerre. Les cibles privilégiées de cette artillerie sont les forteresses et leurs ouvrages individuels. Alors qu’autrefois les parties des murs des ouvrages de fortification qui étaient les plus exposés ont été réalisés en grande masse compacte, ce qui leur permettaient de résister réellement au tirs lointains, alors que ces tirs provenant des nouvelles pièces d’artillerie a désormais une efficacité trois fois supérieure, en conséquence on était désormais obligé, de ne plus utiliser la pierre pour ces parties les plus exposées, mais simplement de la terre coulante, sous laquelle se cache la masse des murs compacts. Ce système, qui a été inventé récemment, même si les ouvrages du système de Vauban ont toutefois été gardés, dévie pour l’essentiel du dernier système. Par ailleurs, comme les parties à nu des ouvrages exposées au tir direct sont désormais en terre, le but essentiel était aussi l’aménagement intérieur des ouvrages, que désormais les communications soient également protégées par des masses de terre, que les pièces d’artillerie tout comme l’équipage soient couvertes par des masses de terre. D’autre part l’assiégé ne peut que procéder à des réparations des ouvrages endommagés, puisqu’il nécessite pour cela que de la terre, si les circonstances l’autorisent, de procéder à des travaux nocturnes sur les ouvrages endommagés en comblant la terre, toutefois si l’ennemi ne continue pas ces bombardements de nuit. Les nouveaux ouvrages de fortifications et surtout les ouvrages détachés de Strasbourg, Cologne et Ingolstadt, ont été érigé ou sont encore en construction dans ce système. Le nombre des forts de Strasbourg est de 12, auquel on doit encore en ajouter deux. Sur ces 12 la moitié sont situés sur des terrains secs, c’est-à-dire ceux de Reichstett, Mundolsheim, Niederhausbergen, Oberhausbergen, Wolfisheim et Lingolsheim, tandis que les forts de la Wantzenau, Grafenstaden, Illkirch, Sundheim, Auenheim et Neumühl – dont les trois derniers sont sur la rive droite du Rhin derrière Kehl – ont été construits sur des terrains humides et en conséquence sont dotés de fossés pleins d’eau. Des deux forts qui doivent encore être ajoutés, l’un sera érigé à l’extrémité de la colline des Hausbergen, sur la soi-disant tête de Mundolsheim « Mundolsheimer-Kopf », en tant que fort à fossé sec, alors que le second fort trouvera sa place à proximité du fort d’Illkirch, près du Altenheimerhof. Dans l’ensemble les forts sont situés à une distance moyenne de 15 à 20 kilomètres du centre de la ville et de son enceinte. Cette dernière sera agrandie vers l’Ouest et le Nord-Ouest, et la ligne porte de Pierre « Steintor » à la Citadelle sera arasée et la nouvelle enceinte s’étendra à partir de ces points jusqu’au Contades, l’Orangerie et y compris tous les terrains situés entre ces points. Il s’agit surtout d’agrandir la partie nord-ouest de la ville sans toutefois trop s’approcher de la ligne des fort détachés. Dans les prochains temps je ferais également de la même manière un compte-rendu de Cologne et d’Ingolstadt. L’ensemble des forts détaché de Strasbourg sont en partie reliés par des routes renforcées, comme c’est le cas de celle partant à gauche du fort d’Oberhausbergen sur les hauteurs jusqu’à la Tête de Mundolsheim, également reliée en partie par une voie ferrée, même si actuellement ces voies ferrées ne sont pas en service, et que les installations de cette dernière sont déjà partiellement détruites et arrachées, mais la plate-forme reste en place, et peut être remis en place en cas d’urgence dans un délai de 24 heures. La liaison technique des forts détachés avec la ville ainsi qu’avec le Gouvernement de la place forte, qui relie individuellement chaque fort, comprend une ligne télégraphique souterraine, comprenant des câbles qui ont été enterrées à une profondeur moyenne de 0,75 m. Ainsi chaque fort a un télégraphiste, auquel peut faire appel les fonctionnaires et les gardes du génie « Wallmeister » des forts. C’est grâce à ces liaisons télégraphiques que l’on peut en cas de siège, faire transiter e toute circonstances les ordres et les comptes rendus, sans que l’on soit obligé d’ouvrir une porte ». Remarque : il s’agit d’une note assez précise hormis la distance des forts détachés par rapport au centre-ville.

 

Dimanche 1er mars 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : renseignements relatifs aux nouveaux forts de Strasbourg d’après une revue militaire française.

Une revue militaire française nous livre ces informations : « Alsace-Lorraine. Les forts de Strasbourg. Nous pensons intéresser les lecteurs de la Revue en rassemblant les renseignements publiés déjà en France sur les travaux qu’exécutent les Allemands autour de Strasbourg et en complétant par quelques détails empruntés à la Gazette de Silésie et aux journaux de Metz et d’Alsace. Douze forts ont été construits ou sont actuellement en cours de construction : le fort Fransecky, situé dans la forêt de la Wantzenau, a exigé le déboisement d’une partie des bois communaux de la ville. Commencé au printemps dernier, ce fort ne doit pas être terminé maintenant ; il est probable, en effet, que les ingénieurs allemands ont rencontrés des difficultés à asseoir un fort sur ces terrains d’alluvions à demi inondés. Le fort aura ses fossés pleins d’eau. Il est destiné à commander, avec le fort Blumenthal, le cours inférieur du Rhin. Il bat, d’ailleurs, la chaussée de Lauterbourg et la vallée. Le fort Moltke, situé sur la hauteur, un peu en arrière de Reichstett, croise ses feux avec ceux du fort Fransecky sur toute la vallée et assure avec ce fort la défense du secteur limité par le canal de la Marne au Rhin et par le Rhin. Le fort Moltke est maintenant armé ; il est relié à la ville par une ligne télégraphique souterraine. Le fort Roon est avantageusement placé à droite de la voie ferrée commune aux lignes de Wissembourg et de Nancy, entre Mundolsheim et Souffelweyersheim. Plus à l’ouest, les hauteurs de parallèles au Rhin, qui s’étendent de Mundolsheim à Oberhausbergen sont couronnées de deux forts, le fort Kronprinz, ou de Niederhausbergen, et le fort Grossherzog von Baden, ou d’Oberhausbergen, qui possèdent déjà, une partie de leur armement. Les casernes de ces forts vont être terminées ce printemps ainsi que celle du fort Bismarck. Une route de ceinture, qui suit la crête des collines, part de Mundolsheim et conduit aux deux forts. L’on parle d’établir, en outre, une batterie près de l’église de Mundolsheim pour mieux battre les vallons de la Leisbach et de la Kolbsenbach. Commencé en même temps que les quatre derniers forts susnommés, le fort Bismarck, soit par suite de malfaçon, soit plutôt à cause de la nature argileuse du terrain, a subi des tassements qui ont déterminé l’automne dernier des éboulements considérables et singulièrement retardés son achèvement. Ce fort est établi dans la plaine près de Wolfisheim, à gauche de la route de Paris qu’il commande, au débouché de la vallée de la Bruche, et en face des hauteurs d’Oberschaeffolsheim. Le fort Kronprinz von Sachsen, ou de Lingolsheim, commande un vaste plateau que traversent la voie ferrée de Mutzig et la chaussée de Schirmeck. Il doit être maintenant armé. Les forts von der Thann, ou de Graffenstaden, et Werder, ou d’Illkirch, qui commandent la partie supérieure de la rive gauche du Rhin, sont loin d’être aussi avancés. Ils ont été entrepris seulement l’an dernier ; ils auront des fossés pleins d’eau de même que les forts de la rive droite.

La construction de ces derniers ne fait que commencer. Le premier d’entre eux, le fort Kirchbach, situé entre Marlen et Sundheim, commande la route Altenheim-Lahr et la vallée de la Kinsig. Le fort Bose, situé près de la voie ferrée Strasbourg-Kehl-Appenweier, couvre les communications avec le Wurtemberg par la vallée de la Renchen. Enfin le fort Blumenthal, situé tout près d’Auenheim, bat la route de Rastadt.

Deux batteries et un fort doivent encore, d’après la Nouvelle Presse de Francfort, compléter la défense de la rive droite du Rhin. Les batteries doivent être établies, l’une près de Bodersweier pour couvrir la route de Carlsruhe et le chemin d’Offenbourg ; l’autre, près de Kork, pour protéger la voie ferrée Kehl-Appenweier et la route Kehl-Offenbourg ; enfin le fort doit être établi presque au confluent de l’Ill et du Rhin, à Diersheim, à une distance de 11 à 12 kilomètres de Strasbourg. Il est destiné à agrandir la zone de la vallée du Rhin comprise sous le canon de la place, et à mettre Strasbourg en communication intime avec Rastadt. Le terrain entre les forts sera rempli par des batteries d’annexion ou intermédiaires, chacune de huit pièces, probablement, dit la Gazette de Silésie, des canons de 12 c. et des mortiers de 21 c. Les forts sont éclairés au gaz ; ils sont pourvus d’appareils pour l’éclairage électrique ; presque tous communiquent avec la ville par des lignes télégraphiques souterraines et quelques-uns auraient, dit-on, un dépôt de pigeons voyageurs. Un chemin de fer de ceinture, dès maintenant achevé, même sur la rive droite du Rhin, met en relation les différents forts. On a renoncé à l’intention de caserner en permanence, pendant la paix, des troupes dans les forts, à cause de leur éloignement de la ville. Comme conséquences de l’établissement des forts, les Allemands se proposent d’agrandir la ville dès que les travaux extérieurs auront été terminés. Cet agrandissement commencerait par la Finkmatt, avancerait de près d’un kilomètre tout le front nord jusqu’à la citadelle et engloberait encore l’Orangerie et le Contades ».

 

Vendredi 19 mars 1874

Empire allemand, Strasbourg : vente aux enchères de traverses du chemin de fer de ceinture.

La presse locale du jeudi 19 mars 1874 a publié le communiqué suivant : « Communiqué. Vendredi, le 19 mars (1874) matin à 9 heures, à Oberhausbergen, et le matin à 11 heures à Wolfisheim, sur le chemin de fer de ceinture « Ringbahn », seront vendu aux enchères publiques au plus offrant, 580 vieilles traverses de chemin de fer, contre payement immédiat en liquide. Strasbourg, le 18 mars 1874. Le service impérial des fortifications « Kaiserliche Fortifikation ».

 

Mercredi 8 avril 1874

Allemagne, Strasbourg garnison, dépôt d’artillerie : adjudication d’étagères pour stocker les projectiles.

La presse locale a publié ce communiqué : « Adjudication le 8 avril matin à 9 heures, au dépôt d’artillerie local, Broglieplatz 18, de la livraison de 178 étagères en bois destinées au stockage des projectiles. Les conditions particulières peuvent être consultées au bureau concerné. Strasbourg le 18 mars 1874. « Kaiserliches Artillerie-Depot ».

 

Lundi 4 mai 1874

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine, Strasbourg garnison : la presse locale annonce une adjudication concernant des râteliers à fusils.

Communiqué publié par un journal de Strasbourg : « L’administration impériale de la garnison publie une adjudication qui aura lieu le 4 mai 1874, à 10 heures. Il s’agit de la livraison de 178 mètres linéaires de râteliers à fusils « Gewehrgerüsten ».

 

Jeudi 7 mai 1874

Allemagne, armée allemande : réorganisation de l’artillerie à pied (artillerie de siège et de forteresse).

L’artillerie à pied qui a été complètement réorganisée par l’ordre de cabinet du 7 mai 1874 dont nous voici les dispositions principales : « L’artillerie à pied cesse de relever des quatre inspections d’artillerie, qui prennent désormais le titre d’inspections d’artillerie de campagne. L’artillerie à pied constituera à l’avenir deux inspections de deux brigades chacune. Les inspecteurs d’artillerie à pied auront les mêmes droits et les mêmes pouvoirs que les inspecteurs du génie ; les commandants de brigades sont assimilés aux autres brigadiers. A partir du 1er octobre 1874, les commandants de brigade d’artillerie constitueront, pour tout ce qui a trait à l’armement des places, à la gestion des dépôts d’artillerie, des autorités territoriales administratives et relèveront, à cet égard, du ministère de la guerre. C’est de ces commandements que dépendront directement les officiers d’artillerie des places et les directeurs des dépôts d’artillerie.

Chaque inspecteur aura pour adjudants deux capitaines ; chaque commandant de brigade un lieutenant ; de plus, chaque brigade possédera deux capitaines, un certain nombre d’ouvriers d’artillerie et un officier artificier. Les inspecteurs visiteront au printemps, toutes les garnisons de leur inspection ; ils les visiteront également au cours des exercices à feu. Les brigadiers devront inspecter leurs troupes au printemps et pendant les exercices, les places et enfin les dépôts d’artillerie de leur brigade, soit en même temps que les troupes, soit à l’automne. Les généraux commandant en chef et les divisionnaires devront s’occuper de l’état et de l’instruction tactique des régiments d’artillerie de campagne et devront faire connaître leur avis dans le rapport qu’ils adressent à l’empereur ». Quant à l’artillerie de campagne, elle a été organisée complètement d’une façon conforme aux dispositions contenues dans l’ordre de cabinet du 18 juillet 1872.

 

Mardi 2 juin 1874

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine, Strasbourg place-forte : le roi Carl von Württemberg visite la garnison et les forts détachés.

La presse locale nous livre quelques renseignements sur la visite du roi de Wurtemberg à Strasbourg : « Strasbourg, le 2 juin (1874). Sa Majesté le roi Carl von Württemberg est arrivé aujourd’hui à 17H05 et réside à l’auberge « Stadt Paris » Ville de Paris, où il a été accueilli par les autorités civiles et militaires locales. Pour son séjour ici, d’après ce que nous avons entendus, il suivra le programme suivant : le matin à 8H30, parade des régiments d’infanterie n°25 et 126 à l’Esplanade ainsi que la visite des casernes du régiment d’infanterie à la Citadelle. Puis déjeuner chez le général commandant von Fransecky. L’après-midi, vers 14h00, un parcours passant par la ceinture des forts extérieurs de notre place forte. Le soir à 18h00 dîner chez sa Majesté. Son départ est prévu jeudi matin à 8h40. Demain, mercredi soir, sera organisé également une grande prise d’armes en l’honneur de sa Majesté ». 

 

Mardi 16 juin 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : vente aux enchères de tonnelets de ciment vides sur les chantiers des forts de la rive gauche.

Un journal local a publié ce communiqué : « Les tonnelets de ciment vides stockés près des forts nommés ci-dessous, seront mis aux enchères au plus offrant en lieu et place et remis contre payement immédiat en liquide, le mardi 16 du mois (juin), le matin à 8 heures, au Fort près de Mundolsheim, environ 300pièces ;

Le mardi 16 du mois (juin), le matin à 10 heures, au Fort près de Niederhausbergen, environ 400 pièces ;

Le mardi 16 du mois (juin), le matin à 11h30, au fort près d’Oberhausbergen, environ 227 pièces ;

Le mercredi 17 du mois (juin), le matin à 8 heures, au fort près de Lingolsheim, environ 174 pièces ;

Le mercredi 17 du mois (juin), le matin à 10 heures, au fort près de Ostwald, environ 400 pièces ;

Le mercredi 17 du mois (juin), le matin à 11h30, au fort près de Grafenstaden, environ 123 pièces.

Nous informons les acheteurs intéressés que les conditions d’achat et les points de rendez-vous peuvent être consultés au bureau du service impérial des fortifications. Kaiserliche Fortification. Signé Herrfahrt ».

 

Août 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : le Fort IV évoqué dans un compte rendu de reconnaissance français.

Le deuxième bureau de l’état-major français, chargé de rassembler tous les renseignements concernant la place forte de Strasbourg, a rédigé un compte rendu relatif à la reconnaissance effectuée en août 1874, dont voici quelques mots à propos du Fort IV de Strasbourg : « Le fort n°4 est situé entre les deux chemins qui partent de Mittelhausbergen et de Niederhausbergen viennent converger un peu en avant de Griesheim. Son armement se compose de 22 pièces, 14 sur les faces, 8 sur les flancs ». Remarque : le nombre de pièces doit être considéré avec précaution puisque qu’il était strictement interdit aux civils de s’approcher des forts ou d’y pénétrer. Toutefois pour le Fort IV, le nombre indiqué est tout à fait réaliste, pour les canons à tir tendu. Les mortiers sont invisibles de l’extérieur.

 

Mercredi 12 août 1874

Allemagne, Strasbourg garnison : passage de l’inspecteur de l’artillerie

Un journal de strasbourg a publié : « Strasbourg, le 12 août 1874. Son excellence le général « Generallieutenant » et inspecteur de l’artillerie « Inspekteur der Artillerie », Monsieur von Podbielski, est arrivé hier après-midi à 17h30 avec le train en provenance de Wissembourg. Il a pris ses quartiers au « Europäischen Hof ».

 

Vendredi 21 août 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : état d’avancement de la construction des forts détachés.

Une note du deuxième bureau français datée du 21 août 1874 nous apporte quelques précisions sur l’avancement des travaux à la suite d’une reconnaissance effectuée en août 1874 : « Les nouveaux travaux exécutés par les Allemands à Strasbourg comprennent 12 forts, 3 sur la rive droite du Rhin, 9 sur la rive gauche. Les forts de la rive droite sont à peine commencés, ceux de la rive gauche au contraire sont terminés sauf toutefois ceux dont les dossés sont pleins d’eau ».

Allemagne, Strasbourg place forte : description du secteur du plateau de Hausbergen.

Une note du deuxième bureau français datée du 21 août 1874 et signée par un capitaine du génie nous apporte quelques précisions le secteur du plateau de Hausbergen à la suite d’une reconnaissance effectuée en août 1874 : « Le nœud de la défense est le plateau de Hausbergen qui est très-peu dominé par les hauteurs éloignées (5 000 à 6 000 m) de Ittenheim, Reitwiller et Truchtersheim, et d’où l’on commande l’ancienne route de Paris. Ce plateau qui est couvert sur son front par la vallée assez profondément encaissé de la Souffel est occupé par les deux forts de Niederhausbergen et d’Oberhausbergen, distants l’un de l’autre de 1 000 mètres ».

Allemagne, Strasbourg place forte : description française des forts à fossés secs.

Une note du deuxième bureau français datée du 21 août 1874 et signée par un capitaine du génie nous apporte nous décrit les forts détachés de Strasbourg à fossés secs ou pleins d’eau à la suite d’une reconnaissance effectuée en août 1874 : « Les forts de Strasbourg tant à fossés secs qu’à fossés pleins d’eau sont conçus dans le même ordre d’idées ! Organisés exclusivement pour l’artillerie, devant être reliés par des tranchés-abris et des batteries intermédiaires que l’on construirait en temps de guerre, ces ouvrages constituent de grandes batteries servant de réduit à la ligne des tranchées et contenant de vastes logements, des nombreux abris et des magasins de munitions intérieurs et extérieurs. …

Mines s’étendent en avant de certains de ces forts, rien ne semble y avoir été prévu en ce qui concerne l’artillerie pied à pied qui, d’après les idées des Allemands sur la défense offensive des places, devrait être soutenue par les défenseurs des tranchée-abri avoisinantes et par les batteries intermédiaires.

Les forts à fossés secs sont tous semblables ; ils ne diffèrent que par leurs dimensions et par leur armement qui varie de 28 à 22 pièces.

Leur forme est celle d’une lunette aplatie, leur relief peut être évalué à 9 m au-dessus du terrain naturel.

Le fossé étroit et profond tire son flanquement d’une caponnière et à deux ailerons. L’escarpe détachée est tenue très basse, la contrescarpe que surmonte immédiatement le talus du glacis à 7 mètres de hauteur environ.

Une grande traverse en capitale sur laquelle se trouvent les principales communications divise le fort en deux parties et se prolonge jusqu’à la gorge. La gorge terrassée est brisée suivant un tracé bastionné de façon à assurer le flanquement de son fossé ; elle contient 2 étages de logements.

Les pièces sont traversées de deux en deux sur les faces et de pièce en pièce sur les flancs.

Les forts à fossés secs pleins d’eau sont construits sur le même type, seulement les flancs paraissent destinés à recevoir un armement moins considérable. Les logements à deux étages sont installés sous le parapet ; la gorge que ferme un tracé à profil bas de constructions voûtées servent de corps de garde et de logements s’élève à gauche et à droite de la porte d’entrée ; enfin, l’intérieur du fort est divisé par une grande traverse en capitale. On accède au terre-plein par deux rampes en maçonnerie aboutissant aux angles d’épaule ».

Allemagne, Strasbourg place forte : description de l’emplacement du Fort n°4.

Une note du deuxième bureau français datée du 21 août 1874 et signée par un capitaine du génie nous apporte nous décrit l’emplacement et la mission du Fort n°4 de Strasbourg à la suite d’une reconnaissance effectuée en août 1874 : « Le fort n°4 est situé entre les deux chemins qui partent de Mittelhausbergen et de Niederhausbergen viennent converger un peu en avant de Griesheim. Son armement se compose de 22 pièces, 14 sur les faces, 8 sur les flancs ».

Remarque : les reconnaissances faites par les officiers français ne leur permettent pas en principe d’accéder dans les ouvrages. Il en résulte souvent une description très approximative de l’armement ou des locaux non visibles de l’extérieur.

 

Jeudi 31 décembre 1874

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine : ordonnance instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874, mais publiée uniquement le 9 janvier 1875.

Un journal de Strasbourg a publié ce communiqué officiel : « Annonces légales. N°15. Ordonnance relative à l’instauration du Reichsmark du 31 décembre 1874. Nous Wilhelm, Empereur allemand par la volonté divine, Roi de Prusse, ordonnons pour l’Alsace-Lorraine, au nom du peuple allemand, sur la base de l’article 1 de la loi du 15 novembre 1874 (Gesetzbl. S 39), et conformément à la loi monétaire pour l’Alsace-Lorraine du 9 juillet 1873, ce qui suit : La monnaie du Reichsmark est mise en circulation auprès de toutes les caisses publiques et est instaurée officiellement. Par document signé personnellement de notre main, muni du cachet impérial. A Berlin, le 31 décembre 1874. Signé Wilhelm. Signé Fürst von Bismarck ».

 

Lundi 25 janvier 1875

Allemagne, Alsace-Lorraine : augmentation du budget alloué aux fortifications allemandes.

Une revue militaire nous apporte ces précisions : « La loi du 8 juillet 1872, en vertu de laquelle l’indemnité de guerre payé par la France a été répartie, avait consacré une somme de 19 000 000 thalers (71 250 000 fr.) aux travaux de fortification à élever en Alsace-Lorraine. Sur cette somme, 3 750 000 fr. étaient réservés pour l’agrandissement de la ville de Strasbourg. Restaient donc, pour être employés à la construction de nouveaux ouvrages, 67 500 000 fr. La portion de ce crédit, à dépenser en 1872 et en 1873, devait s’élever à 51 181 875 fr. : un reliquat de 16 318 125 fr. restait donc disponible pour les exercices suivants et était destiné à compléter le système de défense de Strasbourg et de Metz, les gros œuvres devant être achevés grâce aux crédits consacrés aux années 1872 et 1873. Mais ces crédits ont été dépassés et cela pour diverses causes parmi lesquelles on peut citer : les travaux supplémentaires occasionnés par les écroulements qui ont eu lieu dans les principaux forts de Metz, l’obligation de payer à des propriétaires des indemnités dues pour expropriation par l'administration française, obligation passée à la charge du gouvernement allemand, et enfin la hausse subite de la main-d’œuvre et des matériaux de construction occasionnée par la précipitation apportée dans les premiers travaux. L’administration allemande voulant en effet parer au plus pressé, a fait exécuter à tout prix, avant l’automne de 1873, les travaux qui avaient été reconnus indispensables à la défense du territoire. Il est résulté de ces divers motifs d’augmentation de dépenses que, 62 590 875 fr. se trouvaient dépensés à la fin de 1874, et qu’il ne restait plus qu’un reliquat de 4 909 125 fr. absorbé lui-même en partie, par de nouvelles dépenses imprévues causées par des écroulements considérables qui se seraient récemment produits au fort Saint-Quentin. Le Reichstag, reconnaissant la nécessité d’un nouveau crédit, a voté le 25 janvier 1875 une nouvelle allocation de 10 412 432 fr., à prélever sur le restant de l’indemnité de guerre ».

 

Jeudi 25 mars 1875

Allemagne, Strasbourg place-forte : adjudication de la réalisation et de la livraison de collecteurs en fonte et de tuyaux d’évacuation des fumées pour le service des fortifications.

Un journal de Strasbourg a publié à trois reprises ce communiqué : « La réalisation et la livraison de 151 entonnoirs collecteurs en fonte de fer « gußeiserne Trausschachttrichtern » et de 12 tuyaux d’évacuation des fumées « Dampfabzugsröhren » doit être adjugée publiquement au moins offrant, le délai de la soumission est fixé au jeudi 25 mars 1875 à 10 heures, au bureau du service des fortifications « Bureau der Fortifikation ». Les plans et les conditions de livraisons peuvent être consultés à ce bureau et les offres doivent parvenir avant le délai fixé. Strasbourg, le 2 mars 1875. Kaiserliche Fortification ». Remarque : ces équipements sont vraisemblablement destinés à des forts de la rive gauche du Rhin qui viennent d’être achevés.

 

Samedi 3 avril 1875

Nouvelles militaires. Empire allemand. Occupation permanente des forts de la rive gauche à Strasbourg.

Une revue militaire française qui puise ses informations dans la presse allemande nous livre ces informations : « Les casemates sont maintenant complètement terminées dans les forts de la rive gauche à fossés pleins d’eau, c’est-à-dire dans les forts Fransecky, Tann et Werder, et assez sèches pour pouvoir être habitées. En conséquence, à dater du 1er avril 1875, ces forts ont été occupés par une garnison permanente, et non plus par des détachements relevés chaque jour ».

 

Lundi 5 au mercredi 7 avril 1875

Allemagne, Strasbourg place forte : adjudication de la démolition et vente au plus offrant des équipements du chemin de fer de ceinture situés entre le Fort Moltke et le Fort Großherzog von Baden.

Un journal de Strasbourg a publié ce communiqué : « Les diverses constructions établies sur le chemin de fer de ceinture « Ring-Eisenbahnstrecke » entre les forts II / VII et VIII / IX, tel les stations « Stationsgebäude », les châteaux d’eau « Wasserstationshäuser », les postes d’aiguillages « Weichenstellerbuden », les postes des patrouilleurs « Patrouilleurstuben », les latrines « Latrinengebäude », les remises à charbon « Kohlenschuppen » et une baraque en bois « Holzbude » pour le mécanicien contrôleur des wagons « Wagenrevisor », doivent vendus aux enchères à la démolition, au plus offrant, contre payement immédiat en liquide en lieu et place, la vente se déroulera le lundi 5 avril 1875 pour la ligne entre le Fort Moltke et le Fort Großherzog von Baden”, le mardi 6 avril 1875, pour la ligne entre le Fort Großherzog von Baden au Fort Kronprinz von Sachsen inclus, le mercredi 7 avril 1875 pour la ligne entre le Fort Tann jusqu’au Fort Werder. La vente aux enchères commencera pour les trois jours, à 9 heures, à la station de départ, c’est-à-dire, respectivement à la gare de Reichstett, à la gare d’Oberhausbergen et au Fort IX, et les intéressés seront informés des conditions particulières, le jour même de la vente. Strasbourg, le 20 mars 1875. Kaiserliche Fortification ».

 

Vendredi 30 avril 1875

Allemagne, Strasbourg place forte : adjudication de la démolition de la ligne du chemin de fer de ceinture situé sur la rive gauche du Rhin, du canal de la Marne-au-Rhin et la route de Wissembourg, entre la gare de Mundolsheim et la gare de Holzheim, entre Graffenstaden et le fort IX.

Un journal de Strasbourg a publié ce communiqué : « Les travaux de démolition « zum Abruch » du chemin de fer militaire de ceinture « militärischen Ringbahn » à Strasbourg, doivent être adjugés pour l’ensemble ou en trois lots : a) entre le canal de la Marne au Rhin et environ 200 mètres à l’est de la route de Wissembourg ; b) entre la gare de Mundolsheim et la gare de Holzheim ; c) entre Graffenstaden et le fort IX. L’adjudication est fixée au vendredi 30 avril 1875 à 10 heures, au bureau du service des fortifications. Strasbourg, le 5 avril 1875. Kaiserliche Fortification ».

 

Vendredi 7 juillet 1876

Allemagne, Strasbourg place forte : exercice de l’artillerie à pied pour la mise en état de défense de la place forte.

La presse locale a publié un article relatant cet exercice : « Strasbourg, 12 juillet 1876. Cette correspondance écrit plusieurs nouvelles récentes et déjà plus anciennes : après que le régiment d’artillerie à pied n°15 « Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 15 est revenu le 3 de ce mois (juillet)des exercices de tir près de Haguenau, ce dernier à commencer les exercices de mise en état de défense annuels le 7 de ce mois (juillet). Pour cet exercice, l’idée générale est la suivante : la France a déclaré la guerre à l’Allemagne ; Des troupes concentrées à Nancy et à Belfort se dirige sous la forme de groupes d’armées en direction de Strasbourg et ont rejetées les troupes mobiles allemandes envoyées pour assurer la défense des frontières ; ces dernières sont parties de Saverne le 6 du mois, pour encercler Strasbourg le 7 du mois au nord et à l’ouest, un encerclement qui est également achevé à l’est et sud à partir du 8 du mois. Il est admis que l’attaquant connaît bien l’avant terrain et les ouvrages de la place forte et il a entrepris l’attaque du Fort Kronprinz ainsi que les hauteurs de Mundolsheim, ce qui veut dire que pour les défenseurs la mission principale sera la mise en état de défense des deux forts Roon et Feste Kronprinz, au nord-est de Strasbourg, entre les chaussées de Haguenau et de Mittelhausbergen, ainsi que la mission particulière de la construction et l’armement des batteries sur les hauteurs de Mundolsheim. Pour soulager les troupes assujetties à ces lourds travaux de faire des allers-retours journaliers à leur caserne située à environ 14 à 17 km, et également pour tirer les enseignements pour plus tard sur l’occupation des forts par un équipage de guerre, le ministère impérial de la guerre a autorisé l’occupation des forts. L’état-major du régiment et ceux des bataillons, ainsi que divers officiers individuels, sont hébergés chez l’habitant à Mundolsheim et à Oberhausbergen, et les troupes jouant l’attaque à Rumersheim. Le Bataillon badois d’artillerie à pied n°14 « badische Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 14 » qui est rattaché au Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 15, et participe également à cet exercice, qui est dirigé par le chef de corps, le lieutenant-colonel « Oberstlieutenant » Saltbach. Peut-être qu’ultérieurement nous trouveront encore de quoi rende compte ».

 

Samedi 22 juillet 1876

Allemagne : stratégie & système de fortification allemand. Classement des places fortes.

D’après une décision prise récemment par le ministre de la guerre prussien et rapportée par l’Allgemeine Miltair Zeitung du 22 juillet 1876, les places fortes allemandes sont classées ainsi qu’il suit :

1° Forteresses avec armement de première classe : Strasbourg, Rastadt, Mayence, Metz, Coblence, Cologne, Wesel, Ulm, Magdebourg, Glogau, Neisse, Custrin, Spandau, Thorn, Posen, Dantzig, Koenigsberg.

2° Forteresses avec armement de deuxième classe : Neuf-Brisach, Thionville, Bitche, Sarrelouis, Torgau, Koenigstein, Glatz, Marienburg, Boyen.

3° Ouvrages de défense des côtes : Wilhelmshaven, Frederichsort, Pillau, Memel, Colberg, Swinemünde, Stralsund, Sinederbourg, Bouches de l’Elbe et du Weser.

Les places de Glogau, Custrin, Thorn et Spandau, qui comptaient autrefois dans la deuxième classe, passent dans la première classe. Les motifs de ce changement de classe sont les suivants : Spandau est un grand centre d’approvisionnements militaires ; c’est dans cette place qu’on mettrait à l’abri, en cas de besoin, les caisses, les autorités et les documents de la capitale. Thorn et Glocau constituent d’importantes têtes de pont sur la Vistule et sur l’Oder ; elles servent à la fois de places d’armes et de places de dépôt pour l’est et le sud de l’Empire ; Custrin protége le passage de l’Oder et de la Wartha.

Les changements apportés à l’ancienne organisation nous paraissent plus considérables que ne semble le supposer l’écrivain de l’Allgemeine militair Zeitung. Les forteresses allemandes étaient anciennement divisées en trois classes. On a compris dans les forteresses avec armement de premier ordre toutes les places de première classe, à l’exception de Koenigstein, les places de deuxième classe de Wesel, de Magdebourg, de Glogau, de Neisse, de Spandau et de Thorn et la place de Custrin, qui était jusqu’ici de troisième classe. Parmi les forteresses avec armement de deuxième ordre se trouvent rangées la petite place de Königstein (première classe), les places de deuxième classe de Thionville, De Sarrelouis, de Torgau et de Glatz, les places de troisième classe de Bitche et de Neuf-Brisach et les places anciennement non classées de Marienburg et Boyen.

On voit que sur la frontière occidentale de l’Allemagne la valeur de la place de Wesel est de plus en plus appréciée, tandis qu’à la frontière orientale on semble disposé à remanier complètement les fortifications, afin de préparer de ce côté aux armées allemandes un terrain d’opérations avantageux.

 

Mardi 26 septembre 1876

Allemagne, Strasbourg place forte : adjudication de la livraison et du montage de couvercles de puits de lumière et de ponts levis pour les forts détachés de Strasbourg.

La presse locale a publié cette adjudication : « Mardi le 26 septembre 1876, à 10 heures, seront adjugés publiquement et à montant illimité, au bureau du service des fortifications, la livraison et le montage de 36 couvercles pour puits de lumière « Lichtschachthaube » en fer forgé et grillage, d’un poids d’environ 100 kg par pièce, ainsi que de 3 pont-levis métalliques « Eiserne Zugbrücken », comprenant environ 2 800 kg de fer forgé et de fer laminé « Schmiede –und Walzeisen », 950 kg de fonte et 1 700 kg de plomb durci « Hartblei ». Les conditions générales et particulières ainsi que les plans peuvent être consultés au bureau, ou par la poste contre l’envoie de 6 marks. Strasbourg, le 8 septembre 1876. “Kaiserliche Fortification” ». Remarque : compte tenu qu’il n’y a que trois pont-levis, ces équipements sont vraisemblablement destinés aux trois forts à fossé plein d’eau, les Fort Fransecky, Fort von der Tann et Fort Werder, dont la construction s’achève sur la rive gauche du Rhin.

 

Mardi 7 novembre 1876

Allemagne, Strasbourg place forte : le Kronprinz offre son portrait au Fort Niederhausbergen.

Son Altesse sérénissime le prince héritier « Kronprinz » a offert son portrait pour le Fort Veste Kronprinz ; ce dernier sera immédiatement accroché dans la chambre de l’officier commandant le détachement de garde comme l’ont été les portraits offerts auparavant, c’est-à-dire comme pour le Fort Bismarck et le Fort Fransecky, offert par les hommes célèbres dont ils portent le nom.

 

Mardi 21 au lundi 27 novembre 1876

Allemagne, Strasbourg, construction des forts détachés de Strasbourg. Revente des matériels du chemin de fer de ceinture.

La presse locale a publié ce communiqué à deux reprises : Les matériels rendus disponibles par le démontage des lignes de voies ferrée de ceinture « Ring-Eisenbahnstrecke » et par la fin des chantiers des forts de la rive gauche, seront vendus au plus offrant immédiatement contre payement immédiat sur place en liquide. Les matériels sont les suivants : environ 28 aiguillages, 23 800 traverses de chemin de fer, 800 traverses d’aiguillages, 10 770 clous pour rails « Schienennägel », 39 780 sièges de rails « Schienenstühle », 24 260 clous pour sièges de rails « Stühlnägel », 6 750 cales de sièges pour rails « Stühlkeile », 2 440 « Laschen » ?, 180 plaques de sous-bassement « Unterlags’platen », ainsi que des vieilles portes, fenêtres, planches, bois à brûler « Brennholz » ; 2 remises à planches « Bretterschuppen » ainsi que d’autres matériaux, qui ne sont plus nécessaire sur cette rive. Il est nécessaire de tenir compte des rendez-vous suivants qui ont été fixés le :

Mardi 21 novembre 1876 : pour les forts Fransecky, Moltke et la station Reichstett de la « Ringbahn ».

Mercredi 22 novembre 1876 : Veste Kronprinz et gare près de Niederhausbergen.

Jeudi 23 novembre 1876 : Gro18761876ssherzog von Baden et gare d’Oberhausbergen.

Vendredi 24 novembre 1876 : Fürst Bismarck.

Samedi 25 novembre 1876 : les forts Kronprinz von Sachsen et Tann ;

Lundi 27 novembre 1876 : le Fort Werder.

La vente aux enchères commence à chaque fois pour les 7 journées, le matin à 9 heures, aux forts Fransecky, Roon, Veste Kronprinz, Grossherzog von Baden, Fürst Bismarck, Kronprinz von Sachsen et Werder, et les acheteurs potentiels sont informés que les conditions sont évoquées sur place et qu’ils peuvent également les consulter au bureau des Fortifications pendant les heures de bureau. Strasbourg le 9 novembre 1876. Kaiserliche Fortification ».

 

Décembre 1876

Allemagne, Strasbourg place forte : élargissement et aménagement du chemin rural de la route stratégique sur les hauteurs jusqu’au village d’Oberhausbergen.

En 1876 le génie militaire allemand établit deux plans pour la réalisation de la route stratégique reliant les différents forts de la colline d’Oberhausbergen. Il s’agit des plans suivants :

Un plan à l’échelle 1/2 500 sur un calque pour l’élargissement et l’aménagement du chemin rural de la route stratégique des hauteurs jusqu’au village d’Oberhausbergen dénommé « Verbreiterung und Chaussierung des Feldweges vom südlichen Ende der Verteidigungsstraße auf dem Hausberger Höhenkamm bis in das Dorf Oberhausbergen » avec le plan de masse du Fort Großherzog von Baden, édité en décembre 1876.

Un plan à l’échelle 1/100e et 1/200e relatif au projet de modification du chemin rural en une route défensive, édité en décembre 1876, comprenant un plan de situation et le nivellement.

 

Samedi 3 mars 1877

Allemagne, Strasbourg place forte & garnison : Strasbourg. Présentation des recrues et relèves des détachements de garde des forts.

Informations tirées d’une revue militaire allemande : « Le dernier hiver s’est fait remarquer par sa douceur relative, qui était en contraste avec le froid vif de l’Est de l’Allemagne ; et comme nous avons également été épargné par les fortes pluies, la météo s’est montrée très favorable sur l’instruction des jeunes recrues faite au mois de décembre. Les présentations des recrues, qui a été faite en présence de leur supérieurs respectifs, sont désormais terminées pour les régiments prussiens, saxons et wurtembergeois locaux. En conséquence, on arrive à nouveau à faire tourner les services de garde de la garnison. Alors qu’avant la formation des recrues ont formait les détachements de garde de la garnison avec un mélange provenant de divers bataillons, il y a désormais un seul bataillon qui fournit les détachements de garde. Le gardiennage des forts par des détachements de garde « Wacht-Commandos », qui sont relevés tous les mois, est poursuivis de cette façon ».

Allemagne, Strasbourg place forte : Cadeau du portait de son Excellence Monsieur le général von Werder pour le Fort Werder.

Informations tirées d’une revue militaire allemande : « Son Excellence Monsieur le général de l’infanterie « General der Infanterie » von Werder a offert son portrait au Fort Werder ; comme nous l’apprenons, désormais tous les forts de la rive gauche du Rhin, hormis le Fort Grossherzog von Baden à Oberhausbergen, ont reçu en cadeau le portait de la personnalité dont ils portent le nom et conformément aux directives du gouverneur, ce portait est accroché en temps de paix dans la chambre de l’officier du détachement de garde, et en cas de mise en état de défense il doit trouver sa place dans la chambre du commandant du fort ».

 

Jeudi 3 mai 1877

Allemagne, Strasbourg place forte et garnison : visite de l’Empereur d’Allemagne Guillaume Ier.

Détail d’une carte postale ancienne représentant la fresque peinte dans la nouvelle gare de Strasbourg. Cette fresque représente la visite du 3 mai 1877 de l’empereur Guillaume Ier au Fort Veste Kronprinz à Niederhausbergen : il s’agit d’une délégation de jeunes paysans et de la population locale qui accueille l’Empereur à l’extérieur du fort (Collection MJR).

Samedi 21 juillet 1877

Communiqué concernant la livraison et l’installation de râtelier à fusils au profit du Ft. Roon et du Ft. Kronprinz (Collection MJR).

Vendredi 28 décembre 1877

Allemagne, Strasbourg place forte : allongement de la route de défense à Oberhausbergen.

La presse locale a publié ce communiqué : « Compte tenu que le résultat concernant l’adjudication concernant les travaux de construction de chaussée pour le prolongement de la route de défense « Verteidigungsstrasse » à son extrémité sud n’a pas obtenu l’autorisation, une nouvelle adjudication est ainsi fixée pour une nouvelle date fixée au vendredi 28 décembre 1877, le matin à 8 heures au bureau du service des fortifications. Chaque soumissionnaire tant qu’il n’en a pas été spécifiquement exempté par le service des fortifications, doit déposer les certificats attestant de sa qualification pour la prise en charge de ces travaux ainsi que les preuves qu’il possède l’argent nécessaire – minimum 5 000 Marks- avant l’adjudication. Les offres des soumissionnaires qui ne se sont pas conformés à ces obligations seront écartés. Les conditions générales et particulières peuvent être consultées au bureau du service des fortification pendant les heures de bureau. Strasbourg, le 17 décembre 1877. « Kaiserliche Fortification ». 

 

Lundi 29 mai 1878

Allemagne, Strasbourg place forte : installation de cuisines dans les forts à fossé sec de la rive gauche du Rhin.

Le service impérial des fortifications de Strasbourg a procédé à l’adjudication de la livraison et de l’installation des cuisines. Le nombre de cuves et de cuisinières permet d’équiper l’ensemble des forts détachés de Strasbourg situés sur la rive gauche du Rhin. Deux cuisines sont installées au rez-de-chaussée de la caserne de gorge du Fort Grossherzog von Baden, une dans chaque aile. Chaque cuisine, est équipée d’un point de chauffe entouré d’un bâti construit en briques encadré par un cadre en fer, recevant quatre grandes cuves en fer pour la cuisson et le maintien au chaud des aliments. Ce dispositif est complété par une petite cuisinière faite avec les mêmes matériaux, et surmontée par des plaques de cuisson en fonte.

Voici le texte de ce communiqué : « Adjudication. Lundi le 29 mai 1878 de l’année en cours, à 10 heures, une adjudication illimitée sera faite pour la livraison de 72 cuves de cuisine en fer forgé « schmiedeeiserner Koch-Kessel » ainsi que les plaques de cuissons en fonte et fours pour 18 cuisinières « Kochherde » pour un poids total de 16 700 et 21 600 kg. Les conditions de livraison et les plans peuvent être consultés tous les jours pendant les heures de bureau et une copie peut être transmise contre un règlement de 5 marks pour les frais de reproduction. Kaiserliche Fortifikation ».

 

1880

Allemagne, artillerie : essais avec une nouvelle poudre brisante et mise en service de nouveaux matériels d’artillerie.

Au cours de l’année 1880 essais avec de nouveaux explosifs brisants, le coton poudre pour obus « Schiessbaumwolle für Granate » et mise en service du mortier de 9 cm « 9-cm-Mörser » et du canon lourd de 9 cm « schwere-9-cm-Kanone ».

 

Jeudi 21 avril 1881

 Allemagne, Strasbourg place forte : réalisation d’un plan projet pour l’installation des fours à pain des boulangeries de forts à fossés secs pour le rapport du 20 avril 1881.

Le service impérial des fortifications de Strasbourg fait réaliser un plan de masse à l’échelle 1/100e sur deux feuilles pour l’installation des fours à pain des boulangeries des forts détachés à fossé sec de la rive gauche du Rhin à Strasbourg. La page 1 comporte les inscriptions suivantes : « Fortifikation Strassburg » service des fortifications de Strasbourg ; « Entwurf für die Anlage von Backöffen in den Forts : Moltke, Roon, Mundolsheimerkopf, Veste Kronprinz, Grossherzog v. Baden, Fürst Bismarck und Kronprinz von Sachsen » projet d’installation de four à pain dans les forts : … » ; « Zum Bericht von 20. April 1881 gehörig » appartenant au rapport du 20 avril 1881, « Blatt II » feuille II ; pour chaque fort mentionné ce plan présente une coupe et un plan de masse de l’implantation détaillée des deux pièces, l’une avec le four à pain et l’autre voisine en tant que dépôt de vivres, pour chaque fort. Le plan comporte plusieurs signatures : « B illisible », « Major und Ingenieur vom Platz » chef de bataillon du génie et ingénieur de la place ; « Hoelzer » « Major im Stabe des Ingenieur Corps » chef de bataillon du génie à l’état-major du Corps des Ingénieurs ; « gelesen » lu, « Krieger », reste illisible ; « gelesen » lu, et illisible.

Extraits du plan susnommé : plan de masse de l’implantation d’un four de boulangerie au premier étage de l’aile gauche de la caserne de gorge du Fort Veste Kronprinz. (Collection CESFS. Source : Geheimes Staatsarchiv Preussischer Kulturbesitz, Berlin.

1883

Allemagne, fortifications : expériences de Kosel.

On a tiré avec le mortier rayé de 21 cm sur de vieilles voûtes en bonne maçonnerie de briques de 1 m d’épaisseur, recouvertes d’une couche de béton de 0,80 m et d’une couche de terre de 1 m à 1,50 m. Des obus torpilles de 6 calibres de longueur, avec charge d’éclatement de 19 kg de coton-poudre, ont percé les voûtes et éclaté à l’intérieur.

Allemagne, artillerie : mise en service de projectiles chargés de poudre brisante.

Depuis les essais menés en 1880, dont le but était de remplacé les charges de poudre des obus par de nouveaux explosifs, on a mis en service en 1883 les obus chargés de coton poudre « Schiesswollgranaten ». A cela est lié le bond dans l’amélioration de l’efficacité de l’artillerie qui a dévalorisé les fortifications déjà existantes ainsi que toutes celles qui viennent à peine d’être achevée de tous les états et amena à la crise des obus à explosif brisant « Brisanzgranatenkrise » ou crise de l’obus torpille en France et à une remise en question générale de la valeur des fortifications.

 

Mardi 24 février 1885

Allemagne, fortifications : un catalogue de questions est adressé à la Commission de la défense du territoire.

Le 24 février 1885, le directeur du département général de la guerre, le général Karl von Hänisch a demandé à la Commission de la défense du territoire de présenter un catalogue de questions concernant l’organisation du futur système fortifié. Hänisch a rappelé que les forts aménagés en position d’artillerie n’étaient guère aptes à une défense de l’infanterie et que pour cette raison il était favorable à leur réaménagement au profit de l’infanterie. Dans les intervalles, considérés comme le vrai champ de bataille, il était nécessaire de réaliser des abris, des merlons (ou remparts de protection), des liaisons et des dépôts de façon permanente, cependant au niveau de l’enceinte urbaine, il fallait réaliser de sérieuses économies.

 

Jeudi 23 avril 1885

Allemagne, fortifications : Questions posées à la Commission de défense du territoire par l’ordonnance impériale du 23 avril 1885.

Les questions posées par le général Hänisch, confiées par ordonnance impériale (AKO) du 23 avril 1885 à la Commission de défense du territoire pour y être étudié, devaient clarifier : s’il était permis de réduire l’artillerie des forts à quelques rares points et de transformer ces ouvrages pour une défense énergique par l’infanterie ; s’il fallait garder les batteries annexes dans leur volume actuel ; s’il faut réaliser un cuirassement complet pour quelques pièces ou s’il valait mieux favoriser une domination de l’artillerie des défenseurs par la masse, par une meilleure disponibilité au combat et par la protection des magasins à munitions ; de combien peut-on réduire l’équipement des ceintures urbaines sans que cela n’affecte la ceinture de défense extérieure ; La Commission de défense du territoire a transmis les trois premières questions à une sous-commission composée d’ingénieurs et d’officiers de l’artillerie et elle a cependant répondue à la question concernant l’équipement des enceintes urbaines, en préconisant qu’il fallait également maintenir une capacité à contenir une attaque pour celle-ci.

 

Mai 1885

Allemagne, fortifications : réponse de la sous-commission chargée des trois premières questions adressées à la Commission de défense du territoire.

En mai 1885, la sous-commission chargée des trois premières questions a décidé, que l’armement en artillerie des forts ne devait être réduit qu’avec parcimonie. La seule grande modification que l’on a accordé est la suppression des pièces légères abrités dans les traverses - abris et destinées à contrer un assaut, il fallait en effet en cas de besoin, les sortir des abris pour les faire entrer en action sur les remparts à ciel ouvert. On estimait que ce procédé n’était plus réalisable.

La grande masse de l’artillerie devait être maintenue sur ces positions à ciel ouvert, mais toutefois, on estimait que la mise en place de quelques exemplaires de pièces sous cuirassement pouvait entraîner une action décisive dans le déroulement d’un siège. On a accordé un poids certain à l’équipement des places fortes avec des ballons d’observation et à la réalisation de poste d’observation cuirassés dans les forts. Dans l’ensemble, on n’a pas réussi à trouver une solution suffisante concernant la forme des futures fortifications.

 

Jeudi 3 décembre 1885

Allemagne, fortifications : Réponses aux questions posées à la Commission de défense du territoire par l’ordonnance impériale du 23 avril 1885.

Le 3 décembre 1885, les décisions suivantes ont été prises par A.K.O. : « Conformément aux propositions de la commission de défense du territoire... sont classés dans les places fortes à conserver et à renforcer en première ligne : Metz, Strasbourg, Neuf-Brisach, les fortifications projetées près de Sarrebourg – Molsheim, Bitche, Thionville, Cologne, Königsberg, Boyen, Thorn, Posen, Pillau, Weichselmünde, Swinemünde, Friedrichsort, les fortifications de l’Elbe inférieure et de l’embouchure de la Weser ainsi que les fortifications côtières de Wilhelmshaven. Sarrelouis est, comme l’avait déjà indiqué, à abandonner dès les fortifications de Sarrebourg – Molsheim sont pratiquement achevées. Sonderburg doit être abandonné complètement dès que les ouvrages construits sur la baie de Kiel, près de Pries et de Robsdorf sont achevés. Le projet d’une autre extension des fortifications terrestres de Kiel doit être abandonné. Toutes les autres places fortes et ouvrages doivent être maintenus, et les projets agréés doivent être construits, mais pour Stralsund et Colberg, il n’est pas utile d’y garder l’armement et les matériels de mise en état de défense ».

 

Lundi 17 mai 1886

Allemagne, Strasbourg place forte : projet de remplacement des ponts des forts à fossé sec par des rampes.

Une note française de renseignement nous apprend ceci : « Dans une quinzaine de jours, on doit commencer les travaux d’établissement des rampes dans tous les forts à fossés secs de Strasbourg. Dans une note du 17 mai 1886, j’ai fait connaître que ce travail avait été fait, à titre d’essais au Fort Bismarck ».

 

Samedi 26 juin 1886

Allemagne, Strasbourg place forte : projet de remplacement des ponts des forts à fossé sec par des rampes.

Une note française de renseignement nous informe que les travaux de destruction des ponts par-dessus le fossé de gorge des forts à fossés secs viennent de commencer. Ils sont remplacés par des rampes d’accès. Ces travaux doivent être achevés dans un délai de six semaines.

 

Lundi 19 juillet 1886

Allemagne, Strasbourg place forte : début de la démolition des ponts des forts à fossé sec.

Une note française de renseignement nous apprend : « Hier 19 juillet 1886, on a commencé la démolition des ponts dans les forts à fossés secs, et à construire des rampes d’accès ; ces travaux devront être terminés dans six semaines ».

 

Jeudi 22 juillet 1886

Allemagne, Strasbourg place forte : installation des rampes d’accès dans les forts à fossé sec.

Une note française de renseignement nous apprend : « Le projet d’établissement des rampes dans les forts à fossés secs de Strasbourg est approuvé. Dans les bureaux du génie à Strasbourg on est actuellement occupé à faire des croquis d’exécution. La modification dont il s’agit existe déjà au Fort Bismarck, elle reste à exécuter dans les cinq autres forts à fossés secs. Les travaux seront commencés dans un délai de deux mois ».

 

Samedi 9 octobre 1886

Allemagne, Strasbourg place forte : projet de modification des murs d’escarpe et des glacis des forts à fossé sec.

Une notre française de renseignement nous livre les informations suivantes : « Strasbourg, 9 octobre 1886. Etude sur la fortification des murs de contrescarpe et des glacis aux saillants des forts. La Direction du génie de Strasbourg vient de recevoir l’ordre de Berlin d’avoir à élaborer et sur de nouvelles bases un projet de modification des murs de la contrescarpe et des glacis aux saillants des forts ; les fossés ne seront plus élargis, ils seront au contraire rétrécis, les murs de la contrescarpe seront plus élevés ainsi que les parapets des glacis, qui auront au moins 3 mètres d’élévation en plus. Les travaux de modification qu’on veut exécuter seront considérables. On parle aussi de la démolition des caponnières maçonnées pour les remplacer par des caponnières cuirassées. La Direction du Génie vient aussi de louer une bande de terrain autour des forts et notamment au fort Bismarck, terrain qui confine aux glacis des saillants et des épaules, à raison de 10 marks l’are. Ces travaux seront exécutés aussitôt que les projets seront élaborés et ratifiés ».

 

Lundi 18 octobre 1886

Allemagne, Strasbourg, fortifications : note de renseignement française.

Une note française de renseignement nous livre les informations suivantes : « Remplacement des volets des casemates jugés insuffisants et rectification du tracé des forts de Strasbourg. Il paraît que l’on a constaté que la porte et les volets des casemates des forts et de l’enceinte de la place de Strasbourg ne pourraient pas résister aux balles du fusil à répétition français. Pour ce motif, on va les remplacer dans le courant de cet hiver par d’autres en acier Bessemer. Un correspondant de Strasbourg nous a également fait savoir qu’à la suite de récentes expériences, le tracé des forts de Strasbourg serait modifié : la ligne brisée au milieu de laquelle se trouve la caponnière serait changée en ligne droite ou tout au moins le saillant serait-il sensiblement aplati.  Notre correspondant n’a que des renseignements très vagues à ce sujet, renseignements qui lui ont été donnés par un garde du génie ».

« Rectification des profils des glacis et des fossés aux saillants. Dans une récente correspondance il a été dit que le génie allemand venait d’établir des projets en vue de changer les profils du glacis et des fossés aux saillants. L’ordre d’en faire les devis est arrivé de Berlin à Strasbourg. Mais depuis, tout a été ajourné. Le 14 octobre, l’ordre est arrivé de Berlin de suspendre le travail et d’attendre l’arrivée de nouveaux projets qu’on est en ce moment en train d’élaborer à Berlin. Les changements prévus dans les premiers projets ont été trouvé insuffisants. Il paraît que les fossés seront en partie déplacés, d’après les nouveaux projets, les glacis seront plus élevés, enfin les profils seront complètement changés ». 

 

Jeudi 30 décembre 1886

Allemagne, Strasbourg, fortifications : note de renseignement française.

L’ordonnance impériale du 30 décembre 1886 ordonne la construction de 5 ouvrages intermédiaires « Zwischenwerke » à Strasbourg.

 

Lundi 10 janvier 1887

Allemagne, Strasbourg place forte : armement en pièces d’artillerie et travaux de renforcement de la place forte.

Une notre française de renseignement du 10 janvier 1887 évoque les informations suivantes concernant l’artillerie et les travaux de renforcement de la place forte. Informations concernant l’artillerie de la place : « Depuis quelques jours il arrive ici des pièces de siège en bronze toutes neuves de 15 cm. Ces pièces viennent de Spandau et seront transportées dans les forts pour y remplacer les pièces de 12 cm. Ces dernières pièces seront toutes remplacées par des pièces de 15 cm. Plusieurs wagons de poudre et autres munitions sont également arrivés ces jours derniers à la gare d’Austerlitz. Le tout a été transporté dans les magasins de la nouvelle enceinte du côté de la citadelle ». Début des travaux de renforcement de la ceinture des forts détachés en conséquence de la crise de l’obus torpille : « Au 1er avril prochain, tous les forts et cavaliers de l’enceinte qui ont des casernes seront garnis de troupes. La direction des fortifications est actuellement en pourparlers avec les propriétaires pour l’achat des terrains servant de champs d’exercices. Tous ces forts sont munis de tout ce qui sera nécessaire pour recevoir leurs garnisons au complet. Aujourd’hui même, la fortification a commencé à faire poser les grillages barrières sur les murs de la contrescarpe aux saillants des forts à fossés secs. Il n’est donc plus question quant à présent de modifications de profils dans les saillants ; tout reste dans l’état actuel. La fortification fait faire encore pour 70 000 marks de grillages en plus afin de pouvoir garnir toute la contrescarpe des faces et des flancs des forts à fossés secs. Ces travaux devront être terminés sans faute dans un délai de deux mois. Je tiens tous ces renseignements de sources certaines. Le personnel de la fortification croit que la guerre éclatera bientôt ; car, dit-il, si la guerre n’était pas prévue, on aurait certainement procédé aux modifications projetées, des profils, qu’on aurait pu terminer, dans le courant de l’été prochain ».

 

Jeudi 27 janvier 1887

Allemagne, places fortes : ordonnance impériale relative au renforcement des intervalles entre les forts détachés.

On a décidé par l’ordonnance impériale « A.K.O. » du 27 janvier 1887, qu’il fallait, à la hauteur des forts, aménager une position d’infanterie dont les points d’appui principaux devaient être les forts, qui devaient également servir de position à quelques pièces d’artillerie lourde. Pour les intervalles on a ordonné la construction d’ouvrages intermédiaires aptes à résister à un assaut et à des abris pour l’infanterie, tandis que la masse de l’artillerie prendra place derrière les forts, il fallait aménager des remparts de protection, des voies d’accès pour les pièces, des abris pour les munitions et les servants, prendre des mesures pour le camouflage et préparer le matériel pour la réalisation des obstacles. Les abris d’infanterie « A-Räume » et les abris à munitions « M-Räume » ont été construits dans un premier temps en maçonnerie (en briques) et plus tard, le plus souvent en béton avec une épaisseur de 1,50 à 3 mètres. Avec tout cela, les intervalles ont reçu un treillis d’ouvrages qui devaient être complétés lors de la mise en état de défense.

 

Lundi 7 février 1887

Allemagne, Strasbourg place forte : travaux de renforcement de la ceinture des forts détachés.

Une notre française de renseignement du 7 février 1887 nous livre les informations suivantes concernant les travaux de renforcement de la place forte.

Installation du chemin de fer de ceinture : « Belfort, le 7 février 1887. Sur un ordre télégraphique arrivé tout récemment de Berlin à Strasbourg, le génie militaire a mis immédiatement en œuvre la construction d’un chemin de fer de ceinture destiné à relier entre eux les forts extérieurs qui entourent la place. L’établissement de ce chemin de fer est prévu depuis longtemps, mais son exécution, d’après les renseignements antérieurs, ne devait se faire qu’au moment d’une guerre. La ligne se composera d’une voie étroite, pour servir au transport des matériaux, et d’une voie normale, devant servir à l’armement des ouvrages ; cette voie sera raccordée avec le chemin de fer de l’Etat ».

Travaux de renforcement des forts détachés :

« L’entreprise des travaux a été donnée à la société Heydt et Cie, maison avec laquelle on a traité de gré à gré, et qui est la même que celle chargée des travaux de revêtement au ciment et au béton à exécuter dans les forts. Les travaux, commencés immédiatement sur plusieurs chantiers, doivent être terminés dans le délai de deux mois. Le génie vient de charger M.M. Heydt et Schuster, sans adjudication et au prix du devis, de tous les travaux de renforcement des casemates. Les casemates, abris etc., seront découverts afin qu’on puisse les recouvrir d’une couche de béton. Ce béton sera formé de mortier-ciment et de silex cassé.

On conduit déjà du matériel et des matériaux dans les forts pour l’exécution de ces travaux, qui devront être terminés sans faute le 1er avril prochain. A cet effet l’administration militaire, vient de commander 900 wagons de ciment Portland et 1 000 wagons de silex-pierre bleue. Elle vient aussi de commander à M. Schaeffer, tuilier à Achenheim, près Strasbourg, 400 000 briques pour les forts. Il y aura donc aussi beaucoup de maçonnerie, ce qui est tout naturel, car si l’on veut couler du béton, il faut que les côtés soient fermés par des murs. Les travaux en question sont évalués à 1 million ».

 

Mercredi 23 février 1887

Allemagne, places fortes : ordonnance relative à la transformation des remparts des fortifications.

Le 23 février 1887, le ministère de la guerre a émis une ordonnance donnant l’ordre de transformer toutes les portions de rempart non indispensables à l’artillerie, au profit de la défense de l’infanterie, et en même temps, de commencer la construction de batteries annexes qui avaient été planifiées mais non réalisées et de les doter d’abris à munition à l’épreuve des bombes.

 

Samedi 5 mars 1887

Allemagne, Strasbourg place forte : installation du chemin de fer de ceinture.

Une notre française de renseignement du 5 mars 1887 nous livre les informations suivantes concernant les travaux de renforcement de la place forte.

Installation du chemin de fer de ceinture : « A la date du 12 février 1887, le Gouverneur de Strasbourg a décidé l’établissement d’un chemin de fer à voie étroite passant du pont du canal près de Hœnheim en prenant ensuite la chaussée du chemin de fer de ceinture, la route de ceinture derrière le Fort Roon, puis le chemin vicinal n°63 à partir du kilomètre 12.000 jusqu’au kilomètre 13.100, ensuite la route vers le fort Podbielski et là par le chemin vicinal n°11 du kilomètre 14.700 au kilomètre 14.870 jusqu’au fort Grand-Duc de Bade. Ce chemin de fer est destiné à transporter les matériaux dans les divers forts sur son passage. Par ordre subséquent, et pour le même objet, un chemin de fer doit être établi de la gare de Holtzheim au fort Prince de Bismarck ».

 

Vendredi 1er avril 1887

Allemagne, Strasbourg place forte : garnison des forts détachés.

A partir du 1er avril 1887, tous les grands forts de la ceinture fortifiée de Strasbourg, sont doté d’une garnison permanente comprenant une ou deux compagnies d’infanterie, qui s’installent pour une durée d’un an. Ce système est appelé « Bataillons-Wechsel ». Tout simplement, un des trois bataillons de chaque régiment d’infanterie est chargé d’assurer pendant un an tous les services de garde attribués au régiment. Ainsi, ce bataillon détache en règle générale deux compagnies dans chaque grand fort dont il doit assurer la garde.

 

Lundi 21 février 1889

Allemagne, Strasbourg place forte : travaux de renforcement de la ceinture des forts détachés.

Une française de renseignement nous livre ces informations : « Suite d’un rapport communiqué le 21 février 1889, concernant les nouveaux travaux de défense élevés autour de la place de Strasbourg : « Depuis le commencement du printemps ces travaux ont repris avec une grande activité. Les villages de Souffelweyersheim et Niederhausbergen sont reliés par une route coupée par le chemin de fer et la route de Paris. A l’ouest du chemin de fer, les travaux suivants ont été exécutés le long de cette route. Derrière la rangée nord des arbres qui la bordent a été plantée une haie vive très fournie et très haute, à quelques mètres au nord de cette haie on a creusé un fossé de 1,50 m de profondeur environ, dont les terres ont été rejetées au nord. Entre la haie et ces terres rejetées, c’est-à-dire dans le fossé même, ont été construits 4 magasins du type 2, décrit dans le rapport du 21 février. Ces magasins, désignés dans le croquis sous les n°26, 30, 31, 32, se trouvent donc protégés au nord par la levée de terre, qui est trop considérable pour provenir seulement de celle extraite du fossé. Les dimensions sont environ les suivantes : 4,50 m de hauteur sur 10 m de base. Ces dimensions prouvent bien qu’on a dû rapporter des terres en quantité assez considérable. La plus grande activité règne de nouveau dans les forts de Strasbourg. On a amené de grandes quantités de moellons qui ont été déposés sur les revêtements - ? – de ces forts ; on y conduit également du sable et du ciment. Il y a un mois environ, le Sieur Zeitz, entrepreneur allemand, a ramené de Metz un chariot destiné au transport de grosses pièces, des affûts, et autres matériaux qu’il serait impossible de conduire sur d’autres véhicules. Ce chariot supporterait une charge de 18 000 kilogrammes, mais on n’a pas connaissance qu’il ait été utilisé à Strasbourg depuis qu’il y est arrivé ». Remarque : le chariot qui vient d’être décrit est vraisemblablement destiné au transport des éléments des postes d’observation cuirassés de l’artillerie, en fonte durcie, modèle 1887 de Gruson, dont le Fort Veste Kronprinz est doté d’un exemplaire.

 

Samedi 10 juillet 1897

Allemagne, Strasbourg place forte : description de la place forte et de la garnison.

Le journal français et catholique La Croix a publié un article intéressant concernant la place forte de Strasbourg : « Le camp retranché de Strasbourg. L’Univers illustré publie, sous la signature du commandant X., des détails intéressants sur le camp retranché de Strasbourg. L’enceinte de la ville est plus du double de ce qu’elle était en 1870. Des promenades publiques, des terrains vagues, des bâtiments officiels construits à grands frais en couvrent la plus grande partie. Par suite de l’immigration incessante de l’élément germanique, la population allemande s’élève à 40 %. La place est protégée par des fortifications formidables. Les remparts sont entourés d’un fossé qui peut être rempli d’eau en cas de siège. Les portes, percées dans l’enceinte, sont voûtées, crénelées. A chacune est un poste devant lequel sont disposés sur des supports les Mauser des hommes qui prendront la garde tour à tour. Dans l’épaisseur même des fortifications, environ à tous les 400 mètres, sont pratiquées des casernes pouvant loger 200 soldats. La garnison de Strasbourg se compose, d’après les chiffres officiels de 15 493 hommes, Prussiens, Saxons, Wurtembergeois, fantassins, uhlans, artilleurs, hussards, soldats du génie se coudoient dans les rues de la ville transformée en un vaste camp. Les troupes disposent des anciennes casernes françaises et de nombreuses casernes construites depuis 1870. L’une d’elle, la caserne Manteuffel, énorme monument aux proportions élancées, a coûté 2,5 millions. On remarquera en outre les casernes Margarethen, von Decker, la caserne du Train qui ont, à elles trois, coûté près de 4 millions. Mieux payé, mieux habillé que le soldat français, le soldat allemand est moins bien nourri. L’autorité militaire a fait construire un temple gothique en grès rouge pour la garnison de Strasbourg. La dépense s’est élevée à plus de 1 700 000 francs. Les soldats catholiques n’ont pas encore d’église spéciale, mais tous les dimanches ils sont conduits à l’église Saint-Etienne. Les abords de la place sont défendus par 14 forts. Ce sont : Le fort Fransecky, près de Wanzenau ; le fort Moltke, près de Reichstett ; le fort Roon, près de Vendenheim ; le fort Podbielsky, près de Mundolsheim ; le fort Kronprinz, près de Niederhausbergen ; le fort Grand-Duc de Bade, près d’Oberhausbergen ; le fort Prince-Bismarck, près de Wolfisheim ; le fort Kronprinz von Sachsen, près de Lingolsheim ; le fort Von der Tann, près de Geispolsheim ; le fort Von Werder, près d’Illkirch-Graffenstaden ; le fort Schwarzhoff, près de Altenheimerhof ; le fort Blumenthal, près d’Auenheim ; le fort Bose, près de Kork ; le fort Kirchbach, près de Sundheim.Sur les glacis de quelques-uns de ces ouvrages se dressent une quantité de perches, le long desquelles grimpe le houblon et du haut de leurs remparts, les fantassins allemands les plus insensibles peuvent suivre d’un œil attendri la croissance de la plante qui donne la bière. Ce qu’il y a de plus remarquable à noter au sujet de ces forts, dit le commandant X., ce sont les travaux de mine très développés, par lesquels ils sont protégés souterrainement. Sur une très vaste étendue en avant, le sol est perforé de galeries dites « écoutes », sur lesquelles s’embrancheraient, en temps de guerre, des ramifications allant à la rencontre des travaux de l’assaillant. En outre, entre ces forts et à divers endroits dans la campagne, sont dissimulés des abris voûtés pouvant, en cas de besoin, recevoir un certain nombre d’hommes. La défense de Strasbourg, complétée par la présence du fort d’arrêt, baptisé du nom de Guillaume II et situé près de Molsheim, à une vingtaine de kilomètres de la grande ville alsacienne, vers l’Ouest. Ce fort arrêterait une armée passant par le col de Schirmeck pour envahir l’Alsace. Strasbourg est le seul obstacle contre une invasion de l’Allemagne par la vallée supérieure du Rhin. Il est vrai que derrière cet obstacle formidable, la Forêt Noire oppose une barrière presque infranchissable à l’armée française qui, débouchant des Vosges, aurait forcé le passage du Rhin. Il est probable qu’en ces de guerre nos armées ne pourraient tenter de ce côté que de puissantes diversions ».

 

Avril 1901

Carte postale ayant circulée en avril 1901 représentant symboliquement le Fort Kronprinz au sommet de la colline au-dessus de Niederhausbergen (Collection MJR)

 

1902

Carte postale ancienne de 1902 représentant un poste de garde au Fort Kronprinz (Collection MJR)

Allemagne, Strasbourg place forte : évocation du Fort Baden dans le règlement de garnison de 1902.

Le règlement de garnison de 1902 évoque le Fort Veste Kronprinz dans plusieurs rubriques. Les dispositions préconisées par

Garde

Composition de la garde du Fort Veste Kronprinz qui est relevée toutes les 24 heures et dont le personnel provient de la garnison du fort. Elle est composée d’un sergent, chef de poste « Unteroffizier » et de 3 hommes du rang pour le poste de jour « Tagesposten » qui est composé d’une sentinelle placée devant la porte, avec cartouches. Il n’y a pas de poste de de nuit dans ce fort.

Patrouilles

Le régiment d’infanterie n°105 « Infanterie-Regiment Nr. 105 König Wilhelm II von Württemberg » est chargé d’effectuer les patrouilles à Mittelhausbergen. A Il est fort vraisemblable que le personnel de ces patrouilles est fourni par la garnison du Fort Kronprinz. La patrouille se compose d’un sous-officier et d’un caporal « Gefreiter ».

Travaux avec la poudre

Dans les forts et ouvrages de fortification, lors des travaux avec la poudre, l’accès à la cour ou au local où se déroulent les travaux doit être limité au personnel désigné pour ce service. Le chef du poste de garde « Wachthabender » doit être avisé avant le début des travaux, de prévenir toutes les personnes entrant dans le fort. Cette mesure tout comme les mesures ultérieures comme l’interdiction de fumer, etc. doivent être ordonnées par le commandant du fort « Fortkommandant » qui doit être averti par le dépôt d’artillerie « Artilleriedepot » avant le début des travaux.

Ordonnances cyclistes

Les forts envoient le courrier qui ne transite pas par le télégraphe au moyen d’ordonnances cyclistes. Ces derniers avant de quitter le fort se présentent au garde du génie « Wallmeister », au sous-officier de l’arsenal d’artillerie « Zeugunteroffizier » et au télégraphiste dans le cadre de la collecte du courrier. Tous les samedis matin vers 9 heures, ils passent dans les bureaux de la Kommandantur, du dépôt d’artillerie « Artilleriedepot », du service des fortifications « Fortifikation » et de leur unité. Cette tournée doit être faite le plus rapidement possible par les ordonnances cyclistes pour qu’elles soient de retour au plus tard à midi.

Personnel du service des fortifications, du dépôt d’artillerie, du service de garnison et du service des vivres

Pour la gestion et la maintenance des ouvrages de fortifications est placé sous la responsabilité du service des fortifications, pour le matériel d’artillerie, le dépôt d’artillerie, et d’autre part, le service de garnison et le service des vivres sont responsables pour les matériels et instruments entreposés dans le fort. Mais tous ces personnels qui interviennent dans le cadre de leur service sont placés dans le cadre de la police militaire sous la responsabilité du commandant du fort ou du chef de détachement de la garde. En conséquence, ils doivent prouver de la légitimité de leur mission en présentant leurs papiers d’identité au chef du détachement de garde, et en précisant le but et le lieu de leur intervention. Par ailleurs, ce personnel est chargé de soutenir le détachement de garde dans sa mission de surveillance, en signalant au chef du détachement de garde ou au commandant du fort pour les cas les plus graves, de tous ce qui n’est pas règlementaire ou qui paraît suspect.

Alimentation en vivres

L’alimentation des équipages des forts est du ressort de leur unité. Les primes complémentaires d’alimentation suivantes sont payés : à chaque capitaine ou commandant de compagnie, ou personnel commandant la compagnie encasernée dans un fort : 0,50 Mark par jour ; pour tous lieutenants affecté à une compagnie désigné des équipages des forts et qui loge dans le fort ou dans un village à proximité : 1,00 Mark ; pour chaque sous-officier marié, logé au fort et séparé de sa famille : 0,50 Mark par jour ; pour les sous-officiers et hommes du rang des détachements de garde : 0,10 M par jour et par tête.

Alimentation en eau potable

En règle générale, le pompage de l’eau par des personnels de l’équipage désignés par le sous-officier de jour après requête du garde du génie « Wallmeister » auprès du commandant du fort, doit être fait sous le contrôle de ce dernier. Si subitement il y avait un manque d’eau, le sous-officier de jour peu percevoir les clés auprès de la garde et faire mettre en route les pompes sous sa surveillance. L’alimentation en eau des forts Moltke, Roon, Feste kronprinz, Grossherzog von Baden, Kronprinz von Sachsen et Fürst Bismarck est réalisé à l’aide de moteurs par le responsable de l’entretien des casernes « Kasernenwärter », qui détient également les clés pour les locaux correspondants (local du moteur, du puits et des réservoirs). Dans ces derniers forts, l’entretien de l’ensemble des tuyaux d’eau potable et des installations est du ressort du servie de garnison « Garnisonverwaltung ». En dehors des pannes éventuelles, les pompes sont démontées et inspectées minutieusement une fois par an vers les mois d’avril-mai. A cette occasion les cylindres de pompe sont démontés, nettoyés et remontés, les pièces défectueuses sont réparées ou changées ; la graisse durcie doit être enlevée et tout le mécanisme doit être huilé et remis dans un état impeccable.

 

1905

Carte postale ancienne qui a circulée vers 1905, représentant le Fort Veste Kronprinz cette fois-ci au-dessus de Mittelhausbergen (Collection MJR).

1915

 

Extrait d’une carte topographique de 1909 surchargée des indications faites par le 2e bureau français pendant la guerre de 1914-1918. Cette édition est datée de 1915 et comporte en rouge la position des défenses et batteries allemandes telles qu’elles ont été recensées d’après les renseignements acquis. Attention cette carte peut comporter des erreurs pour les indications en couleur. Elle comporte la position des abris d’infanterie « Inf. » et abris à munitions « Mun. » installés à partir de 1887. Si la position des abris est correcte, en réalité les abris d’artillerie ont souvent été confondus avec les abris d’infanterie. En bleu les zones inondables de la Souffel.

Vendredi 22 novembre 1918

France, Strasbourg place forte et garnison : entrée des troupes françaises et installation des nouvelles autorités militaires.

Les troupes françaises entrent à Strasbourg le 22 novembre 1918. Elles prennent possession de toute l’infrastructure de la garnison et des ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg. Par ailleurs deux autorités militaires s’installent à Strasbourg. Il s’agit du nouveau gouverneur militaire, le général Hirschauer, né en Lorraine, à Saint-Avold et petit-fils d’un Mulhousien. Le général Ruby, commandant les troupes entrant dans Strasbourg, décrit le décrit ainsi : « D’une magnifique prestance de Gaulois, ayant un passé scientifique (ancien sapeur) et d’aviateur, après avoir été aérostier, ce qui ne l’avait pas empêché de commander de façon magistrale la 2ème armée, il avait lancé l’armée américaine du général Ligett à l’assaut du saillant de Saint-Mihiel et bénéficiait de ses origines alsaciennes. Près de la retraite, il ne cachait pas ses ambitions politiques et préparait son élection sénatoriale en Moselle. Aussi, faisait-il confiance à son chef d’état-major, le colonel Hoff, pour traiter les affaires » ... et dans cet état-major, créé de toutes pièces, « les attributions militaires cédaient le pas aux affaires politiques qui nous étaient bien moins familières, mais auxquelles tout le monde s’attela avec ardeur ». Le général Hirschauer et son état-major était installé rue de la Nuée Bleue probablement dans les locaux de l’ancien Gouvernement allemand (on évoque aussi l’hôtel du préfet, ancien hôtel du Statthalter, ancien gouverneur allemand des territoires annexés d’Alsace-Lorraine).

La deuxième autorité militaire est le général Gouraud, commandant la 4ème Armée dont les troupes étaient stationnées sur tout le territoire d’Alsace. Le général Gouraud et son état-major était installé dans l’hôtel de la rue Brûlée.

 

Vendredi 13 décembre 1918

Armées alliées – Allemagne : Renouvellement de la convention d’Armistice du 11 novembre 1918 et ajout d’un additif.

Un additif à la Convention d’armistice du 13 décembre 1918, renouvelant pour un mois l’Armistice du 11 novembre, prévoit l’occupation éventuelle, à titre de nouvelle garantie, de la zone neutre de la rive droite du Rhin, au Nord de la tête de pont de Cologne et jusqu’à la frontière hollandaise.

 

Jeudi 16 janvier 1919

France, pays alliés & Allemagne : nouvelle convention qui prolonge l’Armistice et prévoit l’occupation de la Tête de Pont de Kehl (T.P.K.) :

Le paragraphe V du Chapitre A de la Convention d’Armistice du 11 novembre prescrit le contrôle par les troupes d’occupation de l’administration de la rive gauche du Rhin par les autorités locales, l’occupation de ces pays par des garnisons alliées tenant les principaux points de passages du Rhin (Mayence, Coblence, Cologne) avec, en ces points, des têtes de pont de 30 km de rayon sur la rive droite et des garnisons tenant les points stratégiques de la région, c) l’instauration d’une zone neutre, sur la rive droite du Rhin, entre le fleuve et une ligne tracée parallèlement aux têtes de pont et au fleuve, et à 10 km de distance, depuis la frontière de Hollande jusqu’à la frontière de la Suisse.

La Convention du 16 janvier 1919 prolonge l’Armistice pour une nouvelle durée d’un mois, c’est-à-dire jusqu’au 17 février 1919 : « Le Haut Commandement Allié se réserve, dès à présent, d’occuper, quand il jugera convenable, à titre de nouvelle garantie, le secteur de la Place de Strasbourg, constitué par les forts de la rive droite du Rhin, avec une bande de terrain de 5 à 10 kilomètres en avant de ces forts. Cette occupation fera l’objet d’un préavis de six jours de la part du Haut Commandement Allié. Elle ne devra être précédée d’aucune destruction de matériel ou de locaux. Le tracé de la zone neutre de 10 kilomètres sera, en conséquence, reporté en avant ».

 

Vendredi 31 janvier 1919

Allemagne, tête de pont de Kehl (T.P.K.) : Début de l’occupation de la tête de pont de Kehl (T.P.K.) par l’Armée française.

La progression des Armées Alliées en territoire allemand a commencé le 1er décembre 1918 en vertu des conventions d’Armistice et s’est achevé le 4 février 1919 par l’occupation de la tête de pont de Kehl. En effet, entre le 31 janvier 1919 et le 4 février 1919, la tête de pont de Kehl dénommée « T.P.K. » est occupée par des éléments de la 38e D.I. appartenant à la 4e Armée française venant d’Alsace.

 

Lundi 17 février 1919

Allemagne – France : Stationnement des troupes alliées : le général Foch demande la faculté de reprendre les hostilités.

Le 17 février 1919, le maréchal Foch décide que les Alliés auront la faculté de reprendre les hostilités sur préavis de trois jours. Tandis que l’élaboration du traité de paix se poursuit lentement, de conférence en conférence, les Allemands ne diminuent en rien leur opposition. Les conditions de paix sont dénoncées par eux dès qu’elles sont connues comme « un odieux abus de force » et ils déclarent ne pas les accepter.

 

Mercredi 7 mai 1919

Allemagne – France : La délégation allemande prend connaissance du texte du Traité de Paix.

Le 7 mai 1919, la délégation allemande, conduite par le Comte de Brock-Dorferantzau prend connaissance du texte du Traité de Paix. Clémenceau, lloyd George et Wilson sont unanimes à reconnaître l’arrogance et même l’incorrection de ces plénipotentiaires. La presse allemande se déchaîne contre les Alliés.

 

Vendredi 20 juin 1919

Allemagne – Alliés : Stationnement des troupes alliées : sommation au gouvernement allemand et mise en alerte des troupes Alliées.

Le 20 juin 1919, le Conseil Suprême somme le gouvernement allemand d’avoir à accepter le traité. A cette date, 15 heures, sur toute la ligne du Rhin les troupes alertées attendent le signal. Le maréchal Foch a défini le caractère de l’opération dès le mois de mai : « Le Gouvernement allemand refusant de signer les Préliminaires de Paix, il faut, pour briser sa résistance et lui imposer la paix, viser cette résistance là où elle réside : Weimar, Berlin, avec des moyens indiscutablement supérieurs ».

 

Lundi 23 juin 1919

Allemagne – Alliés : Stationnement des troupes alliées : l’Allemagne accepte de signer le traité à Versailles.

Le 23 juin 1919 à 17 heures, l’Allemagne fait savoir qu’elle accepte. Mais jusqu’au 29 juin 1919, date de la signature à Versailles, les armées restent en état d’alerte. L’Allemagne n’a cédé que devant la force. Notre présence dans les pays rhénans, à proximité immédiate de ses centres vitaux, a seule permis ce résultat.

 

Dimanche 29 juin 1919

Allemagne – Alliées : Signature du Traité de Versailles.

Le traité de Versailles modifie le caractère de l’occupation et en précise la durée : « A titre de garantie d’exécution par l’Allemagne des clauses du présent traité, les territoires allemands situés à l’ouest du Rhin, ensemble des têtes de pont, seront occupés par les troupes des Puissances alliées et associés pendant une durée de quinze années à compter de la mise en vigueur du présent traité ». Les territoires rhénans constituent donc une garantie interalliée ; l’occupation devient l’un des pivots de la politique européenne.

« L’Arrangement rhénan », annexe du traité, redonne au gouvernement allemand ses droits de souveraineté ; un organisme civil, la « Haute Commission interalliée », s’insérera entre les populations et les armées occupantes. Les dispositions du traité provoquent des réactions dans les pays rhénans. D’une part, les laborieuses discussions interalliées ont eu leur écho sur le Rhin ; d’autre part, il est maintenant certain que l’occupation sera limitée. Fonctionnaires et industriels ne voient pas dans les Alliés que des maîtres temporaires et provisoirement unis, d’où les multiples incidents qui surgissent journellement. Quant aux séparatistes, ils décident de brusquer les choses. Mais l’indifférence quasi générale des masses, l’hostilité des fonctionnaires mobilisés pour l’unité allemande et le refus des Commandements alliés de reconnaître les Républiques autonomes font échouer toutes leurs tentatives. Tandis que s’éteignent ces mouvements mal coordonnés, les armées d’occupation s’installent et réduisent leurs effectifs, conformément aux nouvelles clauses.

 

Octobre 1919

Allemagne – Armée française du Rhin : Création de l’Armée française du Rhin.

En octobre 1919, les troupes françaises sont constituées en « Armée Française du Rhin », dont le général Degoutte prend le commandement avec quartier général à Mayence.

 

Jeudi 6 octobre 1919

Allemagne, Tête de Pont de Kehl : départ de la 38e D.I.

Dès le 6 octobre 1919, la 38e division d’infanterie qui a remplacé les troupes américaines aux abords de Trèves, a été relevée dans la tête de pont de Kehl par les seuls 170e R.I. et 8e Hussards des garnisons d’Alsace.

 

Samedi 7 février 1920

France : séance du 7 février 1920 du Conseil Supérieur de la Guerre.

« Nous ne savons pas où nous en sommes avec l’Allemand », s’écrie le maréchal Foch le 7 février 1920 et il se demande si « nous ne sommes pas à la veille de reprendre la question des armes ». Cette phrase est prononcée au cours d’un Conseil Supérieur de la Guerre (CSG), une des institutions militaires française.

 

Lundi 17 mai 1920

France, fortifications : discussions sur la future ligne Maginot au Conseil Supérieur de Guerre.

Le 17 mai 1920, le Conseil supérieur de la Guerre évoque l’éventualité d’installation de nouveaux ouvrages de défense des frontières de l’Est. Cette réunion est présidée par le président de la République, M. Millerand. Il s’agit de définir le meilleur système de défense pour protéger le pays. A ces premières discussions participent notamment le maréchal Foch, qui ne semble pas très enthousiaste pour la fortification, le général Mangin, qui évoque le problème du coût faramineux, le général Buat, qui pense que l’on doit se battre sur la frontière et le général Guillaumat, qui ne souhaite pas bâtir une nouvelle muraille de Chine.

 

Vendredi 17 décembre 1926

France, Conseil supérieur de guerre : les fortifications de Strasbourg.

Au cours du Conseil supérieur de guerre du 17 décembre 1926, on propose d’abandonner les fortifications de Strasbourg, hormis les locaux utilisables : « Strasbourg est à déclarer ville ouverte, sa proximité avec la frontière, la rendant pratiquement indéfendable. Les forts doivent non seulement être déclassés, mais également détruits à l’exception de quelques ouvrages bordant le Rhin… ». « A Strasbourg seront seules conservées et classées au titre de la loi française certains ouvrages allemands, situés à proximité immédiate du Rhin et susceptibles ainsi de valoir à la mobilisation : ce sont (du nord au sud), les ouvrages intermédiaires de Neuf-Empert, du kilomètre 119, d’Uhrich-Hoche, les abris à munitions n°69 et 70, les batteries des Paysans et d’Altenheim. Tous ces ouvrages sont susceptibles de servir d’abris, d’observatoires, ou de porte de commandement. Ils sont actuellement désarmés, sauf les deux batteries des Paysans et d’Altenheim (10 km au sud du pont de Kehl), lesquelles contiennent au total 7 pièces de 105 sur affût cuirassé, trop visibles pour pouvoir jouer un rôle. Ces pièces sont à retirer ». « L’armement des anciennes places allemandes supprimée servira soit à renforcer celui des places maintenues où quelques canons manquent, soit à fournir des tubes de rechange complémentaires. Les munitions viendront augmenter les stocks laissés par nos ennemis. Les poudres qui commencent à se décomposer, seront remplacées par des poudres françaises équivalentes quant aux propriétés balistiques. Les autres matériels et matériaux seront utilisés de façon analogue. Il en sera de même des ressources existantes des places françaises supprimées ». Voici le texte officiel de cette décision : « Place de Strasbourg : La commission de défense des frontières est d’avis que Strasbourg est à déclarer ville ouverte, sa proximité à la frontière la rendant pratiquement indéfendable. A l’exception de petits ouvrages le long du Rhin mentionnés au § précédent, les forts doivent être déclassés, mais détruits et cela avant l’évacuation de Kehl. L’enceinte est déjà déclassée actuellement ».

« Strasbourg. Sont à classer dans la 1ère série B :

-          l’ouvrage Neuf-Empert ;

-          l’ouvrage Uhrich-Hoche ;

-          l’ouvrage du kilomètre 119 ;

-          la batterie des Paysans ;

-          la batterie d’Altenheim ;

-          les abris à munitions n° 69 et 70.

Sont à classer dans la 3ème série : tous les autres forts et ouvrages de la place ».

Voici quelques extraits des débats consignés dans le procès-verbal :

Général Guillaumat : « Il faut encore pour la défense de l’Alsace, conserver Molsheim et Mutzig. Enfin il faut poser le problème de Strasbourg. La ville est pratiquement indéfendable, du fait de sa proximité de la frontière. Elle n’a pas d’ailleurs une importance tactique particulière ; le Rhin n’y est pas plus franchissable qu’ailleurs. La commission propose donc le démantèlement de Strasbourg, afin que les ouvrages bétonnés existants (de peu de valeur du reste) ne puissent être utilisés contre nous….. »

Maréchal Pétain : « Demande que des précisions sur la défense de l’Alsace soient données par le général Berthellot ».

Général Berthelot : « Il considère que la principale défense de l’Alsace entre Huningue et Lauterbourg est constituée par le courant du Rhin. Il faut cependant distinguer : la partie en amont de Strasbourg, les environs immédiats de Strasbourg et la partie en aval de Strasbourg….. Dans les environs immédiats de Strasbourg, la fortification a été faite par les Allemands, contre la France. Si actuellement les Allemands voulaient exécuter un coup de main sur Strasbourg dès le début d’une guerre et même sans déclaration de guerre, rien ne serait plus facile pour eux que d’occuper les ouvrages qu’ils connaissent parfaitement puisqu’ils les ont construits ; ils occuperaient donc d’emblée les positions construites contre nous. Le démantèlement des fortifications existantes s’impose donc. Si l’on démantèle Strasbourg, cela ne veut pas dire que l’on en abandonne la défense : il reste le front du Rhin. Mais Strasbourg est en limite immédiate du front du Rhin, à portée de canons de campagne. La défense de Strasbourg doit avoir un caractère de passivité spécial (grilles mobiles flanquées par mitrailleuses ou canons de campagne sous coupoles mobiles)… Cependant dans les discussions avec la commission des travaux publics, on a pu faire admettre la construction d’un poste caserne dans lequel sont réunis les commandes de destruction du pont du barrage de la digue dont la destruction rendrait au Rhin l’eau qui y coule actuellement ».

Le maréchal Pétain : « Estime qu’une question morale se pose pour Strasbourg qui est une œuvre de gouvernement. Il ne faut donc pas que les Strasbourgeois aient l’impression qu’on ne les défend pas. Il faudra leur dire que l’on défend Strasbourg sur le Rhin ».

Le général Weygand : « Il estime que, comme corollaire de la défense de Strasbourg, il faut détruire les ouvrages de Kehl ».

Le général Hollet : « Indique qu’il est entendu qu’ils seront détruits par l’armée d’occupation au moment de l’évacuation ».

Le général Berthelot : « Considère que l’on peut procéder dès maintenant à ces destructions sauf pour les 3 grands forts qui servent de garnison à la Tête de pont de Kehl ».

Le général Weygand : « Appelle à nouveau l’attention du conseil sur la question du démantèlement de Kehl. Il fait valoir que si nous détruisons les fortifications seulement au moment d’évacuer la Tête de pont, on considérera que ces destructions sont inadmissibles ». Le général Guillaumat est du même avis que le général Weygand.

Président de la République : « Fait observer que l’article 180 du traité de paix est formel. Il faut s’assurer de la destruction des fortifications allemandes dans la zone des 50 kilomètres sur la rive droite du Rhin ».

Général Berthelot : « Fait remarquer que c’est à l’avantage de l’Allemagne que les fortifications ont été maintenues comme casernement, ce sont les Allemands eux-mêmes qui nous ont proposés cette solution ».

Président de la République : « Estime que si l’on craint de ne pas pouvoir effectuer le démantèlement des fortifications au moment de l’évacuation, il serait prudent de commencer plutôt ».

Ministre de la guerre : « Considère que l’on pourrait profiter du démantèlement des fortifications de Strasbourg pour exécuter celui des fortifications de la rive droite ».

Président de la République : « Constate que tout le monde est du même avis et qu’il faut s’occuper le plus tôt possible de cette question ».

Président de la République : « Les travaux de démantèlement à Kehl et à Strasbourg peuvent être simultanés. Il y a d’autre part intérêt à entreprendre les travaux de Kehl le plus tôt possible ».

Maréchal Pétain : « Signale que le conseil aurait encore un vœu à émettre pour que les crédits fussent mis à la disposition de la commission pour lui permettre de faire exécuter des expériences ».

On peut en conclure que le fort Maréchal Foch doit être classé en 3ème série, c’est-à-dire ouvrage à déclasser.

 

Samedi 30 novembre 1929

Allemagne, troupes alliées : évacuation de Coblence par les troupes françaises.

A Coblence, le 30 novembre 1929 le drapeau français de la forteresse d’Ehrenbreitstein est amené en présence de M. Paul Tirard, Haut-Commissaire, et des personnalités civiles et militaires alliées. Quelques semaines plus tard, le pavillon britannique est amené au Q.G. de Wiesbaden.

 

Lundi 19 mai 1930

Allemagne, troupes alliées : annonce de l’évacuation des dernières troupes françaises.

Le 19 mai 1930, en présence du ministre des Affaires Etrangères M. Briand, du ministre de la Guerre M. Maginot, du général Guillaumat et M. Tirart, et M. Tardieu, président du conseil, annonce à l’ambassadeur d’Allemagne M. von Hoesch, que toutes les troupes françaises auront quitté les pays rhénans le 30 juin 1930.

 

Vendredi 30 juin 1933

Allemagne, politique : Hitler est nommé chancelier du Reich.

Le 30 juin 1933, Hitler est nommé chancelier du Reich.

 

Jeudi 6 juillet 1933

France, Strasbourg place forte : le fort Foch est classé en première série par la loi du 6 juillet 1933.

« Loi du 6 juillet 1933 relative aux fortifications de Strasbourg (J. O., 7 juillet 1933, p. 7062) (1).

Art. 1er. – Sont classé en première série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement des places de guerre et ouvrages défensifs de la France les ouvrages détachés indiqués ci-après : ouvrage de Neuf-Empert, fort-Ney, ouvrage Rapp-Ney, fort Rapp, fort Desaix, fort Ducrot, batterie des Cerisiers, fort Foch, fort Pétain, fort Lefebvre, fort Uhrich, ouvrage Uhrich-Hoche, fort Hoche, batterie d’Altenheim, batterie des Paysans, ouvrage du kilomètre 119, abris à munitions M69 et M70.

Art. 2. – Sont classés en deuxième série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement de guerre et ouvrages défensifs de la France :

a) Les divers abris et observatoires, énumérés ci-après, non visés dans les articles 1er et 3 de la présente loi, et garnissant les intervalles des différents ouvrages énumérés à l’article 1er, à l’exclusion des organisations ex-allemandes créées pendant la guerre 1914-1918 ;

b) Dans les mêmes conditions que ci-dessus, les abris ex-allemands du Rhin désignés ci-après :

Art. 3. – Sont maintenus non classés, sans démolition, les ouvrages détachés de Strasbourg indiqués ci-après : ouvrage Pétain-Kléber, fort Kléber, fort Joffre, ouvrage Joffre-Lefebvre, ainsi que les ouvrages bétonnés divers compris entre les forts Pétain (exclu) et Lefebvre (inclus).

(1) Travaux préparatoires. – Chambre des députés. – Projet de loi présenté par M. Paul-Boncour, ministre de la guerre, le 16 juillet 1932 (annexe n°599, J.O. du 31 janvier 1933, p. 1175). – Rapport par M. Mazerand, le 9 mars 1933 (annexe n°1518). – Adoption, le 28 mars 1933 (J.O. du 29 mars 1933, p. 1620).

Sénat. – Présentation le 6 avril 1933 (annexe n°233). – Rapport par M. le général Hirschauer, le 22 juin 1933 (annexe n°385). – Adoption, le 28 juin 1933 (J.O. du 29 juin 1933, p. 1481) ».

 

Mars 1935

Allemagne : rétablissement du service militaire obligatoire.

En mars 1935, Hitler établit le service obligatoire. La Reichswehr comprendra, annonce-t-il, 12 corps d’armée et 36 divisions.

 

1936

 

France, Strasbourg fortifications : renforcement des défenses.

A partir de 1936 et jusqu’au début de 1940, les moyens de défense dans le secteur de Strasbourg sont renforcés. Seul une série de casemates de berges a été érigée. Le génie militaire installe de petits ouvrages de fortifications destinés à renforcer les passages à travers la forêt du Rhin, ainsi qu’une série de petits ouvrages qui protègent les hauteurs des Hausbergen qui comporte les forts Ducrot, Foch et Pétain transformés en postes de commandement et la batterie des Cerisier. Il s’agit de blockhaus équipés de mitrailleuses qui flanquent la colline de part et d’autre, d’abris et de postes d’observations. Certains anciens abris allemands sont réaménagés.

France, Alsace, Strasbourg place forte : deux casemates sont érigées près du fort Foch.

En 1936 le génie militaire poursuit la construction d’un certain nombre d’aménagements défensifs autour de Strasbourg. Devant l’entrée du fort Maréchal Foch, il fait ériger une casemate comportant une chambre de tir pour deux mitrailleuses flanquant les pentes Est de la colline de Hausbergen, couplé à un observatoire d’artillerie et d'un poste de commandement et au saillant, sur l’escarpe, une casemate pour deux mitrailleuses flanquant les pentes Ouest des hauteurs de Hausbergen. Cette casemate est reliée par un puits à la galerie enveloppe du système de contre-mine du fort Foch.

Vue de la casemate observatoire implantée en face de l’entrée du fort Foch. Elle permettait d’observer toute la région de Strasbourg et du Rhin et de diriger les tirs d’artillerie. La partie active de la casemate avec ses deux mitrailleuses couvrait la pente Est de la colline au-dessus d’Oberhausbergen, en direction du sud. Photographie © MJR 2012.

Mercredi 4 mars 1936

Allemagne, armée : occupation de la zone neutre et des pays rhénans par la Reichswehr.

En Allemagne, le 4 mars 1936, le chancelier Hitler, dénonçant le pacte de Locarno, fait occuper par la Reichswehr les pays rhénans ainsi que la zone neutre de la rive droite du Rhin.

 

Samedi 7 mars 1936

France, Strasbourg place forte : 1ère mise en alerte et occupation des ouvrages par la troupe.

Après ce coup de force, en France, M. Albert Sarraut Président du Conseil prononce cette phrase dans une allocution radiodiffusée le 7 mars 1936 : « La France ne saurait admettre de voir Strasbourg sous le canon allemand ». Mais après des discussions passionnées, après de vaines tentatives auprès des puissances garantes du traité de Versailles, le silence s’est fait…

En 1936, la Ligne Maginot est terminée et armée, mais les ouvrages qui la composent ne sont pas occupés en permanence. Néanmoins on y pratique la formation de l’encadrement. Sur les bords du Rhin, les casemates de berge sont désertes et soigneusement verrouillées. Avec cette première alerte, la Ligne Maginot est alors occupée par ses équipages dont la plupart des hommes prennent pour la première fois contact avec la fortification y compris sur les bords du Rhin où l’on s’organise avec hâte. Mais les canons de 47 mm et les mitrailleuses de 13,2 n’ont pas encore été installées. Après quelques semaines, l’alerte est levée. Cette première alerte va toutefois entraîner l’accélération de la formation des troupes de forteresse.

 

Samedi 28 mars 1936

France, armée : aucune intervention n’est possible en dehors du cadre de la coalition.

Après ce coup de force de Hitler, les chefs militaires ont été consultés et leurs conclusions sont formelles : toute action militaire peut déclencher la guerre et « celle-ci ne semble pas pouvoir, hors du cadre d’une coalition, amener des résultats décisifs et rapides » (Note du Général Gamelin du 28 mars 1936 remise au ministre de la Guerre et aux Chefs d’Etat-major Généraux).

 

Vendredi 11 mars 1938

France, Strasbourg place forte : 2ème alerte à la suite de l’annexion de l’Autriche au Reich allemand.

L’annexion « Anschluss » de l’Autriche au Reich allemand provoque un nouvel état d’alerte. Début mai 1938, la situation se détend et les équipages quittent à nouveau les bords du fleuve

 

Septembre 1938

France, Strasbourg place forte : 3ème alerte à la suite l’entrée des troupes allemandes en Tchécoslovaquie.

Une nouvelle crise se déclenche en septembre 1938 lors de l’affaire des Sudètes qui provoque l’entrée de la Wehrmacht en Tchécoslovaquie sous couvert de la protection des minorités allemandes de ce pays car Hitler exige le rattachement des Sudètes à l’Allemagne. A cette occasion les ouvrages de fortification sont réoccupés. Comme la situation s’aggrave, un plan de mobilisation partiel est mis en place et les équipages seront alors au complet. La paix de Munich amène la détente et une démobilisation rapide.

 

Samedi 3 décembre 1938

France, armée : évaluation de la puissance militaire allemande.

Fin 1938, quelques semaines après l’invasion de la Tchécoslovaquie, le général Gamelin, après avoir exposé l’ampleur de l’effort militaire allemand tant terrestre qu’aérien, écrit à M. Daladier, président du Conseil : « On peut dire que, dès le printemps prochain, l’Allemagne sera en état de faire la guerre à la fois contre la Pologne et contre la France. L’Allemagne pourra à son heure allumer l’incendie au point qu’elle jugera le plus favorable. Pour ce qui est de la France, on doit reconnaître que, d’ores et déjà, elle est hors d’état d’attaquer initialement l’Allemagne avec chances de succès ».

 

Vendredi 1er septembre 1939

Allemagne – Pologne : les troupes allemandes entrent en Pologne.

Le 1er septembre 1939 au matin, les armées allemandes entrent en Pologne.

 

Dimanche 3 septembre 1939

Allemagne – Grande-Bretagne et France : déclaration de guerre.

La France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939.

 

Samedi 15 juin 1940

France, Haut-Rhin : les troupes allemandes franchissement le Rhin.

Le 15 juin 1940 les troupes allemandes franchissent le Rhin et attaque dans le secteur de Schoenau, Marckolsheim et Neuf-Brisach.

 

Dimanche 16 juin 1940

France, Strasbourg & Mutzig : seul quelques maigres troupes assurent encore la défense de la ville.

Dès le 16 juin 1940, le PC de la 103ème division d'infanterie de forteresse est à Mutzig et le LCL Le Mouel, commande à Strasbourg « la croûte », c'est-à-dire les quelques équipages d'ouvrages restant à Strasbourg le long du Rhin, chargés de couvrir le repli de la division. La situation est relativement calme hormis quelques tirs sporadiques.

 

Lundi 17 juin 1940

France, Strasbourg place forte : préparation du repli des dernières troupes françaises.

Le 17 juin 1940 les chefs de casemates sont priés de préparer le repli et le sabotage des matériels et des armes qu'ils ne peuvent emporter.

 

Mardi 18 juin 1940

France, Strasbourg place forte : repli des dernières troupes françaises.

Le 18 juin 1940, à 1h30 du matin, le lieutenant-colonel Le Mouel reçoit l'ordre de se replier immédiatement sur Mutzig. Les équipages des casemates et les dernières troupes du 172e RIF et du 226e RI exécutent les ordres reçus la veille. A 5h30 le lieutenant-colonel Le Mouel et son état-major quittent le fort Ducrot. Au petit matin toutes les troupes françaises ont quitté Strasbourg.

 

Mercredi 19 juin 1940

France, Strasbourg : entrée des troupes allemandes.

L'armée allemande, entre sans combat à Strasbourg, une journée après le départ des dernières troupes françaises, le matin du 19 juin 1940. A 12h30 le drapeau à croix gammée est hissé sur la cathédrale. Les forts détachés de la place reprennent leur dénomination d'origine. Les forts et ouvrages reprennent leur dénomination allemande d’origine. L’ancien territoire d’Alsace-Lorraine est annexée de force et ses habitants sont soumis aux lois allemandes. Au cours des premières semaines, l'armée allemande fait revenir à Strasbourg un certain nombre de prisonniers français qui ont occupés les positions de défense face au Rhin. Ils les chargent de déminer et de retirer les pièges que les derniers défenseurs français avaient laissés sur place. Les nombreuses munitions abandonnées sont rassemblées dans certains forts et ouvrages de la place. Nous n'avons que très peu de renseignements sur le devenir des ouvrages pendant cette période. Certains ouvrages deviennent des dépôts de munitions, de carburant, ou de matériels, d'autres grands forts serviront de camps de prisonniers provenant essentiellement du front Est et des Balkans.

 

1944

Allemagne, Alsace annexée de force, Fort Veste Kronprinz : arrivée de prisonniers de guerre yougoslaves.

En 1944 l’armée allemande utilise le Fort Kronprinz pour la détention de prisonniers de guerre yougoslaves, à priori des officiers serbes. Les prisonniers aménagent une chapelle orthodoxe dans une des salles du fort entre 22 mars 1944 et le 11 avril 1944. En 1990, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Dominique Toursel-Haster) a établi une fiche très détaillée grâce notamment aux investigations menées à l’époque par le Consulat général de la République de Yougoslavie, avant l’inscription de la chapelle par l’arrêté du mai 1990 aux monuments historiques de la chapelle : « Les investigations menées par le Consulat général de la République de Yougoslavie ont permis de connaître les principaux créateurs de ce décor. L’auteur des esquisses préliminaires (conservées) est Pavle Vasic (né à Nis en 1907), peintre, historien d’art, critique de peinture et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de l’Université de Belgrade. Stanislav Belozanski (né à Belgrade en 1900), peintre et scénographe au Théâtre populaire de Belgrade, dirigeait l’exécution des travaux. Au moins autant qu’une œuvre d’histoire de l’art, puisque les peintures exécutées dans des conditions précaires reproduisent d’imagination celles des lointains monastères serbes du Moyen Âge, la chapelle de Saint-Sava peut être regardée comme un « lieu de mémoire » de la dernière guerre ; témoignage de foi, d’aspiration à la liberté, elle doit être conservée en considération de ces aspects multiples. Le redéploiement de certains locaux du Centre universitaire de primatologie, installé dans le fort, devrait permettre la préservation de ces peintures ». (Fiche Mérimée PA00085282.

Cette chapelle peinte par Pavle Vasic et Stanislav Belosanski est dédiée à Saint Sava (1174-1235) et a donc été inaugurée le 13 avril 1944. Une chorale de prisonniers dirigée par le professeur Peter Bingulac, ancien fondateur de l’Académie de musique de Belgrade a assisté à la cérémonie ainsi qu’un général yougoslave venant d’un camp voisin et un colonel allemand.

Quelques vues de la chapelle Saint Sava en 2002. Photographie © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés).

1946

France, Strasbourg : Création du dépôt de munitions à détruire au fort Foch.

Un dépôt de munitions est installé au fort Foch après 1945 environ. Parmi ceci on trouve des munitions qui proviennent des services de déminage qui récolte les nombreux projectiles et munitions jonchant la région après la seconde guerre mondiale. Ces munitions étaient détruites en partie à la batterie des Cerisiers située à environ 750 m du fort Foch où récupérée par des entreprises chargées de leur destruction. L’entreposage de munitions cesse à priori après le terrible accident du 17 novembre 1953.

 

Mardi 17 novembre 1953

France, Strasbourg garnison : explosions au fort Foch à Niederhausbergen.

Le mardi 17 novembre 1953, vers 11h30-11h40 une gigantesque explosion a retentie à l’ouest de Strasbourg, ce qui a provoqué un moment de panique au sein de la population. En effet, un énorme champignon de fumée s’élève au-dessus du fort Foch, et de terribles explosions se succèdent au fort Foch à Niederhausbergen pendant plus de huit heures et entraînent malheureusement le décès de six personnes.

A cette époque, le fort Foch est utilisé comme dépôt de munitions par une unité de l’arme du matériel, basée à l’Esplanade à Strasbourg. Ce sont près de 200 tonnes de munitions qui sont entreposés dans les travées casematées du fort. On y entrepose également des munitions allemandes destinées à être détruite au fur et à mesure. Le fort étant situé à 750 m de la batterie des Cerisiers, qui sert également à cette époque de polygone de destruction. Une partie des munitions est également remise à des sociétés chargées de leur destruction. Nous essayons de reconstituer le déroulement des faits d’après les témoignages parus dans la presse locale et nationale.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 (Collection MJR)

Le mardi 17 novembre 1953 matin, sous la surveillance de l’adjudant Weber, une équipe d’ouvriers dirigé par Aloyse Martin, avec le gardien de l’ouvrage dénommé Emile Claus ainsi que les ouvriers Eugène Carlen, Charles Muller, Auguste Grunder et Paul Broesbstel et Raymond Litt, est chargée de déplacer à l’aide de wagonnets des caisses contenant des grenades allemandes non désamorcées, entre les alvéoles casematées et l’entrée du fort. En effet ces grenades devaient être remises à une entreprise de Verdun chargée de leur destruction. A l’époque on suppose que l’une de ses grenades serait tombée et aurait provoqué une réaction d’explosions en chaîne. Compte tenu que les témoins directs ont péris dans cet accident, il est difficile d’en savoir plus. Ce matin vers 11 heures, l’adjudant Weber s’est absenté du fort pour aller prendre son déjeuner au fort Frère. De même le benjamin de l’équipe, Raymond Litt, a été envoyé à la même heure à Niederhausbergen pour acheter des cigarettes pour l’un des ouvriers et de quoi faire des casse-croutes pour d’autres. Ce seront les seuls rescapés du fort Foch.

Vers 11h30 ou 11h40 selon les témoignages, retenti une terrible explosion et qui déclenche également une série d’incendies. Ramond Litt qui était de corvée de casse-croûte et c’était notamment rendu au café du Cheval Noir, à ce moment-là témoigne : « Au moment où il allait regagner le fort, un souffle d’une extrême violence me plaque au sol. J’ai entendu un fracas infernal. La porte d’entrée du fort a été projetée au loin comme un fétu de paille ». « Sur la colline qui domine le village de Niederhausbergen, des flammes rougeâtres, trouant l’épaisse corolle de fumée noire, fouillaient le brouillard comme pour brûler le ciel ». Une section de soldats qui était en manœuvre dans les parages du fort est accourut immédiatement. Malheureusement ces soldats ne pouvaient pas pénétrer à l’intérieur de l’ouvrage pour porter secours aux ouvriers. Les explosions se succèdent toute la journée. Une importante pluie de projectiles s’abat sur les environs. Les explosions les plus violentes causent de nombreux dégâts matériels sur les bâtiments des villages des environs, et surtout à Niederhausbergen. Le feu, la fumée et de sèches explosions interdisent longtemps aux plus vaillants de fouiller les ruines du fort. Les secours civils et militaires se sont rapidement déplacés à Niederhausbergen. Un poste de commandement a été installé au restaurant du Cheval Noir où se retrouvaient les militaires, les pompiers et les journalistes.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 : l’adjudant-chef Weber et M. Raymond Litt, les seuls survivants, devant le fort Foch (Collection MJR)

Vers 15 heures, on entend l’explosion des obus de 155 mm, grâce à leur bruit d’explosion très caractéristique. Le rythme de ces déflagrations est hallucinant. Pendant toute la durée de l’incendie et des explosions aucun secours ne peut pénétrer à l’intérieur de l’ouvrage.

A Niederhausbergen, la population a été consignée chez elle. Dans la rue principale on croise des camions-pompes des pompiers et des ambulances de l’armée. On avait interdit aux enfants de se rendre à l’école. Un habitant de Niederhausbergen avait témoigné : « Je travaillais à Strasbourg. Quand je suis rentré chez moi, le soir de l’explosion, j’ai découvert ma maison en piteux état, avec des volets arrachés, des vitres cassées, un plafond fendu. Nous avons été très vite remboursés des réparations pour la préfecture ». Après une accalmie, les explosions ont repris vers 17 heures.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 : l’aile gauche du fort Foch en ruine (Collection MJR)

Vers 20 heures, à la demande de l’autorité militaire, les habitants des maisons les plus proche du fort ont même dû quitter leurs maisons, par mesure de prudence. Enfin, à 20h10, une dernière explosion se fait entendre et peu à peu le calme se rétablit au fort Foch, et la brume couvre la plaine. Malheureusement six personnes sont déclarées disparues. D’après le journal Détective, l’auberge du Cheval Noir n’a pas fermé ses portes. Dans l’arrière-salle, le général Pique-Aubrun, gouverneur militaire de Strasbourg, arpente inlassablement la pièce. Quelles sont les causes de l’accident : le général Pique-Aubrun n’en voit que deux : une grenade amorcée a fait explosion, ou bien une caisse de munitions ayant heurté un objet quelconque, ou étant tombé, a provoqué la catastrophe.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 : les débris et les obus jonchent le sol (Collection MJR)

Le lendemain, le mercredi 18 novembre 1953, le journal local Dernières Nouvelles d’Alsace titre : « Terrible explosions au fort Foch. Des munitions sautent ». C’est toute l’aile gauche de la caserne de gorge et son entrée, où travaillait les sept ouvriers, qui ont été détruites dans l’explosion. Toutefois, dans le fort, deux foyers d’incendie persistent jusqu’au samedi 21 novembre 1953. A l’entrée du fort les secours découvrent deux immenses cratères. Le sol est couvert de poudre noire, d’éclats d’obus, de douilles et de détonateurs. A priori l’épaisseur des murs des travées casematées a permis de préserver une partie des munitions. A lendemain de l’explosion accidentelle du fort, on évacue les tonnes de munitions qui sont encore entreposées.

Photographie publiée le 20 novembre 1953, et republiée le 15 novembre 1998 dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, à l’occasion du 45ème anniversaire de l’explosion du fort Foch (Coll. MJR)

Le jeudi 19 novembre 1953, le journal Dernières Nouvelles d’Alsace titre : « Chaos dans l’enceinte du fort Foch ». Une semaine après l’explosion du fort, le mardi 24 novembre 1953, on a commencé les travaux de déblaiement et la gendarmerie a commencé à faire le relevé des dégâts. L’aide sociale des armées fait une collecte en faveur des familles de victimes. Qui étaient ces démineurs : le journal nous livre quelques informations : Paul Broebstel avait 24 ans. Il était vitrier ; il avait accepté cet emploi pour gagner davantage afin de se marier. Emile Claus était un spécialiste du maniement des munitions ; A 49 ans, le détonateur et les explosifs n’avaient pus de secret pour lui.

Puis finalement en 1999, le monument des démineurs est transféré au cimetière de Niederhausbergen et une plaque souvenir est apposée à l’entrée du fort Foch.

 

Mardi 10 avril 1956

Photographie aérienne du 10 avril 1956 représentant le fort Foch, le fort Frère et l’ouvrage Frère-Kléber et les villages de Niederhausbergen, Mittelhausbergen et Oberhausbergen. (Source IGNF).

La même photo recadrée sur le fort Foch. Sur la gorge au centre du fort on aperçoit la zone détruite par l’explosion de 1953. (Source : IGNF)

Photographie aérienne du 1er mai 1958 représentant le fort Foch, le fort Frère et l’ouvrage Frère-Kléber et les villages de Niederhausbergen, Mittelhausbergen et Oberhausbergen. (Source IGNF).

Vue détaillée du Fort Foch d’après la même photographie (Source : IGNF).

1962

France, Strasbourg : dépôt de collections de l’université de Strasbourg.

A partir de 1962 et surtout depuis 1998, quelques salles servent d’entrepôts aux collections géologiques et paléontologiques de l’institut de géologie de Strasbourg. Parmi elles la collection de Hermann-Hammer des XVIIIe – XIXe siècles, celle de Schimper (1808-1880), et des collections plus récentes comme celle de Paul Werner. On a également entreposé une quantité impressionnante de fossiles et d’échantillons de roches.

 

1966

Photographie aérienne de 1966 représentant de gauche à droite le fort Foch, le fort Frère et l’ouvrage Frère-Kléber. (Source IGNF).

Même vue recadrée sur le fort Foch (Source : IGNF)

1971

Photographie aérienne du 7 octobre 1976 représentant de haut en bas le fort Ducrot, le fort Foch et le fort Frère, les trois ouvrages situés sur les hauteurs des Hausbergen. (Source IGNF).

1972

France, Strasbourg : le fort Foch est affecté au ministère de l’Education nationale.

Le fort Foch est affecté au ministère de l’Education Nationale et aurait dans un premier temps été occupé par un laboratoire de psychophysiologie.

 

7 octobre 1976

Photographie aérienne du 7 octobre 1976 représentant de gauche à droite le fort Foch, le fort Frère et l’ouvrage Frère-Kléber. (Source IGNF).

Même vue recadrée sur le fort Foch (Source : IGNF)

1978

France, Strasbourg : création du Centre de Primatologie au fort Foch.

Création du Centre de Primatologie (CdP) par Nicolas Herrenschmidt au sein du fort Foch. Ce centre dépend de l’Université de Strasbourg (UNISTRA).

 

Mai 1990

France, Niederhausbergen : la chapelle Saint-Sava est inscrite aux Monuments historiques.

En mai 1990, la chapelle Saint-Sava, installée par les prisonniers yougoslaves au fort Foch en 1944, a été inscrite aux Monuments historiques. En 1990, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Dominique Toursel-Haster) a établi une fiche très détaillée grâce notamment aux investigations menées à l’époque par le Consulat général de la République de Yougoslavie, avant l’inscription de la chapelle par l’arrêté du mai 1990 aux monuments historiques de la chapelle : « Les investigations menées par le Consulat général de la République de Yougoslavie ont permis de connaître les principaux créateurs de ce décor. L’auteur des esquisses préliminaires (conservées) est Pavle Vasic (né à Nis en 1907), peintre, historien d’art, critique de peinture et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de l’Université de Belgrade. Stanislav Belozanski (né à Belgrade en 1900), peintre et scénographe au Théâtre populaire de Belgrade, dirigeait l’exécution des travaux. Au moins autant qu’une œuvre d’histoire de l’art, puisque les peintures exécutées dans des conditions précaires reproduisent d’imagination celles des lointains monastères serbes du Moyen Âge, la chapelle de Saint-Sava peut être regardée comme un « lieu de mémoire » de la dernière guerre ; témoignage de foi, d’aspiration à la liberté, elle doit être conservée en considération de ces aspects multiples. Le redéploiement de certains locaux du Centre universitaire de primatologie, installé dans le fort, devrait permettre la préservation de ces peintures ». (Fiche Mérimée PA00085282. Malheureusement ces fresques avaient été dégradée par des visiteurs indélicats avant l’installation du centre de primatologie au fort Foch. Par ailleurs, compte tenu du taux d’humidité dans l’ouvrage, les peintures se dégradent petit à petit comme on le constate également dans sur les fresques peintes dans les autres ouvrages fortifiés de Strasbourg.

Quelques vues de la chapelle Saint Sava en 2002. Photographie © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés).

Août 1996

 Vue de l’entrée du fort Foch en août 1996. Sur le panneau à droite « Centre de Primatologie – Université Louis Pasteur Strasbourg ». © MJR août 1996.

Vue du monument au morts commémorant les victimes de l’explosion de 1953, situé en face de l’entrée du fort Foch. Ce monument a été transféré depuis au cimetière de Niederhausbergen © MJR août 1996. (Tous droits réservés).

1998

France, Strasbourg : dépôt de collections de l’université de Strasbourg.

A partir de 1962 et surtout depuis 1998, quelques salles servent d’entrepôts aux collections géologiques et paléontologiques de l’institut de géologie de Strasbourg. Parmi elles la collection de Hermann-Hammer des XVIIIe – XIXe siècles, celle de Schimper (1808-1880), et des collections plus récentes comme celle de Paul Werner. On a également entreposé une quantité impressionnante de fossiles et d’échantillons de roches.

 

1999

 Plaque souvenir de l’explosion accidentelle du 17 novembre 1953 du fort Foch apposée sur le pilier droit de l’entrée du fort après le transfert du monument commémoratif qui était situé en face, au cimetière de Niederhausbergen © MJR 01-2012.

 

 

 

Description de l'ouvrage

 

 

Le fort après sa construction en 1872-1875 et avant sa première modernisation en 1887-1890.

 

Description générale : grand fort détaché de ceinture à fossé sec de type Biehler, au tracé pentagonal de lunette aplatie.

 

Saillant : le bloc du saillant était muni d’une sortie troupe reliée à deux escaliers en colimaçon. Le chemin des remparts passait sous une arche située à l’extrémité de la traverse en capitale. Au niveau inférieur le bloc du saillant comprenait des locaux d’alerte et de logement de l’artillerie et du génie.

 

Face droite et gauche : 4 traverses-abris et 5 plates-formes double d’artillerie par face, 4 traverses et 4 plateformes d’artillerie simple par flanc.

 

Flancs droit et gauche : 4 plateformes pour une pièce séparées et protégées par 2 traverses en terre et 2 traverses-abris ; une grande poudrière de guerre sous chaque flanc.

 

Gorge : caserne de gorge brisée vers l’intérieur à deux niveaux, comprenant :

1er étage de gauche à droite :

1 couloir et escalier d’accès au latrines gauche.

11 travées casematées pour le logement des troupes, chaque chambre ayant une largeur de 5 m environ sur 9 m de profondeur, et munie de deux fenêtres avec importe.

2 chambres de tir du coffre de flanquement gauche et 1 petit local à munitions.

4 travées casematées pour les logements.

2 chambres de tir du bloc de défense de gorge gauche, pour 2 canons de 8 cm à tube lisse et un petit local à munitions.

1 travée pour l’entrée principale, munie initialement de trois embrasures à fusil par côté couvrant l’entrée ; un portail grille à deux battants, une fosse maçonnée surmontée d’un pont-levis à balanciers et un portail blindé à deux battants et un petit portillon sur l’un des battants.

4 travées casematées pour les logements de l’aile droite.

2 chambres de tir du bloc de défense de gorge droit, pour 2 canons de 8 cm à tube lisse et un petit local à munitions.

Vue de 2002 d’une des chambres de tir du coffre de flanquement de gorge droit au niveau du 1er étage. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

13 travées casematées pour les logements de l’aile droite.

Vue de 2002 du couloir de l’aile droite 1er étage de la caserne de gorge. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

1 couloir et escalier d’accès au latrines droite.

1 couloir longeant l’ensemble de ces locaux du côté du front.

Couloir 1er étage aile droite de la caserne de gorge. Le mur de droite étant le côté le plus exposé, est en pierre de taille, doublé par un couloir de sable maçonné © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés).

Au rez-de-chaussée, de gauche à droite :

4 travées casematée avec les latrines de l’aile gauche, 4 places par travées, soit 20 emplacements individuels et 4 rangées de pissoirs sur le mur intérieur.

Vues des latrines du l’aile gauche de la caserne de gorge en 2002. Sous la fenêtre le long de la façade le bloc de toilettes installé au-dessus d’une des 4 cuves de latrine maçonnées, qui peut être vidangée de l’extérieur au niveau du fossé. A droite, le long du mur intérieur qui était recouvert d’un enduit bituminé, l’urinoir. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

Vue d’une travée de latrines du l’aile gauche de la caserne de gorge en 2002. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

Vues des latrines du l’aile gauche de la caserne de gorge en 2002. Il s’agit d’une des rares latrines équipée de grandes fenêtres. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

 

11 travées casematées pour le logement des troupes.

Caserne de gorge D niveau 1 : chambre © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés).

2 chambres de tir du bloc de défense de gorge gauche, comportant chacune 3 meurtrières à fusil.

1 travée casematée située sous le pont-levis avec le mécanisme et les contrepoids du pont-levis.

2 chambres de tir du bloc de défense de gorge droit, comportant chacune 3 meurtrières à fusil.

13 travées casematées pour les logements de l’aile droite.

Aile droite de la caserne de gorge : façade la caserne © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés)

Aile droite de la caserne de gorge : façade la caserne © Philippe Burtscher 2002. (Tous droits réservés)

 

4 travées casematée avec les latrines de l’aile droite, 4 places par travées, soit 16 emplacements individuels et 4 rangées de pissoirs sur le mur intérieur.

Vue à partir du fossé des quatre travées de latrines du l’aile droite de la caserne de gorge. L’aile droite de caserne ayant été renforcée, les grandes fenêtres des latrines ont été remplacées par des lucarnes. Photographie © Philippe Burtscher 2002 (Tous droits réservés).

Vue d’une travée de latrines du l’aile droite de la caserne de gorge en 2002. Photographie © Philippe Burtscher (Tous droits réservés).

Les couloirs de communication passant le long des chambres côté front, ont une largeur moyenne de 2 mètres.

 

Entrée : protégée par un tambour comprenant un mur d’enceinte en pierre de tailles, un portail blindé, un blockhaus de garde avec créneaux de fusillade, une poudrière de gorge du temps de guerre comportant une seule salle d’environ 175 m² et un laboratoire d’artillerie avec ses locaux de chargement des projectiles ainsi que qu’une place d’armes de gorge. Le mur du tambour est épaulé du côté droit par un rempart en terre sur lequel peuvent prendre position les défenseurs, et sur le côté gauche, il est équipé de consoles sur lequel peuvent prendre place les défenseurs.

 

Photographie du portail d’entrée du fort au niveau du tambour. A droite de la porte, il reste deux consoles qui accueillait probablement un platelage en bois pour la mise en place des défenseurs. La grille défensive droite a en partie disparue. © BP Juillet 2002. (Tous droits réservés).

Vue détaillée des consoles du mur intérieur du tambour © BP Juillet 2002. (Tous droits réservés).

 

Défense éloignée : à partir des 5 plateformes pour deux pièces chacune, couvrant les routes arrivant à Strasbourg par le côté ouest. A partir des 4 plateformes simples sur chaque flanc : ces pièces flanquent les intervalles entre les forts voisins et surtout le terrain situé au-devant des forts voisins.

 

Défense rapprochée : flanquement des fossés par les remparts et par les caponnières suivantes :

 

Fossé de gorge droit © BP Juillet 2002.

Une caponnière double de saillant, munie de deux chambres de tir par flanc munie chacune d’une embrasure à canon de 8 cm et de 3 embrasures à fusil à l’extrémité, installées de part et d’autre de la poterne d’accès, qui elle-même est munie de 4 embrasures à fusils De part et d’autre de la poterne d’accès à la caponnière double, on trouve par une chambre de tir munie de 4 embrasures à fusils couvrant les bouches à canon de chaque flanc. Les trois premières embrasures à fusil sont couvertes dans le fossé par un fossé diamant maçonné. 4 autres embrasures à fusils couvrent de chaque côté l’accès au chemin de ronde situé derrière le mur de l’escarpe détachée des faces. Le bloc de la caponnière double du saillant est muni de chaque côté d’une latrine à 4 places, accessible par la poterne d’accès au chemin de ronde derrière le mur d’escarpe détaché. Cette caponnière double du saillant couvre le fossé devant la face droite et gauche

 

Deux caponnières d’épaule, munie de deux chambres de tir avec 3 embrasures verticales de fusillade chacune, pour couvrir le fossé devant les flancs droit et gauche.

Caponnière d’épaule droite du fort Foch © MJR 1999. (Tous droits réservés).

Deux coffres de flanquement de gorge, situés de part et d’autre de l’entrée de la caserne de gorge ; comportant chacun, deux chambres de tir avec une embrasure pour un canon de 8 cm à l’étage et au rez-de-chaussée deux chambres de tir avec chacune trois embrasures à fusil verticales.

 

Un blockhaus de garde avec 3 chambres de tir munie chacune de 3 embrasures à fusil verticales, soit six fusils qui couvrent la place d’armes de gorge et l’accès au pont fixe enjambant le fossé de gorge.

 

Blockhaus de garde situé à gauche de l’entrée. La façade très détériorée lors de l’explosion accidentelle de 1953, a perdu tout son revêtement en pierre de tailles. Ce blockhaus a des embrasures horizontales. © BP Juillet 2002. (Tous droits réservés).

Système de contremine : système de contre mine sur les deux faces avec galerie enveloppe et magasins à poudre, 4 rameaux sur le saillant et 2 rameaux sur chaque angle d’épaule.

Rameau d’un des galeries d’écoute du front droit © MJR 2002. (Tous droits réservés).

Obstacle : fossé sec entourant l’ouvrage muni à la gorge d’un pont d’accès en maçonnerie avec pilier central permettant le franchissant le fossé de gorge. Un mur d’escarpe détaché sur les flancs et faces, muni de quelques embrasures de fusillade.

 

Le fort IV après sa modernisation 1887 – 1918

 

Installation d’un chemin couvert, précédé un épaulement en terre et d’un large réseau de fils de fer surmonté de fil ronce (barbelé). Le chemin couvert est muni d’un blockhaus de chemin couvert érigé à proximité du saillant.

 

Démolition de la caponnière double du saillant, remplacée par un coffre double de contrescarpe relié à la poterne principale par un passage souterrain, et relié au blockhaus du chemin couvert du saillant.

 

Suppression du pont fixe à la gorge, remplacé par deux rampes d’accès.

 

Suppression des deux canons répartis dans les deux chambres de tir des coffres de flanquement droit et gauche de la gorge, remplacés par deux canons révolvers de 3,7 cm fixé sur affût mural dans la chambre de tir extérieure, et muni chacun d’une embrasure avec volet blindé coulissant avec contrepoids. L’ensemble des deux chambres de tir a été muni d’un système de ventilation entre 1887 et 1916. Par ailleurs, en règle générale, une meurtrière à fusil munie d’un volet blindé coulissant a été installé à l’extrémité du bloc de chambres de tir de l’étage supérieur dans la plupart des grands forts de Strasbourg. Cette installation n’a pas encore été vérifiée au fort Foch.

 

Modification importante du blockhaus de gorge, pour permettre l’installation de la rampe d’accès au tambour et à la place d’armes de gorge. Le nouveau blockhaus de gorge est désormais muni de trois chambres de tir comportant chacun 3 embrasures à fusil horizontales. A priori après 1918, les troupes françaises ont installées une porte d’accès en supprimant deux des embrasures d’une des chambres de tir d’extrémité.

 

Modification de la poudrière de gorge : la salle unique est transformée en deux poudrières du temps de guerre distinctes.

 

Le mur d’escarpe détaché muni de quelques meurtrières à fusils, qui est trop exposé aux tirs d’artillerie, n’est plus utilisé pour la défense d’infanterie. Il est muni d’attaches permettant la mise en place d’un réseau de fils de fer surmonté de fil ronce (barbelé) qui couvre les pentes du rempart à partir de la base de ce mur. Par ailleurs, l’installation de deux meurtrières à fusils avec volet blindé coulissant, permet de couvrir l’ancien chemin de ronde situé entre le mur et le rempart à partir de chaque caponnière d’épaule.

 

Modification des deux caponnières d’épaule qui sont conservées mais subissent un important renforcement : dalle de béton posée sur une couche de sable, renforcement des murs exposés au tir direct par un deuxième mur en maçonnerie et un couloir de sable d’un mètre, installation de 6 volets blindés coulissants sur les meurtrières à fusil, installation de meurtrières à fusil permettant de couvrir l’intérieur du mur d’escarpe détaché, installation d’une porte blindée à deux battants, du modèle utilisé à partir de 1907.

 

Suppression de la caponnière double de saillant. Son emplacement initial sur le saillant de l’escarpe est fermé par une grille métallique. Elle est remplacée par un coffre de contrescarpe double, comprenant sur chaque aile deux chambres de tir munies chacune d’un canon révolver de 3,7 cm, installés sur affût mural. Chaque aile du fossé du front est donc battue par les feux de deux cannons révolvers. Chaque embrasure est munie d’un volet blindé coulissant avec contrepoids. Chaque chambre de tir est également munie d’un poste d’observation et d’un râtelier à munitions de 3,7 cm. Le coffre de contrescarpe du saillant est relié à la poterne principale du fort par deux escaliers et une poterne passant sous le fossé. Ce coffre double de saillant dispose de différents moyens de communication et d’alarme : un système mécanique comprenant des cloches d’alerte, des tuyaux acoustiques et un système d’alarme électrique.

Vue de l’ancien emplacement de la caponnière double de saillant remplacée par une grille défensive au niveau de l’escarpe. © MJR décembre 1999. (Tous droits réservés).

Coffre double de contrescarpe et ses embrasures pour canons révolvers de 3,5 cm. Les fossé diamant qui étaient initialement munis d’un réseau de fil et de barbelé ont été remblayés. Le coffre possédait une porte blindée permettant d’accéder au fossé. Cette porte était protégée par une embrasure à fusil.

Photographie © BP Juillet 2002. (Tous droits réservés).

Poterne et escalier vers la poterne principale qui permet d’accéder au coffre double de contrescarpe en passant sous le fossé. Photographie © BP Juillet 2002 (Tous droits réservés).

Une chambre de tir du coffre double de contrescarpe avec au mur la trace de l’ancien affût mural du canon révolver de 3,7 cm et à sa gauche l’ancienne niche à munitions. Photographie © BP Juillet 2002 (Tous droits réservés).

Toilette du coffre double de contrescarpe. Photographie © BP Juillet 2002 (Tous droits réservés).

Vers 1889 environ, installation d’un poste d’observation d’artillerie cuirassé de type « P.B.St. 87 » de Gruson à Magdebourg, dénommé « Panzer Beobachtungs-Stand » modèle 1887, destiné à diriger les tirs d’artillerie vers le front de tête. Il constitué d’épaisses plaques en fonte durcie, posant sur un lit de béton et de plaques de granit.

A partir de 1887 on renforce une partie des dessus de l’ouvrage en enlevant la terre, pour poser une couche de sable épaisse d’un mètre sur laquelle on coule une dalle de béton de strass non armée d’une épaisseur de 1,20m, que l’on recouvre d’un enduit bituminé et d’une couche de terre largement moins importante que celle qui recouvrait l’ouvrage initialement. En règle générale, ce renforcement concerne la poterne principale et ses locaux, le bloc central de la caserne de gorge y compris les deux blocs de défenses de gorge, une des ailes du casernement de gorge, la partie centrale du casernement de gorge, le bloc des casemates d’artillerie du saillant, la grande poudrière sous droite, les locaux de chargement des projectiles sous la face droite et quelques traverses-abris. Initialement l’ouvrage comportait des puits de lumière et d’aération au niveau des casemates du casernement de gorge et des blocs de casemates des faces droite et gauche. Ces puits de lumière ont été bouchés à l’aile de rails de chemins de fer et de maçonnerie.

Vue d’un puits de lumière sur l’aile gauche du casernement de gorge, c’est-à-dire la partie détruite par l’explosion de 1953. Photographie © Philippe Burtscher, 2002. (Tous droits réservés).

Modification importante au niveau de la sortie troupe du saillant : les deux escaliers en colimaçon sont remplacés par un large escalier unique qui débouche par une petite traverse-abri sur le rempart. Le passage du chemin du rempart sous une arche dans le prolongement de la traverse en capitale est supprimé.

 

Suppression d’une traverse-abri par face et modification de chaque traverse-abri situées de part et d’autre de la capitale en y ajoutant un local d’alerte. L’une d’entre elle est reliée à la cloche d’observation W.T. 90.

 

Modification de la sortie d’infanterie vers les cours droite et gauche.

 

Installation d’une salle de piquet d’alerte dans les traverses-abris des flancs droit et gauche, chacune étant reliée à l’extrémité de chaque aile du casernement.

 

Installation d’une poterne entre le grand magasin à munitions renforcé d’un des flancs jusqu’à l’extrémité d’une des ailes du casernement qui a été renforcée.

 

Installation de grilles défensives sur le mur de contrescarpe, sur les rampes d’accès au fossé de gorge et sur le mur du tambour à l’entrée.

 

Installation d’un réseau d’alarme électrique, doublé par un réseau manuel, qui relie les caponnières d’épaule et les salles d’alerte vers le poste de commandement de l’ouvrage.

 

Vers 1894, installation d’une cloche d’observation cuirassée tournante de type « W.T.90 » (Wacht-Turm de 1890).

 

Installation de deux batterie annexes sur les angles de gorge avec magasins à munitions (M23 et M24) reliés par une poterne au fossé de gorge, où l’on avait installé une voie ferrée étroite pour le ravitaillement en munitions.

 

Aménagement français vers 1935 - 1940

 

Les forts construits sur la colline des Hausbergen, ont été aménagé pour recevoir des postes de commandements et des troupes. En effet l’ensemble de la colline et des trois ouvrages, fort Ducrot, fort Foch et fort Frère ont été entourés d’un réseau de blockhaus de flanquement souvent équipé de mitrailleuses, d’observatoires et d’abris PC. Pour cela ont é également utilisé quelques anciens abris allemands qui ont pour certains, légèrement transformés ou reliés à un blockhaus extérieur. Par ailleurs, les locaux casematés des forts ont été aménagés surtout pour améliorer les équipements sanitaires, par l’installation de douches, d’éviers, et de toilettes avec cabines individuelles. Nous datons ces travaux entre 1935 et 1940, sachant que l’essentiel a été réalisé vers 1939-1940.

 

Au fort Maréchal Foch nous avons relevés les travaux suivants :

 

Aménagement de deux des quatre travées des latrines avec des toilettes individuelles (dits WC turcs), un modèle en usage dans les casernes françaises de l’époque.

Vue des toilettes françaises réaménagées dans l’aile droite du casernement de gorge. Photographie 2002 © Philippe Burtscher (tous droits réservés).

Ruines de l’aile gauche après l’explosion de 1953

 

Vue de la partie détruite au niveau de la salle n°5 de l’aile gauche du casernement de gorge. On voit bien que la façade de gorge est construite essentiellement en maçonnerie de briques recouverte d’un placage en dalles en grès des Vosges. Photographie 2002 © Philippe Burtscher (tous droits réservés).

Vue des ruines d’une des travées casematées de l’aile gauche du casernement de gorge. Photographie 2002 © Philippe Burtscher (tous droits réservés).

Vue des ruines : de l’aile gauche du casernement de gorge, il ne reste à son extrémité que les quatre travées des toilettes et une petite travée du couloir d’accès aux toilettes et la cage d’escaliers. Photographie de 2002 © Philippe Burtscher (tous droits réservés).

 

Entrée vers les bureaux de l’aile de la caserne de gorge réaménagée. Photographie de 2002 © Philippe Burtscher (tous droits réservés).

 

 

Sources

 

Bibliographie

Auteurs divers : Détective n°387 du 30 novembre 1953. Collection MJR. S2211.

Auteurs divers : L’Alsacien journal du peuple et du commerce - Elsässische Volks und Handels-Zeitung, 1871. S0215.

Auteurs divers : Le Monde Illustré.

Auteurs divers : Le Spectateur militaire.

Auteurs divers : Le Temps.

Auteurs divers : Militär-Wochenblatt.

Auteurs divers : Revue d’Artillerie.

Auteurs divers : Revue militaire de l’étranger.

Auteurs divers : Straßburger Zeitung.

Auteurs divers : Wehr-Zeitung, Autriche-Hongrie.

Brialmont A., colonel d’état-major : La fortification à fossés secs. Tome premier, E. Guyot, imprimerie militaire, 12, rue de Pachéco, Bruxelles et J. Dumaine, libraire militaire, rue et passage Dauphine, Paris. 1872. S0718.

Brialmont A., colonel d’état-major : La fortification à fossés secs. Tome second, E. Guyot, imprimerie militaire, 12, rue de Pachéco, Bruxelles et J. Dumaine, libraire militaire, rue et passage Dauphine, Paris. 1872. S0719.

Burtscher Philippe : De la ceinture fortifiée de Strasbourg à la Position de la Bruche, Editeur : Cercle d’Etudes des Fortifications et Société d’Histoire de Mutzig et environs, 1999. S0175.

Dumsky Walter : Die deutschen Festungen von 1871 bis 1914 : Strategische Bedeutung und technische Entwicklung. Erlanger Historische Studien herausgegeben von Professor Dr. Karl-Heinz Ruffmann Professor Dr. Hubert Rumpel. Bd. / Vol. 11 ; Frankfurt am Main, New York, Paris ; 1987.

Fontbonne Rémi : Les fortifications allemandes de Metz et de Thionville 1871-1918, Editions Serpenoise, 2006. S1587.

Frobenius H. : Unsere Festungen. Entwicklung des Festungswesens in Deutschland seit Einführung der gezogene Geschütze bis zur neusten Zeit. Band I : Die Ausgestaltung der Festung ; 1912.

Grabau A. : Das Festungsproblem in deutschland und seine Auswirkung auf die strategische lage von 1870-1914, Berlin, 1935.

Lacoste W. : Neubreisach 1871 – 1916, Strassburg Vorfeld 1914-1916 in DAWA Sonderheft 29, 1997.

Rolf Rudi : Die Deutsche Panzerfortifikation. Die Panzerfesten von Metz und ihre Vorgeschiche ;

1991 ; Biblio Verlag, Osnabrück. S0081.

 

Archives & Bibliothèques

Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg.

Archives départementales du Bas-Rhin ; Strasbourg.

Bibliothèque du mess de garnison de Strasbourg

Bibliothèque Nationale de France

Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg

Bibliothèques Municipales de Strasbourg.

Bundesarchiv Abteilung Militärarchiv, Freiburg

Geheimes Staatsarchive Preussischer Kulturbesitz, Berlin.

Generallandessarchiv Karlsruhe et Bundesarchiv, Stuttgart.

Service Historique de la Défense, Vincennes.

 

Sites Internet

Accès aux ouvrages en ligne de la BNF et de la BNUS :

https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/content/accueil-fr?mode=desktop

Bundesarchiv (archives fédérales allemandes)

https://www.bundesarchiv.de/DE/Navigation/Home/home.html

Site très complet recensant les fortifications françaises 1874-1918 environ :

https://www.fortiffsere.fr/

Arme du Génie et fortifications diverses

https://franchissement.forumgratuit.org/

Fortifications allemandes de l’ancien territoire d’Alsace-Lorraine :

Fort de Mutzig – FKWII (Feste Kaiser Wilhelm II)

https://www.fort-mutzig.eu/desk/smart/smart_menu.php?langue=fr

Fortifications et artillerie (site du Dr Balliet)

https://fortifications-neuf-brisach.blogspot.com/

Fort Ducrot à Mundolsheim

https://www.fortpodbielski-ducrot-mundolsheim.fr/

https://www.facebook.com/Fort-IIIa-PODBIELSKI-fort-Ducrot-152901354769096/

Fort Rapp à Reichstett

https://www.facebook.com/fortrappreichstett/

Fort Kléber à Wolfisheim : Association des Amis du fort Kléber :

https://www.fortkleber.fr/index.php

 

Traductions et rédactions des articles : MJR 2018 - 2019

Pour toute questions ou contributions : mjr.stb@orange.fr  

 

 

Rédaction et traductions : MJR 2019.

 

Pour toute question ou contributions : mjr.stb@orange.fr

 


Galerie de photos : Fort IV - Feste Kronprinz (Foch)