Fort IV - Fort Niederhausbergen - Fort Veste Kronprinz - Fort Foch

 

Dernière mise à jour : 09 / 04 / 2022

 

Auteur de la page : MJR

 

Situation géographique et stratégique

 

Situation stratégique en 1872 – 1918 : ceinture des forts détachés – Secteur Ouest de la place forte. Le fort IV a été construit sur les hauteurs de Hausbergen.

Situation géographique actuelle : ban de la commune de Niederhausbergen, lieu-dit Langenberg, à la limite Ouest du ban communal.

Adresse : Chemin du Fort Foch, 67207 Niederhausbergen.

Coordonnées géographiques : 48°37’37.3’’ N – 7°44’43.5’’ E.

Borne d’information du fort Foch au bord de la piste cyclable des forts devant le fort Foch. Panneau réalisée par le CESFS au profit de l’Eurométropole de Strasbourg. Photographie © MJR Janvier 2012.

Vues vers l’Ouest à partir du front de tête du fort Foch © MJR Janvier 2012.


Caractéristiques

 

Grand fort détaché de ceinture à fossé sec de type Biehler, au tracé pentagonal de lunette aplatie, avec casernement de gorge brisé vers l’intérieur.

Construction (gros œuvre)

 

Date officielle de construction : 1872 – 1875.

Date de construction du gros œuvre d’après les informations trouvées : Juillet 1872 – août 1874.

Société : construit par la société Pathe - Jerschke - Schneider.

 

Dénominations successives

 

1872 : Fort IV ou Fort Niederhausbergen.

1er septembre 1873 – novembre 1918 : 1873 : Fort Kronprinz (Traduction : Prince Royal, fils de Guillaume Ier roi de Prusse et Empereur d’Allemagne, qui est à l’époque Frédéric Guillaume Nicolas Charles de Hohenzollern). 

23 novembre 1918 – 2 avril 1919 : Fort Prince Royal (dénomination française de l’époque qui est une traduction de la dénomination allemande).

3 avril 1919 – juin 1940 : Fort Maréchal Foch.

Juillet 1940 – 1944 : Fort Kronprinz (les forts reprennent tous leur dénomination allemande d’origine).

1945 – à nos jours : Fort Foch.

 

Biographie du Kronprinz

 

Portait du Kronprinz Frédéric Guillaume de Prusse vers 1870, futur empereur d’Allemagne.

 

Mission

 

1875-1918 : le Fort IV, Fort Kronprinz (Prince Royal) commande le front ouest de la place forte et couvre les diverses routes à l’Ouest, entre Pfettisheim, Pfulgriesheim et Strasbourg.

 

Accès et visites

 

Propriétaire: Université de Strasbourg (UNISTRA).

Utilisation: Centre de Primatologie (CdP).

Accès et visites : accès et visites interdites pour préserver la tranquillité des primates.

 

 

Chapelle orthodoxe Saint Sava (dans le fort) : inscrite aux monuments historiques en 1990.

Vue de la chapelle Saint Sava. Photographie © Philippe Burtscher Juillet 2002 (Tous droits réservés).

 

Chroniques succinctes 

 

Jeudi 13 juin 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : avancement des travaux du chemin de fer de ceinture et préparation du chantier du Fort Niederhausbergen.

Un journal local a publié l’article suivant repris à partir d’un journal allemand : « Strasbourg le 13 juin 1872. On vient de publier dans le journal Niederrheinische Courrier, sur Hausbergen : Depuis plusieurs jours les travaux du chemin de fer de ceinture ont commencé ; sur la colline on a commencé à creuser un puits pour le fort et à ériger des baraquements pour les ouvriers. Les terrains destinés au fort sont débarrassés de leurs récoltes. Les propriétaires espèrent être indemnisés bientôt, puisque à la suite de l’expropriation le nouveau propriétaire vient d’en prendre possession ».

 

Juillet 1872

Début de construction du Fort IV, Fort Niederhausbergen, par le consortium d’entreprises Pathe - Jerschke – Schneider.

 

Mercredi 3 juillet 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction des nouvelles fortifications de Strasbourg.

Un correspondant strasbourgeois de la Presse allemande de Francfort donne à ce journal des détails sur les nouvelles fortifications de Strasbourg ; ces renseignements sont reproduits par la Gazette de Strasbourg. Du côté de la France on construira un vaste camp retranché pouvant contenir 200 000 hommes et relié la ville par cinq forts ; le fort de Reichstett, à 8 kilomètres au nord de la nouvelle enceinte ; le fort de Souffelweyersheim ; le fort de Niederhausbergen ; celui de Oberhausbergen et celui de Wolfisheim. Le fort de Reichstett dominera la route de Lauterbourg et le chemin de fer de Paris ; celui de Souffelweyersheim dominera également cette dernière ligne ; celui de Niederhausbergen, la route de Bouxwiller ; les deux autres forts, la route de Saverne et le canal de la Bruche.

 

Lundi 1er septembre 1873

Allemagne, Strasbourg place forte : Baptême des 12 premiers forts détachés.

Les 12 premiers forts détachés de Strasbourg seront baptisés par l’ordonnance impériale du 1er septembre 1873. Les noms des plus illustres personnages qui ont eu un rôle ou un commandement important pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 seront utilisés à cet effet. Les personnages les plus importants pour les grands forts, et les autres pour les forts de taille moyenne. Ces noms seront en vigueur jusqu’en avril 1918 et pendant l’occupation de fait allemande de mi-juin 1940 au 23 novembre 1944. Initialement, le nom était inscrit au-dessus de l’entrée de la poterne principale, sur la façade de gorge, à l’aide de lettres métalliques, en étain doré à la flamme. Dans chaque fort, au niveau de la pièce du commandant du fort, on trouvait en règle générale le portrait offert par l’illustre personnage du nom qu’il portait.

Le Fort IV ou Fort Niederhausbergen est baptisé Fort Veste Kronprinz par un ordre du Cabinet impérial datant du 1er septembre 1873. Les militaires français le dénomment Fort Prince Royal, jusqu’au début de l’année 1919. A quelques mètres près, le Fort IV est en effet le plus grand fort détaché de Strasbourg, et c’est le personnage le plus important de l’empire après Guillaume Ier, qui est attribué à cet ouvrage. Par ailleurs on ajoute le terme de Veste (Feste), c’est-à-dire forteresse, pour le plus imposant des forts.

 

Vendredi 19 mars 1874

Empire allemand, Strasbourg : vente aux enchères de traverses du chemin de fer de ceinture.

La presse locale du jeudi 19 mars 1874 a publié le communiqué suivant : « Communiqué. Vendredi, le 19 mars (1874) matin à 9 heures, à Oberhausbergen, et le matin à 11 heures à Wolfisheim, sur le chemin de fer de ceinture « Ringbahn », seront vendu aux enchères publiques au plus offrant, 580 vieilles traverses de chemin de fer, contre payement immédiat en liquide. Strasbourg, le 18 mars 1874. Le service impérial des fortifications « Kaiserliche Fortifikation ».

 

1946

France, Strasbourg : Création du dépôt de munitions à détruire au fort Foch.

Un dépôt de munitions est installé au fort Foch après 1945 environ. Parmi ceci on trouve des munitions qui proviennent des services de déminage qui récolte les nombreux projectiles et munitions jonchant la région après la seconde guerre mondiale. Ces munitions étaient détruites en partie à la batterie des Cerisiers située à environ 750 m du fort Foch où récupérée par des entreprises chargées de leur destruction. L’entreposage de munitions cesse à priori après le terrible accident du 17 novembre 1953.

 

Mardi 17 novembre 1953

France, Strasbourg garnison : explosions au fort Foch à Niederhausbergen.

Le mardi 17 novembre 1953, vers 11h30-11h40 une gigantesque explosion a retentie à l’ouest de Strasbourg, ce qui a provoqué un moment de panique au sein de la population. En effet, un énorme champignon de fumée s’élève au-dessus du fort Foch, et de terribles explosions se succèdent au fort Foch à Niederhausbergen pendant plus de huit heures et entraînent malheureusement le décès de six personnes.

A cette époque, le fort Foch est utilisé comme dépôt de munitions par une unité de l’arme du matériel, basée à l’Esplanade à Strasbourg. Ce sont près de 200 tonnes de munitions qui sont entreposés dans les travées casematées du fort. On y entrepose également des munitions allemandes destinées à être détruite au fur et à mesure. Le fort étant situé à 750 m de la batterie des Cerisiers, qui sert également à cette époque de polygone de destruction. Une partie des munitions est également remise à des sociétés chargées de leur destruction. Nous essayons de reconstituer le déroulement des faits d’après les témoignages parus dans la presse locale et nationale.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 (Collection MJR)

Le mardi 17 novembre 1953 matin, sous la surveillance de l’adjudant Weber, une équipe d’ouvriers dirigé par Aloyse Martin, avec le gardien de l’ouvrage dénommé Emile Claus ainsi que les ouvriers Eugène Carlen, Charles Muller, Auguste Grunder et Paul Broesbstel et Raymond Litt, est chargée de déplacer à l’aide de wagonnets des caisses contenant des grenades allemandes non désamorcées, entre les alvéoles casematées et l’entrée du fort. En effet ces grenades devaient être remises à une entreprise de Verdun chargée de leur destruction. A l’époque on suppose que l’une de ses grenades serait tombée et aurait provoqué une réaction d’explosions en chaîne. Compte tenu que les témoins directs ont péris dans cet accident, il est difficile d’en savoir plus. Ce matin vers 11 heures, l’adjudant Weber s’est absenté du fort pour aller prendre son déjeuner au fort Frère. De même le benjamin de l’équipe, Raymond Litt, a été envoyé à la même heure à Niederhausbergen pour acheter des cigarettes pour l’un des ouvriers et de quoi faire des casse-croutes pour d’autres. Ce seront les seuls rescapés du fort Foch.

Vers 11h30 ou 11h40 selon les témoignages, retenti une terrible explosion et qui déclenche également une série d’incendies. Ramond Litt qui était de corvée de casse-croûte et c’était notamment rendu au café du Cheval Noir, à ce moment-là témoigne : « Au moment où il allait regagner le fort, un souffle d’une extrême violence me plaque au sol. J’ai entendu un fracas infernal. La porte d’entrée du fort a été projetée au loin comme un fétu de paille ». « Sur la colline qui domine le village de Niederhausbergen, des flammes rougeâtres, trouant l’épaisse corolle de fumée noire, fouillaient le brouillard comme pour brûler le ciel ». Une section de soldats qui était en manœuvre dans les parages du fort est accourut immédiatement. Malheureusement ces soldats ne pouvaient pas pénétrer à l’intérieur de l’ouvrage pour porter secours aux ouvriers. Les explosions se succèdent toute la journée. Une importante pluie de projectiles s’abat sur les environs. Les explosions les plus violentes causent de nombreux dégâts matériels sur les bâtiments des villages des environs, et surtout à Niederhausbergen. Le feu, la fumée et de sèches explosions interdisent longtemps aux plus vaillants de fouiller les ruines du fort. Les secours civils et militaires se sont rapidement déplacés à Niederhausbergen. Un poste de commandement a été installé au restaurant du Cheval Noir où se retrouvaient les militaires, les pompiers et les journalistes.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 : l’adjudant-chef Weber et M. Raymond Litt, les seuls survivants, devant le fort Foch (Collection MJR)

Vers 15 heures, on entend l’explosion des obus de 155 mm, grâce à leur bruit d’explosion très caractéristique. Le rythme de ces déflagrations est hallucinant. Pendant toute la durée de l’incendie et des explosions aucun secours ne peut pénétrer à l’intérieur de l’ouvrage.

A Niederhausbergen, la population a été consignée chez elle. Dans la rue principale on croise des camions-pompes des pompiers et des ambulances de l’armée. On avait interdit aux enfants de se rendre à l’école. Un habitant de Niederhausbergen avait témoigné : « Je travaillais à Strasbourg. Quand je suis rentré chez moi, le soir de l’explosion, j’ai découvert ma maison en piteux état, avec des volets arrachés, des vitres cassées, un plafond fendu. Nous avons été très vite remboursés des réparations pour la préfecture ». Après une accalmie, les explosions ont repris vers 17 heures.

Extrait du magazine « Détective » du 17 novembre 1953 : l’aile gauche du fort Foch en ruine (Collection MJR)

Vers 20 heures, à la demande de l’autorité militaire, les habitants des maisons les plus proche du fort ont même dû quitter leurs maisons, par mesure de prudence. Enfin, à 20h10, une dernière explosion se fait entendre et peu à peu le calme se rétablit au fort Foch, et la brume couvre la plaine. Malheureusement six personnes sont déclarées disparues. D’après le journal Détective, l’auberge du Cheval Noir n’a pas fermé ses portes. Dans l’arrière-salle, le général Pique-Aubrun, gouverneur militaire de Strasbourg, arpente inlassablement la pièce. Quelles sont les causes de l’accident : le général Pique-Aubrun n’en voit que deux : une grenade amorcée a fait explosion, ou bien une caisse de munitions ayant heurté un objet quelconque, ou étant tombé, a provoqué la catastrophe.

 

Galerie de photos : Fort IV - Feste Kronprinz (Foch)