Fort 3a – Fort Mundolsheimer Kopf - Fort Podbielski – Fort Ducrot

Dernière mise à jour : 17 février 2019

 

Situation géographique et stratégique

Situation géographique et stratégique

Le Fort Podbielski (actuel Fort Ducrot) implanté sur l’extrémité nord-est des collines de Hausbergen au-dessus de Mundolsheim. Il a été érigé sur la colline dénommé Holderberg, à un emplacement qu’un assaillant éventuel ne devait pas occuper en cas de siège, à l’angle entre les fronts Nord et Ouest de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

Position des forts Ducrot et Desaix sur la cartographie de Wikimapia (2018).

Position du Fort Ducrot sur la cartographie de Wikimapia en 2017.

Distances avec les autres ouvrages / Abstand zu den Nachbarwerke

A l’Est : Fort III – Fort Mundolsheim - Fort Roon – Fort Desaix : 1,482 km (0,921 miles).

Au Sud : Kirchbaumbatterie – Batterie des Cerisiers : 734 m (2 408 ft).

Au Sud : Fort IV – Fort Niederhausbergen - Fort Veste Kronprinz – Fort Maréchal Foch : 1,687 km (1,048 miles).

Au Sud-Est : Stadtbefestigung – Enceinte urbaine : 6,1 km (3,8 miles).

 

Caractéristiques

Petit fort à fossés secs, construit d’après le tracé des forts allemands dits de type « Biehler ». Il a la forme d’une petite lunette aplati, à fossé sec, comportant une caserne de gorge sur l’aile gauche de l’escarpe, de deux faces munies chacune d’une traverse-abri et d’une traverse pleine, entre lesquelles sont installées trois plateformes d’artillerie pouvant mettre en batterie 2 pièces de forteresses chacune pour la défense éloignée, et d’une traverse-abri et une plateforme d’artillerie sur chaque flanc, pouvant mettre en batteries à priori deux pièces de chaque côté, destinées à couvrir les intervalles les abords immédiates des forts voisins. Pour la défense rapprochée, et plus particulièrement celle du fossé est assurée par une caponnière sur le saillant qui bat le fossé situé devant les faces droites et gauche, d’une demi-caponnière sur chaque épaule battant le fossé du flanc droit et gauche. Contrairement aux forts construits à partir de 1872 et 1873, le fossé de gorge est muni d’une caponnière placée à droite de l’entrée principale de l’ouvrage. La caponnière du saillant et caponnières d'épaules sont arasées vers 1887-1890. 

 

Construction (gros œuvre)

Dates officielles : 1879 – 1882.

Dates corrigées d’après les informations retrouvées : 1879 – 24 décembre 1881.

 

Dénominations successives

1879 – 1882 : Fort III a, Fort Mundolsheimer Kopf.

29 août 1882 : Fort Podbielski (par ordre du cabinet impérial).

23 novembre 1919 : nom allemand francisé Fort Général Podbielski.

Avril 1919 : Fort Ducrot.

Juillet 1940 – 1944 : Fort Podbielski.

1945 – à nos jours : Fort Ducrot.

 

Biographie général Podbielski

 

Theophil Eugen Anton von Podbielski est né le 17 octobre 1814 à Köpenick. Issu d’une famille noble polonaise, il est le fils du lieutenant-colonel « Oberstleutnant » Anton von Podbielski (1780-1841) et de Johanna Eleonore né von Falkenhayn (1787-1869). Il a suivi ses études dans un établissement pour cadets « Pädagogium » de Sulechow et à la « Ritterakademie » de Liegnitz, un lycée réservé à la noblesse.

Le 1er mai 1831 il entre au 1er régiment de Ulans de l’armée prussienne « 1. Ulanen-Regiment ». Le 9 février 1833, alors qu’il avait à peine 19 ans, il est nommé sous-lieutenant « Sekondeleutnant » après avoir brillamment réussi son examen. Il suit les cours de l’école de guerre « Allgemeine Kriegsschule » entre 1836 et 1839. En 1841 il est nommé chef de cabinet « Adjudant » de l’état-major de la 5e brigade de cavalerie « 5. Kavallerie-Brigade ». Le 26 avril 1843 il se marie sur le domaine de Dallmin du district de Westprignitz avec Agnes von Jagow (1823-1887). De cette union il aura 6 enfants. Le 12 janvier 1858 il est muté à l’état-major du 3e corps d’armée « III. Armee-Korps » avec le grade de « Major », c’est-à-dire chef d’escadron. Le 12 janvier 1858 il est nommé chef de corps du 12e régiment de hussards de Thuringe « Thüringischen Husaren-Regiment Nr. 12 », et est promu au grade de lieutenant-colonel « Oberstleutnant » en 1859 et de colonel « Oberst » en mars 1861.

En mars 1863, à l’âge de 49 ans, il est nommé général de brigade « Generalmajor » et prend le commandement de la 16 brigade de cavalerie « 16. Kavallerie-Brigade ». En décembre 1863 il est nommé quartier maître général du maréchal « Generalfeldmarschall » Friedrich von Wrangel auprès de l’armée prussienne en Schleswig-Holstein. En 1865 il est nommé dans les comtés de l’Elbe et puis en 1866 il est nommé directeur du département général de la guerre « Allgemeine Kriegsdepartement » au ministère de la guerre « Kriegsministerium ». Pendant la guerre avec l’Autriche, le général Podbielski assurait la fonction de quartier maître général de l’Armée et il obtient le 18 septembre 1866 pour ses activités la décoration de l’Ordre pour le Mérite. Après la conclusion de la paix il retourne au ministère de la guerre et œuvra avec beaucoup de mérite à la nouvelle organisation de l’armée de la Confédération du Nord de l’Allemagne et participa également aux travaux de la diète « Bundesrat » et au Parlement « Reichstag ». Pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, il est à nouveau nommé au poste de quartier maître général de l’Armée. Son engagement est récompensé par une dotation de 100 000 Thaler et il est décoré le 5 mars 1871 de la décoration de la feuille de chêne « Eichenlaub » de l’Ordre pour le mérite. A la mort du général von Hindersin, le général von Podbielski a été chargé de la direction des affaires de l’inspection générale de l’artillerie et le 31 décembre 1872 il est nommé inspecteur général de l’artillerie « Generalinspekteur der Artillerie » alors qu’il n’a jamais servi dans cette arme. En 1873 il est promu au grade de général de corps d’armée « General der Kavallerie ». C’est sous sa direction que l’on procède à la séparation de l’artillerie de campagne et de l’artillerie à pied allemande (de siège et de forteresse) et à la mise en service d’une nouvelle génération de pièces d’artillerie. Le 11 et 12 août 1874 il effectue une visite d’inspection à Strasbourg. Le 29 août 1882 l’empereur d’Allemagne ordonne que le Fort Mundolsheimer-Kopf de Strasbourg porte à présent le nom de Fort Podbielski. Par ailleurs, depuis 1889 le régiment d’artillerie de campagne « Feldartillerie-Regiment Nr. 5 » porte également son nom. Le General der Kavallerie von Podbielski décède le 31 octobre 1879 à Berlin à l’âge de 65 ans.

 

Portrait du général Podbielski en 1870 extrait d’une publication de 1920 (Collection MJR).

Mission

 Le Fort IIIa Fort Podbielski a été établi sur une position naturelle remarquable dans l’intervalle entre le Fort III Fort Roon et le Fort IV Feste Kronprinz. Il couvre de ses feux les routes en provenance de Saverne et le secteur nord-ouest de la place forte. Il tient surtout une hauteur qui est indispensable à la défense de la place forte de Strasbourg.

Tableau d’André Brauch représentant le fort Podbielski vers 1900.

Tableau d'André Brauch du fort Ducrot

Accès et visites

Le Fort Podbielski, actuel Fort Ducrot est restauré par l’Association des Amis du Fort Ducrot.

Adresse : rue du Fort Ducrot, suivre le fléchage, 67450 Mundolsheim.

Visites : voir le site de l’association des Amis du Fort Ducrot ou sur leur page Facebook.

https://www.fortpodbielski-ducrot-mundolsheim.fr/

Jeudi et samedi à 14h00 ou sur RDV. Ouvertures ponctuelles réalisé plusieurs fois par an, voir le site de l’association.

 

Etat de l’ouvrage et intérêt patrimonial

 

Référence inventaire du patrimoine : IA67007293

Mesure de protection dans le cadre des monuments historiques : NEANT

Malgré les importantes modifications réalisées lors de l’aménagement du poste de commandement du secteur Fortifié du Bas-Rhin vers 1939, ce petit fort de type Biehler à fossé sec, est un des rares forts de cette taille à avoir été conservé en Europe. L’action de l’association « Les Amis du Fort Ducrot » et de la commune permet à ce fort de retrouver en partie son état initial ou au moins celui de 1939-1940.

 

Chroniques / Zeittaffel

 

Mardi 13 janvier 1874

Allemagne, Strasbourg, place forte : point de situation français relatif au nouveau type de forts détachés allemands et à la construction des nouvelles fortifications ainsi que l’évocation de la future construction du Fort Mundolsheimer-Kopf.

Dans une note française du deuxième bureau, on retrouve un document allemand qui nous apporte quelques informations concernant la place forte de Strasbourg (note en allemand, incomplète, seule la partie la plus utile a été traduite) : « Avec l’amélioration conséquente de ces derniers temps des performances des pièces d’artillerie, on a été obligé de prendre en compte la modification des objectifs qui seraient les cibles de cette artillerie en temps de guerre. Les cibles privilégiées de cette artillerie sont les forteresses et leurs ouvrages individuels. Alors qu’autrefois les parties des murs des ouvrages de fortification qui étaient les plus exposés ont été réalisés en grande masse compacte, ce qui leur permettaient de résister réellement au tirs lointains, alors que ces tirs provenant des nouvelles pièces d’artillerie a désormais une efficacité trois fois supérieure, en conséquence on était désormais obligé, de ne plus utiliser la pierre pour ces parties les plus exposées, mais simplement de la terre coulante, sous laquelle se cache la masse des murs compacts. Ce système, qui a été inventé récemment, même si les ouvrages du système de Vauban ont toutefois été gardés, dévient pour l’essentiel du dernier système. Par ailleurs, comme les parties à nu des ouvrages exposées au tir direct sont désormais en terre, le but essentiel était aussi l’aménagement intérieur des ouvrages, que désormais les communications soient également protégées par des masses de terre, que les pièces d’artillerie tout comme l’équipage soient couverts par des masses de terre. D’autre part l’assiégé ne peut que procéder à des réparations des ouvrages endommagés, puisqu’il nécessite pour cela que de la terre, si les circonstances l’autorisent, de procéder à des travaux nocturnes sur les ouvrages endommagés en comblant la terre, toutefois si l’ennemi ne continue pas ces bombardements de nuit. Les nouveaux ouvrages de fortifications et surtout les ouvrages détachés de Strasbourg, Cologne et Ingolstadt, ont été érigé ou sont encore en construction dans ce système. Le nombre des forts de Strasbourg est de 12, auquel on doit encore en ajouter deux. Sur ces 12 la moitié sont situés sur des terrains secs, c’est-à-dire ceux de Reichstett, Mundolsheim, Niederhausbergen, Oberhausbergen, Wolfisheim et Lingolsheim, tandis que les forts de la Wantzenau, Grafenstaden, Illkirch, Sundheim, Auenheim et Neumühl – dont les trois derniers sont sur la rive droite du Rhin derrière Kehl – ont été construits sur des terrains humides et en conséquence sont dotés de fossés pleins d’eau. Des deux forts qui doivent encore être ajoutés, l’un sera érigé à l’extrémité de la colline des Hausbergen, sur la soi-disant tête de Mundolsheim « Mundolsheimer-Kopf », en tant que fort à fossé sec, alors que le second fort trouvera sa place à proximité du fort d’Illkirch, près du Altenheimerhof. Dans l’ensemble les forts sont situés à une distance moyenne de 15 à 20 kilomètres du centre de la ville et de son enceinte. Cette dernière sera agrandie vers l’Ouest et le Nord-Ouest, et la ligne porte de Pierre « Steintor » à la Citadelle sera arasée et la nouvelle enceinte s’étendra à partir de ces points jusqu’au Contades, l’Orangerie et y compris tous les terrains situés entre ces points. Il s’agit surtout d’agrandir la partie nord-ouest de la ville sans toutefois trop s’approcher de la ligne des fort détachés. Dans les prochains temps je ferais également de la même manière un compte-rendu de Cologne et d’Ingolstadt. L’ensemble des forts détaché de Strasbourg sont en partie reliés par des routes renforcées, comme c’est le cas de celle partant à gauche du fort d’Oberhausbergen sur les hauteurs jusqu’à la Tête de Mundolsheim, également reliée en partie par une voie ferrée, même si actuellement ces voies ferrées ne sont pas en service, et que les installations de cette dernière sont déjà partiellement détruites et arrachées, mais la plate-forme reste en place, et peut être remis en place en cas d’urgence dans un délai de 24 heures. La liaison technique des forts détachés avec la ville ainsi qu’avec le Gouvernement de la place forte, qui relie individuellement chaque fort, comprend une ligne télégraphique souterraine, comprenant des câbles qui ont été enterrées à une profondeur moyenne de 0,75 m. Ainsi chaque fort a un télégraphiste, auquel peut faire appel les fonctionnaires et les gardes du génie « Wallmeister » des forts. C’est grâce à ces liaisons télégraphiques que l’on peut en cas de siège, faire transiter e toute circonstances les ordres et les comptes rendus, sans que l’on soit obligé d’ouvrir une porte ». Remarque : il s’agit d’une note assez précise hormis la distance des forts détachés par rapport au centre-ville.

 

Mars 1874

Allemagne, Strasbourg place forte : Première évocation du projet de construction du Fort Mundolsheimer Kopf.

La presse locale évoque le projet établissement d’une batterie près de Mundolsheim (futur Fort Podbielski – actuel fort Ducrot).

 

Lundi 10 mai 1875

Allemagne, Strasbourg place forte : Projet de construction de deux petits forts complémentaires, Fort am Altenheimer Hof et Fort Mundolsheimer Kopf.

Un journal de l’Allemagne du Nord daté du 10 mai 1875 nous délivre les informations suivantes : « Au moment de l’établissement du nouveau plan de fortification, on avait projeté d’établir quelques petits ouvrages entre les forts, sur les points qui par suite de la configuration du terrain environnant, n’étaient pas suffisamment protégés ; mais jusqu’à présent, l’argent manquait et on ne pouvait penser entreprendre les travaux avant que le Reichstag ait voté les fonds nécessaires. L’on considérait comme plus particulièrement important de fortifier le « Mundolsheimer Kopf », sur les hauteurs de Hausbergen, à l’ouest de Mundolsheim, entre les forts de Mundolsheim et de Niederhausbergen ; et un point sur le « Lainen Sand » près de la ferme d’Altenheim, entre le fort situé à l’ouest d’Illkirch et celui établi sur la rive droite du Rhin, près de Marlen. Le premier ouvrage est nécessaire parce que la chaîne de hauteurs indiquée ci-dessus masque complètement, à 1 200 mètres, le fort de Mundolsheim et son occupation par l’ennemi entraînerait celle du fort ; le second, parce que la distance entre les deux forts (10 000 mètres environ) est trop considérable pour qu’ils puissent se soutenir mutuellement. Au reste, l’ouvrage de Mundolsheim sera commencé avant celui d’Altenheim, une attaque étant, à cause de l’inondation, peu à redouter du côté sud ; tous deux seront vraisemblablement commencés avant la fin de l’année. L’ouvrage d’Altenheim n’atteindra pas, du reste, à cause de son importance minime, les dimensions des autres forts ». Remarque : c’est finalement le Fort Altenheimer Hof qui sera construit avant le Fort Mundolsheimer Kopf.

 

Vendredi 16 juin 1876

Allemagne, Strasbourg place forte : Projet de construction du Fort Mundolsheimer Kopf est à nouveau évoqué par la presse.

Le projet de construire un fort sur la Tête de Mundolsheim (futur Fort Podbielski) est évoqué par la presse locale.

 

Dimanche 16 septembre 1877

Allemagne, Strasbourg place forte : Imminence de la construction du Fort Mundolsheimer Kopf est évoquée par la presse.

La presse locale du mardi 18 septembre 1877 nous informe que la construction du fort tout près de l’église de Mundolsheim doit encore être commencée cette année.

 

Vendredi 15 novembre 1878

Allemagne, Strasbourg place forte : Procédure d’expropriation des terrains nécessaires à la construction du Fort Mundolsheimer Kopf.

La presse locale nous a délivré les informations suivantes : « Hier ce sont déroulés les négociations finales relatives aux expropriations des terrains au profit de notre nouveau fort. Le matin, on a encore visité la partie de notre forêt qui doit être utilisée pour la construction du fort, et l’après-midi à 14 heures, les intéressés furent convoqués à la mairie, pour assister à la lecture du compte-rendu de visite et à la rédaction du procès-verbal local. Etaient représentés le juge commissaire, Monsieur le conseiller du tribunal d’instance Jung, et comme représentant des mineurs absents, les fondations « Stifftungen » et des retraités, etc., Monsieur Karl Mühl de Strasbourg, afin de procéder aux évaluations. Comme nous le supposons, la notification de changement de propriété doit être prononcée lundi prochain, par le tribunal impérial d’instance ».

 

Mardi 21 octobre 1879

Allemagne, Strasbourg place forte : projet d’édification d’un nouveau fort.

Une revue militaire française nous a livré cette information : « La Gazette de Silésie fait connaître, dans ce même numéro du 21 octobre 1879, que l’on doit élever un nouveau fort au nord-ouest de Strasbourg, sur la hauteur de Mundolsheim ».

Remarque : La construction du fort à vraisemblablement commencée vers la fin octobre début novembre 1879, malheureusement nous n’avons pas de date plus précise.

 

1881

Allemagne, Strasbourg, fortifications : note de renseignement française de 1881.

Une note française de renseignement nous apprend que le correspondant à qui l’on a demandé d’apporter des précisions sur le Fort Podbielski n’est pour le moment pas en mesure de s’approcher du fort, pour livrer des renseignements sur sa construction. Il précise que la construction de ce fort à commencée en 1879 et que les travaux ne sont pas terminés. La main d’œuvre est fournie par un bataillon du Génie dont tous les Alsaciens ont été exclus des travaux. Il précise que même les paysans sont obligés de faire un détour pour aller aux champs, afin d’éviter la rencontre de patrouilles et des sentinelles.

 

Lundi 16 mai 1881

Allemagne, Strasbourg place forte : travaux de construction du Fort Ducrot.

« Un journal régional du 27 mars 1881 contenait les renseignements suivants sur les forts détachés de Strasbourg et notamment sur l’état d’avancement des travaux du nouveau fort établi près du village de Mundolsheim, entre le fort de Roon et le Fort du Prince-Royal : A peine a-t-on dépassé la station de Vendenheim, en venant de Saverne ou de Wissembourg par le chemin de fer et en se dirigeant vers Strasbourg, que l’on aperçoit à sa droite, au milieu d’une campagne fertile, une ligne de hauteurs appelée les Hausbergen, couronnée de deux ouvrages permanents, le Fort du Prince-Royal et le Fort du Grand-Duc de Bade. Sur le versant nord-ouest, se trouve le village de Mundolsheim, qui se développe sur les pentes douces d’une colline ; c’est de là que l’on a dirigé, en 1870, les opérations du siège de Strasbourg. Au-dessus de ce village, tout près de l’église, on a élevé depuis un an un troisième fort, sur le point appelé Holderberg ; ses glacis sont, de tous côtés, à pentes rapides, et ses crêtes dominent toute la contrée environnante. Ce fort désigné sous le nom de Mundolsheimer Kopf, sera bientôt terminé. Les maçonneries doivent déjà être achevées ; il n’y a plus à faire que quelques travaux de terrassement, et le dernier des ouvrages de défense de Strasbourg sera prêt à entrer en action. Les trois forts de la ligne des Hausbergen sont reliés par une belle route établie par les soins du service militaire et qui serpente au milieu des vignes le long des hauteurs. Tous les forts élevés autour de Strasbourg ont une garnison permanente. Douze d’entre eux (il y en a quatorze) ont reçu chacun, de Sa Majesté, le nom de l’un des plus illustres généraux de l’armée. Ainsi, les forts de la rive gauche du Rhin sont désignés comme il suit : Fransecky, Moltke, Roon, Prince-Royal, Grand-Duc de Bade, Prince de Bismarck, Prince-Royal de Saxe, von der Tann et Werder ; ceux de la rive droite ont reçu les noms suivants : Kirchbach, Blumenthal et Bose. Le fort construit non loin de l’Altenheimerhof, près de la rive du fleuve, n’a pas encore reçu de dénomination particulière, et il en est de même du Fort de Mundolsheim dont nous venons de parler ».

 

Samedi 24 décembre 1881

Allemagne, Strasbourg place forte : Achèvement des travaux de construction du Fort Mundolsheimer Kopf.

La presse locale nous donne les informations suivantes concernant la construction de ce fort : « Les derniers travaux du fort de Mundolsheim ont été terminés le 24 du même mois, à quatre heures du soir ». Rappelons que la construction de cet ouvrage a été entrepris en 1878. Sa construction a durée comme pour les autres forts à fossés secs, environ trois ans. Il s’agit ici du dernier fort détaché construit sur la nouvelle ceinture défensive de Strasbourg, qui comprend à présent 14 forts, construits en dix ans, entre 1872 et 1881. Remarque : il s’agit là des travaux de gros œuvres. Les travaux des équipements divers, comme le pont-levis, les portes et fenêtres, les parquets en bois, la cuisine, les râteliers d’armes, les étagères pour les projectiles d’artillerie, etc. prendra encore plusieurs années.

 

Mardi 29 août 1882

Allemagne, Strasbourg place forte : Le Fort Mundolsheimer Kopf est baptisé Fort Podbielski.

Par l’ordonnance impériale du 29 août 1882, l’Empereur a baptisé récemment du nom de généraux de l’armée allemande les derniers forts construits à Strasbourg. On a appelé fort Schwarzhoff le fort élevé près de l’Altenheimerhof au sud de la ville, et le fort Podbielski, le fort relativement peu considérable construit sur la hauteur voisine du village de Mundolsheim, entre le fort de Roon et le fort Prince-Royal (Kronprinz). Le général Schwarzhoff est mort l’année dernière à Berlin ; il avait commandé le III° corps d’armée. Le général Podbielski, inspecteur général de l’artillerie, a été le quartier-maître général de l’armée allemande pendant la campagne 1870-1871.

 

1886-1890 environ

Allemagne, Strasbourg place forte : Modernisation du Fort Podbielski à la suite de la crise de la brisance.

Au cours de ces années, une grande partie des maçonneries du fort est couverte d’une couche de béton de silex bleu de 1,20 m reposant sur une couche de sable de 1 mètre d’épaisseur. Les murs exposés au tirs direct sont doublé par un deuxième mur en maçonnerie de briques laissant un intervalle d’un mètre rempli de sable. Ce système doit renforcer la résistance de ces murs à la puissance de déflagration des nouveaux explosifs utilisés par l’artillerie. Par ailleurs, au Fort Podbielski, la caponnière double du saillant est supprimée, et remplacée par une grille défensive sur l’escarpe et un coffre double de contrescarpe est installé comprenant de chaque côté deux chambres de tir pour un canons révolver de 3,7 cm sur affût mural destiné à couvrir le fossé des faces droite et gauche du fort. Ce coffre est relié à la poterne principale sous traverse en capitale par une poterne passant sous le fossé. L’installation de ces coffres de contrescarpe entraîne également une modification de la galerie enveloppe du système de contremines. Par ailleurs, les caponnières d’épaule droite et gauche son supprimées et remplacées chacune par un coffre simple de contrescarpe comprenant chacun deux chambres de tir pour un canon révolver de 30,7 cm, destinés à flanquer le fossé du flanc droit et gauche. D’ailleurs à Strasbourg, seuls les Fort Prinz Bismarck et Fort Podbielski ont fait l’objet d’une refonte complète par la suppression des caponnières d’épaule. Par ailleurs, une partie des ouvertures des traverses-abri est réduite en largeur, les puits de lumière et d’aérations sont obturés par les rails de chemin de fer et bétonnés. Installation d’un poste d’observation cuirassé modèle 1887 de Gruson, en fonte durcie. Des grilles métalliques sont installées sur le sommet de la contrescarpe et au niveau du tambour d’entrée. Le glacis est réaménagé, par l’installation d’un chemin de ronde adossé derrière une petite levée en terre et vers le saillant, installation d’un blockhaus de chemin de ronde.

 

1894

Allemagne, Strasbourg place forte : installation de deux tourelles d’observation cuirassée.

Vers 1894, installation de deux postes de gué « Wachturm » cuirassés modèle 1890 de Gruson « W.T.90 ». Le Fort Podbielski est l’un des rares ouvrages à être doté de deux « WT 90 », compte tenu de sa position à l’angle des fronts nord et ouest de la place forte de Strasbourg.

 

1900

Allemagne, Strasbourg place forte : le Fort Podbielski apparaît sur une carte postale.

Le fort est représenté symboliquement avec un mat avec le drapeau allemand sur un monticule de terre. A cette époque, aucune représentation détaillée ou photographie des fortifications n’était permise.

Carte postale ancienne postée le 9 septembre 1900, collection MJR.

1901

Allemagne, Strasbourg place forte : Règlement de garnison de 1901 : renseignements divers concernant le Fort Podbielski.

Le règlement de garnison de 1901 nous apporte quelques renseignements divers concernant le Fort Podbielski :

Garde : D’après le règlement de la garnison de Strasbourg, la garde du Fort Podbielski est composée d’un caporal « Gefreite » et d’un homme du rang. En poste de jour on trouve une sentinelle mobile « Patrouilleur » dotée d’un fusil avec munitions. La garde est relevée toutes les 24 heures et provient des deux compagnies en garnison au Fort Kronprinz (actuel Fort Foch) à Niederhausbergen. Cet effectif correspond à celui des ouvrages intermédiaires et batteries de la ceinture des forts détachés de Strasbourg. Télégraphie : Compte tenu que la garde est relevée tous les jours, ce fort ne dispose plus d’un télégraphiste permanent.

Alimentation en eau potable : Au fort Podbielski les clés de la salle du puits « Brunnenstube » et de la salle des réservoirs « Reservoirraum » sont déposés dans la salle de garde « Wachtstube ». Le garde du génie « Wallmeister » est responsable de l’alimentation en eau du fort. En règle générale, le pompage de l’eau par des personnels du fort est fait sous le contrôle du garde du génie.

Dans les forts, l’entretien de l’ensemble des tuyaux d’eau potable et des installations est du ressort du service de garnison « Garnisonverwaltung ». En dehors des pannes éventuelles, les pompes sont démontées et inspectées minutieusement une fois par an vers les mois d’avril-mai. A cette occasion les cylindres de pompe sont démontés, nettoyés et remontés, les pièces défectueuses sont réparées ou changées ; la graisse durcie doit être enlevée et tout le mécanisme doit être huilé et remis dans un état impeccable.

Soutien médical : un médecin militaire hébergé au Fort Roon est chargé du soutien médical du Fort Podbielski où il peut être appelé en cas de besoin. Par ailleurs, le Fort Kronprinz, d’où proviennent les hommes de garde, dispose également d’un sous-officier du service médical « Sanitätsunteroffizier ».

 

1910

Allemagne, Strasbourg place forte : le Fort Podbielski apparaît sur une carte postale.

Le fort est représenté symboliquement avec un mat avec le drapeau allemand sur un monticule de terre. A cette époque, aucune représentation détaillée ou photographie des fortifications n’était permise. Carte postale ancienne datant de 1905-1910 environ, source : Gallica / BNUS.

Vendredi 22 mai 1914

 

Carte de mise en état de défense de l’artillerie de la place forte de Strasbourg, partie concernant le Fort Podbielski, sur le secteur de défense Nord-Ouest Source : archives CESFS – Archives GSTAPK.

Jeudi 3 avril 1919

France, Strasbourg place forte : le Fort Podbielski est baptisé Fort Ducrot.

Le Fort Podbielski est officiellement nommé Fort Ducrot par les autorités françaises.

 

Juillet 1940

France, Alsace annexée de fait, Strasbourg place forte : le Fort Podbielski reprend son nom.

Compte tenu que le régime nazi ne reconnaît pas le traité de Versailles, l’ancien territoire du Reichsland Alsace-Lorraine redevient allemand et les forts de Strasbourg reprennent leur nom d’origine. Le Fort Ducrot reprend le nom de Fort Podbielski.

 

1945

France, Strasbourg place forte : le Fort Ducrot reprend son nom.

Après la seconde guerre mondiale, les forts de Strasbourg reprennent leur nom français. A présent le Fort Podbielski est à nouveau dénommé Fort Ducrot.

 

Jeudi 13 juillet 1950

France, Strasbourg place forte : vue aérienne.

Photographie aérienne du Fort Ducrot et de la Batterie des Cerisiers à Oberhausbergen. La végétation a repris le dessus. Jusqu’en 1918, en règle générale, seul un petit rideau d’arbres avait été planté sur la traverse-abri de la capitale et à l’extérieur de l’ouvrage, à la gorge, pour créer un masque pourque le fort ne se découpe pas sur l’horizon. Tout le reste des forts de Strasbourg était entièrement exempt de végétation. Source IGNF.

 

1971

France, Strasbourg : vue aérienne.

Photographie aérienne avec les trois forts sur les hauteurs de Hausbergen entre de gauche à droite, Oberhausbergen, Mittelhausbergen Niederhausbergen et Mundolsheim. Source IGNSF.

1990

La commune achète le fort pour un montant de 90 000 francs soit environ 13 700 €. Source ; site de l’association des Amis du Fort Ducrot.

 

Août 1996

 France, Mundolsheim : état du fort Ducrot en 1996.

Quelques vues du fort en 1996 Le site appartient désormais à la commune. Il est toujours très dégradé par les nombreux tags. Photographies MJR, tous droits réservés.

Sas d’entrée bétonné vers 1939 situé à gauche de la caponnière de gorge, grille et porte blindée. © MJR.

 

Coffre de contrescarpe © MJR.

Fossé et façade de gorge gauche recouverte d’un masque de béton. © MJR.

Décembre 1997

 France, Mundolsheim : état du fort Ducrot en 1997.

Quelques vues du fort en 1997. Le site appartient désormais à la commune. Il est toujours très dégradé par les nombreux tags. Photographies MJR, tous droits réservés.

Entrée du fort Ducrot, fossé de gorge et caponnière de gorge. © MJR.

Aile gauche de la façade de gorge © MJR.

Janvier 1998

 France, Mundolsheim : état du fort Ducrot en 1998.

Quelques vues du fort en 1998. Le site appartient désormais à la commune. Il est toujours très dégradé par les nombreux tags. Photographies MJR, tous droits réservés.

Entrée du fort Ducrot et dessus de la caponnière de gorge © MJR.

Aile gauche de la caserne de gorge : réservoirs d’eau © MJR.

Salle de piquet d’alerte près de la sortie troupe au niveau de la traverse principale côté gorge © MJR.

Septembre 2004

 

France, Mundolsheim : état du fort Ducrot.

Quelques vues du fort en 2004. Le site est toujours très dégradé par les nombreux tags. Photographies MJR, tous droits réservés.

Entrée du fort Ducrot © MJR.

Aile gauche de la caserne de gorge : dessins d’un nain et de blanche neige réalisée vers 1939-1940 par les troupes françaises. Au-dessus un support de lampe à pétrole. Malheureusement encadré par des tags. © MJR.

Carte d’Europe réalisée vers 1939-1940 par les troupes françaises. © MJR.

Caponnière de gorge recouverte d'un masque en béton © MJR.

Mardi 23 février 2010

Création de l’association « Les Amis du Fort Ducrot ». Source ; site de l’association des Amis du Fort Ducrot.

 

Samedi 6 mars 2010

L’association « Les Amis du Fort Ducrot », avec l’aide de la municipalité, commencent la restauration du Fort Ducrot qui est dans un état très dégradé. Les murs sont recouverts de nombreux tags et l’on retrouvait de nombreux déchets. La végétation avait également reprise le dessus. En quelques années, les bénévoles de cette association réalisent un travail gigantesque. Source ; site de l’association des Amis du Fort Ducrot.