Fort III - Fort Roon ( Desaix)

Dernière mise à jour : 30 août 2018

 

Fort III – Fort Mundolsheim - Fort Roon – Fort Desaix

 

Auteurs des photographies :

1er régiment du génie = 1°RG

BP = Burtscher Philippe

CESFS = Cercle d'études et de sauvegarde des fortifications de Strasbourg

MJR = Richard

  

 

Situation géographique et stratégique

Ceinture des forts détachés de Strasbourg – Rive gauche du Rhin – Secteur Nord-Ouest (canal de la Marne-au-Rhin jusqu’au canal de la Bruche).

Commune de Mundolsheim.

Extrait de la carte Wikimapia avec les deux forts de Mundolsheim : le Fort Desaix et le Fort Ducrot.

Le Fort III a été installé sur une petite hauteur située au sud du cours d’eau de la Souffel, entre la ligne de chemin de fer de Strasbourg – Paris et Strasbourg – Wissembourg à sa gauche et la route en direction de Haguenau et Wissembourg à sa droite, juste à la limite Est du ban communal de Mundolsheim.

L’ouvrage dénommé Les Armées françaises et étrangères en 1874, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1875 nous décrit la situation du Fort Roon : « La position du Fort Roon est des plus formidables : il s’élève entre Mundolsheim et Souffelweyersheim, à droite de la voie ferrée de Wissembourg à Nancy ».

 

Extrait d’une carte du plan Wagner de Strasbourg et de ses environs de 1870 environ, avec les communes de Mundolsheim, Souffelweyersheim et Reichstett, collection BP.

Une autre publication de Duval Laguierce, Cours de fortification, fortification permanente, Ecole de Guerre, 1890-1892 nous décrit la position du Fort Roon de la manière suivante : « A l’Est, le fort Roon encadré par le chemin de fer de Paris et la route de Wissembourg, n’est qu’à 1 200 m du fort Podbielski ; puis on trouve à 2 000 m le fort de Moltke…. Cette répartition montre clairement que, pour les Allemands, le secteur menacé est celui des Hausbergen ; les ouvrages correspondants, qui ne sont, comme l’on sait, que de grosses batteries reliées par des tranchées, sont d’ailleurs desservis par un chemin stratégique doublé de voie ferrée, utilisé pendant la construction et dont la chaussée a été conservée, du fort de Moltke au fort K. v. Sachsen, raccordant le chemin de fer de Paris à celui de la vallée de la Bruche. Ce point d’attaque est d’ailleurs imposé par la nature marécageuse du sol et les nombreux couverts qui rendent les travaux d’approche à peu près impossibles, entre le Rhin et l’Ill, en aval comme en amont de la place ; de ces forts, le fort Moltke, dans le secteur Nord-Est couvert par le village de Reichstett, susceptible d’une bonne défense, et le fort Roon par le cours de la Souffel ».

 

Distances avec les autres ouvrages

Fort Moltke - Fort Rapp à l’est sur la rive gauche du Rhin : 2,358 km (1,465 miles)

Fort Podbielski – Fort Ducrot à l’Ouest : 1,482 km (0,921 miles)

Fort Veste Kronprinz - Fort Foch à l’Ouest : 2,626 km (1,632 miles)

Front Nord de l’enceinte urbaine : 5,2 km (3,2 miles).

 

Caractéristiques

Fort détaché de taille moyenne, à fossé sec, dit de type « Biehler ». Son plan est globalement identique aux six autres forts à fossés secs (grands forts et forts moyens), construits sur la rive gauche du Rhin. 

 

Construction (gros œuvre)

Juillet 1872 – 1874.

Armement : vers le 30 septembre 1873.

Lithographie publiée par la presse française représentant le chantier de construction du Fort III à Mundolsheim. Compte tenu que l’accès aux chantiers était interdit, il est vraisemblable que le journaliste français ait dessiné ce chantier de mémoire, d’où la représentation un peu schématique. La légende indique le Fort Souffelweyersheim, erreur que l’on trouve souvent dans la presse, comme l’ouvrage a été érigé à la limite des deux communes. Il est intéressant de voir la baraque cantine de la colonie d'ouvriers et les gabarits en bois utilisés pour matérialiser le futur profil des remparts de l’ouvrage (Coll. MJR). 

 

Dénominations successives

1872 – 1873 : Fort III, Fort Mundolsheim (dans certains articles également appelé Fort Souffelweyersheim).

1er septembre 1873 – 1918 : Fort III, Fort Roon.

Avril 1919 – juin 1940 : Fort Desaix.

Juillet 1940 – 1944 : Fort Roon.

1945 – à nos jours : Fort Desaix.

 

 

Biographie du Feldmarschall Albrecht Graf von Roon, maréchal comte de Roon.

Albrecht Theodor Emil von Roon est né le 30 avril 1803, à Pleushagen, près de Kolberg en Poméranie (actuellement Pleśna du district de Gmina Będzino au nord-ouest de la Pologne) ; il fit son éducation aux Ecoles des Cadets de Kulm en 1816 (actuel Chelmno en Pologne) et en 1818 il réussit concours d’entrée à l’Académie militaire de Berlin. Il est affecté comme officier, en janvier 1821, au 14e régiment d’infanterie de Prusse stationné à Stargard en Poméranie (actuellement en Pologne). Désigné pour suivre un cursus de trois ans à l’Ecole de guerre (1824 à 1827), il s’adonna à l’étude des sciences militaires, et particulièrement à celle de la géographie. En 1826 il est affecté au 15e régiment à Minden, puis il enseigne la géographie à l’école des cadets de Berlin. En 1827, il devint instructeur et, en 1829, professeur à l’Ecole des cadets de Berlin. Sur les conseils du célèbre géographe Charles Ritter, son maître, il publia avec grand succès ses « Principes élémentaires de la connaissance de la Terre », ouvrage vendu à plus de 40 000 exemplaires qui, sous la désignation de « Petit Roon », lui valut une popularité bien méritée. Pendant les années 1833-35, il fut employé aux travaux topographiques de l’état-major général ; en 1835, il devint professeur à l’Ecole de guerre ; en 1836, il passa comme capitaine au grand Etat-major général et fut nommé membre de la commission militaire supérieure d’examens. Il travaillait alors à son ouvrage capital, qui parut en trois volumes, pendant les années 1837 à 1840, sous le titre : « Principes de la connaissance de la Terre, des Peuples et des Etats ». On lui doit encore une « Description militaire de l’Europe » (1837) et une étude de géographie militaire intitulée : « La presqu’île ibérique » (1839). Nommé major (commandant) en 1842, il passa à l’état-major général du 7e corps, fut rappelé dès 1843, à Berlin, et devint le précepteur militaire du prince Frédéric-Charles, qu’il accompagna à l’Université de Bonn, et, plus tard, dans ses voyages en Italie et en France. En 1848, chef d’état-major général du 8e corps d’armée, il prit part, en cette qualité, à la campagne de 1849 dans le grand-duché de Bade. Lieutenant-colonel et commandant du 33e régiment d’infanterie en 1850, colonel en 1851, il obtint, en 1856, en 1856 celui de la 20ème brigade d’infanterie et en 1858 celui de la 14e division d’infanterie à Düsseldorf. Un mémoire qu’il rédigea en 1858, sur les imperfections de l’organisation défensive et sur les améliorations indispensables qu’elle exigeait, attira particulièrement du prince-régent, et eut une influence décisive sur la suite de sa carrière. Nommé général-lieutenant en mai 1859, M. de Roon, soutenu par Edwin von Manteuffel et le chef d’état-major Helmuth von Moltke, fut appelé à faire partie de la commission de réorganisation de l’armée, et lorsque le ministre, général von Bonïn, ne partageant pas toutes les idées de la commission, ce fut retiré, le général de Roon devint ministre de la guerre le 5 décembre 1859, et, le 16 avril 1861, cumula ses fonctions avec celles de ministre de la marine. Il rêvait d’une nation en arme et imagine pour cela un service militaire obligatoire d’une durée de trois ans et la formation d’une armée de réserve permanente, la Landwehr. La résolution avec laquelle le général von Roon engagea la lutte pour cette réorganisation de l’armée, que l’Empereur et Roi a dit tant de fois être l’œuvre propre de son ministre, le rendit particulièrement cher à son souverain. A la Chambre des députés, qui ne pouvait se défendre de rendre justice à la compétence, à la droiture de caractère et à l’énergie de son adversaire, les paroles très dures qui échappaient parfois au général causèrent de vives émotions et même de bruyants conflits. Plus tard, quand le général eut acquis l’habitude de la tribune, il devint un des premiers orateurs du Parlement. C’était l’aire des conflits, qu’il ne prit fin qu’avec la guerre de 1866 ; le général von Roon put alors s’appuyer sur les succès de cette campagne pour démontrer le bien-fondé de ses projets de réorganisation. A la suite de ce conflit, son système fut adopté par tous les autres pays de la Confédération de l’Allemagne du Nord. Pour le récompenser, le Roi nomma le général von Roon, qui l’avait accompagné pendant la campagne, général d’infanterie, le 8 juin 1866, lui conféra l’ordre de l’Aigle Noir, et le Parlement le comprit dans la liste des généraux qui devaient recevoir des dotations. Le ministre de la guerre accompagna également le Roi pendant la guerre de 1870, et c’est à Versailles, le 9 janvier 1871, qu’il fêta son jubilé militaire (50e année de service). A sa rentrée en Allemagne, l’Empereur et Roi conféra au général de Roon le titre de comte 19 janvier 1871 et lui fit une nouvelle dotation. Le 31 décembre 1871, le comte von Roon cessa d’être ministre de la marine. Lorsque le prince de Bismarck déposa momentanément les sceaux de l’Empire, le comte von Roon fut nommé le 1er janvier 1873 General-Feldmarechal et président du conseil des ministres de Prusse, et le général von Kameke le remplaça au ministère de la guerre. L’Empereur, s’adressant le 1er janvier au chancelier de l’Empire, lui dit : « J’ai dû prendre à votre égard des mesures qui me coûtent beaucoup, mais elles étaient nécessaires pour que pusse vous garder ». Il en est de même pour vous, continua-t-il en se tournant vers le comte von Roon. Ce nouvel emploi fut de courte durée car l’état de santé du comte von Roon l’obligea à demander le repos qu’il obtint le 9 novembre 1873, par une lettre où le Roi se plaisait à relever encore une fois les services rendus par son ministre. Le Feld-maréchal de Roon décède à Berlin le 23 février 1879, à l’âge de 75 ans. Le lendemain, rendant un suprême hommage aux mânes de celui qui « forgea le glaive » auquel le Roi de Prusse doit la couronne impériale, l’Empereur Guillaume adressait, au général von Kameke, l’ordre de cabinet suivant : « Je remplis avec mon armée un devoir de reconnaissance, en prescrivant ce qui suit, pour honorer la mémoire du général feld-maréchal comte de Roon, décédé dans la journée d’hier, après avoir rendu de si éminents services :

1° Tous les officiers de l’armée porteront, à son intention, à partir du 26 courant, et pendant huit jours, une crêpe à l’avant-bras gauche ;

2° Ce deuil durera dix jours, pour les officiers du régiment de fusiliers de la Prusse orientale n°33 ;

3° Il durera quatorze jours, pour les officiers du ministère de la guerre, auquel celui qui n’est plus, a particulièrement attaché son nom, en des temps fort agités.

Le ministre de la guerre est chargé de faire, à cet effet, les notifications nécessaires. Berlin, le 24 février 1879. Guillaume ». Général et homme d’Etat prussien, il est avec le chancelier Bismarck et le général von Moltke l’un des principaux artisans du développement de la Prusse et un des fondateurs de l’Empire allemand. Le journal « National Zeitung » termine sa notice nécrologique par les lignes suivantes : « Avec l’organisateur de notre victorieuse armée, descend dans la tombe le premier de cette pléiade d’hommes qui ont fait la grandeur de l’Empire allemand. Son souvenir vivra éternellement dans l’histoire et dans la mémoire du peuple prussien. La perte du feld-maréchal comte von Roon sera vivement ressentie sur tous les points du globe où habitent des Allemands ». Le premier septembre 1873, le Fort III, Fort Mundolsheim de la place forte de Strasbourg, est baptisé Fort Roon. 

Général von Roon, ministre de la Guerre en 1870

Biographie du général Louis-Charles-Antoine Desaix

 

Né le 17 août 1768 au château d’Ayat à Ayat-sur-Sioule (Puy-de-Dôme), troisième fils d’une famille noble, Gilbert Antoine de Beaufranchet d’Ayat de Boucherol Desaix et d’Amable de Beaufranchet. En 1776 il entre à l’Ecole royale militaire d’Effiat et en 1791 il est nommé sous-lieutenant dans le régiment de Bretagne. En 1791 il est nommé commissaire ordinaire des guerres à Clermont-Ferrand et en 1792 la majorité de sa famille émigre à cause de la Révolution. Il part servir contre les forces de la coalition dans l’armée du Rhin et il est nommé aide de camp du commandant en chef Victor de Broglie. Ayant montré une grande bravoure et une grande présence d’esprit au combat de Lauterbourg, il est nommé provisoirement général de brigade le 20 août 1793 et confirmé dans ce grade le 11 septembre 1793. Nommé provisoirement général de division le 20 octobre 1793, il est confirmé dans son grade le 2 septembre 1794. Il prend la plus grande part aux victoires de la campagne de l’an IV et participe au blocus de Mayence. Du 5 mars au 20 avril 1796 et du 31 janvier au 19 avril 1797, il est nommé commandant en chef par intérim de l’armée du Rhin. Du 26 octobre 1797 au 27 mars 1798 il est le commandant en chef de l’armée d’Angleterre. Durant l’expédition d’Egypte il participe à la prise de Malte, à celle d’Alexandrie, écrase les mamelouks à Chébreiss le 13 juillet 1798 et s’illustre à la bataille des Pyramides. Il reçoit ensuite l’ordre de faire la conquête de la Haute-Egypte. Il procure à cette occasion aux scientifiques chargés de reconnaître le pays tous les renseignements qu’il a recueillis. Rappelée d’Egypte il s’embarque pour l’Europe le 3 mars 1800. Le 5 mai 1800 Desaix rejoint l’Italie où les troupes françaises sont confrontés aux Autrichiens. Il rejoint l’armée la veille de la bataille de Marengo, et il va y commander les réserves sous les ordres de Bonaparte. Au cours d’une charge, Desaix est mortellement blessé d’une balle en plein cœur. Il décède donc le 14 juin 1800 à Marengo à l’âge de 31 ans. En avril 1919, l'ancien Fort III ou Fort Roon de Strasbourg, est dénommé Fort Desaix.

 Le général Desaix tableau de Andrea Appiani en 1800.

Porte d’entrée de la poterne principale (© MJR)

 

Mission

 

1873 – 1886 

Les Fort III – Fort Roon, avec son voisin le Fort II – Fort Moltke situé plus à l’est, sont l’ossature du front Nord de la place forte de Strasbourg. Ils contrôlent la route de Haguenau, ainsi que l’importante voie de chemin de fer allant en direction de Paris et de Wissembourg et le canal de Marne au Rhin. La ligne principale de défense de ce front suit la ligne des forts détachés.

 

1887 – 1918 

Lors de la crise de la brisance les intervalles entre les forts sont considérablement renforcés vers 1887-1890 par des ouvrages intermédiaires, abris d’infanterie, abris d’artilleurs, abris à munitions, ainsi que par de nombreuses positions pour les batteries d’artillerie. Ce dispositif est complété par l’aménagement de zones inondables le long du cours de la Souffel et au début de la Première guerre mondiale par un complément d’abris et de positions construits entre août 1914 et avril 1916, qui prennent en compte le déplacement de la ligne principale de défense qui englobe désormais l’agglomération de Reichstett.

Ces forts assurent toujours la même mission en tenant compte du fait que la ligne principale de défense du secteur englobe désormais l’agglomération de Reichstett.

 

Portée de l’artillerie du fort

 

Ces indications sont théoriques à partir des portées pratiques de l’artillerie, mais il n’est pas certain que toute la zone décrite soit réellement soumise aux tirs des pièces de l’artillerie de forteresse, surtout lorsque ces zones sont hors de portée d’observation. En effet, d’après le règlement d’artillerie de 1877, l’artillerie de forteresse n’engage l’ennemi que s’il s’agit de batteries de sièges, des travaux d’approche ou des mouvements de troupe importants. Le maillage des zones couvertes par l’artillerie est très dense sur le front ouest, assez dense sur une partie du front nord, et beaucoup moins dense sur les bords du Rhin au nord et au sud de la place, comme sur le front est autour de Kehl.  Par ailleurs il faut tenir comte du fait que pour les zones les plus éloignées, la précisions est moindre surtout en portée ; pour une pièce de 15 cm on arrive à une marge d’erreur de 30 m en portée.

Carte postale ancienne : canons de 9 cm sur affût de forteresse. Collection MJR.

A partir de 1873 environ :

Les parapets des fronts des forts sont équipés d’anciens canons de 12 cm rayé ou de 15 cm court de l’artillerie de forteresse, d’une portée d’environ 7 000 mètres. Certains forts étaient même dotés dans les premières années de canons français de 12 ou de 24 livres.

Les parapets des flancs étaient dotés de vieux canons de 12 cm à âme lisse, d’une portée d’environ 4 500 m.

Artillerie du front gauche : Berstett, Eckwersheim, abords sud de la forêt de Brumath, Vendenheim, canal de la Marne-au-Rhin, route de vers Haguenau et Wissembourg.

Artillerie du front droit : forêt Herrenwald et forêt Domaniale de Grittwald, Bois communal de Geudertheim, abords nord-ouest de Reichstett.

L’artillerie des flancs est essentiellement destinée à couvrir l’intervalle entre les forts voisins ou les abords immédiats devant ces forts. La portée des canons de 12 cm lisses étant d’environ 4 500 m, ils peuvent théoriquement intervenir dans certains cas au-delà du fort voisin, mais cela n’est possible que si l’observation du terrain le permet et est fort risqué compte tenu du manque de précision de ces vieilles pièces.

Artillerie du flanc gauche : intervalle entre le Fort Roon et le Fort Veste Kronprinz, abord ouest des villages de Dingsheim et Griesheim-sur-Souffel, sud de Pfulgriesheim, abords ouest de la colline des Hausbergen entre les forts Ducrot et Foch.

Artillerie du flanc droit : abords du front nord des intervalles entre le fort Roon – Fort Fransecky.

 

A partir de 1887 environ :

Les parapets des fronts des forts équipés de canons de 15 cm sur affût de côte, la portée maximum passe à 8 100 m, pour ceux encore doté de canons de 15 cm, elle est de 7 000 m pour les plus anciens à 7 900 m pour les canons longs frettés.

Les canons de 12 cm lisses des flancs ont été progressivement remplacés par des canons de 9 cm rayés sur affût de forteresse, qui ont une portée maximum de 6 500 m.

Artillerie du front gauche : identique au précédent.

Artillerie du front droit : identique au précédent.

L’artillerie des flancs est essentiellement destinée à couvrir l’intervalle entre les forts voisins ou les abords immédiats devant ces forts. La portée des canons de 9 cm étant de 9 500 m, ils peuvent théoriquement intervenir au-delà du fort voisin, mais cela n’est possible que si l’observation du terrain le permet.

Artillerie du flanc gauche : intervalle entre le Fort Roon et le Fort Veste Kronprinz, Ouest de Stutzheim-Offenheim, Griesheim-sur-Souffel, Dingsheim.

Artillerie du flanc droit : abords du front nord des intervalles entre le fort Roon – Fort Fransecky, abords du front nord des intervalles entre le fort Roon – Fort Ney et l’intervalle Fort Moltke – Fort Fransecky et légèrement au-delà du Fort Fransecky.

Aile gauche du casernement de gorge © MJR Juillet 2000.

 

Accès et visites

Le fort Desaix n’est pas ouvert au public. Il est géré par la société de tir de Strasbourg (S.T.S.).

Site : https://www.ststir.fr/

Adresse : Fort Desaix, route de Brumath, 67450 Mundolsheim.

1998 : Cour gauche et stand de tir balltrap © MJR

Chroniques

Zeittafel

 

Vendredi 17 novembre 1871

Ordonnance impériale relative à la construction d’une ceinture de forts détachés autour de Strasbourg.

 

Octobre 1871

Matérialisation de l’emplacement des forts par la mise en place de piquets et de perches en bois représentant le profil de chaque ouvrage.

 

Février 1872

L’inspection générale des fortifications allemandes donne des directives pour réduire le prix des forts : il s’agit de baisser les coûts de construction en réduisant l’effectif des équipages, la dimension des locaux demandés et des capacités de stockage (par exemple réduction du stock de vivres à une durée de six semaines), pour les forts à fossé sec du remplacement du revêtement de l’escarpe par un mur détaché. En conséquence, en mars 1872, la 3e section du Comité des Ingénieurs demande que le coût de construction d’un grand fort détaché s’élève au maximum à 750 000 thalers au lieu des 1 million de thalers prévu initialement.

 

Mercredi 7 février 1872

Le service des fortifications de Strasbourg « kaiserliche Fortification » publie un complément d’informations dans la presse locale au sujet de l’adjudication des forts II à VI à Strasbourg. Les matériaux pour la construction des forts doivent être récupérer à Phalsbourg (démantèlement des anciennes fortifications) et dans les carrières de l’administration militaire. Cela fait l’objet d’une adjudication particulière, à laquelle pourront participer les consortiums, qui ont gagné l’adjudication de construction des forts. La construction d’une voie de chemin de fer de liaison permettra de transporter ces matériaux jusqu’aux chantiers. Pour l’adjudication future de l’exploitation de l’arasement de la place forte de Phalsbourg et pour l’éventuelle installation du chemin de fer de ceinture, aucune restriction n’est imposée, à part la nécessité de fournir des attestations de bonne exécution des contrats précédents délivrés par les autorités aux entrepreneurs.

 

Mars 1872

Les gardes du génie « Wallmeister » effectuent des relevés de terrain pour dresser des plans détaillés des communes soumises aux servitudes du rayon des fortifications. Ces relevés concernent dans un premier temps les environs des futurs ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

 

Jeudi 11 avril 1872

Pour permettre l’expropriation des terrains situés sur la rive gauche du Rhin, conformément aux lois françaises encore en vigueur, l’empereur Allemand Guillaume 1er signe une ordonnance autorisant les expropriations des terrains pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg sur la base de la loi sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 et de la loi sur l’expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d’ouvrages de fortification du 30 mars 1831.

 

Vendredi 12 avril 1872

La presse locale du 12 avril 1872 nous apprend : « La construction des forts de Strasbourg n’a pas encore commencé et les terrains sur lesquels ils doivent être érigés ont été labourés et ensemencés comme d’habitude. Mais à causes de différentes raisons, on peut conclure que les travaux vont bientôt commencer. Le garde du génie « Wallmeister » qui est chargé de la surveillance des travaux des entrepreneurs, s’est installé à Mundolsheim avec sa famille. Il procède actuellement à dresser un plan détaillé des villages qui sont soumis aux servitudes du Rayon de fortification, et il a informé les propriétaires concernés qu’à l’avenir ils ne pouvaient plus ériger de constructions ni procéder à des réparations sur les constructions existantes sans en demander l’autorisation au service du génie. Le piquetage du chemin de fer de ceinture, qui doit relier les différents forts est terminé depuis quelques jours. Cette ligne qui dérivera de la ligne ouest au bas du fort de Mundolsheim, reliera le canal de la Marne au Rhin au canal de la Bruche, et elle servira au début au transport des nombreux matériaux de construction. Cette ligne aura une largeur de 16 mètres avec le fossé et sa clôture ; elle coupera les belles terres au détriment des agriculteurs des environs de Souffelweyersheim, Mundolsheim, des trois Hausbergen et de Wolfisheim. En conséquence, les exigences des propriétaires ne cessent de croître ».

La presse locale a également reprise un article d’un journal allemand qui nous donne quelques informations plus ou moins précises : « La ville doit être munie d’une ceinture de 18 forts distants en moyenne d’environ d’un lieu “Meile” de l’enceinte de la ville. Dans un premier temps la construction de 5 forts au nord-ouest va être commencée, et l’exécution de ces travaux a été adjugée à plusieurs consortiums de maître maçons. La construction de ces 5 premiers forts doit être complètement achevée au 1er avril 1875. Les plans délivrés aux entrepreneurs sont assez succins, la réalisation des dessins de détail reste à leur charge, bien que les plans délivrés soient déjà de grande qualité. Ces consortiums commencent à présent à ériger sur les emplacements des futurs chantiers un certain nombre de logements et même des cantines pour les colonies de travailleurs d’une capacité d’environ 800 à 1 000 personnes. Ces derniers viendront essentiellement de l’ancienne Allemagne, puisque les Alsaciens ne veulent pas s’adonner librement à ces travaux Seulement après l’achèvement de ces 5 forts que l’on commencera la construction des 13 autres, et là seulement, lorsqu’ils seront tous terminés, alors que le coût global est estimé entre 30 et 40 millions de Thaler, commencera la démolition des anciennes fortifications ».

(Remarque : seuls 14 forts seront construits).

 

Mai 1872

En mai 1872 le général von Biehler a apporté des corrections au piquetage sur le terrain de l’implantation des forts n°II à VII.

 

Juin 1872

Un chemin de fer de ceinture appelé « Ringbahn », destiné à approvisionner les différents chantiers des fortifications, est installé à partir du mois de juin 1872 par le consortium d’entrepreneurs Rauschert & Becker. C’est l’achèvement de cette ligne jusqu’au Fort Mundolsheim qui conditionne le début des travaux de construction du gros œuvre. Les matériaux de construction, comme les pierres de taille, transitent par le canal et sont chargés sur le chemin de fer de ceinture au niveau du port de Souffelwersheim et sont ensuite transportées à proximité du chantier par le chemin de fer de ceinture.

 

Vendredi 5 juillet 1872

Construction du Fort III, Fort de Mundolsheim et chemin de fer de ceinture.

Mundolsheim, 5 juillet 1872. A propos du Fort de Mundolsheim, un journal allemand a publié les informations suivantes : « Cet après-midi s’est déroulé une petite fête à l’endroit où le fort doit être érigé. Les officiers du génie de Strasbourg, en compagnie de leurs épouses et de différents civils, ont participés à la cérémonie de pose de la première pierre du fort. C’est pour cette raison que l’entrepreneur Uffinger c’est servi d’une truelle et d’un marteau en argent, que son père et son grand-père utilisaient déjà pour ce genre d’occasions.

Après la pose de la première pierre vint le tour des vins, des toasts et des trois coups de marteau que chacun des participants à la cérémonie frappe sur la pierre. Les 300 ouvriers reçoivent un bon pour un litre de bière chacun. Cette cérémonie d’inauguration simple et exceptionnelle sera suivie d’une grande fête organisée à l’occasion de la pose de la première pierre du fort d’Oberhausbergen.

Comme on dit : La garnison de Strasbourg doit exécuter diverses manœuvres si bien que le tonnerre des canons remplacera le silence légèrement troublé par le crissement des charrues qui règnent encore sur ces hauteurs.

Les travaux du Fort de Mundolsheim sont menés avec vigueur. Plusieurs galeries de mines profondes ont déjà été installées ; une route pavée de moellons reposant sur un lit de gravier relie le fort à la route de Brumath. Le chemin de fer de ceinture est déjà en service entre le canal près de Reichstett et Niederhausbergen. Les énormes masses de matériaux qui arrivent chaque jour par le canal à Reichstett sont facilement et très rapidement amenés à l’intérieur du fort ».

 

Lundi 8 juillet 1872

Loi de l’empire allemand répartissant les sommes payées par la France au titre des dommages de guerre : 19 millions de Thalers (soit 71 250 000 francs de l’époque) sont destinés aux travaux de fortification sur le territoire annexé d’Alsace-Lorraine, c’est-à-dire essentiellement pour les places de Metz et de Strasbourg.

 

Août 1872

Création provisoire à Strasbourg d’une commission spéciale dénommée Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg, commandée initialement par le colonel Klotz du corps des ingénieurs militaire allemand.

 

Samedi 28 septembre 1872

La cérémonie de pose de la première pierre de l’ensemble des nouvelles fortifications de Strasbourg a été célébrée le 28 septembre 1872 sur le chantier du Fort n°5 à Oberhausbergen. Il s’agit d’une date symbolique, celle du deuxième anniversaire de la chute de la place de Strasbourg et de l’entrée des troupes allemandes. Il y aura également des petites cérémonies de pose de la première pierre dans divers ouvrages.

 

1873

Une revue militaire française a publié l’article suivant tiré des informations trouvées dans la Gazette de Metz : « Chaque nuit, il sort des voitures chargées de matériel de guerre, destinées à l’armement des trois forts qui sont sur le point d’être terminés. Ces trois premiers forts devaient a priori être les forts Moltke, Kronprinz, et Roon, les trois forts les plus proche du canal de la Marne au Rhin par où furent acheminés les pierres de taille démontées à Phalsbourg. »

 

Sur les chantiers de construction, les ouvriers étaient payés en partie avec des jetons-monnaies spécifique à chaque chantier. Ces jetons permettaient de payer les frais d’alimentation et d’hébergement. Au Fort III, les jetons-monnaies comportaient le nom du site « Fort Mundolsheim », la valeur, et le nom du ou des entrepreneurs qui gérait la cantine, ici il s’agit de Cron & Frankenbacher. Les valeurs étaient en francs, soit 1 sou = 5 centimes de l’époque, 2 sous, 10 sou, 20 sou (sans s). Chaque chantier avait ses jetons-monnaies.

Février 1873

Sur les chantiers des cinq premiers forts détachés de Strasbourg on a constaté le départ d’une partie des ouvriers italiens, qui préfèrent œuvrer sur le chantier du tunnel du Saint-Gothard qui vient de s’ouvrir.

 

6 mai 1873

Accident mortel sur le chantier de construction du Fort III.

La presse locale nous rend compte des faits suivants : « Strasbourg, 7 mai 1873. Dans le proche village de Mundolsheim se déroula hier après-midi vers 15 heures un malheureux accident. Deux terrassiers alsaciens, qui participaient à la construction du fort, étaient en train de pelleter de la terre vers le haut. Soudain, la masse de terre supérieure tomba vers le bas et enseveli les deux ouvriers. Les secours mis en œuvre avec très rapidement n’obtinrent malheureusement pas le résultat escompté. Les deux personnes retrouvées n’étaient plus que des cadavres. Les deux disparus étaient célibataires et ne laisse que leur renommée de travailleur assidu. L’enterrement est prévu aujourd’hui ».

 

Lundi 1er septembre 1873

Les 12 premiers forts détachés de Strasbourg seront baptisés par l’ordonnance impériale du 1er septembre 1873. Les noms des plus illustres personnages qui ont eu un rôle ou un commandement important pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 seront utilisés à cet effet. Les personnages les plus importants pour les grands forts, et les autres pour les forts de taille moyenne. Ces noms seront en vigueur jusqu’en 1918 et pendant l’occupation de fait allemande de mi-juin 1940 au 23 novembre 1944. Initialement, le nom était inscrit au-dessus de l’entrée de la poterne principale, sur la façade de gorge, à l’aide de lettres métalliques, en étain doré à la flamme. Dans chaque fort, au niveau de la pièce du commandant du fort, on trouvait en règle générale le portrait offert par l’illustre personnage du nom qu’il portait.

Le Fort III, Fort Mundolsheim, prend donc le nom de Fort Roon.

 

Janvier 1874

D’après une fiche de renseignement française, le télégraphe souterrain qui doit relier les forts entre eux et ensuite ces derniers à la ville de Strasbourg a commencé et les travaux devraient s’achever dans trois mois.

 

Mardi 16 juin 1874

Strasbourg place forte : vente aux enchères de tonnelets de ciment vides sur les chantiers des forts de la rive gauche.

La presse locale publie ce communiqué : « Les tonnelets de ciment vides stockés près des forts nommés ci-dessous, seront mis aux enchères au plus offrant en lieu et place et remis contre payement immédiat en liquide, le mardi 16 du mois (juin), le matin à 8 heures, au Fort près de Mundolsheim, environ 300 pièces ».

On peut en déduire que c’est le service des fortifications qui a fourni le ciment destiné à la construction des forts.

 

Mardi 1er décembre 1874

Stations de pigeons voyageurs militaires de l’Empire allemand. Le budget de 1875 comprendra pour la première fois, dit la Gazette de l’Allemagne du Nord, des crédits spéciaux pour l’établissement et l’entretien de stations de pigeons voyageurs à Cologne, Metz, Strasbourg. Cette demande de crédit, dont le total se monte à 4 400 francs, est motivée sur les faits d’acquisition et d’entretien des pigeons voyageurs, et les déplacements de plus en plus considérables des éleveurs chargés de leur dressage, en vue de leur emploi en temps de guerre. En temps de guerre ces pigeons peuvent également être employés à partir des forts détachés de Strasbourg.

 

31 décembre 1874

Ordonnance impériale instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874. Jusqu’à présent les ouvriers travaillant sur les chantiers des forts détachés de Strasbourg étaient payés en francs.

 

7 juillet 1876

Exercice de l’artillerie à pied pour la mise en état de défense de la place forte.

La presse locale a publié un article relatant cet exercice : « Strasbourg, 12 juillet (1876). Cette correspondance écrit plusieurs nouvelles récentes et déjà plus anciennes : après que le régiment d’artillerie à pied n°15 « Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 15 est revenu le 3 de ce mois (juillet)des exercices de tir près de Haguenau, ce dernier à commencer les exercices de mise en état de défense annuels le 7 de ce mois (juillet). Pour cet exercice, l’idée générale est la suivante : la France a déclaré la guerre à l’Allemagne ; Des troupes concentrées à Nancy et à Belfort se dirige sous la forme de groupes d’armées en direction de Strasbourg et ont rejetées les troupes mobiles allemandes envoyées pour assurer la défense des frontières ; ces dernières sont parties de Saverne le 6 du mois, pour encercler Strasbourg le 7 du mois au nord et à l’ouest, un encerclement qui est également achevé à l’est et sud à partir du 8 du mois. Il est admis que l’attaquant connaît bien l’avant terrain et les ouvrages de la place forte et il a entrepris l’attaque du Fort Kronprinz ainsi que les hauteurs de Mundolsheim, ce qui veut dire que pour les défenseurs la mission principale sera la mise en état de défense des deux forts Roon et Feste Kronprinz, au nord-est de Strasbourg, entre les chaussées de Haguenau et de Mittelhausbergen, ainsi que la mission particulière de la construction et l’armement des batteries sur les hauteurs de Mundolsheim. Pour soulager les troupes assujetties à ces lourds travaux de faire des allers-retours journaliers à leur caserne située à environ 14 à 17 km, et également pour tirer les enseignements pour plus tard sur l’occupation des forts par un équipage de guerre, le ministère impérial de la guerre a autorisé l’occupation des forts. L’état-major du régiment et ceux des bataillons, ainsi que divers officiers individuels, sont hébergés chez l’habitant à Mundolsheim et à Oberhausbergen, et les troupes jouant l’attaque à Rumersheim. Le Bataillon badois d’artillerie à pied n°14 « badische Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 14 » qui est rattaché au Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 15, et participe également à cet exercice, qui est dirigé par le chef de corps, le lieutenant-colonel « Oberstlieutenant » Saltbach. Peut-être qu’ultérieurement nous trouveront encore de quoi rende compte ».

Les exercices de mise en état de défense de places fortes ont lieu régulièrement dans toutes les places de l’empire allemand. A Strasbourg on constate que l’on change régulièrement de secteur lors de ces exercices.

 

Mercredi 2 mai 1877 : après-midi

A l’occasion de la première visite officielle de l’empereur Guillaume 1er (Kaiser Wilhelm I) en Alsace-Lorraine du mardi 1er au vendredi 4 mai 1877, le cortège impérial est passé près du Fort Roon et l’a probablement visité. D’après le programme et les comptes rendus publiés par la presse locale, le cortège impérial est sorti de la ville le 2 mai 1877 après-midi par l’ancienne porte des Juifs « Judenthor », est passé devant les Contades au niveau de la porte des Pêcheurs, à l’Orangerie, a traversé la Robertsau, a pris à gauche en direction du Fuchs am Buckel jusqu’au Fort Fransecky. Après le Fort Fransecky, le cortège est à franchit l’Ill sur un pont flottant installé par le génie allemand à la hauteur de l’actuelle ferme avicole Michel (d’après l’histoire de la Wantzenau) et prend la direction de Hoenheim, puis la direction de Mundolsheim, Oberhausbergen, Niederhausbergen, le chemin vers Schiltigheim, sont passés devant le cimetière Ste-Hélène et revenue par l’ancienne porte de Pierre « Steinsthor » et la Steinstrasse.

Le cortège impérial comportait de nombreuses voitures. Dans la 1ère, un officier de la gendarmerie suivi de deux gendarmes montés, dans la 2ème le gouverneur de la place forte general von Schachtmeyer et le directeur de la police Polizeidirektor Back, dans la 3ème le général commandant, dans la 3ème le président supérieur “Oberpräsident” von Möller, dans la 4ème sa Majesté l’Empereur accompagnée par le prince héritier, et enfin les voitures de sa cour. L’empereur portait le petit uniforme de parade de l’infanterie avec casque “kleine Infanterie-Parade-Uniform mit Helm” ; le prince héritier portait l’uniforme de colonel du 2. Schlesischen Dragonner-Regiment Nr. 8 (bleu ciel et jaune). Les plus hautes autorités montèrent dans des calèches attelées “à la Daumont”, attelés de quatre Hongres munis d’un harnachement en argent “Tralehner-Rassenhengsten” de grande taille. Les attelages et les cochers et servants venait de la maréchalerie impériale de Berlin “kaiserliche Marstalle zu Berlin”. Parmi les autorités qui l’accompagnaient, on peut signaler la présence du Feldmarechal Graf von Moltke commandant l’état-major général allemand accompagné par son aide-de-camp “Adjudanten”, le colonel Leclerc, le général inspecteur du corps du génie et des ingénieurs “General von Biehler” et du ministre de la guerre, le général von Kameke, un officier russe de la cour impériale, le général von Reutter, attaché militaire de la Russie, le chef du cabinet militaire von Albedyll, les deux aides de camp du prince héritier, le colonel Mischke et le colonel von Liebenau, ainsi que le maître des cérémonies, le Graf von Verponcher. Sur leur parcours ils ont été salués par la foule, on avait mis en place toutes les autorités municipales, les écoles, les associations, les chorales et des groupes de paysans à cheval, provenant des agglomérations traversées et ont avait décoré tout le parcours.

Dans une lettre adressée à son frère, le Feldmaréchal comte de Moltke dit qu’il était étonné de ne pas avoir entendu de manifestations d’hostilité lors de la visite de l’Empereur en Alsace, contrairement à ce qu’il subit dans le sud de l’Allemagne.

 

Dimanche 29 juin 1877

Accident au Fort de Mundolsheim.

La presse locale a publié l’information suivante : « Strasbourg, 29 juin 1877. Hier matin à 7h30, plusieurs hommes étaient occupés à la mise en place d’un enduit de ciment sur les fondations du Fort de Mundolsheim « Mundolsheimer Fort », lorsqu’une grande masse de terre glissa dans la tranchée en ensevelissant trois de ces ouvriers. Deux des ouvriers ont été secourus, ils étaient en vie mais grièvement blessés ; malheureusement, c’est le cadavre du troisième qui a été dégagé de la masse de terre après de longs travaux ; il s’agit du dénommé Alexander Brada, âgé de 23 ans, né à Castel S. Pietro du canton de Tessin en Suisse. La victime étant catholique et comme la commune appartient exclusivement à la confession d’Augsbourg, elle sera enterrée à Souffelweyersheim, la commune catholique la plus proche ».

Il est intéressant de noter que vraisemblablement suite à l’écroulement de l’aile droite de la caserne de gorge du Fort Fürst Bismarck (actuel Fort Kléber), que des mesures de renforcement des fondations aient été entreprises.

 

Samedi 21 juillet 1877

Adjudication de râteliers à fusil pour les forts Roon et Kronprinz.

Le presse locale et officielle a publiée à trois reprises cette adjudication : « Adjudication. Pour le Fort Roon et la Veste Kronprinz, la livraison et l’installation de nouveaux râteliers à fusils doit être adjugée pour un montant initial fixé à 2310 marks. Cette adjudication est fixée au samedi 21 juillet 1877, à 11 heures, au bureau de l’administration de garnison, Züricherstrasse 10, et les conditions particulières peuvent également y être consultées ».

Après la construction du gros œuvre, les travaux d’aménagement des forts se poursuivent pendant plusieurs années, pour installer tous les équipements. Il est intéressant de noter que c’est le bureau de garnison qui finance les travaux, comme ceux des casernes de Strasbourg.

 

Mercredi 15 août 1877

Inspection des installations de télégraphie militaire de la place forte par le colonel « Oberst Fahland ». La visite concerne les stations télégraphiques des forts, ainsi que celle du gouvernement, et à cette occasion on a examiné l’utilité des câbles souterrains.

 

21 mars 1878

Un journal local du 21 mars 1878 fait connaître que tous les forts sont reliés entre eux et avec les bâtiments du gouvernement militaire par des fils télégraphiques. Le service des dépêches est fait par des soldats exercés au maniement de l’appareil Morse ; dans la station centrale, comme dans les forts, il est limité à quelques heures par jour.

 

29 mai 1878

Livraison et installation de cuisines, dont deux pour le Fort Roon.

Adjudication pour la livraison et l’installation de deux cuisines, une dans chaque aile du casernement, comportant chacune 4 cuves et une cuisinière, dans les 9 forts déjà érigés sur la rive gauche du Rhin, dont le Fort Roon. En tout l’adjudication concernait 72 cuves de cuisine en fer forgé « schmiedeeiserner Koch-Kessel » ainsi que les plaques de cuissons en fonte et fours pour 18 cuisinières « Kochherde » pour un poids total de 16 700 et 21 600 kg. C’est le service impérial des fortifications de Strasbourg qui procède à cette adjudication.

 

26 juin 1886

Projet de remplacement des ponts d’accès par-dessus le fossé de gorge des forts par des rampes d’accès.

Une note de renseignement française rédigée à Avricourt le 26 juin 1886 nous livre les informations suivantes : « Dans une quinzaine de jours, on doit commencer les travaux d’établissement des rampes dans tous les forts à fossés secs de Strasbourg. Dans une note du 17 mai 1886, j’ai fait connaître que ce travail avait été fait, à titre d’essais au Fort Bismarck ».

 

19 juillet 1886

Début des travaux de remplacement des ponts d’accès par-dessus le fossé de gorge des forts par des rampes d’accès.

Une note de renseignement française nous livre les informations suivantes : « Démolition des ponts dans les forts à fossés secs et début de construction des rampes. « Hier 19 courant, on a commencé la démolition des ponts dans les forts à fossés secs, et à construire des rampes d’accès ; ces travaux devront être terminés dans six semaines ».

Remarque : si ce renseignement s’avère exact, on peut conclure que certains travaux de renforcement des forts détachés de Strasbourg suite à la crise de l’obus torpille (ou également appelée crise de la poudre brisante), ont effectivement commencés dès l’été 1886 alors que l’on admettait généralement que ces travaux ont commencés en 1887.

 

Lundi 18 octobre 1886

Projet de remplacement des volets des casemates des forts et modification du saillant des ouvrages. Une note française de renseignement rédigée le 18 octobre 1886 à Avricourt nous informe des faits suivants : « Strasbourg, 18 octobre 1886. Remplacement des volets des casemates jugés insuffisants et rectification du tracé des forts de Strasbourg. Il paraît que l’on a constaté que la porte et les volets des casemates des forts et de l’enceinte de la place de Strasbourg ne pourraient pas résister aux balles du fusil à répétition français. Pour ce motif, on va les remplacer dans le courant de cet hiver par d’autres en acier Bessemer ».

 

Jeudi 30 décembre 1886

Ordonnance impériale concernant la construction de 5 ouvrages intermédiaires à Strasbourg. Un ordonnance impériale « A.K.O. » daté du 30 décembre 1886 ordonne la construction de cinq ouvrages intermédiaires « Zwischenwerke » sur la ceinture des forts détachés à Strasbourg. Il s’agit des futurs ouvrages Neu-Empert, Fransecky-Moltke, Baden-Bismarck, Sachsen-Tann, Werder-Schwarzhoff (ces ouvrages prennent en effet le nom des deux ouvrages dont ils renforcent l’intervalle.

 

Lundi 7 février 1887

Travaux de renforcement des forts de Strasbourg. Une note française de renseignement française 7 février 1887 nous informe des faits suivants : « Belfort, le 7 février 1887. Sur un ordre télégraphique arrivé tout récemment de Berlin à Strasbourg, le génie militaire a mis immédiatement en œuvre la construction d’un chemin de fer de ceinture destiné à relier entre eux les forts extérieurs qui entourent la place. L’établissement de ce chemin de fer est prévu depuis longtemps, mais son exécution, d’après les renseignements antérieurs, ne devait se faire qu’au moment d’une guerre. La ligne se composera d’une voie étroite, pour servir au transport des matériaux, et d’une voie normale, devant servir à l’armement des ouvrages ; cette voie sera raccordée avec le chemin de fer de l’Etat. L’entreprise des travaux a été donnée à la société Heydt et Cie, maison avec laquelle on a traité de gré à gré, et qui est la même que celle chargée des travaux de revêtement au ciment et au béton à exécuter dans les forts. Les travaux, commencés immédiatement sur plusieurs chantiers, doivent être terminés dans le délai de deux mois. Le génie vient de charger M.M. Heydt et Schuster, sans adjudication et au prix du devis, de tous les travaux de renforcement des casemates. Les casemates, abris etc., seront découverts afin qu’on puisse les recouvrir d’une couche de béton. Ce béton sera formé de mortier-ciment et de silex cassé. On conduit déjà du matériel et des matériaux dans les forts pour l’exécution de ces travaux, qui devront être terminés sans faute le 1er avril 1887. A cet effet l’administration militaire, vient de commander 900 wagons de ciment Portland et 1 000 wagons de silex-pierre bleue. Elle vient aussi de commander à M. Schaeffer, tuilier à Achenheim, près Strasbourg, 400 000 briques pour les forts. Il y aura donc aussi beaucoup de maçonnerie, ce qui est tout naturel, car si l’on veut couler du béton, il faut que les côtés soient fermés par des murs. Les travaux en question sont évalués à 1 million. Strasbourg, le 10 février 1887 ».

 

28 mars 1888

Garnison du Fort Roon :

Garde fournie par le régiment Infanterie-Regiment Nr. 132.

 

8 octobre 1888

Garnison du Fort Roon :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 7. ou 8. Kompagnie.

 

1er mai 1889

Garnison du Fort Roon en automne 1903 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, deux compagnies.

 

1896

Garnison du Fort Roon en automne 1896 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, I. Bataillon, 3. & 4. Kompagnie.

Officiers du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Dericks et Sekondeleutnant Steuer II.

 

1898

Garnison du fort Roon en printemps 1898 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 5. & 6. Kompagnie.

Officiers du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Freiherr von Ulmenstein et Sekondeleutnant Matschoss.

 

1899

Garnison du Fort Roon en automne 1899 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, I. Bataillon, 1. Kompagnie.

 

1900

Garnison du Fort Roon en automne 1900 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, III. Bataillon, 12. Kompagnie.

 

Mai 1901

Garnison du Fort Roon en printemps 1901 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 7. Kompagnie.

 

Octobre 1901

Garnison du Fort Roon en automne 1901 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 7. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant von Zabiensky.

 

Octobre 1902

Garnison du Fort Roon en automne 1902 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, I. Bataillon, 3. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Ruppersberg.

 

1903

Garnison du Fort Roon en automne 1903 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, III. Bataillon, 9. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Matschoss.

 

1904

Les environs du Fort Roon extrait de la carte spéciale au 1/75 000e de 1904 « Spezial Karte 1.75000 Gustav Müller », collection MJR. Les principaux ouvrages de fortification ont été inscrits à la plume.

Garnison du Fort Roon en automne 1904 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 5. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Leutnant Geest.

 

1906

Garnison du Fort Roon en automne 1907 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132 ; II. Bataillon, 6. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Wunderlich.

  

1907

Garnison du Fort Roon en automne 1906 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132 ; I. Bataillon, 1. Kompagnie.

 

1908

Garnison du Fort Roon en été 1908 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, II. Bataillon, 6. Kompagnie.

Officier du même régiment logeant au Fort Roon : Sekondeleutnant Burghardt.

arnison du Fort Roon en hiver 1908-1909 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, I. Bataillon, 3. Kompagnie.

 

1912

Règlement de garnison de 1912 : quelques précisions relatives au Fort Roon.

Absences du commandant du fort « Fortkommandanten » hors période de congé.

Le commandant du fort ne peut s’éloigner à plus d’un kilomètre du fort que dans les cas suivants :

La participation à des activités de la troupe.

Pour contrôler les ouvrages voisins.

Lorsque des événements à proximité nécessitent sa présence.

Pour le déjeuner l’après-midi entre 13h et 16 heures pour une durée maximum de 2 heures. Le commandant du fort Roon peut se rendre à Mundolsheim ou à Souffelweyersheim.

Effectif de la garde du Fort Roon en 1912 : 1 sous-officier « Unteroffizier » et 3 hommes du 132e régiment d’infanterie (I.R. 132). De jour un personnel devant la porte.

Livraison de pain au Fort Roon et au Fort Kronprinz tous les 4 jours : c’est-à-dire chaque mois le 2, 6, 10, 14, 18, 22, 26 et 30.

 

Mai 1914

Le Fort Roon sur l'extrait de la carte du réseau des chemins de fer militaire de l’artillerie en cas de mobilisation tiré de la carte les voies ferrées du plan d’artillerie de mai 1914.

Dimanche 28 juin 1914

Sarajevo : 10H15-10H30 environ : Assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, prince héritier de la Couronne d’Autriche-Hongrie et de sa femme.

 

Juillet 1914

Garnison du fort Roon en été 1914 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, III. Bataillon, 9. Kompagnie.

 

Mercredi 1er juillet 1914

Le 28 juin 1914, le gouverneur militaire de la place forte von Eberhardt apprend du conseiller municipal Pauli une nouvelle qui allait bientôt se répandre comme une traînée de poudre : le prince héritier d’Autriche et sa femme ont été assassinés à Sarajevo. Les premières semaines de juillet n’allaient pas changer grand-chose à la vie de la garnison de Strasbourg. Aucune instruction ne parvient « d’en haut » pour une quelconque mesure préparatoire à la défense de la place. Dans ses mémoires, le gouverneur ne relate qu’une seule décision : la réalisation de 40 000 brassards blancs, destinés à être tamponnés et distribués aux formations de travailleurs affectés aux travaux de mise en état de défense. On craignait que les hommes de ces formations passent pour des francs-tireurs et soient exécutés s’ils étaient pris par les Français !

 

Mercredi 15 juillet 1914

Interdit aux avions “Für Flieger verboten”. Le président du district “Bezirkspräsident” pense qu’il est opportun de rappeler l’interdiction de survol de la place forte : les vols avec des dirigeables, des ballons à air libres et aéronefs de toutes sortes au-dessus des zones interdites ou le décollage dans de telles zones, sont prohibés s’ils n’ont pas fait l’objet d’une autorisation écrite du “Generallkomando”. Les zones interdites sont comprises à l’intérieur des limites suivantes : le Rhin au sud, à partir du pont du Rhin à Drusenheim jusqu’à la limite du district, le long de cette limite jusqu’à la frontière de l’Empire, en longeant la frontière vers le Nord jusqu’à la limite de la Lorraine, près le ligne de voie ferrée Sarrebourg – Saverne, le long de cette ligne par Saverne – Hochfelden – Brumath, puis la route de Weyersheim – Bischwiller – Drusenheim au pont du Rhin.

 

Juillet 1914

Garnison du Fort Roon en été 1914 :

1. Unter-Elsässisches Infanterie-Regiment 132, III. Bataillon, 9. Kompagnie.

 

Jeudi 23 juillet 1914

L’Autriche lance un ultimatum à la Serbie exigeant le châtiment des militants austrophobes et la collaboration de la police autrichienne à l’enquête sur l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

En effet, le 23 juillet, la note autrichienne était remise à la Serbie. Elle ouvrait brusquement la période aiguë de tension politique, entre les puissances européennes intéressées par le jeu des alliances. Dans cette note, le gouvernement de Vienne formulait, entre autres exigences, l’insertion au Journal Officiel de Belgrade d’une déclaration, dont les termes étaient dictés au gouvernement serbe et comportaient, de la part de ce dernier, réprobation formelle de toute menée antiautrichienne. Un délai expirant le 25 juillet à 18 heures était imparti à la Serbie, pour répondre à cette note, qui présentait tous les caractères d’un ultimatum.

 

Samedi 25 juillet 1914

A 17h50 la Serbie accepte l’ultimatum mais demande quelques explications sur des points touchant à sa souveraineté.  Un délai expirant le 25 juillet à 18 heures était imparti à la Serbie, pour répondre à cette note, qui présentait tous les caractères d’un ultimatum.

A 18h30, l’Autriche-Hongrie rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie. 

Soir : En France dès que l’on avait appris qu’en Allemagne certaines mesures préparatoires avaient été prises dès le 25 : rappel des officiers permissionnaires, mise en place de la garde de certains ouvrages d’art, travaux et mouvements de troupes pour la mise en état de défense des places de la frontière. Aussi le ministre de la Guerre, M. Messimy, prescrivait par télégramme dans la soirée du 25 juillet une première mesure de précaution, le rappel à leur poste des officiers généraux et des chefs de corps absents de leur garnison.

21h00 : l’Autriche ordonne la mobilisation d’une partie de son Armée contre la Serbie.

 

Lundi 27 juillet 1914

Le ministère de la Guerre allemand ordonne le rappel des troupes absentes de leurs garnisons et qui, en cas de mobilisation, devaient, pour la protection des frontières et pour des missions spéciales, être « immédiatement » mises sur pied. Il prescrivit aussi la surveillance des grandes stations de télégraphie.

L’Allemagne procède en effet a de discrètes mesures de préparation de la mobilisation. Le rappel des permissionnaires a commencé depuis plusieurs jours et les effets de la collection de guerre sont distribués. L’Allemagne effectue des réquisitions et met en place ses troupes de couverture. Le consul général de France à Bâle signale que les officiers allemands en déplacement dans cette partie de la Suisse ont reçu depuis plusieurs jours l’ordre de regagner l’Allemagne ; d’autre part, avis a été donné aux propriétaires de voitures automobiles du grand-duché de Bade de se préparer à les mettre à la disposition des autorités militaires, deux jours après un nouvel ordre. Le secret, sous peine d’amende, a été recommandé sur cet avis.

 

Mardi 28 juillet 1914

Le chancelier, sur la demande du Ministère de la Guerre prussien, fait appliquer les mesures prévues pour la période de tension politique : surveillance renforcée des voies ferrées par les agents des chemins de fer, dans les régions frontières et dans le district ferroviaire de Berlin

12h00 : L’Autriche déclare la guerre à la Serbie.

A Strasbourg : le journal Strassburger-Bürger-Zeitung titre : « Der Krieg zwischen Östreich-Ungarn und Serbien. Was tut Russland ? » La guerre entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. Que fait la Russie ?

Soir : Le Statthalter d’Alsace-Lorraine (gouverneur de la province), Dr. von Dallwitz, a abrégé ses vacances à Tarasp et rentre à Strasbourg.

 

Mercredi 29 juillet 1914

En Serbie, Belgrade est bombardée par l’armée Austro-Hongroise.

Le général de Moltke, chef d’état-major allemand, insiste sur l’urgence de ne pas prendre de retard sur les Russes. En effet l’Allemagne menace de mobiliser si la Russie poursuit ses préparatifs.

Poincaré et Viviani en voyage officiel en Russie, sont de retour à Paris.

En Allemagne, la mise en place du dispositif de couverture se poursuit. Il se confirme que les réservistes des trois dernières classes auraient reçu leur feuille de mobilisation. La réquisition des chevaux et des automobiles est commencée ; les wagons de la région frontière sont évacués sur l’arrière.

A Strasbourg, le 29 juillet parvient l’ordre du ministère de la guerre de faire garder les hangars d’aviation et des ballons « avec munitions réelles », contre toute action terrestre ou aérienne.

13h00 : A Strasbourg, les quatre régiments d’infanterie locaux, qui était sur les terrains d’exercice, reviennent à Strasbourg. La presse précise qu’il ne faut pas en conclure qu’il s’agit d’une mobilisation, puisque de toute façon, toutes les troupes devenaient revenir pour le 28 juillet ! Les fonctionnaires allemands reçoivent l’ordre de faire partir leurs familles.

Nuit : A Strasbourg, dans la nuit du 29 au 30 juillet, l’ordre fut également donné de construire, pour les fortifications de la frontière, tous les emplacements de troupes et de batteries, dont la construction était prévue en deçà de la frontière.

 

Jeudi 30 juillet 1914

En Russie, le tsar signe l’ordre de mobilisation générale, publié le lendemain.

Préparation de la mobilisation : on ne laisse plus rentrer les automobiles en France. Les Alsaciens-Lorrains ont interdiction de passer la frontière. Une patrouille de cavalier allemands viole notre frontière à Xures. La frontière du Luxembourg est garnie de troupes allemandes. Allemands et Autrichiens quittent Paris en masse.

Le 30 juillet 1914, un décret du ministère ordonne que les travaux de mise en état de défense de la place de Strasbourg soient entamés par la troupe à des fins d’exercice, sur les terrains militaires uniquement. Il est encore hors de question de réquisitionner les terrains privés. Il était déjà possible d’entamer les travaux de déboisement des glacis des forts des secteurs défensifs nord-ouest, ouest et sud.

A Strasbourg les préparatifs vont bon train. En début d’après-midi la circulation sur les ponts du Rhin est maintenant sévèrement contrôlée par les fantassins du IR II/105. Des mitrailleuses sont postées sur les tours du pont en défense contre avion. Des pièces d’artillerie sont aussi déployées en DCA sur le nœud ferroviaire des lignes Kehl – Appenweier et Auenheim sur la rive droite du Rhin, car il est capital pour l’acheminement des troupes.

19h25 : Un télégramme de l’inspection générale du corps des ingénieurs et du génie arrive de Berlin : « Entamer les préparatifs pour la construction de la Position de la Bruche, de manière à ce que les travaux puissent commencer dans les meilleurs délais » !

Les tensions politiques devenaient de plus en plus perceptibles ; Le Gouverneur voudrait bien prendre davantage d’initiatives pour préparer la défense de la ville en raison de la dégradation rapide des relations entre la France et l’Allemagne et faire face à la guerre qui est, on le sent bien, désormais inéluctable. Le gouverneur von Eberhardt reste cependant lié aux autorités civiles de Strasbourg et ne souhaite pas compliquer la situation. Des négociations sont entamées en vue de d’anticiper les mesures d’approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà entamées en vue d’anticiper les mesures d’approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà planifiées pour la garnison, mais il reste à déterminer si des stocks suffisants sont disponibles pour la population civile en cas d’investissement de la place forte.

 

Vendredi 31 juillet 1914

Ordre de mobilisation générale en Autriche-Hongrie.

Proclamation de l’état de guerre en Allemagne et ultimatums à la Russie et à la France.

14h00 : A Strasbourg, vers 14 heures, arrive l’ordre de Berlin de construire le Pont de Guerre n°IV sur le Rhin, au port du Rhin, au nord du pont-route. Celui-ci devrait pouvoir augmenter les capacités de franchissement du fleuve, complétées ultérieurement par l’édification d’autres ponts du même type.

14h30 : A Strasbourg arrive un nouveau télégramme du ministre de la guerre : « Danger de guerre imminent » ! Bien que cette missive ait été attendue du ministère de la guerre, elle permet enfin au Gouverneur militaire de disposer des pleins pouvoirs et de prendre toutes les dispositions jugées urgentes.

 

Samedi 1er août 1914

L’ordre de mobilisation général est décrété en Allemagne et en France (affiché le lendemain 2 août).

Le général Joffre, chef de l’état-major français, a été obliger de menacer de démissionner pour enfin obtenir cette mobilisation.

Déclaration de guerre allemande à la Russie et violations de la frontière française.

A Strasbourg, le journal Strassburger Bürger-Zeitung nous livre cet article : « La décision concernant la guerre européenne est tombée ! ». « Hier, la Russie a lancé l’ordre de mobilisation générale. Dans la foulée, conformément à l’article 68, l’empereur Guillaume II a immédiatement l’état de danger imminent de guerre. L’Allemagne a lancé un ultimatum à la Russie pour qu’elle précise sa position et ordonne l’arrêt de sa mobilisation dans un délai de 12 heures et une demande à la France sur sa position en cas de guerre entre l’Allemagne et la Russie ».

18h00, place forte de Strasbourg : L’ordre de mobilisation générale était donné pour le 1er août, à 18 heures. Cette mobilisation préparée laborieusement et avec minutie, allait pouvoir commencer. Avec leurs effectifs du temps de paix, les troupes de couverture de la frontière reçurent l’ordre de mouvement et gagnèrent leurs secteurs, ainsi que les détachements chargés de la protection des lignes de chemin de fer et des principaux ponts.

 

Dimanche 2 août 1914

Matin : les troupes allemandes occupent le Grand-Duché de Luxembourg.

Place forte de Strasbourg : Le commandant en chef de l’armée allemande, le Generaloberst von Moltke, a transmis au Gouvernement militaire un extrait de l’organisation de marche de l’armée. La place forte était placée sous l’autorité de la VII. Armee commandée par le Generaloberst von Heeringen, avec le XIV. Armeekorps du général von Huene, le XV. Armeekorps du général d’infanterie von Deimling et le XIV. Reserve AK, ainsi que la 7ème division de cavalerie. Les XIV. Et XV. AK sont des corps d’active, ils seront prêts en quelques jours, tandis que le XIV. Res. AK, en cours de constitution dans le pays de Bade sous les ordres du général d’artillerie von Schubert, mettra plus de temps à rejoindre ses positions.

 

Lundi 3 août 1914.

Le journal Strassburger Bürger-Zeitung publie dans le cadre de l’état de siège le communiqué officiel du gouvernement de la place :

Interdiction d’envoyer des missives privées contenant des renseignements sur les mouvements de troupe et les ouvrages de fortification ;

Interdiction de monter sans autorisation sur la plate-forme de la Cathédrale ;

Interdiction de posséder des pigeons, tous les pigeons détenus doivent immédiatement être tués ;

Toutes les personnes qui n’ont pas le statut de fonctionnaire d’Etat ou d’officier doivent immédiatement remettre toutes leurs armes au bureau de police ;

Interdiction d’exporter des vivres et des matériaux stratégiques.

18h40 : l’ambassadeur Allemand remet une lettre déclarant l’état de guerre avec la France.

Soir : le gouvernement belge refuse l’ultimatum allemand demandant le libre passage de ses troupes. 

 

Mardi 4 août 1914

12h00, Strasbourg place forte : ordre secret du Gouvernement de la place adressé aux bataillons de travailleurs : « Strasbourg, le 4 août 1914. Gouvernement. En ce qui concerne l’annexe des mesures de mobilisation du Gouvernement de la place forte du 25 mars 1914, Ib. N° 180 « Secret », les ordres complémentaires suivants sont donnés. Pour le ravitaillement des travailleurs des vivres ont été entreposés conformément à la liste suivante. La perception de ce fait contre un reçu, comme suit :

Pour le secteur Nord au dépôt de Schiltigheim….

Si les travailleurs sont en mesure d’assurer eux-mêmes leur subsistance ou si des restaurateurs prennent en charge leur alimentation contre une somme de 1,20 M par personne, cela est naturellement souhaité. Les factures doivent mentionner le nombre de portions et le poids de la nourriture. La réception se fait toujours quelques jours auparavant. L’installation des points de cuisson « Kochstellen » et la préparation des repas est à la charge individuelle des autorités ou réalisé en commun conformément à l’annexe 9 des mesures de mobilisation. Des marmites pour la cuisson « Kochkessel » sont disponibles en nombre suffisant dans les communes. Il suffit de les demander à la mairie (Bürgermeisteramt). La modification des listes de dépôts « Speisezettel » peut être nécessaire. Les accords de ce type doivent être coordonnés avec les différents comités des dépôts, et les souhaits doivent y être soumis.

La nourriture pour les chevaux de la mise en état de défense doit être perçue aux mêmes endroits. Les dépôts de vivres seront en mesure de distribuer la nourriture à compter du 3e jour de mobilisation… ».

Les bataillons de travailleurs sont chargés de mettre la place forte de Strasbourg, les lignes de la Bruche, le fort de Mutzig et ses annexes en état de défense.

 

Vendredi 28 août 1914.

Sur le front Est, les troupes russes emporte une victoire à Lemberg en Galicie.

 

Samedi 29 août 1914.

Retraite générale de l’armée française vers la Seine.

La Turquie ferme les détroits des Dardanelles à la navigation commerciale.

 

Dimanche 30 août 1914.

A Tannenberg, les armées allemandes, commandées par les généraux Hindenburg et Ludendorff, anéantissent la 2ème armée russe.

 

1915

Extrait d’un fond de carte allemande de 1908 avec les emplacements des ouvrages de fortifications reportés par l’état-major français, inscriptions datées de 1915. Attention, la position des ouvrages peut comporter des erreurs.

Jeudi 3 avril 1919

Les forts détachés de Strasbourg se voient attribués un nom français : le Fransecky est désormais dénommé fort Ney.

 

Jeudi 6 juillet 1933

D’après la loi du 6 juillet 1933 relative aux fortifications de Strasbourg, publiée au Journal Officiel du 7 juillet 1933, le Fort Ney est classé en première série au tableau de classement des places de guerre. Voici une partie de ce texte de loi : Art. 1er. – Sont classé en première série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement des places de guerre et ouvrages défensifs de la France les ouvrages détachés indiqués ci-après : ouvrage de Neuf-Empert, fort-Ney, ouvrage Rapp-Ney, fort Rapp, fort Desaix, fort Ducrot, batterie des Cerisiers, fort Foch, fort Pétain, fort Lefebvre, fort Uhrich, ouvrage Uhrich-Hoche, fort Hoche, batterie d’Altenheim, batterie des Paysans, ouvrage du kilomètre 119, abris à munitions M69 et M70.

Art. 3. Sont maintenus non classés, sans démolition, les ouvrages détachés de Strasbourg indiqués ci-après : ouvrage Pétain-Kléber, fort Kléber, fort Joffre, ouvrage Joffre-Lefebvre, ainsi que les ouvrages bétonnés divers compris entre les forts Pétain (exclu) et Lefebvre (inclus).

 

1936.

De 1936 à 1940, les moyens de défense dans le secteur de Strasbourg sont renforcés. Seul une série de casemates de berges a été érigée. Ce sont de petits ouvrages de fortifications destinés à renforcer les passages à travers la forêt du Rhin, et d’une série de petits ouvrages qui protègent les hauteurs des Hausbergen. Il s’agit de blockhaus, de barrières antichars, de position d’armes anti-char ou de mitrailleuses, d’observatoires et d’abri et postes de commandement.

 

Mercredi 4 mars 1936

En Allemagne, le 4 mars 1936, le chancelier Hitler, dénonçant le pacte de Locarno, fait occuper par la Reichswehr les pays rhénans ainsi que la zone neutre de la rive droite du Rhin.

 

Samedi 7 mars 1936

Après ce coup de force, en France, M. Albert Sarraut Président du Conseil prononce cette phrase dans une allocution radiodiffusée le 7 mars 1936 : « La France ne saurait admettre de voir Strasbourg sous le canon allemand ». Mais après des discussions passionnées, après de vaines tentatives auprès des puissances garantes du traité de Versailles, le silence s’est fait…

En 1936, la Ligne Maginot est terminée et armée, mais les ouvrages qui la composent ne sont pas occupés en permanence. Néanmoins on y pratique la formation de l’encadrement. Sur les bords du Rhin, les casemates de berge sont désertes et soigneusement verrouillées. Avec cette première alerte, la Ligne Maginot est alors occupée par ses équipages dont la plupart des hommes prennent la première fois contact avec la fortification y compris sur les bords du Rhin où l’on s’organise avec hâte. Mais les canons de 47 mm et les mitrailleuses de 13,2 n’ont pas encore été installées. Après quelques semaines, l’alerte est levée. Cette première alerte va entraîner une l’accélération de la formation des troupes de forteresse.

 

Samedi 28 mars 1936

Après ce coup de force de Hitler, les chefs militaires ont été consultés et leurs conclusions sont formelles : toute action militaire peut déclencher la guerre et « celle-ci ne semble pas pouvoir, hors du cadre d’une coalition, amener des résultats décisifs et rapides » (Note du Général Gamelin du 28 mars 1936 remise au ministre de la Guerre et aux Chefs d’Etat-major Généraux).

 

1937

En 1937, dans le cadre de la prise en compte de la protection antichar, le génie fait installer des cuves à canons de 65 mm sur plate-forme métallique.

 

Vendredi 11 mars 1938.

L’annexion « Anschluss » de l’Autriche au Reich allemand provoque un nouvel état d’alerte. Début mai, la situation se détend et les équipages quittent à nouveau les bords du fleuve

 

Septembre 1938.

Une nouvelle crise se déclenche en septembre 1938 lors de l’affaire des Sudètes qui provoque l’entrée de la Wehrmacht en Tchécoslovaquie sous couvert de la protection des minorités allemandes de ce pays. En septembre 1938 Hitler exige le rattachement des Sudètes à l’Allemagne.

A cette occasion les ouvrages sont réoccupés. Comme la situation s’aggrave, un plan de mobilisation partiel est mis en place et les équipages seront alors au complet. La paix de Munich amène la détente et une démobilisation rapide.

 

Samedi 3 décembre 1938

Fin 1938, quelques semaines après l’invasion de la Tchécoslovaquie, le général Gamelin, après avoir exposé l’ampleur de l’effort militaire allemand tant terrestre qu’aérien, écrit à M. Daladier, président du Conseil : « On peut dire que, dès le printemps prochain, l’Allemagne sera en état de faire la guerre à la fois contre la Pologne et contre la France. L’Allemagne pourra à son heure allumer l’incendie au point qu’elle jugera le plus favorable. Pour ce qui est de la France, on doit reconnaître que, d’ores et déjà, elle est hors d’état d’attaquer initialement l’Allemagne avec chances de succès ».

 

Vendredi 1er septembre 1939

Le 1er septembre 1939 au matin, les armées allemandes entrent en Pologne.

 

Dimanche 3 septembre 1939

La France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939.

 

Samedi 15 juin 1940

Le 15 juin 1940 les troupes allemandes franchissent le Rhin et attaque dans le secteur de Schoenau, Marckolsheim et Neuf-Brisach.

 

Dimanche 16 juin 1940

Dès le 16 juin 1940, le PC de la 103ème division d'infanterie de forteresse est à Mutzig et le LCL Le Mouel, commande à Strasbourg « la croûte », c'est-à-dire les quelques équipages d'ouvrages restant à Strasbourg le long du Rhin, chargés de couvrir le repli de la division. La situation est relativement calme hormis quelques tirs sporadiques.

 

Lundi 17 juin 1940

Le 17 juin 1940 les chefs de casemates sont priés de préparer le repli et le sabotage des matériels et des armes qu'ils ne peuvent emporter.

 

Mardi 18 juin 1940

Le 18 juin 1940, à 1h30 du matin, le LCL Le Mouel reçoit l'ordre de se replier immédiatement sur Mutzig. Les équipages des casemates et mes dernières troupes du 172e RIF et du 226e RI exécutent les ordres reçus la veille. A 5h30 le LCL Le Mouel et son état-major quittent le poste de commandement du fort Ducrot. Au petit matin toutes les troupes françaises ont quitté Strasbourg.

 

Mercredi 19 juin 1940

L'armée allemande, entre à Strasbourg une journée après, sans combat, le matin du 19 juin 1940. A 12h30 le drapeau à croix gammée est hissé sur la cathédrale. Les forts détachés de la place reprennent leur dénomination d'origine. Le fort Desaix est rebaptisé Fort Roon. Au cours des premières semaines, l'armée allemande fait revenir à Strasbourg un certain nombre de prisonniers français qui ont occupés les positions de défense face au Rhin. Ils les chargent de déminer et de retirer les pièges que les derniers défenseurs français avaient laissés sur place. Les nombreuses munitions abandonnées sont rassemblées dans certains forts et ouvrages de la place. Nous n'avons que très peu de renseignements sur le devenir des ouvrages pendant cette période. Certains ouvrages deviennent des dépôts de munitions, de carburant, ou de matériels, d'autres grands forts serviront de camps de prisonniers provenant essentiellement du front Est et des Balkans.

 

Jeudi 23 novembre 1944

7h00 : Le général Leclerc lance la 2ème division blindée française à l’assaut de Strasbourg. A 7 heures du matin sept colonnes partent en direction de Strasbourg.

8h00 : A Strasbourg, le général Franz Vaterrodt, gouverneur militaire de la place depuis le 6 avril 1941, avait rejoint son bureau à 8 heures au Palais du Rhin (ancien palais impérial allemand). Il est en réunion avec son état-major et faisait un point de situation. Il vient de recevoir l’ordre de mettre la ville en état de défense et de renforcer l’ancienne ceintures de fortification. Il attendait la visite d’un général inspecteur des fortifications. A 8 heures la Gauleitung (direction de l’administration nazi de l’Alsace et du Pays de Bade) a demandé à tous les fonctionnaires de rester à leur poste.

9h30 : Le sous-groupement Rouvillois de la 2° division blindée française est arrivée place de Haguenau et il lance son fameux message « Tissus est dans iode », cest-à-dire qu’il a réussi à entrer dans Strasbourg. D’autres colonnes sont bloquées devant les forts du front ouest.

Quelques instants après retentissent des coups de canons. Le général ouvre la fenêtre et la pièce est remplie du fracas des engins de Rouvillois qui débouchent sur la place. Le général Vaterrodt réussi à partir par une porte dérobée, parvient à rejoindre sa voiture et à s’enfuir avec quelques officiers vers le nord-est. Il s’arrête quelques instants avec son entourage aux portes de la ville, abrité dans une casemate bétonnée, et sentant la bataille se rapprocher, il remonte dans sa voiture, traverse à toute allure la Robertsau pour se réfugier au Fort Fransecky.

14h00 : Le 23 novembre 1944 à 14 heures, le drapeau français flottait sur la cathédrale, le serment de Koufra est tenu.

 

Vendredi 24 novembre 1944

Le Groupement Tactique L (G.T.L.) renforcé par le sous-groupement Rouvillois reçoit l’ordre de tenir les lisières nord de Strasbourg et de réduire la résistance ennemie au fort Ney.

 

1945 environ

Vers 1945, le fort Desaix est pris en compte par un service qui s’occupe des sépultures des victimes de le seconde guerre mondiale. Ainsi une partie des pièces du fort sont réparties par zone nationales pour recueillir provisoirement les sépultures des militaires tombés pendant le conflit jusqu’à leur inhumation. Ultérieurement c’est le service des anciens combattants qui s’occupe de l’ouvrage. Il y entrepose les ossements des combattants retrouvés, jusqu’à leur inhumation, ainsi que le matériel du cimetière militaire de Strasbourg. Par ailleurs, seront entreposés les archives des « Malgré Nous », et des stocks de matériels pour les invalides de guerre, comme des béquilles et des prothèses. En 2000 on pouvait encore voir les anciens panneaux de cet aménagement, qui ont malheureusement été enlevé lorsque ce service à vidé et nettoyé le fort. Tous les matériels et documents cités ont été enlevé du fort vers 2008-2010 environ.

 

Panneau dans la poterne principale : CD de Strasbourg, atelier, chapelle, magasins, zone française, zone britannique, zone américaine. Anciennes archives des Malgrés-Nous(incorporés de force dans l'armée allemande). © Photographies MJR juillet 2000.

5 septembre 1947

 

Photographie aérienne du 5 septembre 1949. Source IGNF, marquage CESFS.

A droite du fort, sa batterie annexe et l’abri à munitions M-10 (1887) et à gauche, l’abri d’infanterie I-3 (1887). On voit encore nettement les cratères des bombardements de la seconde guerre mondiale, vraisemblablement destinés à la gare de triage et la voie ferrée de Strasbourg – Paris et Strasbourg – Wissembourg.

1950

Photographie aérienne du 13 juillet 1950. Source IGNF, marquage CESFS.

 

 

 

 

 

 

 

 

Galerie de photos : Fort III - Fort Roon ( Desaix)