Fort II - Fort MOLKTE - Fort Rapp

Dernière mise à jour : 21 mars 2018



Fort 2 - Fort Reichstett - Fort Moltke - Fort Rapp


Situation géographique et stratégique


Ceinture des forts détachés de Strasbourg - Rive gauche du Rhin - Secteur Nord.

Le fort Rapp se situe au sud de la commune de Reichstett.


Caractéristiques

Fort détaché de taille moyenne à fossé sec de type « Biehler ». Son plan est globalement identique au cinq autres forts à fossés secs (grands forts et forts moyens), construits sur la rive gauche du Rhin.  

Tableau d'André Brauch représentant le fort vers 1900


Construction (gros œuvre)

Mai 1872 - 1874.


Dénominations successives

1872 - 1873 : Fort II, Fort Reichstett.

1er septembre 1873 - 1918 : Fort II, Fort Moltke.

Avril 1919 - juin 1940 : Fort Rapp.

Juillet 1940 - 1944 : Fort Moltke.

1945 - à nos jours : Fort Rapp.


Nom au-dessus de l'entrée de la poterne principale © MJR Novembre 2004

Biographie du maréchal comte Helmuth von Moltke.

Moltke est né le 26 octobre 1800 à Parchim au Mecklembourg. En 1812 il entre comme élève à l'école des cadets de Copenhague et devient officier danois en 1819. En 1822 il passe dans l'armée prussienne avec le grade de lieutenant. Il est muté au bureau topographique de l'état-major. En 1833 il attaché au Grand état-major. Promu capitaine en 1835, il effectue un séjour de quatre ans en temps d'instructeur en Turquie et après son retour est affecté à l'état-major comme aide de camp. En 1842 il épouse Marie Burt, âgée de 17 ans. De 1848 à 1855, il est chef d'état-major du IVe corps d'armée dont le siège est à Magdebourg ; promu colonel en 1851 et promu général de brigade. En 1855 le roi le fait premier aide de camp du prince Frédéric-Guillaume, futur empereur Frédéric III qui ne gouvernera que 90 jours. De 1857 à 1888 il occupe le poste de chef d'état-major de l'armée ; il est plus particulièrement chef d'état-major de l'armée austro-prussienne dans la guerre contre le Danemark. En 1866 il dirige les opérations militaires dans la guerre austro-prussienne et à la bataille décisive de Sadova. En 1870-1871 il dirige les opérations militaires pendant la guerre franco-allemande. Après la bataille de Sedan, il est fait comte et nommé maréchal. En 1888 il est remercié par le nouvel Empereur Guillaume II et il se retire et devient président de la commission de défense du territoire ; il continue d'avoir une activité militaire et politique jusqu'à sa mort : il est député du Reichstag et membre à vie de la Chambre des seigneurs de Prusse. Il meurt à Berlin le 24 avril 1891.


Mission

Le Fort II - Fort Moltke avec son voisin situé plus à l'ouest, le Fort III - Fort Roon sont l'ossature du front Nord et contrôlent la route de Haguenau, ainsi que l'importante voie de chemin de fer allant en direction de Paris et de Wissembourg et le canal de Marne au Rhin. Les feux de ce fort, soutenu par le fort Fransecky et le fort Roon, balayent toute la vallée du Rhin et protègent toute la pente du terrain qui s'étend de
ce côté jusqu'au Rhin.

Lors de la crise de la brisance les intervalles entre ces ouvrages sont considérablement renforcés vers 1887-1890 par des abris d'infanterie, abris d'artilleurs, abris à munitions, ainsi que par de nombreuses positions pour les batteries d'artillerie. Ce dispositif est complété par l'aménagement de zones inondables le long du cours de la Souffel et au début de la Première guerre mondiale par un complément d'abris et de positions construits entre août 1914 et avril 1916, qui prennent en compte le déplacement de la ligne principale de défense qui englobe désormais l'agglomération de Reichstett.


Accès et visites

Le fort Rapp a été racheté par la commune de Reichstett et a été mis à la disposition de diverses associations. Sa restauration actuelle a été confiée à la société Patrimoine et Histoire de Reichstett qui assure des visites guidées sur place. Il s'agit ici du premier fort détaché à avoir été restauré à Strasbourg. Il a donc bénéficié des équipements prélevés sur les autres ouvrages de Strasbourg. Les renseignements concernant les dates
et horaires des visites et les activités exceptionnelles peuvent être consultés sur le site de cette association. Nous vous invitons ici à consulter ces sites pour obtenir de plus amples informations et à vous rendre sur place pour visiter l'ouvrage.


Site Internet : https://www.fort-rapp-moltke.fr/index.php/fr/


Site Facebook : https://www.facebook.com/fortrappmoltke.reichstett


Chroniques

Zeittafel


Dimanche 26 février 1871

La guerre de 1870-71 s'est achevée par une défaite de la France et la signature du traité préliminaire de paix le 26 février 1871.

Jeudi 1erjuin 1871

Le 1er juin 1871, le général d'infanterie, chef d'état-major de l'armée, comte de Moltke, et le général de division "Generallieutnant" von Kamecke, directeur du génie, après avoir assisté à plusieurs conférences avec le chancelier, le prince de Bismarck et le ministre d'Etat Delbrück, se sont rendus en Alsace-Lorraine pour inspecter et désigner les positions à fortifier dans les provinces nouvellement acquises. Dans leur rapport ils évoquent le Fort II : « Compte tenu de la place disponible, il est impossible d'installer un très grand modèle. Afin de limiter le volume de terrassement et la surface de terrains nécessaires à l'installation du glacis, et pour pallier aux difficultés relatives à la construction des fondations des flancs, nous conseillons de déplacer l'implantation de l'ouvrage de 10 mètres vers l'avant et de 60 mètres
vers la droite. Sur cette nouvelle position, l'angle d'épaule est encore distant de 600 mètres des habitations les plus proches de Reichstett. Le fossé de gorge sera à une altitude de 134,50 mètres, c'est-à-dire encore suffisamment haut pour que le socle des casemates de gorges soit encore au-dessus du niveau de la nappe phréatique estimé à 134 mètres. De plus, cette nouvelle position de l'ouvrage apportera des avantages et sera plus économique pour reporter la route autour du flanc gauche de l'ouvrage, et la mise en place d'une déviation pour la
Souffel ne sera plus nécessaire. La ligne de feu sera au niveau + 162
 ». On constate donc que l'aspect économique du projet impose de modifier de quelques dizaines de mètres l'emplacement futur du Fort de Reichstett.

Mercredi 10 mai 1871

Conclusion de la paix entre la France et le nouvel Empire allemand. Signature du Traité de Francfort entre le gouvernement français et le nouvel Empire allemand. L'Alsace (hormis Belfort) et une partie de la Lorraine et deux cantons vosgiens sont cédés à l'Allemagne. L'Empire allemand doit désormais intégrer les forteresses des territoires nouvellement annexés dans son système de défense.

Octobre 1871

Matérialisation de l'emplacement des forts par la mise en place de piquets et de perches en bois représentant le profil de chaque ouvrage. Pour vérifier l'alignement des ouvrages on installe au centre du futur emplacement, une petite tour en bois surmontée, identique à un mirador, surmontée d'une plateforme et d'un grand drapeau. 

Dimanche 5 novembre 1871

Le mémoire du comte de Moltke chef de l'état-major général allemand incite l'Empereur à publier une nouvelle ordonnance impériale « A.K.O. » le 5 novembre 1871 pour demander de réviser et de présenter à nouveau le projet de défense du territoire à la commission de
défense du territoire.

Jeudi 21 décembre 1871

Pour garantir l'absence d'obstacle au niveau des champs de tir autour des ouvrages de fortification, on a voté en Allemagne la loi du 21 décembre 1871 concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses. Cette loi connue sous la dénomination de « Rayongesetz » (loi du rayon de fortification), fixe 3 rayons de fortification aux alentours des ouvrages, à 600, 975 et 2250 mètres, à l'intérieur desquels la construction était sévèrement réglementée voir même interdite. Les litiges concernant ces rayons, ainsi que le passage des routes et des voies ferrées ou l'aménagement de digues étaient soumis à l'examen de la commission impériale de rayon, à laquelle  participait un officier prussien et un officier bavarois du corps du génie.

Mercredi 7 février 1872

Le service des fortifications de Strasbourg « kaiserliche Fortification » publie un complément d'informations dans la presse locale au sujet de l'adjudication des forts II à VI à Strasbourg. Les matériaux pour la construction des forts doivent être récupérer à Phalsbourg démantèlement des anciennes fortifications) et dans les carrières de l'administration militaire. Cela fait l'objet d'une adjudication particulière, à laquelle pourront participer les consortiums, qui ont gagné l'adjudication de construction des forts. La construction d'une voie de chemin de fer de liaison permettra de transporter ces matériaux jusqu'aux chantiers. Pour l'adjudication future de l'exploitation de l'arasement de la place forte de Phalsbourg et pour l'éventuelle installation du chemin de fer de ceinture, aucune restriction n'est imposée, à part la nécessité de fournir des attestations de bonne exécution des contrats précédents délivrés par les autorités aux entrepreneurs.

Lundi 12 février 1872

Les travaux de construction des cinq premiers forts de Strasbourg ont été adjugés le 12 février 1872 à différents consortiums d'entrepreneurs. Il s'agit de la construction de cinq forts à fossés secs : le Fort Reichstett, le Fort Mundolsheim, le Fort Niederhausbergen, le Fort Oberhausbergen et le Fort Wolfisheim. Cette adjudication qui comporte trois grands forts et deux forts de taille moyenne comme le "Fort II", appelé "Fort Reichstett". La construction de chaque ouvrage nécessite environ 240 000 m3 de terrassement et 160 000 m3 de maçonnerie. La construction de ce fort a donc été adjugée au consortium d'entrepreneurs Pathe, Jerschke, Schneider.

Mars 1872

Les gardes du génie « Wallmeister » effectuent des relevés de terrain pour dresser des plans détaillés des communes soumises aux  servitudes du rayon des fortifications. Ces relevés concernent dans un premier temps les environs des futurs ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

Jeudi 11 avril 1872

Pour permettre l'expropriation des terrains situés sur la rive gauche du Rhin, conformément aux lois françaises encore en vigueur, l'Empereur d'Allemagne Guillaume 1er signe une ordonnance autorisant les expropriations des terrains pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg sur la base de la loi sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 et de la loi sur l'expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d'ouvrages de fortification du 30 mars 1831.

Vendredi 12 avril 1872

Le consortium d'entrepreneurs Pathe, Jerschke, Schneider, chargés de la construction du Fort Reichstett, a publié une annonce dans la presse locale pour acheter des brouettes et des rails usagés en bon état.

Mardi 16 avril 1872

La presse locale nous informe que la société chargée de la construction du Fort de Reichstett a commencée l'extraction des pierres entre Saverne et Lutzelbourg. Cette même société a également entrepris l'arasement du bastion n°2 de la place forte de Phalsbourg, qui doit être
démantelée. Les pierres de taille de ces fortifications seront employées à la construction des nouveaux forts détachés de Strasbourg.

Mercredi 17 avril 1872.

La société de construction Pathe, Jerschke & Schneider publie une annonce pour l'embauche de 1 000 maçons et tailleurs de pierre, qui trouveront un emploi bien réénuméré pour une durée de plusieurs années, dans les carrières de grès situées entre Saverne et Lutzelbourg et sur le chantier de construction du Fort de Reichstett : « Nous donnerons des lots de travaux de maçonnerie qui commenceront au début du mois de mai, ainsi que mes gigantesques travaux de terrassement, sous la forme de petits contrats de sous-traitance. Les entrepreneurs autorisés, qui souhaitent y participer avec un groupe de gens doués, auront de plus amples informations auprès de la société à Strasbourg ».

Compte tenu que le chantier du Fort de Reichstett est assez proche du canal de la Marne-au-Rhin, et qu'il ne nécessite d'attendre l'installation du chemin de fer de ceinture pour emmener les matériaux en lieu et place, il sera le premier chantier de construction de fort détaché à Strasbourg.

Mai 1872

En mai 1872 le général von Biehler a apporté des corrections au piquetage sur le terrain qui matérialise l'implantation des forts n°II à VII.

Vendredi 5 juillet 1872

La presse allemande nous informe que le chemin de fer de ceinture est désormais en service entre le canal de la Marne-au-Rhin près de Reichstett et la commune de Niederhausbergen. D'énormes masses de matériaux arrivent chaque jour par le canal et sont rapidement acheminés vers les chantiers de construction des forts.

Août 1872

Création provisoire à Strasbourg d'une commission spéciale dénommée Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg, commandée initialement par le colonel Klotz, du corps des ingénieurs militaire allemand.

Samedi 28 septembre 1872

La cérémonie de pose de la première pierre de l'ensemble des nouvelles fortifications de Strasbourg a été célébrée le 28 septembre 1872 sur
le chantier du Fort n°5 à Oberhausbergen. Il s'agit d'une date symbolique, celle du deuxième anniversaire de la chute de la place de Strasbourg et de l'entrée des troupes allemandes. Il y aura également des petites cérémonies de pose de la première pierre dans divers ouvrages.

Mardi 14 novembre 1872

La presse locale nous livre les renseignements suivants au sujet de la construction des nouveaux forts détachés de Strasbourg : « Le 14 novembre 1872. Ces derniers temps, les travaux de terrassement et de maçonnerie des forts de Strasbourg ont bien avancé. Plus de 1 800 travailleurs et charretiers œuvrent actuellement sur les forts de Niederhausbergen, Mundolsheim et Reichstett. Ce chiffre augmente tous les jours par la venue de journaliers et de valets de ferme, qui quittent les paysans pour percevoir un salaire plus conséquent. Ce rassemblement de force de travail permet d'espérer que les travaux de construction des forts seront achevés dans 6 mois, c'est-à-dire avant l'échéance qui a été fixée. Pour stimuler le rendement des travailleurs, ils ne sont pas payés au tarif journalier mais à la tâche. De cette  façon, un bon tailleur de pierre gagne jusqu'à 84 francs par semaine et récemment un charretier équipé de deux chevaux solides a gagné 235 F en deux semaines. Les mineurs quant à eux gagnent bien 7 à 8 F par jour. Pour ce travail ce sont plus particulièrement les Italiens qui démontrent leur assiduité au travail. Lors d'un tel rassemblement d'ouvriers en provenance de toutes les régions d'Europe, on trouve  également certains individus qui ont une attirance particulière pour les vêtements d'hiver qu'ils échangent contre leurs effets déchirés, et ces vols exécutés dans les cantines, sont fréquents. D'autres ont la même attirance pour les légumes plantés par les paysans. Espérons que l'hiver qui approche veuille nous épargner de ces rigueurs, sinon en cas d'un arrêt des travaux de nombreuses mains seraient sans emploi, ce qui aurait des conséquences fâcheuses pour les villages environnant ».

3 février 1873

Accident au Fort de Reichstett. Lors des travaux de terrassement exécutés au fort de Reichstett, à cause du dégel, une masse importante de terre s'est détachée et a enterré une personne. Malgré les secours immédiats, il n'a pas été possible de sauver le malheureux. Cette amas de terre gelée lui a écraser le bassin de cet ouvrier né en Bavière qui laisse une veuve avec six enfants.

Février 1873

Sur les chantiers des cinq premiers forts détachés de Strasbourg on a constaté le départ d'une partie des ouvriers italiens, qui préfèrent œuvrer sur le chantier du tunnel du Saint-Gothard qui vient de s'ouvrir.

Jeudi 13 février 1873

La société de construction « Baugesellschaft Pathe, Jerschke & Schneider » qui a sont bureau à Schiltigheim publie des annonces dans la presse locale entre le 13 et le 20 février 1873. Il s'agit de l'embauche de 30 à 40 tailleurs de pierres pour le chantier du Fort de Reichstett pour un salaire journalier élevé ou un travail payé à la pièce « Accord ».

Mardi 25 mars 1873

La société de construction « Baugesellschaft Pathe, Jerschke & Schneider » publie une annonce dans la presse locale entre le 25 et 29 mars 1873 pour embaucher 150 à 200 terrassiers pour le chantier du Fort de Reichstett.

Samedi 2 avril 1873

La société de construction "Pathe, Jerschke & Schneider" publie une annonce dans la presse locale entre le 2 et le 12 avril 1873 pour embaucher un "Machiniste" pour la conduite d'une machine à vapeur au Fort Reichstett. En effet, à cette époque le fond du fossé était très proche du plafond de la nappe phréatique, et il fallait vraisemblablement pomper l'eau pendant les travaux.

Lundi 1erseptembre 1873

Les 12 premiers forts détachés de Strasbourg sont baptisés par l'ordonnance impériale du 1er septembre 1873. Les noms des plus illustres personnages qui ont eu un rôle ou un commandement important pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 seront utilisés à cet effet. Les personnages les plus importants pour les grands forts, et les autres pour les forts de taille moyenne. Ces noms seront en vigueur jusqu'en 1918 et pendant l'occupation de fait allemande de mi-juin 1940 au 23 novembre 1944. Initialement, le nom était inscrit au-dessus de l'entrée de la poterne principale, sur la façade de gorge, à l'aide de lettres métalliques, en étain doré à la flamme. Dans chaque fort, au niveau de la pièce du commandant du fort, on trouvait en règle générale le portrait offert par l'illustre personnage du nom qu'il portait.

30 Septembre 1873

Le Fort Reichstett a été armé dès le mois de septembre 1873, soit 17 mois après le début des travaux. A partir de cette date il reçoit un petit détachement de garde commandé par un officier.

Mercredi 1er octobre 1873

Le 1eroctobre 1873, la presse locale évoque la première manœuvre de forteresse exécutée au Fort Moltke en présence du général von Fransecky, commandant le XVème corps d'armée. A cette date, on peut estimer que le gros œuvre était achevé ; mais d'autres travaux de finition vont encore se dérouler au cours des années suivantes.

Janvier 1874

Une note française de renseignements nous livre les informations suivantes concernant le Fort Moltke à Reichstett : le Fort Moltke s'est effondré en partie, notamment la poudrière. On a également signalé des dégâts sur les autres forts détachés récemment construits. Les services français supposent que ces effondrements sont dus à la mauvaise qualité des matériaux, par exemple des briques mal cuites qui ont été fabriquées sur place dans des fours de campagne (Feldbrand), à l'inexpériences des entrepreneurs et officiers du génie allemands pour construire sur la terre glaise (en effet la hauteur des fondations a été doublée après ces incidents) et la hâte que l'on a mise à construire. Dès que les effondrements en question se furent produits (octobre et novembre 1873), leur accès fut rigoureusement interdit, des sentinelles, avec des armes approvisionnées ont été échelonnées avec ordre de tirer sur les curieux qui violeraient la consigne. Une Commission composée d'hommes compétents a été envoyée de Berlin pour juger de visu de la gravité des détériorations et y porter remède : cette Commission a cherché à cacher le but réel de son voyage, elle a fait répandre le bruit qu'elle avait pour mission de s'assurer si, aux point de vue sanitaire, les forts étaient en état de recevoir de la garnison. A l'occasion de cette visite, on attribue les propos suivants à un membre de cette Commission : « Puisqu'il en est ainsi, la tâche des Français se trouve simplifiée ; si une nouvelle venait à éclater, les voutes se réduisent déjà d'elles-mêmes ». On s'attend à un effondrement général au printemps prochain, lorsque la terre actuellement durcie et gelée aura été détrempée par les pluies et ramollie par la température. Depuis la visite faite par la Commission Berlinoise, les charrois de matériaux ont cessé et les travaux sont suspendus. On assure qu'un nouveau projet de construction est en ce moment à l'étude. Les journaux allemands et ceux d'Alsace-Lorraine sont restés muets sur les accidents des forts. Par ailleurs, le télégraphe souterrain qui doit relier les forts entre eux et ensuite ces derniers à la ville de Strasbourg sera probablement établi d'ici trois mois, on y travaille sans relâche.

Mardi 1er décembre 1874

Stations de pigeons voyageurs militaires de l'Empire allemand. Le budget de 1875 comprendra pour la première fois, dit la Gazette de l'Allemagne du Nord, des crédits spéciaux pour l'établissement et l'entretien de stations de pigeons voyageurs à Cologne, Metz, Strasbourg. Cette demande de crédit, dont le total se monte à 4 400 francs, est motivée sur les faits d'acquisition et d'entretien des pigeons voyageurs, et les déplacements de plus en plus considérables des éleveurs chargés de leur dressage, en vue de leur emploi en temps de guerre. En temps de guerre ces pigeons peuvent également être employés à partir des forts détachés de Strasbourg.

31 décembre 1874

Ordonnance impériale instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874. Jusqu'à présent les ouvriers travaillant sur les chantiers des forts détachés de Strasbourg étaient payés en francs.

Lundi 29 mai 1878

Le service impérial des fortifications de Strasbourg a procédé à l'adjudication de la livraison et de l'installation des deux cuisines. Le nombre de cuves et de cuisinières permet d'équiper l'ensemble des forts détachés de Strasbourg situés sur la rive gauche du Rhin. Elles sont installées au rez-de-chaussée de chaque aile de la caserne de gorge du Fort Moltke. Chaque cuisine, est équipée d'un point de chauffe entouré d'un bâti construit en briques encadré par un cadre en fer, recevant quatre grandes cuves pour la cuisson en fer et le maintien au
chaud des aliments. Ce dispositif est complété par une petite cuisinière faite avec les mêmes matériaux, et surmontée par des plaques de cuisson en fonte.

26 juin 1886

Une note française de renseignement nous informe que les travaux de destruction des ponts par-dessus le fossé de gorge des forts à fossés secs viennent de commencer. Ils sont remplacés par des rampes d'accès. Ces travaux doivent être achevés dans un délai de six semaines.

Octobre 1901

Unité en garnison au Fort Moltke : 6ème compagnie du 2ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Schwedler Kurt.

Année 1902

Composition de la garde du Fort Moltke d'après le règlement de 1902 : l'effectif du détachement de garde était de 1 sergent et de 3 hommes du rang. Une sentinelle était postée durant la journée devant la porte, avec arme et munitions. Le détachement de garde du Fort Moltke était
fourni par la compagnie d'infanterie encasernée en permanence au fort. Cette unité fournissait également le détachement de garde de l'ouvrage intermédiaire Fransecky-Moltke, soit 1 caporal et 1 homme du rang. Un des officiers du fort était chargé de contrôler ces postes de gardes.

Octobre 1902

Unité en garnison au Fort Moltke : 4èmecompagnie du 1er bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ». Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Dettinger.

Octobre 1903

Unité en garnison au Fort Moltke : 10ème compagnie du 3ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Grotowsky.

Octobre 1904

Unité en garnison au Fort Moltke : 8ème compagnie du 2ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Dettinger.

Octobre 1906

Unité en garnison au Fort Moltke : 2ème compagnie du 1er bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant Glässgen".

Octobre 1907

Unité en garnison au Fort Moltke : 7ème compagnie du 2ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Kraetke.

Juillet 1908

Unité en garnison au Fort Moltke : 7ème compagnie du 2ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Kraetke.

Décembre 1908

Unité en garnison au Fort Moltke : 4ème compagnie du 1er bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Pretzel.

Juillet 1909

Unité en garnison au Fort Moltke : 4ème compagnie du 1er bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Pretzel.

Décembre 1909

Unité en garnison au Fort Moltke : 10ème compagnie du 3ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutennat "Leutnant" Thedieck.

Juillet 1910

Unité en garnison au Fort Moltke : 10ème compagnie du 3ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-Lieutenant "Leutnant" Thedieck.

Juillet 1911

Unité en garnison au Fort Moltke : 8ème compagnie du 2ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Jakob.

1912

Le plan des garnisons du XVème corps d'armée allemand de 1912 indique que le Fort est doté d'une écurie (repère Nr. 2) géré par l'administration de garnison, d'un terrain d'exercice de 52 ares appartenant au service des Domaines militaires « Fiskus », et d'un stand de tir installé dans le fossé de gorge droit. Le dépôt d'artillerie de Strasbourg gère sur le site du Fort Moltke les infrastructures suivantes : la remise à poudre « P.S.2 » ou « Pulverschuppen 2 », et les hangars à pièces d'artillerie n°16, 17 et 18 dénommés « G.S. Nr. 16, G.S. Nr. 17,
G.S. Nr. 18 
» ou « Geschützschuppen 16 - 17 - 18 ».

Juillet 1914

Unité en garnison au Fort Moltke : 11ème compagnie du 3ème bataillon du 132e régiment d'infanterie « Infanterie-Regiment 132 ».

Officier du même régiment logeant au Fort Moltke : Sous-lieutenant "Leutnant" Schreder.

Samedi 21 novembre 1914

La Wantzenau : extrait du journal de l'abbé Aloys Postina.

« Ce matin il fait moins 5 degrés. Par l'appariteur municipal : durant la période du 23 au 30 novembre, se déroule un tir réel avec des mitrailleuses au fort Moltke (Reichstett). En conséquence, au cours de cette période il est interdit de traverser la ligne de chemin de fer ».

Jeudi 6 juillet 1933

D'après la loi du 6 juillet 1933 relative aux fortifications de Strasbourg, publiée au Journal Officiel du 7 juillet 1933, le Fort Ney est classé en première série au tableau de classement des places de guerre. Voici une partie de ce texte de loi : Art. 1er. - Sont classé en première série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement des places de guerre et ouvrages défensifs de la France les ouvrages détachés indiqués ci-après : ouvrage de Neuf-Empert, fort-Ney, ouvrage Rapp-Ney, fort Rapp, fort Desaix, fort Ducrot, batterie des Cerisiers, fort Foch, fort Pétain, fort Lefebvre, fort Uhrich, ouvrage Uhrich-Hoche, fort Hoche, batterie d'Altenheim, batterie des Paysans, ouvrage du kilomètre 119, abris à munitions M69 et M70. Art. 3. Sont maintenus non classés, sans démolition, les ouvrages détachés de Strasbourg indiqués ci-après : ouvrage Pétain-Kléber, fort Kléber, fort Joffre, ouvrage Joffre-Lefebvre, ainsi que les ouvrages bétonnés divers compris entre les forts Pétain (exclu) et Lefebvre (inclus).

1936.

De 1936 à 1940, les moyens de défense dans le secteur de Strasbourg sont renforcés. Seul une série de casemates de berges a été érigée. Il s'agit de petits ouvrages de fortifications destinés à renforcer les passages à travers la forêt du Rhin, et d'une série de petits ouvrages qui protègent les hauteurs des Hausbergen. Il s'agit de blockhaus, de barrières antichars, de position d'armes anti-char ou de mitrailleuses, d'observatoires et d'abri et postes de commandement.

Mercredi 4 mars 1936

En Allemagne, le 4 mars 1936, le chancelier Hitler, dénonçant le pacte de Locarno, fait occuper par la Reichswehr les pays rhénans ainsi que la zone neutre de la rive droite du Rhin.

Samedi 7 mars 1936

Après ce coup de force, en France, M. Albert Sarraut Président du Conseil prononce cette phrase dans une allocution radiodiffusée le 7 mars 1936 : « La France ne saurait admettre de voir Strasbourg sous le canon allemand ». Mais après des discussions passionnées, après de vaines tentatives auprès des puissances garantes du traité de Versailles, le silence s'est fait...

En 1936, la Ligne Maginot est terminée et armée, mais les ouvrages qui la composent ne sont pas occupés en permanence. Néanmoins on y pratique la formation de l'encadrement. Sur les bords du Rhin, les casemates de berge sont désertes et soigneusement verrouillées. Avec cette première alerte, la Ligne Maginot est alors occupée par ses équipages dont la plupart des hommes prennent la première fois contact avec la fortification y compris sur les bords du Rhin où l'on s'organise avec hâte. Mais les canons de 47 mm et les mitrailleuses de 13,2 n'ont pas encore été installées. Après quelques semaines, l'alerte est levée. Cette première alerte va entraîner une l'accélération de la formation des troupes de forteresse.

Samedi 28 mars 1936

Après ce coup de force de Hitler, les chefs militaires ont été consultés et leurs conclusions sont formelles : toute action militaire peut déclencher la guerre et « celle-ci ne semble pas pouvoir, hors du cadre d'une coalition, amener des résultats décisifs et rapides » (Note du Général Gamelin du 28 mars 1936 remise au ministre de la Guerre et aux Chefs d'Etat-major Généraux).

Vendredi 11 mars 1938.

L'annexion « Anschluss » de l'Autriche au Reich allemand provoque un nouvel état d'alerte. Début mai, la situation se détend et les équipages quittent à nouveau les bords du fleuve.

Septembre 1938.

Une nouvelle crise se déclenche en septembre 1938 lors de l'affaire des Sudètes qui provoque l'entrée de la Wehrmacht en Tchécoslovaquie sous couvert de la protection des minorités allemandes de ce pays. En septembre 1938 Hitler exige le rattachement des Sudètes à l'Allemagne. A cette occasion les ouvrages sont réoccupés. Comme la situation s'aggrave, un plan de mobilisation partiel est mis en place et les équipages seront alors au complet. La paix de Munich amène la détente et une démobilisation rapide.

Samedi 3 décembre 1938

Fin 1938, quelques semaines après l'invasion de la Tchécoslovaquie, le général Gamelin, après avoir exposé l'ampleur de l'effort militaire allemand tant terrestre qu'aérien, écrit à M. Daladier, président du Conseil : « On peut dire que, dès le printemps prochain, l'Allemagne sera en état de faire la guerre à la fois contre la Pologne et contre la France. L'Allemagne pourra à son heure allumer l'incendie au point qu'elle jugera le plus favorable. Pour ce qui est de la France, on doit reconnaître que, d'ores et déjà, elle est hors d'état d'attaquer initialement l'Allemagne avec chances de succès ».

Vendredi 1er septembre 1939

Le 1er septembre 1939 au matin, les armées allemandes entrent en Pologne.

Dimanche 3 septembre 1939

La France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.

Samedi 15 juin 1940

Le 15 juin 1940 les troupes allemandes franchissent le Rhin et attaque dans le secteur de Schoenau, Marckolsheim et Neuf-Brisach.

Dimanche 16 juin 1940

Dès le 16 juin 1940, le PC de la 103ème division d'infanterie de forteresse est à Mutzig et le LCL Le Mouel, commande à Strasbourg « la croûte », c'est-à-dire les quelques équipages d'ouvrages restant à Strasbourg le long du Rhin, chargés de couvrir le repli de la division. La situation est relativement calme hormis quelques tirs sporadiques.

Lundi 17 juin 1940

Le 17 juin 1940 les chefs de casemates sont priés de préparer le repli et le sabotage des matériels et des armes qu'ils ne peuvent emporter.

Mardi 18 juin 1940

Le 18 juin 1940, à 1h30 du matin, le LCL Le Mouel reçoit l'ordre de se replier immédiatement sur Mutzig. Les équipages des casemates et mes dernières troupes du 172e RIF et du 226e RI exécutent les ordres reçus la veille. A 5h30 le LCL Le Mouel et son état-major quittent le fort Ducrot. Au petit matin toutes les troupes françaises ont quitté Strasbourg.

Mercredi 19 juin 1940

L'armée allemande, entre à Strasbourg une journée après, sans combat, le matin du 19 juin 1940. A 12h30 le drapeau à croix gammée est hissé sur la cathédrale. Les forts détachés de la place reprennent leur dénomination d'origine. Le fort Moltke est rebaptisé Fort Rapp. Au cours des premières semaines, l'armée allemande fait revenir à Strasbourg un certain nombre de prisonniers français qui ont occupés les positions de défense face au Rhin. Ils les chargent de déminer et de retirer les pièges que les derniers défenseurs français avaient laissés sur place. Les nombreuses munitions abandonnées sont rassemblées dans certain forts et ouvrages de la place. Nous n'avons que très peu de renseignements sur le devenir des ouvrages pendant cette période. Certains ouvrages deviennent des dépôts de munitions, de carburant, ou de matériels, d'autres grands forts serviront de camps de prisonniers provenant essentiellement du front Est et des Balkans.