Fort II - Fort Reichstett - Fort Moltke - Fort Rapp

 

 

Dernière mise à jour / Letzte Änderung : 07/08/2020

 

 

Situation géographique et stratégique

 

Ceinture des forts détachés de Strasbourg - Rive gauche du Rhin - Secteur Nord.

Le fort Rapp se situe au sud de la commune de Reichstett.

 

Caractéristiques

 

Fort détaché de taille moyenne à fossé sec de type « Biehler ». Son plan est globalement identique aux cinq autres forts à fossés secs (grands forts et forts moyens), construits sur la rive gauche du Rhin.  

Tableau d'André Brauch représentant le fort vers 1900

Construction

 

Dates officielles de construction du gros œuvre : Eté 1872 – 1874.

 

Dénominations successives

 

1872 – 31 juillet 1873 : Fort II, Fort Reichstett.

1er septembre 1873 – 1918 : Fort Moltke.

23 novembre 1918 – 2 avril 1919 : fort Comte de Moltke (traduction française du nom allemand qui est utilisée en France depuis septembre 1873).

Avril 1919 – juin 1940 : Fort Rapp.

Juillet 1940 – 1944 : Fort Moltke (les forts et ouvrages reprennent leur nom d’origine).

1945 – à nos jours : Fort Rapp.

 

Nom au-dessus de l’entrée de la poterne principale. L’ancienne association « Les Amis du Fort Rapp » qui avait commencé les travaux de restauration de l’ouvrage, a installé l’inscription Rapp-Moltke, pour rappeler son ancien nom allemand © MJR Novembre 2004.

 

Biographie du maréchal comte Helmuth von Moltke.

Moltke est né le 26 octobre 1800 à Parchim au Mecklembourg. En 1812 il entre comme élève à l'école des cadets de Copenhague et devient officier danois en 1819. En 1822 il passe dans l'armée prussienne avec le grade de lieutenant. Il est muté au bureau topographique de l'état-major. En 1833 il attaché au Grand état-major. Promu capitaine en 1835, il effectue un séjour de quatre ans en temps d'instructeur en Turquie et après son retour est affecté à l'état-major comme aide de camp. En 1842 il épouse Marie Burt, âgée de 17 ans. De 1848 à 1855, il est chef d'état-major du IVe corps d'armée dont le siège est à Magdebourg ; promu colonel en 1851 et promu général de brigade. En 1855 le roi le fait premier aide de camp du prince Frédéric-Guillaume, futur empereur Frédéric III qui ne gouvernera que 90 jours. De 1857 à 1888 il occupe le poste de chef d'état-major de l'armée ; il est plus particulièrement chef d'état-major de l'armée austro-prussienne dans la guerre contre le Danemark. En 1866 il dirige les opérations militaires dans la guerre austro-prussienne et à la bataille décisive de Sadova. En 1870-1871 il dirige les opérations militaires pendant la guerre franco-allemande. Après la bataille de Sedan, il est fait comte et nommé maréchal. En 1888 il est remercié par le nouvel Empereur Guillaume II et il se retire et devient président de la commission de défense du territoire ; il continue d'avoir une activité militaire et politique jusqu'à sa mort : il est député du Reichstag et membre à vie de la Chambre des seigneurs de Prusse. Il meurt à Berlin le 24 avril 1891.

 

Mission

 

Le Fort II - Fort Moltke avec son voisin situé plus à l'ouest, le Fort III - Fort Roon sont l'ossature du front Nord et contrôlent la route de Haguenau, ainsi que l'importante voie de chemin de fer allant en direction de Paris et de Wissembourg et le canal de Marne au Rhin. Les feux de ce fort, soutenu par le Fort Fransecky et le Fort Roon, balayent toute la vallée du Rhin et protègent toute la pente du terrain qui s'étend de
ce côté jusqu'au Rhin.

Lors de la crise de la brisance les intervalles entre ces ouvrages sont considérablement renforcés vers 1887-1890 par des abris d'infanterie, abris d'artilleurs, abris à munitions, ainsi que par de nombreuses positions pour les batteries d'artillerie. Ce dispositif est complété par l'aménagement de zones inondables le long du cours de la Souffel et au début de la Première guerre mondiale par un complément d'abris et de positions construits entre août 1914 et avril 1916, qui prennent en compte le déplacement de la ligne principale de défense qui englobe désormais l'agglomération de Reichstett.

 

Accès et visites

 

Le fort Rapp a été racheté par la commune de Reichstett et a été mis à la disposition de diverses associations. Sa restauration et sa gestion qui avaient été commencée initialement par la société « Les Amis du Fort Rapp » sous l’impulsion d’un passionné, M. Eugène Brisbois, est actuelle a été confiée à la société « Patrimoine et Histoire » qui assure des visites guidées sur place. Il s’agit ici du premier fort détaché à avoir été restauré et ouvert au public à Strasbourg. Il a donc bénéficié des équipements prélevés sur les autres ouvrages de Strasbourg, en règle générale avec l’autorisation des autorités militaires. Les renseignements concernant les dates et horaires des visites et les activités exceptionnelles peuvent être consultés sur le site de cette association. Nous vous invitons ici à consulter ces sites pour obtenir de plus amples informations et surtout à vous rendre sur place pour visiter l’ouvrage.

 

Site Internet : https://www.fort-rapp-moltke.fr/index.php/fr/

Site Facebook : https://www.facebook.com/fortrappmoltke.reichstett

 

Etat de l’ouvrage et intérêt patrimonial

 

 

Mesure de protection : édifice protégé au titre des monuments historiques, inscription par arrêté du 23 août 2001. Il s’agit de l’unique ouvrage des 12 forts de Strasbourg a faire l’objet d’une mesure de protection !

 

Chroniques / Zeittafel


 

 

Vendredi 17 novembre 1871

Allemagne, Strasbourg place forte : ordre impérial de construction des nouvelles fortifications.

L’acte de naissance officiel et secret à l’époque relatif à la construction des ouvrages de la ceinture fortifiée de Strasbourg est l’ordre du Cabinet impérial du 17 novembre 1871 : « J’ordonne au ministère de la guerre, conformément à l’expertise de la commission de défense du territoire du 26 juin, de ceinturer la forteresse de Strasbourg de forts détachés de telle sorte que la ville soit à l’abri d’un bombardement, et de réaliser ces ouvrages le plus rapidement possible. Entre autres, il faudra également planifier et entreprendre bientôt une extension de la forteresse, au niveau du front Nord. Pour débloquer les fonds nécessaires à ces nouveaux ouvrages, le ministre de la guerre doit entrer en contact avec le chancelier de l’Empire, à condition de financer l’agrandissement de la forteresse avec l’argent provenant de la vente des terrains de construction provenant des anciennes fortifications, mis à la disposition de la ville. Berlin, le 17 novembre 1871. Au ministère de la guerre. Wilhelm Graf von Roon ».

 

Jeudi 21 décembre 1871

Allemagne, fortifications : loi concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses.

Pour garantir l’absence d’obstacles au niveau des champs de tir autour des ouvrages de fortification, on a voté en Allemagne la loi du 21 décembre 1871 concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses. Cette loi connue sous la dénomination de « Rayongesetz » (loi du rayon de fortification), fixe 3 rayons de fortification aux alentours des ouvrages, à 600, 975 et 2250 mètres, à l’intérieur desquels la construction était sévèrement réglementée voir même interdite. Les litiges concernant ces rayons, ainsi que le passage des routes et des voies ferrées ou l’aménagement de digues étaient soumis à l’examen de la commission impériale de rayon, à laquelle participait deux officiers, un prussien et un bavarois du corps du génie.

 

MSamedi 10 février 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : publicité pour matériaux de construction.

La presse locale publie régulièrement des annonces concernant des offres de livraison de matériaux de construction divers, qui peuvent être utilisés pour la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg. Ce n’est qu’une proposition commerciale, aucun renseignement ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’un des fournisseurs des chantiers des forts détachés de Strasbourg.

Annonce d’une société d’Elberfeld pour livrer des briques cuites avec le procédé « Feldbrand » c’est-à-dire cuisson de campagne en dehors d’un four de briqueterie classique.

Autre annonce : Important pour les entrepreneurs. Une grande briqueterie à proximité de Strasbourg est en mesure de fabrique au cours de l’année plusieurs millions de briques cuites dans un four de campagne « Feldofenbacksteine » dans une qualité dure et en toute dimensions.

Lundi 12 février 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : adjudication de la construction des forts II à VI.

Les travaux de construction des cinq premiers forts de Strasbourg ont été adjugés le 12 février 1872 à différents consortiums d’entrepreneurs. Il s’agit de la construction de cinq forts à fossés secs : le Fort Reichstett, le Fort Mundolsheim, le Fort Niederhausbergen, le Fort Oberhausbergen et le Fort Wolfisheim. Cette adjudication qui comporte trois grands forts et deux forts de taille moyenne. Un fort de taille moyenne comme le Fort II ou Fort Reichstett il faut compter environ 160 000 m3 de terrassement et environ 67 000 m3 de maçonnerie. Au cours de l’année 1872, commencera également le chantier du Fort VII dont on a trouvé aucune adjudication. Les forts doivent être construit dans un délai de deux à trois ans. La construction du Fort Reichstett a été adjugée à priori au consortium Pathe, Jerschke, Schneider.

 

Lundi 26 février 1872

Allemagne, Strasbourg et Metz, fortifications : application de la loi du « rayon de fortification » aux places fortes de Metz et de Strasbourg.

Un journal de Strasbourg a publié cette ordonnance : « Sur la base de l’article 35 de la loi impériale concernant les restrictions apportées aux propriétés aux alentours des fortifications, du 21 décembre 1871 (Bulletin des lois impériales, 1871, n°51, paragraphe 459, bulletin de loi d’Alsace-Lorraine 1872, n°8, paragraphe 133), nous portons à la connaissance du public que l’agrandissement des places fortes de Metz et de Strasbourg et la mise en application des servitudes est prévue. Berlin, le 26 février 1872. Le Chancelier d’empire Fürst von Bismarck ».

 

Mars 1872

Allemagne, Strasbourg fortifications : relevés de terrains sur la future ceinture de forts détachés.

Les gardes du génie « Wallmeister » effectuent des relevés de terrain pour dresser des plans détaillés des communes soumises aux servitudes du rayon des fortifications. Ces relevés concernent dans un premier temps les environs des futurs ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

 

Vendredi 8 mars 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : la presse publie un article sur le projet.

Les journaux extérieurs à la ville ont écrit : « Comme nous l’avions déjà annoncé, la construction des nouveaux forts va bientôt commencer. En liaison avec ce remodelage des fortifications, il y a l’agrandissement de la ville, qui sera mené en même temps que les projets de nouveau canal et d’installations de voies ferrées. Les plans de ces projets sont examinés en ce moment par l’administration municipale, et en général ils devraient obtenir une approbation unanime. Que ce projet prévu sur les plans prévoie de commencer par la construction des ouvrages de fortification dans un premier temps n’est pas surprenant ! Car c’est seulement lorsque les ouvrages de fortification chargés d’assurer la sécurité contre un bombardement de la ville seront achevés que l’on pourra démolir l’étroit corset de fortification qui enserre la ville. Les chantiers pour les cinq forts détachés les plus importants, c’est-à-dire ceux de Wolfisheim, Niederhausbergen, Oberhausbergen et Reichstett sont désormais prêt, d’ailleurs les adjudications pour la construction de ces ouvrages ont été attribuées le 12 février 1872. Au cours des années suivantes, l’adjudication des autres forts sera réalisée, on parle d’ailleurs que ce sont 12 forts qui seront érigés et ils seront reliés entre eux par une ligne de chemin de fer. Naturellement la réalisation de tels ouvrages va mobiliser d’énormes moyens : ce sera l’occasion de vérifier si la fameuse pingrerie allemande est toujours d’actualité “deutsche Sparsamkeit”. De temps en temps, ce système économique s’est avéré efficace, en arrivant à réaliser des ouvrages de fortification aux prix fixés sans surcoût. Les personnels concernés peuvent être fier de ce résultat alors que l’on avait préconisé le contraire. L’administration civile a projeté la construction d’un canal de Strasbourg à Lauterbourg ainsi que des travaux pour rendre le Rhin navigable en amont de Strasbourg, ce qui permettrait d’augmenter sa capacité de défense et facilitera son agrandissement, et grâce à cette coopération la main dans la main que l’on a les meilleurs espoirs pour la sécurité et le développement de Strasbourg ».

 

Vendredi 12 avril 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : Construction des nouvelles fortifications.

Un journal de Strasbourg qui a repris un article publié par un journal allemand a publié cet article : « Strasbourg le 12 avril 1872. De Strasbourg, d’après la « Spener’schen Ztg. » à propos de la construction des ouvrages de fortifications” : « La ville doit être munie d’une ceinture de 18 forts distants en moyenne d’environ d’une lieue « Meile » de l’enceinte de la ville. Dans un premier temps, la construction de 5 forts au nord-ouest va être commencée, et l’exécution de ces travaux a été adjugée à plusieurs consortiums de maître maçons. La construction de ces 5 premiers forts doit être complètement achevée au 1er avril 1875. Les plans délivrés aux entrepreneurs sont assez succins, la réalisation des dessins de détail reste à leur charge, bien que les plans délivrés soient déjà de grande qualité. Ces consortiums commencent à présent à ériger sur les emplacements des futurs chantiers un certain nombre de logements et même des cantines pour les colonies de travailleurs d’une capacité d’environ 800 à 1 000 personnes. Ces derniers viendront essentiellement de l’ancienne Allemagne « Alt-Deutschland », puisque les Alsaciens ne veulent pas s’adonner librement à ces travaux. Seulement après l’achèvement de ces 5 forts que l’on commencera la construction des 13 autres, et là seulement, lorsqu’ils seront tous terminés, alors que le coût global est estimé entre 30 et 40 millions de Thaler, commencera la démolition des anciennes fortifications ». Remarque : on ne construira que 14 forts détachés autour de Strasbourg.

Allemagne, Strasbourg place forte : annonce pour acheter du matériel pour la construction du Fort Reichstett.

Le consortium d’entrepreneurs Pathe, Jerschke, Schneider, chargés de la construction du Fort Reichstett, a publié une annonce dans la presse locale pour acheter des brouettes et des rails usagés en bon état.

Mardi 16 avril 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : début d’extraction des pierres.

La presse locale nous informe que la société chargée de la construction du Fort de Reichstett a commencée l’extraction des pierres entre Saverne et Lutzelbourg. Cette même société a également entrepris l’arasement du bastion n°2 de la place forte de Phalsbourg, qui doit être démantelée. Les pierres de taille de ces fortifications seront employées à la construction des nouveaux forts détachés de Strasbourg.

 

Mercredi 17 avril 1872

Allemagne, Strasbourg place forte : annonce de proposition d’emploi pour la construction du Fort II.

La société de construction Pathe, Jerschke & Schneider publie une annonce pour l’embauche de 1 000 maçons et tailleurs de pierre, qui trouveront un emploi bien réénuméré pour une durée de plusieurs années, dans les carrières de grès situées à Saverne et à Lutzelbourg et sur le chantier de construction du Fort de Reichstett : « Nous donnerons des lots des travaux de maçonnerie qui commenceront au début du mois de mai, ainsi que mes gigantesques travaux de terrassement, sous la forme de petits contrats de sous-traitance. Les entrepreneurs autorisés, qui souhaitent y participer avec un groupe de gens doués, auront de plus ample information auprès de la société à Strasbourg ».

Remarque : Compte tenu que le chantier du Fort de Reichstett est assez proche du canal de la Marne-au-Rhin, et qu’il ne nécessite d’attendre l’installation du chemin de fer de ceinture pour emmener les matériaux en lieu et place, il sera le premier chantier de construction de fort détaché à Strasbourg.