Fortifications de Strasbourg pendant l’annexion allemande 1871 -1918

 

Dernière mise à jour : 11 mars 2019

 
 

L’histoire de l’’extension et la rénovation de la ceinture des fortifications urbaines de Strasbourg sous la direction des autorités allemandes peut être divisée en cinq grandes phases.

 

La première phase qui débute dès l’entrée des troupes allemandes dans la place forte le 28 septembre 1870, consiste dans un premier temps à dégager les débris des rues et de procéder à un nettoyage succinct des remparts pour permettre aux troupes présentes de circuler et de mettre autant que possible ces remparts en état de défense. Compte tenu que la priorité est donnée à la construction de la nouvelle ceinture des forts détachés, on commence en collaboration avec les autorités municipales, à moderniser les principales portes et à simplifier l’enceinte de la citadelle en arasant les ouvrages avancés autour de cette dernière. Pendant ce temps les autorités allemandes lancent une série d’études en concertation avec les autorités régionales et municipales, afin de définir l’emplacement des futures grandes infrastructures comme la nouvelle gare, le port, et la future université, tout en prenant en compte les exigences des autorités militaires qui demandent, tout comme les autorités civiles, un agrandissement conséquent de la ville qui aboutit également à une extension de l’enceinte urbaine.

 

La deuxième phase (1876 – 1878) par les travaux de construction de la nouvelle enceinte urbaine sur le front ouest, entre la nouvelle porte de Pierre « Stein-Tor » située à peu près près de l’actuelle place de Haguenau et l’entrée de l’Ill en amont. Cette enceinte enceinte est couverte par un large fossé qui la précède, et elle comporte la portion la plus puissante de cette nouvelle enceinte, avec du nord au sud, la porte de voie ferrée Nord, le cavalier XIII, la porte de Saverne « Kronenburger-Tor », le cavalier XIV, la porte de guerre II « Kriegs-Tor II », le cavalier XV, le cavalier XVI, la porte Nationale « Weißthurm-Tor », le cavalier XVII, la porte de voie ferrées Sud, le cavalier XVIII, le cavalier XIX et la porte de Schirmeck « Schirmecker-Tor ». Les travaux de construction de ce premier tronçon ont été adjugés le 23 juillet 1876 au consortium d’entreprises dénommé Wittkop-Jerschke & Walter de Mayence pour un montant d’environ 8 millions de marks et les travaux de réalisation du gros œuvre débutent vers le 25 août 1876 et s’achèvent vers le mois de mars 1878. En parallèle à ces travaux on perce à plusieurs endroits l’ancienne enceinte urbaine pour permettre la circulation des ouvriers et des matériaux, et entre la future enceinte et l’ancienne, sur le côté ouest, on installe la plateforme de la future gare de Strasbourg et des voies ferrées qui la connecte au réseau déjà existant. Dès que l’essentiel du nouveau rempart est érigé sur le front Ouest, commencent progressivement l’arasement de l’ancienne enceinte urbaine située à l’arrière de ce tronçon, ces derniers travaux dureront au-delà de l’année 1878.

 

La troisième phase (1877-1880 environ) commence avec la construction de la nouvelle enceinte urbaine sur le front Nord, entre la nouvelle porte de Pierre et la sortie de l’Ill en aval. Pour cela un érigé l’enceinte qui comporte le cavalier XII, le cavalier XI en face de l’actuelle caserne Stirn, la porte de guerre I « Kriegs-Tor I », le cavalier X qui est situé à l’emplacement de l’actuel lycée Kléber, la porte de Schiltigheim « Schiltigheimer-Tor », le cavalier IX, le passage de l’Aar en aval de Strasbourg, la porte de l’Ill « Ill-Tor » qui précède la sortie de l’Ill en aval de Strasbourg. Les travaux pour la construction de ce deuxième tronçon ont été adjugés le 7 août 1877 au consortium d’entreprises dénommé Schöttle-Hend et Cie de Stuttgart. Ces travaux ont été réalisés à partir du mois d’août 1877. 

 

Une quatrième phase (1880-1881) concerne la construction des ouvrages de la nouvelle enceinte urbaine du front Nord, à partir de la rive droite de l’Ill au niveau de sa sortie en aval de Strasbourg, et se poursuit jusqu’au front Est jusqu’à la Citadelle. Il s’agit de la construction de la nouvelle enceinte, avec le cavalier VII qui était situé à l’emplacement du Conseil de l’Europe, de la porte de la Robertsau « Ruprechtsauer-Tor », du cavalier VI au niveau de l’Orangerie, de la porte du Canal « Kanal-Tor », du cavalier V, du bastion IV à l’angle du front nord et est, au croisement des deux canaux, du bastion III, du bastion II, de la porte de Kehl « Kehler-Tor » et du bastion I avec sa jonction à la Citadelle. Les travaux de construction du 3ème tronçon ont été adjugés le 20 mai 1880 au consortium d’entreprises L. Heydt – Schöttle et Schuster et ont été réalisés entre le 20 mai 1880 et le 16 septembre 1881.

 

Enfin une cinquième phase (1872-1914) concerne les modernisations successives du front Sud de l’enceinte urbaine. Cette partie de l’enceinte urbaine avait été conservée puisqu’elle est très bien protégée par une vaste zone inondable. Toutefois on a commencé par la modernisation des portes, l’aménagement des remparts, puis, à après la construction du nouveau port du Heyritz qui couvrait bien cette enceinte, a une simplification de l’enceinte près de l’hôpital civil, et finalement, vers 1900, après la construction du nouveau tracé des voies ferrées reliant Strasbourg à Kehl, dont le remblai pouvait servir à la défense du front sud, à un abandon progressif de cette partie de l’enceinte urbaine. Pour assurer le flanquement de cette nouvelle ligne de défense au sud de la ville, on a érigé quatre redoutes. Par ailleurs, pour protéger l’écluse Nord située au nord de Strasbourg, on a érigé l’ouvrage de protection de l’écluse dénommé « Schleusendeckwerk ». 

 

1. Préparation des travaux de l’extension de la ville et de l’enceinte urbaine et de réparation et modernisation de l’ancienne enceinte urbaine

 

Processus décisionnel

 

Après l’annexion des nouveaux territoires, les autorités allemandes lancent la réparation sommaire et la simplification de l’enceinte urbaine qui a souffert sous les bombardements du siège de 1870. Alors que dès 1872 la priorité des travaux est consacrée à la construction de la nouvelle ceinture des fortifications. Néanmoins des études et des négociations sont menées pour l’extension de l’enceinte urbaine, avant de passer à une phase plus concrète à partir de 1876, dès que les forts détachés des fronts Ouest et Nord sont opérationnels. Voici successivement les actions qui sont menées au niveau du nouvel empire allemand, du service impérial des fortifications de Strasbourg, du service de l’administration de garnison, du district de Basse-Alsace et de l’arrondissement de Strasbourg-ville, de la municipalité de Strasbourg, et enfin des divers grands services comme celui des chemins de fer. Nous allons voir dans le détail, pour chaque niveau de responsabilité ou chaque service, les différentes étapes de ce projet.

 

Empire allemand

 

Les études d’une future extension de l’enceinte urbaine de Strasbourg sont lancées dès 1871 par l’ordre de cabinet du 17 novembre 1871, signée par Guillaume Ier, empereur d’Allemagne. Il ordonne de ceinturer Strasbourg avec des forts détachés et de planifier l’agrandissement de l’enceinte urbaine financée avec l’argent provenant de vente des terrains des anciennes fortifications. En effet, l’urgence de l’extension des fortifications de Strasbourg a été reconnue dès la fin de la guerre. Ici il s’agissait d’une transformation complète de l’ancienne fortification de Vauban, surchargée de nombreux ouvrages avancés, et aussi, de réaliser une ceinture de forts détachés. Voici la traduction du texte de cette ordonnance impériale : « J’ordonne au Ministère de la Guerre de doter la place forte de Strasbourg d’une chaîne de forts détachés à une distance qui permette de préserver la ville de tout bombardement, et de réaliser la construction de ces ouvrages dans les délais les plus brefs. Par ailleurs, l’agrandissement du front Nord de la forteresse elle-même doit être étudiée et réalisé ».

Autre décision importante est celle de la création de l’Université impériale de Strasbourg par l’ordonnance impériale du 15 décembre 1872. Cette création va entraîner un projet de construction qu’il faut désormais prendre en compte dans le projet d’agrandissement de la ville. D’ailleurs la presse locale évoque ces deux derniers projets dans un article publié le 20 décembre 1871 : « La Straßburger Zeitung a annoncé que l’Empereur a donné sanction à deux projets importants : la fondation de l’Université de Strasbourg et l’agrandissement de la ville. Au sujet de ce dernier projet, on dit qu’il va être mis immédiatement en exécution, et que le nouveau quartier de la ville, ne sera entouré que d’un simple mur d’enceinte. On dit que le futur curateur de l’Université, M de Roggenbach, a été autorisé à nommer des professeurs qui touchent des traitements montants jusqu’à 2 500 thalers ».

Par ailleurs, l’empire allemand instaure la loi sur les servitudes militaires du 21 décembre 1871. Pour garantir l’absence d’obstacle au niveau des champs de tir autour des ouvrages de fortification, on a voté la loi du 21 décembre 1871 concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses. Cette loi connue sous la dénomination de « Rayongesetz » (loi du rayon de fortification), fixe 3 rayons de fortification aux alentours des ouvrages, à 600, 975 et 2250 mètres, à l’intérieur desquels la construction était sévèrement réglementée voir même interdite. Les litiges concernant ces rayons, ainsi que le passage des routes et des voies ferrées ou l’aménagement de digues étaient soumis à l’examen de la commission impériale de rayon, à laquelle participait un officier prussien et un bavarois du corps du génie. Cette loi entre en vigueur sur le territoire d’Alsace-Lorraine dès sa publication au début de l’année 1872.

Autre événement qui a une influence notable sur l’urgence de la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg, est survenu vers le 15 et 16 septembre 1873, avec la fin de l’occupation du territoire français par l’armée allemande. En effet, la France vient d’achevé le payement des cinq milliards de francs or, et après négociation avec le gouvernement allemande, à pù obtenir le départ des troupes allemandes. Pour les autorités allemandes, il est désormais urgent de compléter au plus vite la construction des nouvelles défenses des places fortes de Strasbourg et de Metz.

Depuis l’entrée des troupes allemandes à strasbourg, au point de vue monétaire, on a encore utilisé le francs français et les diverses monnaies en cours au sein des divers Etats constituant le nouvel empire allemand. Ce n’est qu’à partir de 1875 que l’on instaure le mark allemand en Alsace-Lorraine. Voici l’ordonnance impériale instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874, mais publiée uniquement le 9 janvier 1875 publié par le journal officiel de Strasbourg : « Annonces légales. N°15. Ordonnance relative à l’instauration du Reichsmark du 31 décembre 1874. Nous Wilhelm, Empereur allemand par la volonté divine, Roi de Prusse, ordonnons pour l’Alsace-Lorraine, au nom du peuple allemand, sur la base de l’article 1 de la loi du 15 novembre 1874 (Gesetzbl. S 39), et conformément à la loi monétaire pour l’Alsace-Lorraine du 9 juillet 1873, ce qui suit : La monnaie du Reichsmark est mise en circulation auprès de toutes les caisses publiques et est instaurée officiellement. Par document signé personnellement de notre main, muni du cachet impérial. A Berlin, le 31 décembre 1874. Signé Wilhelm. Signé Fürst von Bismarck ». Il s’avère donc que si l’on a utilisé le franc français pour indemniser les propriétaires des terrains et financer les travaux de construction des forts détachés, pour les expropriations et les travaux de construction de l’extension de la ceinture urbaine de Strasbourg, c’est bien le mark de l’empire allemand qui sera la monnaie de référence.

1876 est l’année où les travaux d’extension et de construction de la nouvelle enceinte urbaine de Strasbourg vont entrer dans une phase concrète. Aussi, afin de permettre l’expropriation des terrains nécessaires à ces travaux, à l’aide des anciennes lois françaises, il est primordial, comme pour les forts détachés, de publier une ordonnance impériale déclarant l’urgence de ces travaux. Le journal officiel de Strasbourg a publié cette ordonnance le 3 mars 1876 : « N°74. Agrandissement de la ceinture de fortification de l’enceinte urbaine. Nous Guillaume, empereur allemand par la grâce de Dieu, suite à la proposition du chancelier de l’empire et conformément à la loi sur les expropriations pour des motifs publics du 3 mai 1811 (bulletin des lois, 9 série 9285), et à la loi sur les expropriations relative à la prise de possession de biens privés pour la construction urgente de fortifications du 30 mars 1831 (bulletin des lois 9 série 98) pour l’Alsace-Lorraine, ordonne ce qui suit : En raison de la nécessité publique de l’urgence déclarée de l’extension des fortifications urbaines de Strasbourg, conformément au plan ci-joint, nous donnons l’autorisation aux autorités chargées de cette réalisation, d’acquérir par voie d’expropriation toutes les parcelles de terrain nécessaires à la réalisation de cette fortification urbaine. Avec notre haute signature et le cachet impérial. Fait à Berlin, le 7 février 1876. Signé : Wilhelm. Signé : Bismarck. Certifié conforme : Meissner. Directeur confidentiel de la chancellerie d’état. Nous portons à la connaissance du public de façon réglementaire, cette décision supérieure conformément à la loi du 3 mai 1841. L’administrateur municipal. Back ». Ce ordonnance impériale déclenche les procédures d’expropriation des terrains conformément à la loi française du 3 mai 1841.

Une autre mesure importante a été prise au niveau de l’empire allemand : il s’agit du classement de la place forte de Strasbourg dans la 1ère catégorie des places fortes allemandes, qui sont dotées d’un armement de première classe. Voici le texte intégral de cette décision, publié par le journal militaire allemande dénommé « Allgemeine Miltair Zeitung » du 22 juillet 1876 : « D’après une décision prise récemment par le ministre de la guerre prussien et rapportée par les places fortes allemandes sont classées ainsi qu’il suit : 1° Forteresses avec armement de première classe : Strasbourg, Rastadt, Mayence, Metz, Coblence, Cologne, Wesel, Ulm, Magdebourg, Glogau, Neisse, Custrin, Spandau, Thorn, Posen, Dantzig, Koenigsberg. 2° Forteresses avec armement de deuxième classe : Neuf-Brisach, Thionville, Bitche, Sarrelouis, Torgau, Koenigstein, Glatz, Marienburg, Boyen. 3° Ouvrages de défense des côtes : Wilhelmshaven, Frederichsort, Pillau, Memel, Colberg, Swinemünde, Stralsund, Sinederbourg, Bouches de l’Elbe et du Weser ».

 

Le financement de l’extension de l’enceinte urbaine de Strasbourg est l’autre aspect important concernant les mesures prises par l’empire allemand.

Le 16 janvier 1874, un journal régional a publié cet article qui nous apporte quelques précisions sur le sujet : « Chronique locale. Strasbourg. Depuis quelques jours il n’est bruit dans notre bonne ville que d’agrandissement, d’élargissement, de reculement de l’enceinte fortifiée, et nous croyons, à notre tour, devoir communiquer à nos lecteurs la dépêche de Berlin qui a produit chez nous une si grande sensation : « Le Conseil fédéral vient d’être saisi d’un projet de loi autorisant le chancelier de l’Empire à consacrer une somme de 17 millions de marcs à l’élargissement des fortifications de Strasbourg. Pour couvrir les frais de construction, les terrains qui deviendront disponibles par l’éloignement des remparts seront vendus à la ville pour 17 millions de marcs ». Nous apprenons que les dépenses de ce projet d’agrandissement ont été évalués à 20 millions, dont 3 millions déjà alloués antérieurement. Une partie de ces terrains serait destinée à la construction d’une nouvelle gare et de divers bâtiments militaires ; le restant serait, moyennant 17 millions de marcs, recédé à la ville, avec la faculté de les revendre à l’Etat d’Alsace-Lorraine, qui les destinerait aux constructions de la nouvelle Université, du port, du canal, etc ».

La ville de Strasbourg, pour un montant de 17 millions de marks, doit racheter les terrains des fortifications devenus disponibles à la suite des travaux d’extension de l’enceinte urbaine.

 

Un article publié le 25 janvier 1875 par une revue militaire française, nous apportent encore d’autre précisions sur le sujet : « La loi du 8 juillet 1872, en vertu de laquelle l’indemnité de guerre payé par la France a été répartie, avait consacré une somme de 19 000 000 thalers (71 250 000 francs de l’époque) aux travaux de fortification à élever en Alsace-Lorraine. Sur cette somme, 3 750 000 fr. étaient réservés pour l’agrandissement de la ville de Strasbourg. Restaient donc, pour être employés à la construction de nouveaux ouvrages, 67 500 000 fr. La portion de ce crédit, à dépenser en 1872 et en 1873, devait s’élever à 51 181 875 francs : un reliquat de 16 318 125 fr. restait donc disponible pour les exercices suivants et était destiné à compléter le système de défense de Strasbourg et de Metz, les gros œuvres devant être achevés grâce aux crédits consacrés aux années 1872 et 1873. Mais ces crédits ont été dépassés et cela pour diverses causes parmi lesquelles on peut citer : les travaux supplémentaires occasionnés par les écroulements qui ont eu lieu dans les principaux forts de Metz, l’obligation de payer à des propriétaires des indemnités dues pour expropriation par l'administration française, obligation passée à la charge du gouvernement allemand, et enfin la hausse subite de la main-d’œuvre et des matériaux de construction occasionnée par la précipitation apportée dans les premiers travaux. L’administration allemande voulant en effet parer au plus pressé, a fait exécuter à tout prix, avant l’automne de 1873, les travaux qui avaient été reconnus indispensables à la défense du territoire. Il est résulté de ces divers motifs d’augmentation de dépenses que, 62 590 875 fr. se trouvaient dépensés à la fin de 1874, et qu’il ne restait plus qu’un reliquat de 4 909 125 fr. absorbé lui-même en partie, par de nouvelles dépenses imprévues causées par des écroulements considérables qui se seraient récemment produits au fort Saint-Quentin. Le Reichstag, reconnaissant la nécessité d’un nouveau crédit, a voté le 25 janvier 1875 une nouvelle allocation de 10 412 432 fr., à prélever sur le restant de l’indemnité de guerre ».

 

Le service impérial des fortifications « Kaiserliche Fortifikation » de Strasbourg

 

Le service impérial des fortifications de Strasbourg est chargé sous la direction de l’ingénieur de la place de l’entretien et de la réparation des fortifications existantes et de la construction des nouveaux ouvrages. Il établi les plans projets, réalise les relevés sur le terrain, établi les cartes comportant les limites des différents rayons de fortification, réalise les adjudications, procède aux expropriations des terrains privés ou aux échanges de terrain pour ceux qui appartiennent à la ville. Pendant la période de construction des nouveaux forts détachés de Strasbourg et de l’extension de l’enceinte urbaine, on a créé une Inspection des nouvelles fortifications de Strasbourg sous la direction du colonel Klotz, qui supervise directement le service que nous venons de mentionner. Voici l’article paru dans un journal de Metz à ce sujet : Samedi 6 juillet 1872. On lit dans la « Metzer-Zeitung », un des deux journaux allemands crées à Metz pour la garnison : « La direction générale des travaux de Strasbourg, comprenant l’achèvement de ceux qui sont commencés, les projets nouveaux à proposer, l’extension à donner, vient d’être confiée au colonel de génie Klotz. On assure que la construction des forts s’exécutera d’après des principes nouveaux. Il sera donné la plus grande attention aux travaux de communication, par télégraphe et chemins de fer, des forts avancés, soit entre eux, soit avec la ville ou les dépôts, magasins, quartier-général, etc., qu’elle renferme. Des systèmes nouveaux sont également appliqués à l’organisation des hôpitaux, et à l’établissement des abris pour les garnisons destinées à la défense de ces grandes places d’armes. La plus grande partie de l’armement de l’artillerie de ces forteresses consistera en pièces de plus gros calibre ». Les informations données par cet article sont confirmées par un article paru dans une revue militaire française du 16 août 1872 : « On vient de former une commission, sous le nom de : Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg. Comme son nom l’indique, elle est spécialement chargée des travaux qui s’exécutent à Strasbourg ; le colonel Klotz, du corps des ingénieurs, est à sa tête ».

Le service impérial des fortifications de Strasbourg, à l’aide du budget alloué pour l’entretien courant des ouvrages, des budgets exceptionnels mis en place pour la construction des nouveaux ouvrages, et des ressources issues de la vente des anciens terrains des fortifications, de la vente de bois comme celui de l’île des Epis « Sporeninsel » qui appartient à se service, le produit de l’attribution des concessions d’utilisation de l’herbage, de la pêche et de la glace, ainsi que de la vente des anciens matériels devenus inutiles. Pour les travaux de construction de nouveaux ouvrages, lorsque les budgets ne suffisent pas à l’achèvement des travaux, on utilise justement les fonds attribués pour l’entretien courant ou ces ressources des différentes ventes et concessions pour terminer les travaux les moins urgents. Par ailleurs, le service des fortifications de Strasbourg est également chargé des moyens de communication comme l’entretien du réseau de télégraphie souterrain et qui relie tous les ouvrages et ultérieurement toutes les places fortes et garnisons importantes de l’empire allemand. Ce réseau est complété par quelques lignes aériennes et ultérieurement par un réseau téléphonique. Il gère également la station de pigeons voyageurs de la place forte. Le service des fortifications de Strasbourg est également chargé de l’installation des voies de chemins de fer nécessaires à la construction des ouvrages.

Voici quelques exemples d’adjudication de travaux d’entretien annuels ou de concessions diverses, que nous avons retrouvés grâce aux communiqués de ce service publiés dans la presse locale.

 

Adjudications annuelles des travaux d’entretien des ouvrages de fortification.

 

Le service impérial des fortifications de Strasbourg procède chaque année à l’adjudication des travaux d’entretien des ouvrages de la place forte. Attention, alors qu’en France le service du génie s’occupe des fortifications et de l’infrastructure militaire, ici le service des fortifications se limite bien aux ouvrages de fortifications et aux moyens de communication. La construction et l’entretien de l’infrastructure militaire est réalisé par le service de l’administration garnison et son bureau de construction pour les années 1870 – 1880. Ultérieurement cette organisation évoluera encore jusqu’en 1918.

 

Voici un exemple d’ajudication pour les travaux d’entretien des fortifications pour l’année 1873, grâce à un communiqué publié dans la presse locale : « Adjudication pour la fourniture en 1873, au profit de la place forte, de matériaux et des prestations suivantes : des travaux de maçonnerie, des travaux de tailleurs de pierres, des travaux de couvreurs, des travaux de charpentiers, des travaux de menuisiers, des travaux de forge et de serruriers, des travaux de plomberie, des travaux de peinture, des travaux de vitrerie, des travaux de pavage et des prestation de transport, qui doivent être attribués par voie de soumission pour la date suivante du : Lundi le 9 décembre vers, le matin à 10 heures, au Bureau du service des fortifications locales, les conditions d’exécutions peuvent être consultés, pendant les heures de bureau. Strasbourg, le 8 novembre 1872. Le Service de Fortification impérial ».

Voici un autre communiqué publié par la presse locale pour l’année 1877-1878 : « Adjudication des travaux et livraisons à effectuer du 1er avril 1877 au 31 mars 1878, au profit de la place forte de Strasbourg et de ses ouvrages extérieurs : travaux de maçonnerie et de taillage de pierres ; travaux de couverture ; travaux de charpente ; travaux de menuiserie ; travaux de forge et de serruriers ; travaux de plomberie ; travaux de peinture ; travaux de vitrerie ; travaux de carrelage ; travaux de carrelage ; travaux de pavage ; travaux de puisatier ; missions de transport ; ainsi que la livraison des fournitures et de dessins, et la livraison de la nourriture pour les pigeons seront attribués par voie d’adjudication le samedi 17 mars 1877, à 10 heures. Strasbourg le 5 mars 1877. « Kaiserliche Fortification ».

 

Concession d’utilisation de l’herbage.

La presse locale a publié à trois reprises ce communiqué : « Les concessions d’utilisation des herbages pour une période de trois années, 1872, 1873 et 1874, sera mise aux enchères publiques le lundi 29 et en cas de besoin le mardi 30 avril 1872. Les séances commencent à 8 heures sur le rempart principal du bastion 1 « Bastion 1 », près de l’écluse « Capuziner-Schleuse », les personnes intéressées, peuvent voir les parcelles concernées mercredi 24 avril 1872 après-midi, les adjudants de fortification « Wallmeister » en ont été avisé. La répartition des parcelles est identique à l’ancienne administration ; la location de la première année est encaissée immédiatement, les modalités concernant les autres années seront communiquées le jour des enchères des concessions ».

La presse locale a également communiqué ce communiqué : « Strasbourg, le 18 juin 1872. On vient de publier dans le journal Niederrheinische Currier, de Strasbourg : Suite à l’arrêté pris par le gouvernement impérial de la place « Festungsgouvernement », appuyé par un avis du gouvernement et du conseiller santé « Medicinalrath » Dr. Wassersuhr, le service des fortifications vient d’ordonner le 12 de ce mois, que pour des raisons de santé publique, tous les tas d’herbe en décomposition déposés dans les fossés des remparts doivent être enlevés par les personnes qui ont loués les droits d’herbage. Mais étant donné que ces derniers ne louent l’herbage que jusqu’à quelques distances du bord, puisque les rives couvertes de roseaux sont du ressort de ceux qui ont loué la pêche, nous leurs conseillons dans leur intérêt, de procéder à l’enlèvement des tas et au nettoyage des roseaux qui y poussent massivement et qui bouchent généralement les fossés d’évacuation qui ne sont pas nettoyés.

Voici un autre communiqué paru dans la presse locale : « Lundi 7 mai 1877 matin, à 9 heures, seront adjugés les herbages des terrains expropriés pour l’extension de l’enceinte urbaine, situés entre la porte de Pierre « Steinthor » et l’Orangerie, sur place, au plus offrant, contre payement immédiat. Des conditions précises seront communiquées lors de l’adjudication. Le rassemblement se fera devant la porte « Steinthor ». Strasbourg, le 27 avril 1877. Kaiserliche Fortifikation ».

 

Etablissement des plans de l’enceinte urbaine

 Nous avons retrouvé plusieurs plans qui ont été établis par le service impérial des fortifications de Strasbourg, et validés par les diverses inspections. Ainsi en 1874, le service des fortifications établi plusieurs plans projets relatifs à l’extension de l’enceinte urbaine :

Un plan projet général pour les fronts Nord et Ouest de la nouvelle enceinte, en couleur, sur papier calque, comprenant sur la première feuille un plan de situation à l’échelle 1/5 000e, sur la 2e feuille les profils à l’échelle 1/500e et sur la 3e feuille un plan projet général pour l’extension de l’enceinte urbaine, en couleur, sur papier calque, à l’échelle 1/5 000e.

En 1876, un plan concernant le passage souterrain de la lunette du nouveau fossé des remparts. Ce plan aux échelles 1 :100e et 1 :10e comprend le plan de masse, des coupes et les traverses portes rails « Schienenträger ».

Le service impérial des fortifications a signé en commun avec la direction des chemins de fer d’Alsace-Lorraine « Reichseisebahnen Elsass-Lothringen » un plan établi en collaboration avec le service des fortifications de Strasbourg le plan de la porte de chemins de fer « Südliches Festungsthor » de la ligne Barr – Bâle. Ce plan à l’échelle 1 :100e est destiné à figurer dans le rapport du 10 mars 1878. Cet ouvrage fait parti de l’extension du front ouest de l’enceinte urbaine de Strasbourg.

Vue du plan décrit ci-dessus (collection MJR)

Source : Geheimes Staatarchive preußischer Kulturbesitz.

 

Nous avons vu les différentes formes d’intervention du service impérial des fortifications de Strasbourg. Le sujet est vaste et sera complété au fur et à mesure. Un autre service important de la garnison intervient également ponctuellement au niveau des fortifications urbaines : il s’agit du service de l’administration de la garnison.

 

Service de l’administration de la garnison « Garnison-Verwaltung »

 

Le service de l’administration impériale de garnison intervient plus particulière pour la réparation des postes de garde de la place forte de Strasbourg. Voici un communiqué publié en juillet 1874 par un journal de Strasbourg : « « Travaux de réparation. Des réparations doivent être effectuées dans de nombreux postes de garde des portes de la ville ; ces travaux sont adjugés pour un montant de 618,20 Thaler. L’adjudication est fixée au lundi 6 juillet 1874, à 10h00 heures, dans nos bureaux locaux, Schiffleutgasse Nr. 11, où les modalités concernant ces travaux peuvent être consultées. Strasbourg, le 24 juin 1874. « Kaiserliche Garnison-Verwaltung ».

Remarque : il s’agit dans le cas présent de la réparation des anciens postes de garde qui avaient été construits à l’époque française.

 

District de Basse-Alsace

 

Le président du district de Basse-Alsace intervient dans les débâts au sujet des diverses planifications concernant la future infrastructure civile de la place forte après sont agrandissement. Voici un article publié par la presse locale qui nous apporte quelques informations à ce sujet : Extrait d’un article du 16 février 1872 à Strasbourg concernant une reflexion menée par la chambre locale de commerce et d’industrie au sujet du projet d’agrandissement de la place forte de Strasbourg et de ses conséquences. « Cela est connu de tous le monde, que conformément à la plus haute volonté, Strasbourg sera agrandi par l’extension des fortifications du front nord, où l’enceinte sera repoussée jusqu’au canal. Ceci libérera un important secteur, et si l’on se penche sur le plan d’urbanisme on constate, que tous les intérêts y compris ceux de l’industrie et du commerce ont été pris en compte. Dès le départ il ne devrait pas y avoir de contestation, si ce nouveau terrain, qui est situé à l’ouest de l’Ill est destiné à l’habitat et aux bâtiments publics, mais il serait judicieux de réserver le terrain situé à l’est de l’Ill au commerce et à l’industrie. Dans le cadre de ce projet, Monsieur le Président de Basse-Alsace a demandé à la chambre de commerce et d’industrie locale, de répondre un certain nombre de questions et de les argumenter :

1) Est-il envisageable d’installer un canal de navigation pour les liaisons commerciales avec le Rhin moyen, et est-il possible que sa rejoint le canal de l’Ill au Rhin ? Ce canal devrait avoir des dimensions permettant la circulation des grandes péniches du Rhin ?

2) Est-il possible de rendre navigable le Rhin pour les péniches tractées de la berge à la place du canal cité en 1, où peut-on envisager éventuellement cette réalisation ultérieurement ?

3) A-t-on besoin d’installer un nouveau port de commerce comportant des zones de stockage à l’intérieur de l’enceinte urbaine de la ville et où pourrait-on l’installer ? Doit-il être en mesure de recevoir des péniches rhénanes de grande dimension et qu’elle dimension devrait-il alors avoir ? Comment ce port doit il être relié au système des canaux ? Le terrain situé à l’est du Fischerthor pourrait éventuellement être adapté à l’installation d’un tel port, toutefois, il ne faudra pas laisser une bande de terrain trop étroite entre la route et le quai ?

4) De quelle manière doit-on relier le port au réseau ferré et où doit-on installer la gare de marchandise ? Pour cela on devra prendre en considération de ne pas couper par une voie ferrée le secteur situé à l’ouest de l’Ill.

La chambre de commerce et d’industrie locale a répondu de la manière suivante après avoir procédé à des réunions :

5) L’installation d’une voie navigable, pour les bateaux rhénans de grande taille dans le cadre des relations commerciales avec le Rhin moyen et le Rhin inférieur, dans le cadre de l’agrandissement de la ville de Strasbourg, est un grand projet plébiscité depuis fort longtemps par la chambre de commerce et d’industrie ? Les membres de la chambre pensent avoir déjà répondu à la question par la publication du projet de voie fluviale sous la forme d’un canal destiné au trafic fluvial. Ce canal devrait rejoindre le canal de l’Ill au Rhin au niveau de la jonction du canal des Français.

6) La proposition de permettre l’accès au Rhin à la navigation tractée depuis la berge ne semble pas nécessaire à la chambre ; face à la concurrence du chemin de fer Ludwigshafen - Strasbourg, ce projet n’apporterait que peut d’intérêt. Si cette question revenait de nouveau dans des conditions plus favorables, il faudrait considérer cette voie d’eau autant que le canal.

7) Dans les deux cas, c’est-à-dire la construction d’un canal ou les travaux de navigabilité du Rhin, il est très important d’installer un port et de zones de stockage à l’intérieur de l’enceinte urbaine, car sinon, une grade partie de l’apport des voies d’eau ne profiterait pas à Strasbourg. Un tel canal doit être en mesure d’accueillir tous les bateaux rhénans en grand nombre, et pour cela sa dimension devrait être de 40 à 50 000 m² pour être parfait. Le terrain situé à l’est de la porte des Pêcheurs pourrait très bien faire l’affaire pour installer ce port, car cet emplacement idéal pour l’accès des voies d’eau et la liaison avec une gare ferroviaire. La liaison avec le réseau des voies navigables serait assurer par le canal Rhin-Ill pour l’accès à l’Ill, au Rhin ou canal de la Marne au Rhin, ou part le canal des Faux-Remparts pour accéder au canal du Rhône au Rhin. Au cas où il serait question de construire un canal en direction de la Haute-Alsace, comme cela serait normal pour une province très industrialisée, il serait judicieux d’installer un canal de jonction entre la ville et la Citadelle, avec une jonction avec le canal du Rhône au Rhin au niveau de la ligne de chemin de fer Kehl-Strasbourg (au-dessus de l’écluse 85). Ce canal, part l’adjonction de quai de déchargement, permettrait d’agrandir à terme la capacité du futur port.

8) Dans le même cadre que ci-dessus pour l’installation d’un canal de jonction, une voie ferrée pourrait joindre la gare de marchandise du port avec le réseau ferré, qui devrait trouvée un passage adapté en partant de la ligne Kehl Strasbourg, en partant de la route de Colmar, en passant par la ville et l’Ill, près des Ponts-Couverts et l’Hôpital. Dans ce cas la voie ferrée projetée à l’ouest de l’Ill couperait le nouveau quartier de la ville et favoriserait la communication entre voie ferrée et voies fluviales ».