Janvier - mai 1914


Dernière mise à jour : 2 mars 2018



Mercredi 28 janvier 1914

Reichsland Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Le tribunal militaire de Strasbourg acquitte le colonel commandant le 99e régiment d'infanterie de Saverne. En Alsace-Lorraine le gouvernement Wedel et Zorn de Bulach remet sa démission.


Samedi 31 janvier 1914

Reichsland Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Les démissions des Secrétaires et Sous-Secrétaires d'Etat Zorn de Bulach, Mandel et Pétri, sont acceptées ; les hauts fonctionnaires prussiens, le comte de Roedern, le baron de Stein et Frenken sont nommés Secrétaire d'Etat et Sous-Secrétaires d'Etat à l'Alsace-Lorraine.


Vendredi 27 mars 1914

Strasbourg - Fort Kirchbach : agression d'un sous-officier de garde.

La Straßburger-Bürger-Zeitung nous relate l'affaire suivante : « La lâche attaque de la garde du Fort Kirchbach par un inconnu est, d'après la « Kehler-Zeitung », le sujet de conversation du jour et a énervé beaucoup de paisibles habitants. Le déroulement a été relaté de la manière suivante : Vendredi soir, vers 23 heures, le chef du poste de garde, le sergent Rennich du régiment d'infanterie n°136, a entendu deux coups de feu à proximité du fort, qui ont retenti dans le silence de la nuit. Immédiatement après la sonnette du fort retentie. Le sergent a ouvert la porte pour voir l'origine des coups de feu et faire entrer les postes de garde pour la relève. Comme il ne voyait personne, il a fait
quelques pas devant la porte, lorsque qu'un inconnu a tiré à deux reprises sur le sergent, un premier coup de feu qui a touché le côté gauche de la poitrine du sergent, et que le deuxième tir l'atteint au niveau de l'aine, et la balle s'est écrasée sur une pièce de 5 marks dans son porte-monnaie. Les blessures du sergent sont heureusement de natures légères. On recherche activement l'auteur des coups de feu. Les fonctionnaires de la police criminelle de Strasbourg ont réussi à suivre sa piste sur une partie du chemin grâce à un chien policier. L'ensemble du déroulement de cette attaque laisse à penser que l'agression était préméditée, car un braconnier n'aurait pas actionné la sonnette pour faire sortir la victime. A cela la Kehler-Zeitung fait remarquer que « compte tenu de l'attitude amicale de la population locale envers les militaires,
on ne peut pas envisager que ce plan criminel ait été concocté par un individu issu de notre de la population locale ...
Et nous ne voulons pas faire la supposition, écrit le journal de Kehl, compte tenu de l'étroitesse de nos relations, que l'auteur soit à chercher en l'Alsace, alors que l'on pourrait le croire. On en a assez du jeu cruel qui consiste à dire que les Alsaciens sont des hommes hostiles aux militaires !
 ». Remarque : on voit que la Kehler-Zeitung est prudente quant à l'auteur des faits. Depuis l'affaire de Saverne, on constate d'importantes tensions entre militaires et civils en Alsace-Lorraine, surtout après une série de procès qui mettent les militaires hors de cause où à nouveau on s'aperçoit que les officiers allemands sont des intouchables. Les journaux pangermaniques en profitent pour attiser la haine envers les Alsaciens-Lorrains.

Justement après la publication de fausses nouvelles, la Straßburger-Bürger-Zeitung du mercredi 1er avril 1914 apporte des précisions sur ce fait divers et surtout évoque le fait que la « Rheinisch-Westfälische Zeitung » en a profité pour attiser la haine envers les Alsaciens-Lorrains. Voici l'intégralité de l'article : « Concernant l'agression du sergent de garde au Fort près de Sundheim. D'une source sûre qui nous semble bien informée, nous avons eu un déroulement des événements qui dans plusieurs points ne correspond pas aux faits tels qu'ils ont été évoqués jusqu'à présent. D'après ce récit, le sergent n'est pas sorti du poste de garde parce qu'il a entendu la sonnette, mais parce qu'il a
entendu un coup de feu. Il pensait qu'un homme de la patrouille qui rentrait ait donné un coup de feu accidentel en déchargeant son fusil. Lorsqu'il se présente à la porte, le sergent est touché à la poitrine gauche par un coup de feu donné à courte distance, qui a brûlé sa veste et sa chemise, et lui engendra une plaie superficielle. La poursuite a été engagée avec deux hommes, au cours de laquelle le fuyard a encore tiré encore un coup de feu, qui a touché le sergent au niveau de l'aine ; le projectile resta planté dans une pièce de 5 marks que le sergent avait dans sa poche. La poursuite a été engagée jusqu'à Kehl, où le fugitif s'est rendu et il a été remis à un gendarme local « Landgendarmen ». D'après cette version du récit on peut admettre qu'il s'agissait d'un acte de vengeance personnelle et non une activité antimilitariste. Si le journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung » utilise à nouveau cette occasion pour répandre sa haine, il reste fidèle à ses habitudes. Car le journal condamne à nouveau sur un récit qui s'avèrent inexact et qui lest le suivant : « L'incident montre, que sous les cendres il y a toujours des braises qui brûlent, qui a la première occasion deviennent à nouveau des flammes ; il démontre l'incroyable haine
des éléments antiallemands d'Alsace-Lorraine. Où est-ce que l'on veut à nouveau prétendre en Alsace-Lorraine, qu'il ne s'agit qu'un tir au cours d'un jeu d'enfants ou des jets de pétards « Knallfrösche » (petites boules qui explosent lorsqu'elles percutent le sol), comme on l'a prétendu il y a quelques temps lors de l'attaque d'un poste de garde à Saverne ». C'est une façon de faire qui se contente d'une manière brûlante, de désigner immédiatement l'acteur du méfait d'Alsacien-Lorrain et de décrire cette agression comme une conséquence de la haine ineffaçable des éléments antiallemands. Il aurait au minimum été nécessaire au nom du sentiment humain de justice d'attendre les preuves, qu'un Alsacien ait commis cette agression. Mais on a simplement jugé à partir des pétard-grenouilles de Saverne doté de canons chargé de haine antiallemande. C'est là bien la manière du journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung », qui veut faire croire que derrière chaque buisson il y a un franc-tireur. Alors que maintenant il s'avère que l'auteur des faits menait une vengeance privée et qu'il n'est pas Alsacien ? Est-ce que le journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung » va retirer ses accusations ? La façon, d'annoncer sans aucune preuve, qu'à Sundheim au Pays de Bade il y a des Alsaciens qui se rassemble et tirent, n'est ni une précaution journalistique encore moins une attitude responsable ».

La Straßburger-Bürger-Zeitung revient sur ces mêmes faits dans article du 6 avril 1914 intitulé « La vérité est en marche ». Elle publie notamment le démenti de la « Rheinisch-Westfälische-Zeitung », qui est le suivant : « Dans notre numéro 389, nous avions rendu compte de l'agression du sous-officier de garde du fort Kirchbach. En effet après avoir survolé le communiqué du bureau de police local daté de Strasbourg, un compte rendu que nous avons regardé trop rapidement, nous pensions que l'agression a été commise sur le sol Alsacien-Lorrain « Reichsländischen Boden ». Néanmoins, il s'avère que le Fort Kirchbach, même s'il est proche de Strasbourg, est sur l'autre rive du Rhin, en Pays de Bade, si bien que ce regrettable incident ne peut pas être mis sur le compte d'une activité d'éléments antiallemands provenant d'Alsace-Lorraine ».

La Straßburger-Bürger-Zeitung revient aussi sur une agression qui s'était déroulé à Colmar et qui elle aussi avait entraîné de nombreux articles dénonçant des soi-disant éléments antiallemandes Alsaciens-Lorrains. Il s'agit du cas d'un soldat du Dragonerregiment de Colmar qui avait dit qu'une personne parlant le dialecte local l'avait agressé et tiré dans la main. Il vient d'avouer qu'il a menti et qu'il s'est lui-même tiré dans la main. Voilà encore une affaire qui avait été largement commentée, en traitant l'Alsace-Lorraine de terre ennemie « Feindesland ».


Mardi 30 mars 1914

16h15 : Strasbourg, Polygone : un avion s'écrase au Polygone.

La Straßburger-Bürger-Zeitung nous informe des faits suivants : « Hier vers 16h15, s'est déroulé un regrettable accident sur le terrain d'aviation du Polygone. Un biplan est tombé d'une hauteur de 15 mètres alors qu'il prenait un virage. Le pilote, le lieutenant « Leutnant Schulz », a été légèrement blessé, tandis que l'officier observateur qui l'accompagnait, le capitaine « Hauptmann Rheinhardt » du régiment d'infanterie 70 « Inf.-Regt. Nr.70 » a été gravement blessé et est rapidement décédé. Le Leutnant Schulz a subi une fracture de la jambe. L'avion est complètement détruit. Le rédacteur de l'article nous donne le compte rendu suivant en tant que témoin de l'accident : « Alors que
toute l'après-midi de nombreux officiers de notre base aérienne « Flieger-Station » profitaient ce superbe beaux-temps pour décoller et faire de petits vols, un terrible accident est survenu vers 17 heures. Vers 16h45 le Leutnant Schulz, un des officier les plus doué de notre base, a pris les commandes d'un biplan commercial « Luftverkehrs-Doppeldecker » avec le Hauptmann Reinhardt, en tant qu'officier observateur. Alors que l'appareil était à une altitude d'environ 50 mètres, il s'est incliné subitement lors d'un virage et comme une flèche se dirige très rapidement d'une altitude de 20 mètres vers le sol, sur le Polygone, entre la route d'Altenheim et les hangars d'aviation. Alors que le Leutnant Schulz s'en sort avec une fracture compliquée du tibia et une grave blessure à la tête, le Hauptmann Rheinhardt, alors âgé de 35 ans et tout juste marié il y a quelques jours, a été éjecté de l'appareil et s'est retrouvé sous les décombres de l'avion. Cela a duré quelques temps avant que l'on puisse récupérer la victime de sa position. Il ne donnait plus que de faibles signes de vie et il a été rapidement conduit avec son camarade, à l'hôpital militaire avec une ambulance automobile. Compte tenu de ses blessures internes, il est décédé en cours de
route. Le Hauptmann Rheinhardt avait été pour la première désigné pour accompagner le Leutnant Schulz en tant qu'officier-observateur, et il devait ultérieurement être formé en tant que pilote. Après que les soldats de la base aérienne aient réussi à récupérer de l'épave les parties du moteur qui étaient encore utilisables, le reste des débris ont été brûlés. Un trou d'une profondeur d'un demi mètre que le moteur avait creusé dans le sol et une grande flaque d'huile est tout ce que les nombreux badauds qui encerclaient les lieux de l'accident, pouvaient encore apercevoir de ce terrible accident, jusque tard dans la soirée. Les premiers secours ont été assurés par les soldats de la base aérienne qui ont accourus, mais dont l'intervention avait été rendue difficile à causes des nombreux spectateurs qui se sont pressés sur les lieux de l'accident. C'est seulement après l'arrivée des troupes qui étaient en train de faire des exercices sur le stand de tir de la Klebsau et sur le Polygone, que le lieu du drame a pu être protégé pour que les secouristes puissent faire leur travail. Alors que les secours étaient en
cours, le Leutnant Garganico était encore en vol et tournait au-dessus et réalisait ses fameuses descentes sur le côté et en piqué, sans savoir que sous ses pieds la mort cruelle a frappé un de ses infatigables pilote. A peine les victimes avaient-elles été évacuées, qu'un Taube avec le Leutnant Reuss en tant que pilote, qui revenait d'un vol lointain, a atterrit brusquement si bien que le train s'est brisé et que les deux occupants ont été sérieusement secoués. Heureusement, aucun des deux n'a été blessé. L'accident qui est survenu hier, est, après une longue pause, le deuxième en 8 jours. Le pilote officier de Fribourg, qui s'est également écrasé lors de l'atterrissage il y a 8 jours, dont les blessures ne semblaient pas très graves, est toujours hospitalisé au lazaret n°1 avec un pronostic vital engagé. Il n'a pas encore été possible de le transporter jusqu'à Fribourg.

Aussi nous en profitons pour attirer votre attention, qu'il est strictement interdit de pénétrer au Polygone pendant les exercices de vol. Comme toujours, il y avait hier, alors que plusieurs avions tournaient dans le ciel, de nombreux spectateurs au milieu du terrain. Si l'avion était tombé 50 mètres plus loin vers la route d'Altenheim, il y aurait vraisemblablement eu plus de victimes ».

 

Mercredi 31 mars 1914

Saverne : Relève du détachement de garde.

La presse locale relate que la garde de Saverne, qui jusqu'à présent avait été fournie par le « Infanterieregiment 132 », dont les hommes viennent de rentrer à Strasbourg, est à présent fourni par une compagnie du régiment saxon « Infanterieregiment 105 », commandé par le capitaine « Hauptmann Oppermann ». En effet, le 99e régiment d'infanterie a été éloigné de Saverne suite à l'affaire du même nom.


Dimanche 19 avril 1914

Reichsland, Strasbourg : remplacement du Statthalter.

Le comte de Wedel est nommé Prince et remplacé comme Statthalter d'Alsace-Lorraine par le ministre de l'Intérieur de Prusse Dallwitz.


Jeudi 23 avril 1914

Strasbourg : espionnage au Polygone.

Strasbourg, Polygone. Les deux personnes arrêtées hier par la police près des champs de tir du Polygone et du terrain d'aviation « Fliegerstation » parce qu'elles prenaient des photos ; les plaques ont été confisquées.


Vendredi 24 avril 1914

Strasbourg : espionnage au Polygone.

Photographes arrêtés au Polygone. Les deux personnes arrêtées au Polygone n'étaient que deux photographes qui avaient rendez-vous avec des volontaires d'un an et des soldats du Train pour réaliser des photos des militaires.


Jeudi 24 avril 1914

Metz : Incidents dans la garnison.

Metz, incident entre un lieutenant aviateur « Fliegerleutnant » Wetzel et 3 Lorrains ; insultes et voies de fait, le lieutenant a tiré son sabre au café de Paris.