Août 1914

Dernière mise à jour : 24 juillet 2018 par MJR

 

 

Samedi 1er août 1914

00h00 : Belgique, Bruxelles, récit de Hugh Gibson, Premier Secrétaire de la Légation Américaine.

« Hier, en rentrant chez moi, vers minuit, j'ai vu la police aller de porte en porte, sonner et remettre les ordres de mobilisation. Chacun devait sauter du lit, s'habiller à la hâte et courir à son régiment. Cette nuit a dû voir bien des adieux déchirants, et cette image ne prépare pas à un sommeil tranquille ».

01h00 : France, mesure de préparation de la mobilisation.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, vers 1 heure, l’avertissement suivant est adressé par télégramme à tous les commandants de corps d’armée : « Vraisemblablement l’ordre de mobilisation sera lancé aujourd’hui le 1er août dans l’après-midi. Faites procéder immédiatement à toutes les opérations intérieures de nature à faciliter la mobilisation ».

2h00. Allemagne – Russie : échanges télégraphiques entre l’empereur d’Allemagne et le Tsar de Russie. 

Le Tsar, ainsi que l’y obligeait le souci le plus élémentaire de sa dignité, laisse expirer le délai qui a été fixé à la Russie par le Chancelier, et le 1er août, à 2 heures, il télégraphie au Kaiser. « Je comprends que tu sois obligé de mobiliser, mais j’aimerais recevoir de toi la même promesse que je t’ai donnée, que ces mesures ne signifient pas la guerre et que nous continuerons à négocier pour le bien de nos deux pays, de la paix générale qui est si chère à nos cœurs. Avec l’aide de Dieu, il doit être possible à notre amitié éprouvée d’éviter l’effusion du sang. J’attends avec pleine confiance une prompte réponse ».

Strasbourg : Titre de la presse locale « La décision concernant la guerre européenne est tombée ! ».

A Strasbourg, le journal Strassburger Bürger-Zeitung nous livre cet article : « La décision concernant la guerre européenne est tombée ! ».
« Hier, la Russie a lancé l'ordre de mobilisation générale. Dans la foulée, conformément à l'article 68, l'empereur Guillaume II a immédiatement l'état de danger imminent de guerre. L'Allemagne a lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle précise sa position et ordonne l'arrêt de sa mobilisation dans un délai de 12 heures et une demande à la France sur sa position en cas de guerre entre l'Allemagne et la Russie ».

9h00 : France : Le général Joffre demande au gouvernement de mobiliser.

Le 1er août 1914, dans la matinée, le général Joffre, par une lettre personnelle adressée au ministre de la Guerre (Général Joffre. Note pour le ministre de la Guerre, 9 heures, 1er août 1914), signale à nouveau le danger de l’avance prise par l’Allemagne grâce à une mobilisation déguisée. « Les graves inconvénients signalés hier en ce qui concerne le retard apporté à la mise en place des troupes de couverture se font jour avec plus de valeur encore, si l’on retarde l’ordre de mobilisation générale. Les préparatifs allemands continuent en effet suivant un plan bien établi… ». Après l’énumération de quelques-unes de ces dispositions, le chef d’état-major général conclut ainsi : « On peut donc dire que le 4 août, même sans ordre de mobilisation, l’armée allemande sera entièrement mobilisée réalisant sur la nôtre une avance de quarante-huit heures, et peut-être de trois jours ».

15h55 : France, diffusion du décret de mobilisation générale :

Le décret, ordonnant la mobilisation générale des armées de terre et de mer, est soumis à la signature du président de la République, et contresigné par les ministres de la Guerre et de la Marine. L’ordre de mobilisation est signé par le ministre de la Guerre à 15h30 et à 15h55 le télégramme de mobilisation est remis au bureau central des postes et télégraphes de la rue de Grenelle. Il est ainsi libellé : « Extrême urgence. Circulaire recommandée. Ordre de mobilisation générale. Premier jour de la mobilisation est le 2 août 1914 ». Ce télégramme est aussitôt expédié à tous ses destinataires prévus. Dans la soirée, l’ordre de mobilisation est publié et affiché sur tout le territoire.

16h50 : France, ordre de mobilisation des chemins de fer.

En ce qui concerne les chemins de fer, l’ordre de mobilisation est transmis à 16h50 à toutes les commissions de réseau, qui déclenchent aussitôt les mesures prévues pour les transports de mobilisation.

17h00 : Allemagne, mobilisation générale.

La mobilisation de l’armée et de la flotte fut décrétée le 1er août, à 5 heures de l’après-midi. En même temps, on convoqua le Landsturm sur le territoire de 15 Corps d’armée (1e, 2e, 5e, 6e, 8e, 9e, 10e, 11e, 15e, 16e, 17e, 18e, 20e, 21e, 2e bavarois). La couverture de la concentration sur le front occidental incombait, aux corps frontières (8e, 16e, 21e, 15e et 14e corps), conformément aux instructions établies, en temps de paix, pour la protection des frontières et des voies de communication, par le chef d’état-major général de l’armée (attention, il y a une heure de décallage entre l'heure allemande et française).

17h00 : France : consignes aux troupes de couverture.

Bien que l’ordre de mobilisation ait été lancé, le ministère de la Guerre juge nécessaire de confirmer, à 17 heures, par télégramme, les ordres déjà donnés les 30 et 31 juillet aux corps d’armée frontières relativement aux précautions à prendre par les troupes de couverture. « En vue de nous assurer la collaboration de nos voisins anglais, il demeure toujours indispensable de ne pas faire dépasser par les patrouilles ou détachements ligne générale fixée par télégramme n°129-3/11 du 30 juillet, sauf en cas d’attaque caractérisée (Ministre de la Guerre. Télégramme à généraux commandants les 2e, 6e, 7e, 20e et 21e C.A. 197 9/11, 17 heures, 1er août 1914) ».

18h00 : Strasbourg : Ordre de mobilisation générale.

L'ordre de mobilisation générale était donné pour le 1er août 1914, à 18 heures. Cette mobilisation préparée laborieusement et avec minutie, allait pouvoir commencer. Avec leurs effectifs du temps de paix, les troupes de couverture de la frontière reçurent l'ordre de mouvement et gagnèrent leurs secteurs, ainsi que les détachements chargés de la protection des lignes de chemin de fer et des principaux ponts.

18h30, La Wantzenau : extrait du journal de l'abbé Aloys Postina.

La Wantzenau, extrait du journal de l'Abbé Aloys Postina « La nuit était calme. La population est démunie de toute volonté de travailler, et pourtant il a encore tant à faire ! Le soir, entre 18 et 19 heures, l'appariteur municipal diffuse ce communiqué : Le 2 août est le premier jour de mobilisation générale ».

19h00, Empire allemand - Russie : Déclaration de guerre.

L'Allemagne déclare la guerre à la Russie. Remarque : en ce qui concerne les horaires, il peut y avoir une heure de différence entre les sources françaises et allemande. Il y a en effet une heure de différence entre les deux fuseaux horaires utilisés par ces deux pays.

Soir : Belgique : mobilisation - Grande-Bretagne : mobilisation de la flotte.

La Belgique, de son côté, a décidé la mobilisation générale et l’amirauté anglaise donne l’ordre de mobilisation des flottes britanniques.

Soir : Suisse, mobilisation.

Enfin, la Suisse informe le gouvernement français qu’elle mobilise son armée, mais qu’elle fera une déclaration officielle de neutralité.

Soir, La Wantzenau : extrait du journal de l'abbé Aloys Postina.

« Hier soir (samedi) et ce matin (dimanche), les barques de pêcheurs ont été ramenées à Gambsheim, le pont du Rhin a été coupé au cours de dimanche après-midi et transféré en aval sur le Rhin ».

22h30 : France, nouvelles directives.

A 22h30, un télégramme renouvelle la même interdiction en termes plus impératifs (Ministre de la Guerre. Télégramme à généraux commandants les 2e, 6e, 7e, 20e et 21e C.A. 209 3/11, 22h30, 1er août 1914) : « Le ministre de la Guerre insiste encore de la part du Président de la République, et pour des raisons diplomatiques sérieuses, sur la nécessité absolue de ne pas franchir la ligne de démarcation indiquée le 30 juillet et rappelée aujourd’hui. Cette interdiction s’applique aussi bien à la cavalerie qu’aux autres armes. Aucune patrouille, aucune reconnaissance, aucun poste, aucun élément ne doit se trouver à l’est de ladite ligne. Quiconque l’aurait franchie serait passible du conseil de guerre et ce n’est qu’en cas d’attaque bien caractérisée qu’il sera permis de transgresser cet ordre ».

23h30, La Wantzenau : extrait du journal de l'abbé Aloys Postina.

« Cette nuit, dès 23h30, des jeunes hommes, et parmi eux quelques hommes mariés, quittèrent le village. Douloureux adieux à la gare ! Par affichage, le communiqué suivant a été rendu public aujourd'hui : Tous les jeunes hommes et hommes de 17 à 45 ans relèvent de l'obligation d'entrer dans le Landsturm », et le soir l'appariteur municipal communique : « Tous les hommes du Landsturm qui n'ont pas fait leur service et ceux du Landsturm sans arme doivent se présenter lundi vers 13 heures à Brumath et les hommes du Landsturm avec armes à 14 heures à la caserne Saint-Nicolas (Nikolauskaserne) à Strasbourg ».

 

Dimanche 2 août 1914

Matin : Luxembourg : l’Allemagne occupe le grand-duché du Luxembourg.

Au mépris des traités signés à Londres le 11 mai 1867 pour garantir la neutralité du Luxembourg, l’Allemagne occupe le grand-duché le 2 août 1914. Une  quarantaine d’automobiles chargées d’officiers allemands traversent la Moselle, sans que personne ne tente de les arrêter. Derrière elles venaient plusieurs régiments de cavalerie. Le consul de France à Luxembourg se retire en territoire français. Immédiatement M. Eyschen, ministre d’Etat du gouvernement du Luxembourg, adressé à M. Viviani, président du Conseil, la déclaration suivante : « Dimanche 2 août, de grand matin, les troupes allemandes ont pénétré sur le territoire luxembourgeois par les ponts de Wasserbillig et de Remich, se dirigeant spécialement vers le sud du pays vers la ville de Luxembourg, où l’on attend de les voir arriver d’un instant à l’autre. Ces faits impliquent des actes manifestement contraires à la neutralité du grand-duché. Le gouvernement luxembourgeois n’a pas manqué de protester énergiquement contre cette agression auprès des représentants de S.M. l’empereur d’Allemagne à Luxembourg ».

Dans sa protestation, le gouvernement luxembourgeois rappelait particulièrement l’article 2 du traité de Londres : « Le grand-duché de Luxembourg, dans les limites déterminés par l’acte annexé au traité du 19 avril 1839, sous la garantie de la France, de l’Autriche, de la Grande-Bretagne, de la Prusse et de la Russie, formera désormais un Etat perpétuellement neutre. Il sera tenu d’observer cette même neutralité envers tous les autres Etats. Les hautes puissances contractantes s’engagent à respecter le principe de neutralité stipulé par le présent article. Le principe est et demeure placé sous la sanction de la garantie collective des puissances signataires du présent traité, à l’exception de la Belgique qui est elle-même un Etat neutre ».

6h20 : France : premières hostilités.

Le journal « Le Bien Public » publie les nouvelles suivantes : « Un combat à Nancy – premières hostilités – les Allemands repoussés. Londres, 2 août (6h20) par télégramme. Des combats très violents ont eu lieu à Nancy. Les Allemands ont été repoussés avec de fortes pertes. On annonce qu’à Nuremberg des aviateurs français ont lancé des bombes du haut de leur aéroplane.Le cabinet anglais s’est réuni en conseil, mais jusqu’à présent n’a pris aucune décision ». Naturellement il s'agit déjà de la publication de fausses nouvelles émisent par des journaux allemands. 

Allemagne, Reichsland, place forte de Strasbourg.

Le 2 août 1914 comptait pour le premier jour de mobilisation. Nombre de renseignements arrivaient sur les rassemblements de troupes françaises et les positions des troupes de couverture à la frontière. Le siège du Gouvernement militaire dans la rue de la Nuée-Bleue à Strasbourg est déjà devenu un vrai camp retranché. Une barrière a dû être établie pour contenir les groupes de requérants de toutes sortes. La cour ne désemplit pas d’officiers et de soldats venant chercher les ordres. Le commandant en chef de l’armée, le Generaloberst von Moltke, avait transmis au Gouvernement militaire un extrait de l’organisation de marche de l’armée. La place forte était placée sous l’autorité de la VII. Armee commandée par le Generaloberst von Heeringen, avec le XIV. Armeekorps du général von Huene, le XV. Armeekorps du général d’infanterie von Deimling et le XIV. Reserve AK, ainsi que la 7ème division de cavalerie. Les XIV. Et XV. AK sont des corps d’active, ils seront prêts en quelques jours, tandis que le XIV. Res. AK, en cours de constitution dans le pays de Bade sous les ordres du général d’artillerie von Schubert, mettra plus de temps à rejoindre ses positions. Il est même prévu que deux divisions de cavalerie italienne arrivent par chemin de fer pour constituer en Alsace un corps de cavalerie sous les ordres du général de cavalerie von Frommel, déjà présent à Strasbourg. Il partira pour une autre affectation, ce projet n’ayant pas abouti…

10h00 : Belgique, Allemagne : ultimatum allemand à la Belgique.

Ce même jour, 2 août 1914, elle a reçue, en effet, un ultimatum de l’Allemagne exigeant le libre passage des troupes allemandes sur le territoire belge. Jusqu’à ce que la réponse du gouvernement belge à cette sommation soit connue, la France se doit d’éviter tout ce qui pourrait, de sa part, constituer une atteinte à la neutralité d’un territoire garantie par les traités internationaux.

Mais, en ce qui concerne la frontière franco-allemande, le général Joffre, par une note adressée dans la matinée au ministre de la Guerre, fait remarquer les graves inconvénients qu’il y aurait  ne pas reprendre pied dans la zone de couverture réservée : « De ce fait, écrit le commandant en chef, nous avons dû abandonner le développement de notre plan de campagne. Nous serons obligés par la suite de reprendre ces positions, ce qui ne se fera pas sans pertes.

Le commandant en chef estime qu’il a l’impérieux devoir de reprendre pied dans cette zone, au jour et à l’heure qu’il jugera utiles, sans d’ailleurs pénétrer sur le territoire allemand, à moins qu’une attaque caractérisée de nos adversaires ne nécessite une action offensive de notre part » (Chef d’état-major général. Note pour le ministre, 10 heures, 2 août 1914).

Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « 120 hommes ont reçu les Saints Sacrements. Beaucoup ont versé des larmes. Aujourd’hui l’église était comble, et le silence et le recueillement prédominaient, une ambiance que je n’observais que très rarement. Le curé donna l’autorisation de rentrer les récoltes cet après-midi, puis de nombreux hommes devront partir prochainement et que les chevaux doivent être conduits mardi à Schiltigheim. Hier soir et ce matin, les barques de pêcheurs ont été ramenées à Gambsheim, le pont du Rhin a été coupé au cours de dimanche après-midi et transféré en aval sur le Rhin ».

11h35 : France, Allemagne, incident dans la zone frontalière : Le 2 août 1914, dans la matinée, au nord de Delle, deux patrouilles allemandes du 5e chasseurs à cheval pénètrent en territoire français jusqu’à Boron et Joncherey. L’officier qui commande un de ces éléments brûle la cervelle à un soldat français. Des cyclistes allemands tirent des coups de fusil sur les douaniers français à Petit-Croix. A Suarce, des cavaliers allemands surgissent au moment où le maire réunissait les chevaux pour la réquisition et s’emparent des animaux. Des patrouilles ennemies ont franchi la frontière des Vosges, au col de Sainte-Marie-aux-Mines. Des forces allemandes sont signalées à Longlaville, près de Longwy, et Bertrambois, près de Cirey (Etat-major de l’armée. Note pour le Ministre. 217 3/11 T, 11h35, 2 août 1914). Enfin, on apprend que, de grand matin, les troupes allemandes ont pénétré en territoire luxembourgeois, par les ponts de Wasserbillig et Remich. Malgré ces violations caractérisées, le ministre de la Guerre, dans le but d’enlever toute apparence d’agression aux mouvements des troupes françaises, ordonne sur la frontière belge des précautions du même ordre que celles imposées le 30 juillet 1914 sur la frontière allemande.

14h10 : France : gouvernement : Dans l’après-midi, vers 14 heures, le gouvernement rend liberté de mouvement au commandant en chef par la communication suivante : « Le gouvernement français considère que les violations de la frontière française effectuées jusqu’à ce moment et en différents endroits par les troupes allemandes sont de nature à permettre de lever l’interdiction précédemment imposée de ne pas pénétrer dans la zone de 10 kilomètres précédant la frontière du côté français. Le gouvernement rend donc au général commandant en chef liberté absolue de mouvement pour l’exécution de ses prévisions, dussent-elles conduire au franchissement de la frontière allemande » (Ministre de la Guerre. Communication téléphonique à chef d’état-major général, 14h10, 2 août 1914).

Après-midi : Belgique, Bruxelles, récit de Hugh Gibson, Premier Secrétaire de la Légation Américaine : « Cet après-midi, le bruit court que les Allemands ont violé la frontière sans déclaration de guerre préalable ; cela reste encore à vérifier. L’état de siège a été décrété la nuit dernière et, depuis lors, grenadiers et lanciers patrouillent dans la ville. La situation monétaire est mauvaise. Les petites pièces ont disparu de la circulation depuis la panique des derniers jours. Des gens ont été jusqu’à dire que les billets de banque ne seraient pas remboursés ; de nombreux magasins les refusent. La police maintient l’ordre autour des banques. Il y a des gens affolés qui s’y bousculent ».

Soir : Belgique, Bruxelles, récit de Hugh Gibson, Premier Secrétaire de la Légation Américaine : « Des touristes, venus ici les poches pleines de chèques express et de billets de banque ; ce soir, à mon restaurant habituel, le maître d’hôtel m’a refusé le change d’un billet. J’ai dû le lui abandonner comme avance sur des repas futurs. On vient d’apprendre que le Gouvernement réquisitionne tous les approvisionnements de pain, de riz et de haricots, et en fixera le prix de vente.J’ai été, du côté de la rue Ducale, voir ce qui se passait à la légation de France. Le drapeau tricolore flottait bien dans le vent et la foule l’acclamait à toute voix. Cette foule, composée d’hommes rappelés sous les armes ou prêts à s’enrôler, vibrait dans une atmosphère déjà électrisée, et, quand éclatait une Marseillaise, c’était du délire. Il y a des hommes qui sont restés des heures debout, sous le soleil, à attendre leurs ordres de marche et dont l’enthousiasme s’est maintenu au même diapason. J’ai aperçu ce soir von Below, le ministre d’Allemagne, qui revenait en voiture des Affaires étrangères à sa légation. Il a passé si près de moi que j’ai pu voir des gouttes de sueur sur son front. Il tenait son chapeau à la main et fumait nerveusement sa cigarette par bouffées machinales. Il ne tourna la tête ni à droite ni à gauche, et omit de me faire son usuel et cérémonieux salut. Il ne doit pas se sentir rassuré sur la situation, bien qu’il fasse dire aux journaux que tout va pour le mieux, que l’Allemagne n’a aucune intention de mettre le pied sur le territoire belge, et que tout ce que la Belgique doit faire est de rester tranquille. Dans une interview au journal le Soir, il a résumé sas affirmations par cette phrase : « La maison de votre voisin brûlera peut-être, mais la vôtre restera indemne ».

17h30 : France, état-major général : Comme il se réserve de ne profiter qu’à son heure de la liberté de mouvement qui vient de lui être rendue, le général en chef juge nécessaire de préciser dès lors le rôle de chacun des corps d’armée de couverture. En conséquence, une Instruction générale pour la couverture est adressée par télégramme chiffré aux 1er, 2e, 6e, 7e, 20e et 21e corps d’armée et au corps de cavalerie (Instruction générale secrète pour la couverture, 1, 17h30, 2 août 1914. Après avoir, par surcroît de précaution, reproduit dans un premier paragraphe le message précité, l’Instruction oriente les commandants des corps d’armée intéressés sur la mission qui leur incombe : « L’intention du commandant en chef est de ne passer à l’offensive générale que quand ses forces seront réunies. En vue du développement ultérieur du plan d’opérations, les divers éléments de couverture, en dehors de leur mission générale de protection de la mobilisation et de la concentration, se conformeront aux directives ci-après :

a. 7e corps d’armée, se préparer à exécuter une action offensive en Haute-Alsace, en direction de Colmar, lorsqu’il en recevra l’ordre.

b. 21e corps d’armée : tenir sur la Meurthe.

c. 20e corps d’armée : accélérer la constitution de la place du moment en voie d’organisation à l’est de Nancy, pour assurer le débouché de la Meurthe.

d. Place de Toul : pousser une avant-garde sur le plateau de Saizerais pour assurer la liaison entre le 20e et 6e corps.

e. 6e corps d’armée : maintenir la possession des Hauts-de-Meuse au sud de Verdun.

f. 2e corps d’armée : maintenir le plus longtemps possible la possession des positions fortifiées organisées et, de toute façon, le cours de la Meuse en aval de Verdun. La 3e division serait alors débarquée, suivant les événements, vers Stenay ou vers Sedan.

4e division de cavalerie : avec un soutien, couvrir la gauche de la 4e division d’infanterie dans la région de Montmédy, puis de Carignan.

g. Corps de cavalerie : se tenir en liaison avec le 2e corps d’armée pour l’appuyer au besoin.

Le grand quartier général fonctionnera à Vitry-le-François à partir du 5 août, 6 heures ».

D’autre part, en raison de la violation du Luxembourg et dans l’éventualité de plus en plus probable d’une violation du territoire belge, le général en chef prescrit la mise en application des variantes prévues au plan de concentration ».

France, président de la République & gouvernement : Enfin, ce même jour, 2 août, le président de la République et le gouvernement tout entier, considérant la gravité de l’heure, adressent à la nation française une proclamation qui se termine par cet appel : « A cette heure, il n’y a plus de partis. Il y a la France éternelle, la France pacifique et résolue. Il y a la patrie du droit et de la justice, toute entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité ». Cette proclamation est signée par le chef de l’état, le président du conseil et tous les ministres.

19h30 : France, état-major général : D’autre part, en raison de la violation du Luxembourg et dans l’éventualité de plus en plus probable d’une violation du territoire belge, le général en chef prescrit la mise en application des variantes prévues au plan de concentration. En vue de permettre à la IVe armée de passer toute entière par le nord de Verdun entre les IIIe et Ve armées, les zones de débarquement affectées à la Ve armée sont remontées vers le Nord et les zones de débarquement de la IVe armée modifiées en conséquence (Variante à la concentration de la Ve armée, 19h30, 2 août 1914). La concentration des deux corps de droite de cette armée, initialement prévue dans la région de Toul, est reportée dans la région de Sainte-Menehould, tandis que l’autre corps reste vers Bar-le-Duc. La IVe armée prendra ainsi la place en première ligne entre la IIIe et Ve armées, couverte sur la rive droite de la Meuse par le 2e corps d’armée qui continue d’appartenir à la Ve armée. Les transports de concentration ne devant commencer que le 5e jour de la mobilisation, ces modifications ne risquent pas d’y apporter le trouble. En outre, sur la demande du général en chef, le ministre met à sa disposition, conformément aux prévisions du plan, la 67e division de réserve qui continuera de se concentrer à Mailly.

 

Lundi 3 août 1914

Allemagne, Strasbourg : titre du journal Strassburger Bürger-Zeitung : Annonce officielle et légale : « Ordre de mobilisation générale diffusé par le général commandant le XVe corps d’armée allemand : Le premier jour de mobilisation est le 2 aôut 1914 ».

Allemagne, Strasbourg : titre du journal Strassburger Bürger-Zeitung : Annonce officielle et légale : « Publication des dispositions de la loi concernant l’état de siège ».

Allemagne, Strasbourg : titre du journal Strassburger Bürger-Zeitung : Annonce officielle et légale, ordre du gouvernement de la place :

-       Interdiction d’envoyer des missives privées contenant des renseignements sur les mouvements de troupe et les ouvrages de fortification ;

-       Interdiction de monter sans autorisation sur la plate-forme de la Cathédrale ;

-       Interdiction de posséder des pigeons, tous les pigeons détenus doivent immédiatement être tués ;

-       Tous les personnes qui n’ont pas le statut de fonctionnaire d’Etat ou d’officier doivent immédiatement remettre toutes leurs armes au bureau de police ;

-       Interdiction d’exporter des vivres et des matériaux stratégiques.

10h00 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Ce matin, 300 hommes ont reçu les Saints Sacrements. Vers 10 heures, une grande partie d’entre eux a quitté le village. Les jeunes gens chantaient : « O Strassburg, o Strassburg, etc. », « A présent adieux, mon pays bien aimé, etc. », mais au ton de la chanson on constatait qu’il ne chantait pas avec cœur. Le pharmacien est également parti aujourd’hui alors que le médecin a déjà été incorporé hier. Cette nouvelle locale a encore plus aggravé l’anxiété des habitants ».

11h00 : Allemagne, Strasbourg : titre du journal Strassburger Bürger-Zeitung : Le conseil municipal se réunit d’urgence aujourd’hui à 11h00 pour prendre les mesures dans le cadre de la mobilisation générale.

18h00 : France Lunéville : bombardement allemand : vers 18 heures, un aéroplane survole Lunéville et laisse tomber trois bombes sur la localité.

18h45 : France : l’ambassadeur Allemand remet une lettre déclarant l’état de guerre avec la France : Les minutieuses précautions prises le 30 juillet 1914 et multipliées les jours suivants pour éviter le moindre prétexte à toute violation de frontière adverse ou neutre n’empêchent pas le gouvernement allemand de nous reprocher les méfaits dont lui-même se rend délibérément coupable. L’Allemagne a décidé la guerre : il lui faut un prétexte. C’est ainsi que le 3 août à 18h45, au cours de son audience de départ, l’ambassadeur d’Allemagne le baron de Schoen, remet à M. Viviani une lettre qui, arguant d’actes d’hostilités caractérisés qui auraient été commis sur le territoire allemand par des aviateurs français près de Wesel, dans le région de l’Eifel, à Karlsruhe et à Nuremberg, se termine par la déclaration suivante : « En présence de ces agressions, l’empire allemand se considère comme en état de guerre avec la France du fait de cette dernière puissance » (Lettre remise à M. Viviani par l’ambassadeur d’Allemagne, 3 août 1914 à 18h45). Dans la soirée, l’ambassadeur d’Allemagne recevait ses passeports et quittait aussitôt Paris. Ces accusations mensongères ne sont qu’une nouvelle manifestation de la mauvaise foi germanique. Aussi, dans une lettre qu’il adresse le même jour à M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres, M. Viviani signale « la campagne allemande de fausses nouvelles qui commence ». « Il me revient, écrit le président du conseil, que l’ambassadeur d’Allemagne aurait déclaré au Foreign-Office qu’hier matin 80 officiers français en uniforme prussien auraient essayé de traverser la frontière allemande dans douze automobiles à Walbeck, ouest de Geldern, et que ceci constituaient une très sérieuse violation de neutralité par la France. Veuillez démentir cette nouvelle de pure invention » (M. Viviani. Lettre à M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres). Ce même jour, les violations de territoires ont continué sur la frontière de Lorraine, qui est franchie en plusieurs endroits par des patrouilles de cavalier ou de cyclistes allemands. Des rencontres se produisent avec nos éléments avancés de couverture à Réméréville, Arrancourt, Leintrey et dans la région de Réchicourt.

Soir : Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne & France : nouvelles diverses : Dans la soirée parviennent les nouvelles suivantes :

La Belgique repousse avec indignation l’ultimatum de l’Allemagne demandant le libre passage à travers son territoire. A la chambre des communes, sir Edward Grey a déclaré que si une flotte étrangère pénétrait dans la Manche et attaquait les côtes françaises, l’Angleterre ne saurait rester neutre et qu’en outre elle est intéressée à défendre le territoire de la Belgique. Ainsi, le 3 août au soir, la France et la Russie se trouvent en état de guerre avec l’Allemagne.

 

Mardi 4 août 1914

5h30 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Ce matin vers 5h30, les chevaux ont été emmenés à Schiltigheim, 92 chevaux et 10 voitures ont été réquisitionnés, pour lesquels ont été payé 150 000 marks. C’est vrai, il s’agit d’une belle somme, mais avec cela ont ne pourra pas rentrer la récolte dont la moitié est encore dehors ! A présent, environ 400 personnes du sexe masculin ont quittés le village. Le pharmacien est revenu ce matin, il a droit de rester ici ».

Allemagne, titre du journal Strassburger Bürger-Zeitung : "Attaque des troupes françaises – Mise en place de l’état de guerre – Violation de la neutralité belge". « Berlin 3 août 1914. Jusqu’à présent, les troupes alllemandes avaient reçues l’ordre de la pas franchir la frontière française. Mais depuis hier, sans déclaration de guerre, des troupes françaises ont attaquées nos postes frontières. Malgré que la France nous ait promis de mettre ses troupes en dehors de la zone tampon des dix kilomètres de la frontière, ses troupes ont franchi celle-ci à plusieurs endroits et occupés des villages allemands. Des bombardiers français s’attaquent à des installations au pays de Bade et en Bavière, et viollent la neutralité belge pour se rendre sur nos provinces du Rhin. La France a ainsi commencée les hostilités et installé un état de guerre. La sécurité de notre empire nous oblige à nous défendre. L’emprereur a donné les ordres en conséquence et notre ambassadeur à Paris à demandé ses passports ». Il s'agit de fausses nouvelles destinées à justifié la déclaration de guerre. 

Allemagne, Strasbourg place forte : ordre secret du Gouvernement de la place adressé aux bataillons de travailleurs.

« Strasbourg, le 4 août 1914. Gouvernement. 1 C IVa 10/14 M. En ce qui concerne l’annexe des mesures de mobilisation du Gouvernement de la place forte du 25 mars 1914, Ib. N° 180 « Secret », les ordres complémentaires suivants sont donnés. Pour le ravitaillement des travailleurs des vivres ont été entreposés conformément à la liste suivante. La perception de ce fait contre un reçu, comme suit :

Pour le secteur Nord au dépôt de Schiltigheim

Pour le secteur Nord-Ouest au dépôt de Cronenbourg

Pour le secteur Ouest au dépôt de Koenigshofen

Pour le secteur Sud au dépôt de Grafenstaden

Pour le secteur Est au dépôt de Kehl

Pour le centre-ville intramuros à la nouvelle Manutention ou service des subsistances « Neues Proviantamt »

Pour la Feste K.W.II à Soultz-les-Bains « Sulzbad » et à la Feste K.W.II (fort de Mutzig)

Si les travailleurs sont en mesure d’assurer eux-mêmes leur subsistance ou si des restaurateurs prennent en charge leur alimentation contre une somme de 1,20 mark par personne, cela est naturellement souhaité. Les factures doivent mentionner le nombre de portions et le poids de la nourriture. La réception se fait toujours quelques jours auparavant. L’installation des points de cuisson « Kochstellen » et la préparation des repas est à la charge individuelle des autorités ou réalisé en commun conformément à l’annexe 9 des mesures de mobilisation. Des marmites pour la cuisson « Kochkessel » sont disponibles en nombre suffisant dans les communes. Il suffit de les demander à la mairie (Bürgermeisteramt). La modification des listes de dépôts « Speisezettel » peut être nécessaire. Les accords de ce type doivent être coordonnés avec les différents comités des dépôts, et les souhaits doivent y être soumis. La nourriture pour les chevaux de la mise en état de défense doit être perçue aux mêmes endroits. Les dépôts de vivres seront en mesure de distribuer la nourriture à compter du 3e jour de mobilisation ».

Allemagne : extrait d’une chanson d’un bataillon de Landwehr : extrait d’une chanson de Friedrich Schropp du Strassburger Landsturm – I. Infanterie-Ersatz-Bataillon 61 – I. Kompagnie: „Lied über seine Erlebnisse während des Krieges 1914/15“ (une chanson sur les événements qu’il a vécu lors de la guerre 1914/15, suivie de sa traduction) :

4. Aug. - Um vierten Tag war’s im August, - Daß ich zur Fahne fortgemusst! - Als schon bejahrter Landsturmmann - Zieht man mir die „Feldgraue“ an. - Wir standen bald in Reih’ und Glied’ - Und sangen manch Soldatenlied. - Von Straßburg zogen wir bald fort - Uns unbekannt, an welchen Ort. - Mit Musik ging’s zum Tor hinaus ; - Lieb’ Mütterlein stand vor dem Haus. - Mit banger Sorg’ sah sie uns an, - Ihr manche Trän’ vom Auge rann.- Traduction : 4 août. C’était le 4e jour d’août - Que j’ai dû partir sous le drapeau ! - Moi ancien territorial - On mefait revêtir la tenue « Feldgrau » - Bientôt nous étions rassemblés en lignes et rangs - Et chantions maintes chansons de soldats. - De Strasbourg nous partîme bientôt, - Vers un lieu inconnu. - Avec la musique en tête que nous sortions par la porte - Chère mère était devant la maison. - Elle nous regarda très soucieuse, - Que maintes larmes courraient devant ses yeux.

22h00 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Encore tard le soir (22 heures), des groupes de soldats cherchèrent des hébergements d’urgence ».

 

Mercredi 5 août 1914

10h00 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Après la sainte messe, le curé averti les nombreux croyants, dont de nombreux soldats, sur l’état critique de la situation, et il demande que l’on double la générosité et que l’on s’entre aide pour rentrer les récoltes. A 10 heures se déroulent les obsèques de l’entrepreneur F. X. Roth, âgé de 83 ans. Ce vieillard très travailleur ne devait plus voir les vilains jours de la guerre. La paroisse perd beaucoup avec la disparition de cet hommes très généreux, « dont tout ceux qui l’on connu avait beaucoup d’estime ». Qu’il repose en paix ! Hier (mercredi), l’appariteur municipal a fait le communiqué suivant : Le service des subsistances militaires « Proviantamt » de Strasbourg achète des moutons et des porcs, et aujourd’hui, l’administration militaire à Brumath, achète des animaux à abattre ».

 

Jeudi 6 août 1914

6h00-9h00 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « De 6 heures à 9 heures, il y avait fort à faire au confessionnal. L’affluence des fidèles était très grande. Dans le village circulait ce matin la rumeur suivante : trois hommes auraient poignardé un soldat suite à une querelle. Les faits étaient les suivants : au cours de la nuit, un homme du bataillon de travailleurs « Arbeiterbataillon », né à Andlau, a donné un coup de couteau conséquent à jeune homme de 17 ans de Strasbourg. L’auteur du coup, d’après son audition, était un malade mental". Depuis hier, il est nécessaire de prendre sa carte d’identité « Ausweiss » pour aller aux champs. De nombreux attelages cherchent du gravier toute la journée pour la construction des ouvrages de fortification près du Fort Fransecky ».

Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement aux bataillons de travailleurs.

« Strasbourg, le 6 août 1914. Gouvernement. Les propriétaires de terrains agricoles doivent si possible être immédiatement libérés pour qu’ils puissent rentrer leurs récoltes. Les forgerons « Schmiede » doivent être transférés à l’atelier d’artillerie « Artillerie-Werkstatt ». De la part du Gouvernement. Signé von Böckmann. A transmettre à tous les bataillons de travailleurs ». « Ordre particulier du Gouvernement. 5) Les voitures nécessaires au transport des vivres des bataillons de mise en état de défense « Armierungs-Bataillon », des compagnies de remplaçants de réserve « Ersatz-Reserve Kompanie » et des bataillons du Landsturm. Les bataillons de travailleurs du Landsturm « Landsturm Arbeiter-Bataillonen » doivent donner des personnels confirmer pour soigner les chevaux en tant que remplaçants jusqu’à la remise à niveau de l’effectif prévu. De la part du gouvernement. Signé von Böckmann ».

« Strasbourg, le 6 août 1914. Gouvernement. Ordre concernant l’utilisation des bataillons de travailleurs « Arbeiter-Bataillon » et des parcs de voitures « Armierungsfuhrpark » pour la mise en état de défense. 1) Les bataillons de travailleurs et les parcs de voitures ne peuvent être utilisés que dans les secteurs « Abschnitten », conformément aux annexes 3 et 4 de la Mobilisation ».

« Strasbourg, le 6.8.14. (5e jour de mobilisation). Service des Fortifications de Strasbourg « Fortifikation Strassburg ». …B. N°. 7088 / 14. Mob. Ordre de fortification n°1 « Fortifikationsbefehl Nr. 1 »

1) Tous les jours arrivent en complément de l’Ordre de fortification n°1 des directives valables pour les bataillons de travailleurs – l’ordre de Fortification n°2 « Fortifikationsbefehl Nr. 2 – des directives de nature techniques. La transmission de l’ordre de Fortification n°1 aux commandants des bataillons de travailleurs est ordonnée par les officiers ingénieurs des secteurs « Ing. Offiz. Der Abschnitte ».

2) Les Officiers de Poste « Postenoffiziere », les gardes des fortifications « Wallmeister » et les chefs de chantiers « Leiter der Arbeitstellen » doivent recevoir leur habillement. La première moitié doit être envoyée aujourd’hui après le travail à l’I.R. 136 Manteuffelkaserne au Steinring, et l’autre moitié demain (l’ordre a déjà été transmis par télégraphie).

3) Seront équipés d’armes de frappe « Hiebwaffen » (matraques) :

a) Les Officiers de Poste « Postenoffiziere », les gardiens des fortifications « Wallmeister » et les chefs de chantiers « Leiter der Arbeitstellen »

b) Les gradés des bataillons de travailleurs « Dienstgraden der Arbeiterbataillone »

Les officiers ingénieurs des secteurs transmettent aux bataillons de travailleurs leur dotation, et ces derniers peuvent percevoir leurs armes contre un reçu à l’arsenal et elles doivent être transmises contre un reçu. Signé Wennhain ».

« Strasbourg, le 6 août 1914. Gouvernement. Points de dislocation des commandants des bataillons de travailleurs.

Secteur Nord

Arbeiter-Bataillon I : Reichstett (école) Mairie, Hauptmann Heitz

Arbeiter-Bataillon III: Reistett, Rittmeister Ruland, provisoirement Hauptmann Heitz.

Secteur Nord-Ouest

Arbeiter-Bataillon II: Dingsheim, Major Schniewind

Arbeiter-Bataillon XIII: Mundolsheim, école, Hauptmann Wündich

Arbeiter-Bataillon XIV: Mittelhausbergen, Rittmeister von Fiserne

Secteur Ouest

Arbeiter-Bataillon XV: Achenheim, école, Hauptmann Schreiber, Feldwebelleutnant Sellix

Arbeiter-Bataillon XVI: Ecbolsheim, mairie, Hauptmann Kramer.

Arbeiter-Bataillon III Wolfisheim, restaurant Trambahn, Hauptmann Wittmann

Arbeiter-Bataillon IV: Ittenheim, école, Hauptmann Schläger

Secteur Sud

Arbeiter-Bataillon VI: Plobsheim, école, Hauptmann Wiedenhöfer

Arbeiter-Bataillon XVII: Grafenstaden, mairie, Major von Görschen

Arbeiter-Bataillon XVIII: Ohnheim, provisoirement Leutnant Wägner

Arbeiter-Bataillon V: Ostwald, mairie, Hauptmann Donath.

Secteur Est

Arbeiter-Bataillon XXXI: Marlen, Hauptmann Neuerburg

Arbeiter-Bataillon XXXII: Kork, provisoirement Major von Feder

Arbeiter-Bataillon XXXIII: Kehl, Rittmeister von Hardenberg

Secteur K.W. II

Arbeiter-Bataillon VII: Molsheim, Hauptmann Hotop

Arbeiter-Bataillon VIII: Dinsheim, Hauptmann Przyrembel

Arbeiter-Bataillon IX: Wangen, Hauptmann Scheffen

Arbeiter-Bataillon XIX: Sulzbad, Oberleutnant Bertelsmann

Secteur Positions de la Bruche

Arbeiter-Bataillon X: Breuschwickersheim, provisoirement Leutnant von Papen, Feldwebelleutnant Schumann

Secteur de la ville

Arbeiter-Bataillon XI: Strasbourg-ville (Kdtr.), Artillerie-Depot IIe étage, Hauptmann Lieber

Arbeiter-Bataillon XX, Strasbourg-ville (Kdtr.), Major Collet ».

Soir & nuit : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « A partir de hier soir et pendant toute la nuit se déroulèrent des séances de prières devant le tabernacle ouvert. Jusqu’à 22 heures, l’église était bien pleine ; même de nombreux soldats sont venus ».

 

Vendredi 7 août 1914

5h00 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Ce matin à 5 heures, il y avait déjà des croyants devant le confessionnal. 283 personnes, dont également quelques hommes, reçurent la communion de repentance « Sühnekommunion ». Le tabernacle resta ouvert toute la journée, et bien des soldats sont apparus, pour se repentir devant le tabernacle. Vers 20 h 30 le soir, se déroulait pour la première fois, la messe « Bittgottesdienst » prescrite par l’évêque. Malgré tout le travail qui restait à faire, l’église était comblée. A présent la citation suivante reprend de la valeur : « Not lehrt beten » (Le besoin apprend à prier) ».

Allemagne : les opérations en Haute Alsace, Thann & Altkirch. Les événements se précipitent ! Le général qui commande le 7ème corps d’armée français de la 1ère armée du général Dubail, donne l’ordre à ses 2 divisions de franchir la frontière le 7 août 1914. Thann et Altkirch tombent entre leurs mains le même jour.

Les troupes françaises viennent de prendre Thann (Coll. MJR)

Les troupes françaises à Maseveau (Coll. MJR)

Carte postale ancienne allemande illustrant les combats à Altkirch (Coll. MJR).

Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement militaire de la place. Strasbourg, le 7 août 1914. Concerne l’utilisation des bataillons de travailleurs et des parcs de voitures de la mise en état de défense « Armierungsfuhrparks ». Les bataillons de travailleurs et les parcs de voitures ne doivent être employés que dans leur secteur, conformément à la répartition faite dans les annexes 3 et 4 de la Mobilisation. Tout emploi en dehors de leur secteur nécessite l’autorisation du Gouvernement. Cette consigne est également valable pour les bataillons de Landsturm et les compagnies de complément de réserve « Ersatz-Reserve-Kompagnien ». Toutes les voitures et les chevaux d’un secteur sont affectées à la compagnie du train de forteresse du Landsturm « Festungs-Train-Kompagnie ».

Secteur Nord : 1. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie (Reichstett), affecté au bataillon de travailleurs I Reichstett.

Secteur Nord-Ouest : 2. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté au bataillon de travailleurs II Dingsheim.

Secteur Ouest : un demi 3. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté au bataillon de travailleurs III Wolfisheim.

Positions de la Bruche : 4. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté au bataillon de travailleurs X, Breuchwickersheim.

Secteur Sud : un demi 3. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté au bataillon de travailleurs XVII Grafenstaden.

Secteur Ville : 5. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté à la Manutention « Proviantamt » et à l’Officier Communications de la place « Verkehrs-Offizier vom Platz ».

Secteur Ville : 6. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie, affecté au Dépôt d’artillerie « Artillerie-Depot » et au Gouvernement conformément aux directives particulières.

Les besoins en voitures pour le transport des vivres au profit des bataillons de travailleurs, des compagnies de complément de réserve « Ers. Res. Komp. » et des bataillons de Landsturm doivent être prélevés dans leur parc de voitures. Les bataillons de travailleurs doivent détachés des personnels chargés de soigner les chevaux « Pferdepfleger » jusqu’à ce que les militaires du rang manquants soient complété conformément à l’effectif de l’état de guerre.

179.14 Mob. Lieu de déploiement et commandant des bataillons de travailleurs.

Secteur Nord :

Arbeiter-Bataillon I : Reichstett (mairie) ; (Hptm. Heitz)

Arbeiter-Bataillon III : Reichstett ; (Hptm. Heitz)

Secteur Nord-Ouest:

Arbeiter-Bataillon II : Dingsheim (école) ; (Major Schniewind)

Arbeiter-Bataillon XIII : Mundolsheim ; (Hptm. Wündisch)

Arbeiter-Bataillon XIV : Mittelhausbergen (école) ; (Rittm. V. Fiserne)

Secteur Ouest :

Arbeiter-Bataillon XV : Achenheim (école) ; (Fw.Lt. Sellin)

Arbeiter-Bataillon XVI : Eckbolsheim (mairie) ; (Hptm. Kramer)

Arbeiter-Bataillon III : Wolfisheim (Trambahn) ; (Hptm. Wittmann)

Arbeiter-Bataillon IV : Ittenheim (école) ; (Hptm. Schläger)

Secteur Sud :

Arbeiter-Bataillon VI : Plobsheim (école) ; (Hptm. Wiedenhöfer)

Arbeiter-Bataillon XVII : Grafenstaden (mairie) ; (Major v. Görschen)

Arbeiter-Bataillon XVIII : Ohnheim (mairie) ; (provisoirement Major v. Feder – Lt. Wägner)

Arbeiter-Bataillon V : Ostwald (mairie) ; (Hptm. Donath)

Secteur Est :

Arbeiter-Bataillon XXXI : Marlen ; (Hptm. Neuerburg)

Arbeiter-Bataillon XXXII : Kork ; (provisoirement Major v. Feder)

Arbeiter-Bataillon XXXIII : Kehl ; (Rittm. V. Hardenberg)

Secteur KWII :

Arbeiter-Bataillon VII : Molsheim ; (Hptm. Hotop)

Arbeiter-Bataillon VIII : Dingsheim ; (Hptm. Prsyrembel)

Arbeiter-Bataillon IX : Wangen ; (Hptm. Scheffen)

Arbeiter-Bataillon XIX : Sulzbad (Soulz-les-Bains) ; (Oblt. Bertelsmann)

Secteur Positions de la Bruche :

Arbeiter-Bataillon X : Breuchswickersheim ; (Hptm. Provisoirement Lt. V. Papen)

Secteur Ville :

Arbeiter-Bataillon XI : Strasbourg-ville ; (Hptm. Lieber)

Arbeiter-Bataillon XX : Strasbourg-ville (caserne Friedrich-Kaserne, chambre 36, 37 près de l‘Esplanade – avant 1/143) ; (Major Collot).

Allemagne : extrait d’une chanson d’un bataillon de Landwehr : extrait d’une chanson de Friedrich Schropp du Strassburger Landsturm – I. Infanterie-Ersatz-Bataillon 61 – I. Kompagnie: „Lied über seine Erlebnisse während des Krieges 1914/15“ (une chanson sur les événements qu’il a vécu lors de la guerre 1914/15) :

7. Aug. - Vor Wolfisheim, da heißt es „Halt !“ - Fürs Schlachtfeld seid Ihr schon zu alt ! - Hier wurden wir dann einquartiert, - Zur Festungsarbeit kommandiert. - 

Da schaffen wir mit fleiß’ger Hand - Im Schützengraben am Bergesrand. - Mit Spaten, Pickel und Gewehr, - So stellten wir die Arbeit her. - Mit Stacheldraht sind die Verhaun - Vom dritten Zuge aufzubau’n.  - Die Tage waren manchmal heiß, - Auf unsrer Stirn stand oft Schweiß. - Und kehren abends wir zurück, - Da kommt der „Spieß“ mit strengem Blick. - „Hierher hören !“ spricht er dann. - Und fängt ‚ne Dauerrede an. - Es rührt ihn nicht, wenn uns’re frau’n - Gar langen mussten ihm zuschau’n ; - Wie er mit Worten uns traktiert, - Wie Leder putzt man, Stiefel schmiert. - Doch endlich kam er doch zum Schluß, - Weil er ans Essen denken muß ! - Er spricht, „vorzüglich“ schmeckt es Euch, - Wenn auch die Bohnen sind nicht weich.  - Statt Urlaub und statt Frau im Arm, - Heißt’s stets : „Heut’ Abend ist Alarm !“ - Und Sonntags ruft man zum Appell,  - Es sind mir alle Mann zur Stell’ ! - Die Herren machten sich’s bequem, - Im Bette schläft man angenehm. - Auf’s Stroh, da legt man uns zur Ruh’ - Im Stall beim Pferd oder bei der Kuh ! - Und dass man keine Zeit verliert, - Ward auch ein wenig exerziert. - In Gruppen link’s und rechts geschwenkt - Und nach dem Kirchturm ausgeschwärmt. - Zur Musau, auf dem Scheibenstand, - Manch’ Kugel flog da in den Sand. - Es sollte seine Straffe sein, - Wenn man da kam zum Zielverein - Traduction : 7 août - C’est devant Wolfisheim que retenti « Halte ! » - Pour le champ de bataille vous être trop vieux ! - Ici nous prirent nos quartiers, - Détachés aux travaux de fortification. - Ici nous travaillons avec nos mains laborieuses - Dans les tranchées en bordure de la colline.  - Avec bêches, pioche et fusil, - Nous réalisons le travail. - Avec du barbelé qu’elles sont couvertes - A installer par la 3e section. - Les journées étaient dès fois très torides, - Notre front était souvent en sueur.  - Et lorsque le soir nous rentrons, - L’adjudant d’unité vient avec son regard sévère. - « Venez ici et écoutez tous ! » nous dit-il. - Et commence un discours interminable. - Cela ne le dérangeait pas, que nos femmes, - Fort longtemps durent le regarder,  - Comme il nous chicane avec ses mots, - Comment on nettoye le cuir, et graisse les bottes. - Mais enfin il arrive quand même à la fin, - Parce qu’il doit penser au repas ! - Il dit « c’est délicieux », est-ce bon pour vous, - Même si les flageollets ne sont pas bien cuits. - Au lieu du congé et de la femme dans les bras, - On nous dit souvent : « Ce soir nous avons une alarme ! » - Et le dimanche on nous appelle pour le rassemblement, - Tous les hommes sont présents ! - C’est Messieurs prennnet leurs aises, -  Dans des lits ont dort bien. - Sur la paille, on nous couche pour le repos, - Dans l’étable avec le cheval et la vache ! - Et pour que nous ne perdions pas de temps, - On a également fait un peu d’exercice. - Se déplacer en groupe à droite et à gauche, - Et se déployer face au clocher. - Vers la Museau sur le stand de tir, - Plus d’une balle vole là dans le sable, - Cela devait être une punition, - Si l’on venait là réunit devant les cibles.

Le stand de tir dénommé « Museau » est au bord de l’actuelle N4 à la sortie de Strasbourg, en haut de la colline sur la route en direction de Saverne, au lieu-dit à l’époque « Schöne Ausicht

 

Samedi 8 août 1914

6h00 : Allemagne, Alsace-Lorraine : les opérations. Le 10 août 1914, la situation dans le sud de la région et dans les Vosges encourage le général von Eberhardt (gouverneur militaire de la place forte de Strasbourg) à prendre de nouvelles dispositions pour la défense de la place forte. Il pense à mettre en œuvre la zone inondable du Bruch, au sud de la place, entre Blaesheim et Feggersheim. A 6 heures du matin, il ordonne à l’Oberst Fritsch, General der Ingenieure und Pioniere (commandant du génie de la place forte) de faire jouer les dispositifs de coupure et de préparer ceux aménagés sur le cours de la Bruche et le canal au pied de la Position de la Bruche. Les mesures sont efficaces et le Bruch devient rapidement une zone marécageuse impraticable. Ce même jour, le repli des Français autour de Mulhouse est annoncé à Strasbourg, ainsi que l’ordre d’annuler les transports des renforts. Il est trop tard, les unités sont parties et parfois déjà arrivées. Le détachement Knoerzer a atteint Sélestat et Châtenois où il prend du repos, et rencontre le flanc droit du XIV Res. AK (14ème corps d'armée allemand de réserve) qui vient franchir le Rhin.

7h00 : Allemagne, Mulhouse : Les troupes françaises entrent dans Mulhouse. En effet, Joffre a demandé dès 7 heures à Dubail de s’emparer des cols au nord de la Schlucht. Le général Dubail est surpris, car cette opération entrave le déploiement qu’il prépare en vue de l’offensive dans le secteur de la vallée de la Bruche, programmée pour le 14 août 1914, dans le cadre de l’offensive générale en Lorraine. Il ne discute pas les ordres et les transmet au 21ème corps. En fin de matinée, le 158ème RI s’élance vers le Bonhomme et le 31ème BCP sur le col de Ste-Marie-aux-Mines.

Carte postale ancienne allemande illustrant les combats à Mulhouse - Attention c'est également un moyen de propagande. Pour les illustrations allemandes, on ne repérésente que des morts et blessés français. (Coll. MJR)

Carte des positions françaises les 6, 7 et 8 août 1914 près de Mulhouse (Les Armées Françaises dans la Grande Guerre).

Carte postale ancienne de propagande illustrant l’entrée des troupes françaises en Alsace.

Allemagne, Alsace-Lorraine & Vosges : le déploiement de la 7ème armée allemande. Le 8 août 1914, les ordres fixent les missions des grandes unités de la VII. Armee et donnent les directives pour leur déploiement conformément au plan de mobilisation. Le XV. AK (15ème corps d'armée allemand) a eu l’ordre de rejoindre la région de Colmar et de tenir les cols des Vosges sur la frontière. Le XIV. AK (14ème corps d'armée allemand) formé sur la rive badoise, est déployé entre Neuf-Brisach et Neuenburg. Le XIV. Res. AK dont le rassemblement des troupes se poursuit, est en mesure de rejoindre les ponts de Schoenau et de Marckolsheim le 9 août 1914, afin de passer en Alsace. Le Gouvernement militaire de Strasbourg "Gouvernement Strassburg " a pour mission de relever les unités du XV. AK et de barre la vallée de la Bruche. Il doit aussi rassembler un détachement mobile dans la région d’Obernai au pied des Vosges. Ces troupes doivent se tenir prêtes à fournir un appui aux troupes de couverture en cas d’attaque rapide des Français. Elles constituent une réserve pour la défense de la frontière.

Allemagne, place de Strasbourg : Pendant ce temps, dans la place forte, les sapeurs du II./Pi Batl 15 (2ème compagnie du 15ème bataillon du génie allemand) construisent le pont de guerre n°IV " Kriegsbrücke IV". Dans les secteurs défensifs, les travaux de déploiement de l’artillerie progressent et deux batteries sont bientôt opérationnelles dans chaque secteur, avec pièces et munitions. Sur le Scharrach l’implantation d’une batterie est achevée.

Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Le calme règne dans le village. Les gens rentrent le blé ; quelques soldats apportent leur aide ». « Le nombre des communiants était de 300 aujourd’hui, parmi eux il y avait également quelques soldats. Du 2 au 9 août, 1 080 communions ont été distribuées, dont 380 données à des hommes. Lors de l’office d’aujourd’hui régnait un grand silence et le recueillement. Après la messe, le communiqué suivant a été fait devant l’église : l’administration de la commune reçoit de la farine du « Gouvernement » (de la place) et le cède aux familles contre un règlement numéraire. Les gens continuent d’assurer les transports de blé cet après midi, à cause du temps incertain ; des soldats apportèrent leur aide. Le journal – dans les premiers jours de la mobilisation générale - ne nous apporta aucune nouvelle sur les combats de la frontière près de Metz ». « Au village on relate les combats dans le Haut-Rhin. Qu’elle est la part de vérité à ces bavardages ? ».

11h00 : Allemagne, Reichsland, Vallée de la Bruche, Saint-Blaise : Dans la vallée de la Bruche, les Allemands sont aussi au contact des chasseurs français.

 

Dimanche 9 août 1914

11h40 : Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Avec le train de 11h40, des prisonniers français sont passés, installés dans trois wagons. Beaucoup de gens se sont précipités à la gare, mais ils ne purent voir un « Käppi » de ça et là. Les journaux confirment la rumeur de hier et annoncent une victoire des troupes allemandes près de Mulhouse. Cette nouvelle apporte de la tranquillité à la population et de la joie chez les soldats séjournant au village, qui fêtent la victoire avec le tintement de la musique et des gobelets jusqu’à la nuit. L’appariteur municipal communique : dans le cercle de Strasbourg, les animaux peuvent être vendus sans billet ». « Communiqué de l’appariteur municipal : un médecin militaire est à la disposition de la population locale dans le logement de médecin local. Les journaux annoncent aujourd’hui une victoire allemande près de Lagarde en Lorraine ».

Après-midi : Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement. « Strasbourg, le 9 août 1914 après-midi. Gouvernement. Ordres du Gouvernement.

1) Télégramme de Berlin du 8 août 1914

Quel que soit les circonstances, aucune nouvelle concernant les armées et flottes ennemies et les faits se déroulant sur les théâtres de guerre ne doivent être publiés, sauf elles sont transmises par le bureau du télégraphe de l’Agence Wolff à Berlin. Le département de la presse de l’état-major général « Generalstabspresse-Abteilung ».

2) a. Les formations de compléments « Ersatzformationen » restés dans la place rendent compte pour le 11.8.14 au Gouvernement, la quantité des effets d’habillement et d’équipement usagés en chiffre ronds qu’ils ont encore en stock, pour les effets suivants :

Waffenröcke (vestes), Attila’s, Litewken, Tuchhozen (pantalons en toiles), Feldmützen (casquette de campagne), Schnürschuhe (brodequins) et Stiefel (bottes), Brotbeutel (sacs à pain), équipement pour les chevaux et harnachements.

b. Les unités et les autorités sont informées que toutes les questions relatives à l’administration doivent être posées au service concerné.

3) Le magasin de cigarettes von Böhle près du pont au Corbeaux à Strasbourg est à nouveau autorisé pour les militaires.

4) Toutes les unités doivent laisser en place les dotations en couvertures et linge dans les quartiers d’hébergement. Sinon le service de la garnison n’est pas en mesure de répondre aux besoins des autres unités.

5) J’ordonne que toutes les troupes commencent immédiatement l’instruction au combat et que cette activité soit développée. Signé von Eberhardt. Generalleutnant und Gouverneur.

6) Le bataillon de Landsturm « Landsturm-Bataillon Bitsch II » à Ostwald doit immédiatement détacher 3 sous-officiers et 30 hommes en tant que personnel d’encadrement au bataillon de travailleurs « Arbeiter-Bataillon 7 » d’Ostwald.

7) Les chefs de corps des bataillons d’artillerie et les autorités du service des fortifications sont autorisées à accepter et embaucher des travailleurs pour les employer immédiatement.

8) Les commandants de secteurs prennent en charge la surveillance des bataillons de travailleurs, prennent les décisions nécessaires concernant le ravitaillement en vivres et l’hébergement, et règlent les détachements de personnels de surveillance. Dans toutes les localités, il faut désigner des commandants de locaux « Ortskommandant ». Les ordres pour les bataillons d’artillerie « Art. Batle » sont diffusées à compter de maintenant par les commandants de secteurs.

9) Le Offizierstellvertreter (officier honoraire) Förtsch est muté de la 2e à la 3e compagnie du train de forteresse du Landsturm „Festungs-Trainkompagnie“.

Communications. Un porte-monnaie et son contenu a été trouvé au Gouvernement. Il peut être récupéré à la Registratur. Du Gouvernement. Signature. Oberstleutnant ».

 

Mardi 11 août 1914

Après-midi : Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement.

« 1) Il s’avère nécessaire que rappeler la nécessité, que tous les membres de l’armée sont prié lors de leurs conversations dans les lieux publics, de rester très réservé sur les opérations militaires.

2) Pour les personnes soupçonnées d’espionnage et arrêtées par des militaires, ces derniers doivent consigner les faits par écrit et les transmettent avec ces personnes aux fonctionnaires civils de la police.

3) Toutes les unités ou parties d’unités qui doivent embarquer dans les wagons doivent arriver à temps dans les gares. Il est strictement interdit aux unités d’emmener plus de chevaux, de voitures ou de bagages que ceux qui sont normalement en dotation règlementaire. Tout ce qui est en trop ne sera pas emmené.

4) Tous les « Regimentsadjudanten » (officier chef de cabinet des chefs de corps) et les « Adjudanten » des formations autonomes doivent participer sur place à la remise des ordres du Gouvernement tous les soirs à 18h00.

5) Tous les petits wagonnets du parc principal du Génie doivent être immédiatement vidés dès leur arrivée aux stations terminus. Les ordres nécessaires doivent immédiatement être donnés.

6) Les poste de commandement des secteurs doivent rendre compte demain matin directement à l’intendance du Gouvernement, s’ils ont des boulangers et combien dans les unités de leur zone de responsabilité, et combien d’entre eux peuvent être détachés au service des subsistances pour renforcer les boulangeries.

7) Le dépôt des remplaçants « Ersatz-Depot » du régiment d’infanterie « I.R. 136 » fournit demain matin à 7 heures trois ordonnances connaissant la ville pour l’intendance du Gouvernement, dont un personnel avec fusil.

8) Dans les annexes se trouve un ordre concernant le service de santé dans les secteurs.

9) Il est rappelé aux commandants de secteurs qu’ils doivent tenir à jour leur journal de marche et d’opérations « Kriegstagebuch ».

De la part du Gouvernement. Signature manuscrite. Oberstleutnant (lieutenant-colonel) ».

 

Mercredi 12 août 1914

Matin : Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement.  « Ordres du Gouvernement.

1) Nous demandons une application stricte des ordres du Gouvernement du 10.8.1914 matin et précisons, lors de préserver les lignes télégraphiques et téléphoniques lors de l’abattage des arbres. Aucune panne ne doit être occasionnée. Si cela se produit par inadvertance, le détachement de transmetteurs situé à la poste principale de Strasbourg doit immédiatement être prévenu de l’incident.

2) Les régiments et les bataillons autonomes rendent compte de leurs besoins en cartes topographiques auprès de l’officier arpenteur « Vermessungsoffizier » situé à la caserne « Kaiser Wilhelm-Kaserne ».

Les détachements qui ont déjà reçus des cartes, ne peuvent en percevoir d’autres.

3) Le régiment de réserve de l’artillerie à pied n°10 « Res. Fussa. R. 10 » (I. II. II. Batl.), le 1er bataillon du régiment de réserve de l’artillerie à pied n°13 « I./Res. Fussa. R. 13 » et les 1er et 2e bataillons du régiment de réserve de l’artillerie à pied n°14 « I. und II. Res. Fussa. R. 14) rendent immédiatement compte au gouvernement où ils sont cantonnés.

4) Les commandants de secteurs rendent compte jusqu’au 14.8. 6 heures de soir lors de la remise des ordres, le nombre d’officiers protestants et catholiques, ainsi que le nombre de sous-officiers et d’hommes de troupe. Ils feront une proposition où se dérouleront les offices religieux de campagne « Feldgottesdienst » dans les secteurs, le dimanche 16 août.

5) La station ferroviaire de Strasbourg se plaint que les transports de mobilisation arrivant en gare ne sont pas déchargés ou déchargés trop lentement. Les mesures doivent être prises pour que ces transports soient déchargés rapidement avec tous les moyens.

6) Les commandants de secteurs choisissent les caporaux de la Landwehr qui sont particulièrement aptes à rejoindre la prévôté des secteurs « Feldgendarmen », dans les conditions suivantes :

Secteur Nord : 9 hommes

Secteur Nord-Ouest : 7 hommes

Secteur Ouest : 33 hommes

Secteur Sud : 13 hommes.

Total : 53 hommes.

Ces hommes se présentent auprès des prévôts supérieurs « Obergendarmen » situés dans les mairies suivantes

Secteur Nord :

Commune de Hoerdt : 2 hommes

Commune de Gambsheim : 2 hommes

Commune de Souffelweyersheim (Suffelweyersheim) : 3 hommes

Commune de Roberstau (Ruprechtsau) : 2 hommes

Total : 9 hommes.

Secteur Nord-Est :

Commune de Wingersheim : 1 homme

Commune de Berstett : 1 homme

Commune de Offenheim : 1 homme

Commune de Dingsheim : 2 hommes

Commune de Mittelhausbergen : 2 hommes

Total : 7 hommes

Secteur Ouest :

Commune de Odratsheim : 2 hommes

Commune de Scharrachbergheim : 2 hommes

Commune de Soultz-les-Bains (Sulzbad) : 2 hommes

Commune de Avolsheim : 1 homme

Commune de Dangolsheim : 2 hommes

Commune de Mutzig : 2 hommes

Commune de Molsheim : 2 hommes

Commune de Osthofen : 1 homme

Commune de Egersheim : 1 homme

Commune de Küttolsheim : 1 homme

Commune de Ernolsheim : 2 hommes

Commune de Breuschwickersheim : 3 hommes

Commune de Hangenbieten : 2 hommes

Commune de Ittenheim : 1 homme

Commune de Hürtigheim : 1 homme

Commune de Handschuheim : 2 hommes

Commune de Oberschäffolsheim : 2 hommes

Commune de Königshofen : 4 hommes.

Total : 33 hommes.

Secteur Sud :

Commune de Ostwald : 1 homme

Commune de Neudorf : 1 homme

Commune de Enzheim : 1 homme

Commune de Geispolsheim : 1 homme

Commune de Lipsheim : 2 hommes

Commune de Ohnenheim : 2 hommes

Commune de Hipsheim : 1 homme

Commune de Eschau : 1 homme

Commune de Plobsheim : 1 homme

Commune de Hindisheim : 1 homme

Commune de Nordhausen : 1 homme

Total : 13 hommes

L’hébergement des personnels détachés doit être réalisé avec alimentation, sous réserve qu’ils ne puissent participer à l’alimentation des troupes.

7) Les commandants de secteurs doivent immédiatement rendre compte au Gouvernement quels sont les personnels aptes à être employés comme trésoriers « Zahlmeister ».

Communiqué du Gouvernement

A Schiltigheim, au n°28 de la route de Hausbergen « Heusbergerstrasse », un cas de scarlatine « Scharlach » a été détecté. Liste des envois postaux qui ne peuvent pas être livrés et qu’il faut récupérer au Gouvernement : HPTM Böhmer, Oberstlt. Graf Holnstein, Oberstlt. Frh. V. Liliencron J.R.14, HPTM. Engler, HPTM. Linke, Oberlandesgerichtsrat Finger, Landst. Bat. Colmar, Landwehrmann Ernst Heintz, Trigonometer Carl Ditrich, Fahrer Schütz, Motorbootführer Emil Rohrmann, Vizewachtm. M.A. Jaequel, Soldat Franz Muske. De la part du Gouvernement. Signature manuscrite. Oberstleutnant ».

Après-midi : Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement.

« Ordres du Gouvernement. 1) L’accès est à nouveau autorisé pour tous les bistrots de Strasbourg et de sa banlieue qui étaient interdits aux militaires.

2) Les commandants de secteur doivent procéder à la mise en état de défense de leur secteur sous leur entière responsabilité. Pour cela ils doivent employer tous les moyens pour permettre de faire avancer les travaux.

3) Tous les télégraphistes présents dans les stations de télégraphie et de téléphonie doivent être pris en charge pour l’alimentation par les unités auprès desquelles ils sont détachés.

4) Les autorités, les unités et les officiers, qui ont reçu un complément de véhicule léger ou poids lourd ou d’une moto pour une longue durée, doivent rendre compte à l’officier communication de la place « Verkehrsoffizier vom Platz » jusqu’au 15 août à 12h00, le numéro et la marque du véhicule, le nom et le garde du chef de bord et de ses accompagnants.

5) Les troupes placées sous l’autorité du général commandant l’artillerie à pied ou du général commandant les ingénieurs et le corps du génie, doivent fournir pour le 17 de ce mois une liste des officiers jusqu’au grade de lieutenant (Oberleutnant) inclus avec des informations concernant leur patente d’officier pour l’établissement de la liste des juges.

6) Tous les vétérinaires doivent adresser à la section IV du Gouvernement un compte-rendu de maladie et un rapport d’autopsie pour tous les chevaux qui décèdent.

L’équarisseur « Abdecker » doit immédiatement donner le montant d’argent prévu aux unités lors de la récupération des animaux.

L’équarisseur d’Eckbolsheim et l’Eckarisseur J. Noël Maier d’Elsau doivent régler sur place aux unités pour chaque cadavre de bovin une somme de 10 Mark au profit de la Manutention militaire (Proviantant).

8) Les selliers et les forgerons disponibles dans les bataillons de travailleurs doivent être transférés à l’atelier de construction de l’Artillerie (Artillerie-Werkstatt).

9) Il est rappelé que les colonnes groupées des bataillons de travailleurs ont l’autorisation de passer la chaîne des postes de contrôle sans document d’identité.

10) Le « Landwehr-Infanterie-Regiment 120 » de Kehl fournit les personnels suivant pour le chargement de munitions le 14 et le 15.8.14 :

8 sous-officiers et 40 hommes, se présenter au rapport à 7 heures du matin au « Puvlerhof » (Dépôt de munitions de la Ganzau)

8 sous-officier et 40 hommes, se présenter au rapport à 8 heures du matin à la gare de marchandise de Neudorf (Güterbahnhof).

1 Officier, 1 sous-officier et 10 hommes, comme détachement d’accompagnement, se présentent au rapport le 15.8.14 à 6 heures de l’après-midi à la gare de marchandise de Neudorf. De la part du Gouvernement. Signature manuscrite. Oberstleutnant ».

 

Jeudi 13 août 1914

7h30 : Allemagne, Reichsland, place de Strasbourg : Le Gouverneur décide de continuer à renforcer la défense de la Place. Le 13 août à 7 h 30, il donne l’ordre à l’Oberst Fritsch de faire jouer les dispositifs qui conduiront à la mise en eau des zones inondables du front sud. Lentement, les terres avant du front sud vont se transformer en un terrain détrempé difficilement praticable.

Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’Abbé Dr. Aloys Postina : « Aujourd’hui, dix barques ont été remises à la disposition des pêcheurs. De partout arrivent des cartes de la poste militaire de campagne « Feldpostkarten » qui annoncent que tout va bien pour l’instant. Les journaux diffusent la dernière liste des pertes : 3 Alsaciens sont morts ».

 

Vendredi 14 août 1914

Allemagne, Reichsland, place de Strasbourg : Le 14 août de nombreuses troupes remontent de Haute-Alsace et arrivent dans la zone de la Place de Strasbourg. Elles appartiennent aux XIV. et XV. AK et ces mouvements répondent aux ordres du Prince Ruprecht de Bavière qui veut concentrer les forces de la VII. Armee entre Strasbourg et Sarrebourg, en vue d’une offensive du groupe d’armée Alsace-Lorraine. Celle-ci doit anticiper l’offensive générale française, ce dont les Allemands sont maintenant convaincus. Cela rassure un peu le Gouverneur qui pense depuis plusieurs jours que les combats sur la frontière peuvent cacher des intentions plus ambitieuses de l’ennemi. En effet, le matin, aux environs de 8 heures, est parvenu un message de la poste de Fouday : « Violents combats depuis une demi-heure. Artillerie et infanterie. Le général Hopfgarten est blessé, le Kommandeur du bayer. RIR 15 prend le commandement ».

Matin : Allemagne, Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement. Le Gouvernement de la place forte de Strasbourg retransmet une directive concernant l’hébergement des troupes dans les grandes villes, émise par le Ministère de la guerre, et transmise successivement aux différents commandements. « 14 août 1914. Commandement par intérim du 15e corps d’armée « Stellvertr. Generalkommando 15. A.K. » . Nous demandons quelles sont les mesures qui ont été prises. V.s.d.st.G.K. 15.08.1914. Gouvernement. Copie. Une instruction spécifique doit être faite par les supérieurs à tous les militaires. V.s.d.G. – F.d.Ch. d.G.St. Major (de la place) signature manuscrite. Document joint : « Kriegsministerium » (Ministère de la Guerre). Berlin le 6 août 1914. N°873/8  14. C1. Les grandes villes du pays seront soumises les prochains temps à de grandes contraintes d’hébergement. En conséquence, afin de préserver l’état de santé des appelés sous les drapeaux, la population doit prendre les mesures suivantes :

1) L’attention de la police locale doit être portée à la surveillance accrue de la prostitution ;

2) D’interdire l’accès de la troupe à certaines rues et d’interdire le séjour des prostituées dans les locaux ouverts au public comme les cafés.

3) Surveiller la qualité des boissons alcoolisées servies dans les débits de boissons.

4) Les tenanciers de bistro de la gare ont interdiction de servir des alcools forts aux troupes de passage. Par contre ils doivent veiller à avoir suffisamment de boissons fraîches aux fruits, d’eau gazeuse et autres boissons similaires.

5) Les hommes de troupe doivent être informés des consignes précitées.

6) Prévenir les hommes de troupe des risques des relations sexuelles hors mariage.

7) Avertir les troupes qu’elles ne doivent pas utiliser l’eau potable des puits avant le contrôle après prise de contact avec les médecins du cercle, les maires, etc.

8) L’accès aux maisons comportant des personnes atteintes de maladies infectieuses est interdit.

9) Attention lors de la consommation de fruits non cuits. Le ministre de la Guerre. Von Falkenhayn ».

Allemagne : extrait d’une chanson d’un bataillon de Landwehr : extrait d’une chanson de Friedrich Schropp du Strassburger Landsturm – I. Infanterie-Ersatz-Bataillon 61 – I. Kompagnie: „Lied über seine Erlebnisse während des Krieges 1914/15“ (une chanson sur les événements qu’il a vécu lors de la guerre 1914/15) : 14. Aug. - Ein Abend, müd von der Arbeit, - Da heißt es : „Macht euch marschbereit !“ - Die Kompagnie, sie rücket ein - Ins nahe Dorf Breuschwickersheim. - Im Breuschtal war der Teufel los, - Es brach herein dort der Franzos. - Auf jeden Mann, berechnet schon, - Gab’s acht Pakete Munition ! -Hier lagen wir die ganze Nacht, - Nachdem man ausgestellt die Wacht. - Um Morgen heiß’s, was tut Ihr hier, - Zurück ! Marsch, Marsch ! ins alt’ Quartier ! - Auch Liebesgaben trafen ein - Bei uns, dort schon in Wolfisheim ; - Sie lagen da schön ausgestreut - Und anseh’n, ach ! das macht schon Freud’. - Fünf Wochen gingen schnell herum Mit Arbeit, Exerzitium. - Dann gings nach Holtzheim, gar nicht weit, - Zum Wachtdienst macht man uns bereit. - Dort gab es öfter Instruktion, - Wie man bewacht die Bahnstation, - Den Telegraph und Schienenstrang, - Die Brücken und den Übergang. - Unausgesetzt müßt Ihr auspäh’n - Und nach dem Feind die Nase dreh’n ! - Halt ! Wer da ! Wird denn jedermann - Bei Nachtanbruch gerufen an ! - Den Ausweis zeigt Euch, sei’s wer will, - Das hochwohllöbliche Zivil. - Und wer der Ordre nicht pariert, - Wird auf die Wache abgeführt. - So mussten wir auf Posten zieh’n, - Patrouillen schreiten still dahin. - Der Rest stets auf den Ach’mer Höh’n - Gräbt tiefe Schanzen in den Lehm. - Gedenkt Euch noch das strenge Wort : - „Es geht mir keiner aus dem Ort !“ - So sagt der „Spieß“ uns spät und früh, - ‚Die erst’ bleibt unsre Kompagnie !’ - Auf einmal in der Mittagsstund’, - Da wird gemacht uns allen kund : - „packt schleunig Eure Sachen ein ! - Parad müßt Ihr um 3 Uhr sein !“ - Und dann ein letztes Abschiedswort, - Sagt man den Bürgern hier im Ort : - „Lebt wohl ! Euch allen danken wir, - für vierzehn Tage gut’ Quartier !“

Traduction: 14 août. - Un soir, fatigué par le travail, - On nous dit : « Préparez vous à marcher ! » - La compagnie entre dans - Le proche village de Breuschwickersheim. - Dans la vallée de la Bruche le diable s’est déchaîné, - Est entré par effraction le Français. - Pour chaque homme, on avait calculé, - Qu’ils reçoivent huit paquets de munitions ! - C’est ici que nous étions couchés toute la nuit, - Après que nous avions mis en place la garde. - Et demain on nous dit que faites vous là, - Demi-tour ! Marche, marche ! Dans vos vieux quartiers ! - Egalement des cadeaux arrivèrent - Chez nous, là-bas à Wolfisheim ; - Ils étaient là déjà éparpillés, - A voir cela, Ah ! cela nous réjouit. - Cinq semaines passèrent rapidement - Avec le travail et les exercices. - Puis nous sommes allés à Holtzheim, pas très loin, - Pour la garde nous nous préparons. - Là-bas nous avions souvent de l’instruction, - Comment garder la gare, - Le télégraphe et les voies ferrées, - Les ponts et les passages. - Sans répit je dois reconnaître - Et faire face à l’ennemi ! - Halt ! Qui va là ! Nous interpellions tout le monde - Dès la tombée de la nuit ! - Montrez-moi le passeport, qu’importe qui c’est, - Des civils honorés. - Et celui qui n’exécute pas les ordres, - Est emmené à la garde. - C’est ainsi que nous rejoignons nos postes, - Les patrouillent se déplacent silencieusements par là. - Les autres sont sur les hauteurs d’Achenheim, - Et creusent de profondes tranchées dans la terre glaise. - Rappelez-vous encore des mots très durs - « Personne ne sort de la localité ! » - C’est ainsi que parle l’adjudant d’unité soir et matin, - La première reste notre compagnie ! - Tout à coup à midi, - On nous informa tous : - « Remballez rapidement vos affaires ! - Vous devez être prêt à 15 heures ! » - Et ensuite un dernier mot d’adieux, - Qu’on dit aux habitants de la localité - « Adieux ! Nous vous remerçions, - Pour les 14 jours de bon quartier ! »

Allemagne, Reichsland, Wantzenau, journal de l’abbé Aloys Postina : « Cet après-midi, les hommes hébergés ici du régiment n°137 et du bataillon de Landsturm n°60, ont été mis en état d’alerte. Ils doivent immédiatement venir à Strasbourg. Les Français doivent être entrain d’avancer (combats de la vallée de la Bruche). La population s’inquiète du départ précipité des troupes, et cette crainte est encore accrue, lorsque les gens, qui rentraient des champs du Wörtel, ont été arrêtés par les soldats en faction au pont de l’Ill, pour leur demander leur laissez passer ».

15h00 : France, Lorraine : offensive française. (1ère armée). La 86e brigade (1er, 3e, 10e et 31e B.C.P.) attaque Saint-Blaise à partir de 15 heures, le 1er B.C.P. par l’ouest, le 3e B.C.P. par le nord, mais l’ennemi oppose une résistance acharnée dans la filature. Ensuite, le 3e B.C.P. poursuit sa progression et atteint Fouday à 19h30.

16h00 : France, Lorraine : offensive française. (1ère armée). Sur sa gauche, le 21e R.I. est immobilisé pendant plusieurs heures avant de reprendre la marche en avant vers 16 heures. Les villages de Saint-Blaise et de Plaine ainsi que les hauteurs autour de Plaine sont entre les mains de la 26e brigade qui a subi des pertes importantes. Le colonel Fritsch, commandant le 21e R.I. a été grièvement blessé au cours de l’attaque du village de Plaine.

17h30 : Metz : bombardement de Frescaty. Le premier bombardement français a lieu le 14 août 1914. Son objectif est rigoureusement militaire. Deux avions, pilotés par le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeaux, partent de Verdun à 17h30, bombardent les hangars à dirigeables de Frescaty près de Metz et regagnent Verdun leur mission terminée.