1919

 

Dernière mise à jour : 4 février 2019

 

 

Chroniques générales de la place forte et garnison de Strasbourg et de Kehl

 

Voici les chroniques de la place forte de Strasbourg. Pour aider à la compréhension de l’histoire particulière des fortifications et de la garnison de Strasbourg, nous vous proposons d’aborder toutes les facettes de la place forte, comme les activités des unités et des services. Nous avons ajouté quelques dates repères de l’histoire et des actualités qui influent sur le développement des techniques militaires. Nous vous invitons donc à vous plonger dans l’ambiance et l’histoire de cette année 1919, où les hostilités ont failli reprendre, pour finalement aboutur à la signature du Traité de Versailles et à un début de démobilisation des armées. A Strasbourg, la grande nouveauté est l’occupation de la Tête de Pont de Kehl par les armées française.

Toutefois en parcourant ces récits, prenez garde à gratter la couche de nationalisme que l’on retrouve dans la presse allemande et française. Cette chronique n’est pas définitive et elle est régulièrement complétée et mise à jour.

 

Explication des abréviations et acronymes :

 

C.A. = corps d’armée.

 

Chroniques de l’année 1919

 

Dimanche 5 janvier 1919

Allemagne : début de la révolte « Spartakusaufstand ».

A Berlin, le 5 janvier 1919, commence la révolte dénommée « Spartakusaufstand ».

 

Jeudi 16 janvier 1919

France, pays alliés & Allemagne : nouvelle convention qui prolonge l’Armistice et prévoit l’occupation de la Tête de Pont de Kehl (T.P.K.) :

Le paragraphe V du Chapitre A de la Convention d’Armistice du 11 novembre prescrit :

a) le contrôle par les troupes d’occupation de l’administration de la rive gauche du Rhin par les autorités locales ;

b) l’occupation de ces pays par des garnisons alliées tenant les principaux points de passages du Rhin (Mayence, Coblence, Cologne) avec, en ces points, des têtes de pont de 30 km de rayon sur la rive droite et des garnisons tenant les points stratégiques de la région ;

c) l’instauration d’une zone neutre, sur la rive droite du Rhin, entre le fleuve et une ligne tracée parallèlement aux têtes de pont et au fleuve, et à 10 km de distance, depuis la frontière de Hollande jusqu’à la frontière de la Suisse.

Un additif du 13 décembre 1918, renouvelant pour un mois l’Armistice du 11 novembre, prévoit l’occupation éventuelle, à titre de nouvelle garantie, de la zone neutre de la rive droite du Rhin, au Nord de la tête de pont de Cologne et jusqu’à la frontière hollandaise.

La Convention du 16 janvier 1919 prolonge l’Armistice pour une nouvelle durée d’un mois, c’est-à-dire jusqu’au 17 février 1919 : « Le Haut Commandement Allié se réserve, dès à présent, d’occuper, quand il jugera convenable, à titre de nouvelle garantie, le secteur de la Place de Strasbourg, constitué par les forts de la rive droite du Rhin, avec une bande de terrain de 5 à 10 kilomètres en avant de ces forts. Cette occupation fera l’objet d’un préavis de six jours de la part du Haut Commandement Allié. Elle ne devra être précédée d’aucune destruction de matériel ou de locaux. Le tracé de la zone neutre de 10 kilomètres sera, en conséquence, reporté en avant ». C’est en vertu de ces textes que s’accomplit du 1er au 17 décembre 1918 l’occupation des territoires de la rive gauche du Rhin et des têtes de pont de Cologne, Coblence et Mayence. Les moyens de l’Armée française. L’état d’armistice rend possible la reprise des opérations de guerre à tout moment, en raison de l’attitude des responsables du Gouvernement allemand et du climat d’insécurité régnant dans diverses régions d’Allemagne non occupée. Tout en procédant à des opérations de démobilisation, la France doit conserver sur le Rhin les effectifs et les moyens nécessaires à une action au cœur de l’Allemagne, alors que les Américains sont pressés de rapatrier leurs contingents et les britanniques soucieux de réduire les leur au minimum Le territoire à occuper a été divisé en quatre zones affectées respectivement du Nord au Sud aux Belges, Anglais, Américains et Français. Le dispositif a été arrêté par les notes du Maréchal Foch en date des 16 et 24 novembre et 14 décembre 1918. Les forces françaises comprennent : 7 E.O.C.A. (Eléments Organiques de Corps d’Armée), 18 D.I. (Division d’Infanterie), 2 D.C. (Division de Cavalerie). Les généraux commandant les C.A. exercent, au point de vue de l’emploi des troupes, le commandement des unités situées à proximité de leur P.C.

 

Dimanche 19 janvier 1919

Allemagne, politique : élection de l’assemblée nationale allemande.

Le 19 janvier 1919 se déroule en Allemagne les élections de l’assemblée nationale dénommée « Wahlen zur Nationalversammlung ».

 

Lundi 20 janvier 1919

France, armées d’occupation de l’Allemagne ; directives du commandant en chef.

Directive n°31.449 du 20 janvier 1919, du Maréchal Foch, Commandant en Chef. Dans les mois qui précèdent la signature du traité de paix, ce dispositif va connaître des fluctuations nombreuses, en raison des directives du Maréchal Commandant en Chef répondant aux impératifs suivants :

a) maintenir constant le potentiel des troupes susceptibles de contraindre les responsables allemands à respecter les clauses de l’Armistice,

b) reconstituer les grandes unités dissociées au cours des opérations de guerre,

c) ramener dans leurs garnisons de l’Intérieur Les Grandes Unités organiques des Corps d’Armée appartenant aux Régions frontières du Nord-est et du Nord,

d) procéder à la dissolution des Grandes Unités, rendue nécessaire par la libération des classes de la Territoriale (2e C.A.C. – 45e, 48e, 51e et 53e D.I. 10e et 15e D.I.C.),

e) relever certaines garnisons américaines dont les effectifs sont en cours de rapatriement,

f) ne conserver sur à l’Armée du Rhin que les Grandes Unités dont la dénomination n’entraînera pas, à la fin de leur mission, aucun remaniement dans l’organisation de l’Armée française du temps de paix. Ces fluctuations affecteront, non seulement les garnisons, mais encore la constitution interne des petites unités par substitution d’hommes appartenant aux classes maintenues à ceux relevant des classes libérables.

 

Vendredi 31 janvier 1919

Allemagne, tête de pont de Kehl (T.P.K.) : Début de l’occupation de la tête de pont de Kehl (T.P.K.) par l’Armée française.

Les opérations d’occupation des têtes de pont sont complétées par l’occupation de la tête de pont de Kehl entre le 31 janvier 1919 et le 4 février 1919 par des éléments de la 4e Armée française venant d’Alsace.

 

Mardi 4 février 1919

Allemagne – France : Stationnement des troupes françaises dans le cadre de l’occupation des armées alliées.

A la date du 4 février 1919, qui marque l’occupation de la tête de pont de Kehl, le dispositif de l’Armée française est sensiblement le suivant :

Le groupe d’Armées Fayolle a son P.C. à Kaiserslautern et comprend :

La 8e Armée Gérard (P.C. Landau) composée des :

3e C.A. (P.C. Deux-Ponts / Zweibrücken) constitué des :

-       6e D.I. dans la région d’Hombourg – St-Ingbert.

-       53e D.I. dans celle de Kirchheimbolanden – Kusek – Lauterecken – Kaiserslautern.

1er Corps d’Armée Colonial (P.C. à Neustadt) constitué des:

-       1re division Marocaine (Ludwigshafen).

-       2e D.I.C. (Division d’Infanterie Coloniale) dans la région de Durkheim (sera remplacée par la 5e D.I. entre le 11 et le 13 février).

-       3e D.I.C. avec P.C. à Spire.

(Le 2e C.A. et la 3e D.I. viennent d’être retirés pour rejoindre leurs garnisons de la 2e Région en France. La 4e D.I. est encore en secteur de Jockgrin – Kandel – Germersheim, face à Karlsruhe et sera relevée par la 2e D.I.C. (fin février).

3e D.C. (Division de Cavalerie) en réserve à Annweiler à l’ouest de Landau.

La 10e Armée Mangin (P.C. à Mayence) composée des :

13e C.A. (P.C. à Wiesbaden) vient de relever le 1er C.A. qui rentre à Lille) et constitué des :

-       1re D.I. dans la région de Gross-Gerau ;

-       26e D.I. dans la région de Hofheim ;

-       2e D.I. avec P.C. à Niederhausen ;

-       51e D.I. au nord-est de Mayence (sera dissoute le 23 février) ;

2e Corps d’Armée Colonial (P.C. à Boppard) constitué par les :

-       10e D.I.C. à St-Goar,

-       15e D.I.C. à Bingen,

-       48e D.I. à Nastatten,

-       4e D.C. en réserve sur le plateau de Simmern,

-       2e D.C.P. en réserve à Alzey (sera dissoute le 10 février).

En Sarre, le 9e C.A. dont le P.C. est à Sarrebrück est autonome depuis la délégation accordée par le général Mangin le 18 janvier 1919.

Il comprend :

-       la 17e D.I. dont le P.C. est Sarrelouis,

-       la 18e D.I. dont le P.C. est à Neunkirchen.

C’est le général Andlauer commandant cette 18e D.I. qui contrôle l’Administration civile de la Sarre.

Echappant à l’origine au Groupe d’Armées Fayolle, le 33e C.A. stationné en Zone belge d’occupation a son P.C. à Aix-La-Chapelle (Aachen) et comprend :

-       la 77e D.I. dans la région de Grevenbuch, face à Düsseldorf,

-       la 46e D.I. dans la région de Linnich-Juliers,

-       la 128e D.I. dont le P.C. est à Aldenhoven.

Enfin des éléments de la 38e D.I. appartenant à la 4e Armée ont occupé la tête de pont de Kehl à partir du 31 janvier 1919.

Allemagne – France : Stationnement des troupes françaises dans le cadre de l’occupation.

En fonction de ces directives, on relève entre février et avril 1919 les mouvements suivants des Grandes Unités : Le 9e C.A. et ses divisions organiques (17e et 18e) quittent la Sarre où ils sont remplacés par la 127e D.I., venant de la IIe Armée stationnée en France, et une fraction de la 42e D.I. débordant sur le Palatinat ; 9e C.A. relève à Boppard le 2e C.A.C. en cours de dissolution, la 17e D.I. remplace, dans la tête de pont de Coblence, de Bad Ems à Katzenellenbogen, la 48e D.I. qui ira se dissoudre en Sarre à la date du 22 mai (certains éléments de ces Grandes Unités, comme le 1er Zouaves, le 13e tirailleurs algériens, le 33e R.I.C. seront dirigés sur le Maroc par Bordeaux (O.P. n°950 du 9-3-1919), la 18e D.I. prend à Saint-Goar la place de la 10e D.I.C. (certains éléments de ces Grandes Unités, comme le 1er Zouaves, le 13e tirailleurs algériens, le 33e R.I.C. seront dirigés sur le Maroc par Bordeaux (O.P. n°950 du 9-3-1919) dissoute le 2 mars 1919 ; Venant de France, les 30e et 32e C.A. doivent se substituer respectivement au 15e C.A. en Prusse rhénane et au 1er C.A.C. dans le Palatinat. Ces deux derniers corps sont en effet appelés à revenir le premier à Marseille, le second à Paris. Mais leur départ sera différé en raison de l’attitude allemande ; La 25e D.I. remplace à Gross Gerau la 1re D.I. rejoignant sa garnison du Nord de la France, la 29e D.I. venant de Roubaix – Valencienne prend à Bingen la place de la 15e D.I.C. dissoute le 6 mars, 37e D.I. venant du 20e C.A. située dans l’Est de la France, se substitue à Niedernhausen à la 2e D.I. rentrant également dans le Nord ; Venant de la IIIe Armée, la 47e D.I. relève le 15 avril en Prusse rhénane la 42e D.I. retrouvant son Corps d’Armée organique, le 21e C.A. dans l’Est de la France ; la 53e D.I., dissoute le 28 mars, cède ses cantonnements de Kirchheimbolanden à la 5e D.I. venant de Bad Durkheim. Le 3e C.A. est alors reconstitué avec ses divisions organiques ; La 167e D.I., issue de la IVe Armée, relève dans la tête de pont de Mayence, la 45e D.I. dissoute le 28 mars. La Brigade mixte italienne de Monte-Zuelo est mise à la disposition du Groupe d’Armées Fayolles pour l’occupation du Palatinat au sud de la ligne Schaidt – Kandel – Pforth.

La 3e D.C. fait mouvement de la vallée de la Queich pour venir occuper la région de Worms – Alzey (carte I) ; Pendant que s’effectuent ces mises en ordre, le Commandement étudie, dans l’éventualité de la signature du traité de paix, une organisation des troupes d’occupation réduite du côté français à : 3 C.A., 7 D.I., 2 D.C. (Note n°9056 du 11 avril 1919 – Cartin I/I – Dossier n°14 du Groupe d’Armée Fayolle). Ainsi répartis : VIIIe Armée :

30e C.A. – Palatinat – P.C. : Kaiserslautern

1re Division Marocaine : Ludwigshafen – Bad-Durkheim.

47e D.I. : Landau

Brigade mixte italienne : Bergzabern – Maxau face à Karlsruhe.

Xe Armée :

32e C.A. – Prusse rhénane – P.C. : Bad Kreuznach

127e D.I. en Sarre

167e D.I. : Saint-Goar

4e D.C. rattachée – Simmern.

33e C.A. – Hesse rhénane – P.C. Mayence.

37e D.I. Wiesbaden – Hofheim.

77e D.I. – Gross Gerau face à Darmstadt.

128e D.I. – Mayence – Oppenheim.

3e D.C. rattachée Worms.

En vue de la réalisation de ce dispositif, le 33e C.A. et ses trois divisions (46e, 77e et 128e D.I.) stationnant dans la zone belge, passent sous les ordres du général Fayolle à la date du 12 avril 1919. Ces prévisions font état de la disparition des 1er C.A.C., 3e, 9e, 13e et 15e C.A. et de leurs divisions organiques appelées à rentrer dans leurs garnisons de m’intérieur, lorsque la situation générale le permettra.

 

Lundi 17 février 1919

Allemagne – France : Stationnement des troupes alliées : le général Foch demande la faculté de reprendre les hostilités.

Le 17 février 1919, le maréchal Foch décide que les Alliés auront la faculté de reprendre les hostilités sur préavis de trois jours. Tandis que l’élaboration du traité de paix se poursuit lentement, de conférence en conférence, les Allemands ne diminuent en rien leur opposition. Les conditions de paix sont dénoncées par eux dès qu’elles sont connues comme « un odieux abus de force » et ils déclarent ne pas les accepter.

 

Jeudi 6 mars 1919

Allemagne : loi de création de l’armée provisoire « Reichswehr ».

La loi pour la formation de l’armée provisoire dénommée « Reichswehr » est votée.

 

Samedi 19 avril 1919

Allemagne – France : Clemenceau évoque une éventuelle reprise des opérations.

Depuis plusieurs semaines, Clemenceau était persuadé que les Allemands chercheraient à gagner du temps, temps pendant lequel se développeraient la démobilisation des armées alliées et le retrait des troupes américaines d’Europe. Il avait reçu le 19 avril 1919 le Maréchal Pétain qui l’avait confirmé dans une attitude intransigeante au sujet du Rhin.

 

Lundi 21 avril 1919 (Pâques)

Allemagne – France : Eventuelle reprise des opérations.

Clemenceau était décidé à employer la menace, puis la force pour contraindre l’ennemi à la résipiscence. A cet effet, il envoya le général Mordacq, son Directeur de Cabinet, chez le Maréchal Foch, le 21 avril 1919. Il s’agissait de prendre toutes les dispositions pour que les quatre Armées alliées puissent agir rapidement au cœur de l’Allemagne.

 

Mardi 22 avril 1919

Allemagne – France : Réunion des commandants d’Armée chez le Maréchal Foch.

Le 22 avril 1919, le Maréchal Foch, le Généralissime français, réunissait les quatre commandants de ces Armées pour arrêter les mesures définitives. Quelles étaient les possibilités d’intervention ? Le Maréchal Commandant en Chef pouvait mettre en ligne une trentaine de divisions normales et cinq de cavalerie. Par suite de la méthode employée pour leur démobilisation en cours, les armées anglaises et américaines seraient prêtes très rapidement. Il délai plus long était nécessaire pour l’armée belge. Du côté français, le Groupe d’Armées Fayolle agirait avec toutes ses divisions, sous réserve que certaines unités, venant du Nord-Est de notre pays viennent assurer dans les territoires rhénans la sûreté de nos arrières. Chaque régiment d’infanterie des divisions du groupe d’armées Fayolle était en mesure de former deux bataillons de marche ; par contre, dans les divisions de cavalerie, chaque brigade ne pouvait fournir qu’un régiment à 4 escadrons de 100 sabres. L’artillerie organique avait ses groupes au complet, mais chaque régiment était en état d’atteler seulement trois pièces par batterie avec échelons réduits. L’artillerie non organique disponible se composait :

A la VIIIe Armée (Gérard) de : 2 groupes de 155 C hippomobiles, 2 régiments de 75 porté, à 2 groupes chacun, 1 régiment de 155 C, tracté à 2 groupes, 1 régiment de 155 L tracté à 2 groupes à 2 batteries.

A la Xe Armée (Mangin) de : 3 groupes de 155 C hippomobiles, 2 groupes de 105 hippomobiles, 3 régiments de 75 porté à 2 groupes, 1 régiment de 155 C tracté à 2 groupes, 2 régiments de 155 L tracté à 2 groupes à 2 batteries.

En outre, le général Fayolle disposait en réserve générale de : 2 groupes de 220 L ; 2 groupes de 240.

En ce qui concerne le matériel, l’artillerie était au complet avec 6 jours de feu pour les 75 et 4 jours de feu pour l’artillerie lourde. L’infanterie présentait un déficit important en armes automatiques. Le Service de Santé manquait de quelques médecins et devait conserver l’appui des Sections sanitaires américaines en attendant l’arrivée des sections automobiles françaises annoncées. La réserve du Service automobile alignait 500 camions, susceptibles de transporter l’infanterie d’une division. La réunion des Chef d’Armée le 22 avril 1919 avait donné lieu à l’élaboration de la Note secrète par l’état-major du général Fayolle :

Groupe d’Armée Fayolle. Etat-major. 3e Bureau. Note secrète

En cas de dénonciation de l’armistice et de la reprise des hostilités, le Maréchal Foch a l’intention de porter les Armées Alliées en direction générale du Nord-Est et d’occuper, dans une première phase d’opérations, la partie de l’Allemagne limitée par : Au Nord, la mer du Nord ; A l’Est, la ligne de la Weser ; Au Sud, la ligne du Main. Il compte ainsi, par l’occupation du bassin de la Ruhr d’une part, et par la séparation de l’Allemagne du Nord et de l’Allemagne du Sud, d’autre part, peser sur les décisions du Gouvernement Allemand. A la fin de cette 1ère phase, les Armée Alliées suspendront leur marche en avant ; le mouvement sera repris ultérieurement s’il y a lieu, en direction générale de Berlin, dans une 2ème phase d’opérations qui est seulement envisagée, mais non prévue. Toutes les Armées alliées prendront part à ces opérations dans la proportion suivante :

Armée française : 15 D.I. (plus 3 opérant avec l’Armée belge), 2 D.C.

Armée britannique : 6 ou peut-être 8 D.I., 1 D.C.

Armée américaine : 1 D.C. française, 7 D.I.U.S.

Armée belge : 3 D.I. (plus 3 D.I. françaises opérant avec l’Armée belge), 1 D.C.

Armée française. Mission : Se porter sur la ligne : Werra, Meiningen, Konigshoffen, Schweinfuhrt, Kitzingen.

Couvrir les Armées Alliées face au Sud, en occupant la ligne du Main.

Zone d’action. La limite Sud fixée, est d’une façon générale, la ligne du Main. Toutefois, l’occupation sera portée au sud du Main notamment entre Mittenberg et le Rhin, dans les conditions nécessaires pour couvrir la ligne de communications : Worms, Darmstadt, Aschaffenburg, Schweinfurt.

Composition : 15 D.I. (10) – 2 DC. Sur ces 15 D.I., 3 D.I. seront au début des opérations maintenues dans la région de Mayence, à la disposition du Maréchal Foch. Ces 3 D.I. pourront toutefois être employées momentanément à la garde des ponts du Rhin et des communications. Les dispositions seront prises pour les libérer rapidement de cette garde, afin qu’elles puissent être, le cas échéant, dirigées sur une autre partie du théâtre d’opérations.

Exécution du mouvement. L’Armée française débouchera sur le front compris entre le Main et la limite Nord de sa zone d’action et règlera son mouvement de manière à déborder par le Nord et par l’Est les passages du Main compris entre Francfort et le coude de Mittenberg. L’occupation de la région comprise entre le Rhin et le Main (de Francfort à Mittenberg) sera effectuée ensuite. On évitera ainsi le risque d’être arrêté sur le Main, devant des passages détruits. Le mouvement s’exécutera en 3 bonds séparés par un jour de repos.

1er Bond – de J’ à J’ + 3 inclus (11. J est le jour où est ordonné la concentration). Les gros de la cavalerie se portant sur la ligne Wertheim, Gemunden, Schlutern, Ulrichstein. Des éléments légers occuperont Wurzbourg, Schweinfurth et Fulda. 2ème Bond – de J’ + 5 à J’ + 8 inclus. Les gros de cavalerie se porteront sur le ligne Kitzingen, Schweinefuhrt, Neustadt, Geisa. Eléments légers poussés sur Werra. 3ème Bond – de J’ + 9 à J’ + 11 inclus. Gros de cavalerie sur la ligne Kitzingen, Schweinefuhrt, Konigshaffen, Meiningen, Werra. Les gros d’infanterie feront en moyenne 18 kilomètres par jour de marche. Lignes de communications.

1° Mayence, Francfort, Hanau, Fulda.

2° Worms, Darmstadt, Aschaffenburg, Schweinefurth.

Prescriptions d’ordre général. S’assurer le bénéfice de la surprise. Il n’y a donc pas lieu de prévoir la prise d’un dispositif de couverture renforcée, par occupation d’une partie de la zone neutre et la réunion des deux têtes de pont de Coblence et de Mayence. La ligne de couverture sera celle que tiennent actuellement nos divisions de 1re ligne. Après une concentration qui pourra être très échelonnée en profondeur, les armées déboucheront de cette ligne. Le mouvement des armées s’exécutera rapidement. La rapidité nécessaire pour agir sur le gouvernement et les populations ennemis est en outre nécessaire pour nous assurer les communications dont nous avons besoin. A ce point de vue il faut retenir que la D.G.C.R.A. avec les faibles moyens dont elle pourra disposer, sera en mesure d’assurer l’exploitation du réseau ferré jusqu’à 80 ou 100 km du Rhin, mais pas plus loin. Il importe donc que nous prenions rapidement possession, non seulement des voies ferrées afin d’en empêcher les destructions, mais encore du matériel roulant et du personnel d’exploitation. La cavalerie, appuyée par des autocanons et des mitrailleuses et, au besoin par des détachements d’infanterie transportés en camions, devra être poussée délibérément en avant, avec mission d’occuper les points importants du réseau ferré, d’empêcher l’exode du matériel, et de réquisitionner le personnel des chemins de fer. Des techniciens du service des chemins de fer lui seront adjoints dans ce but.

 

Mercredi 23 avril 1919

Allemagne – France : Réponse des plénipotentiaires allemands.

Le 23 avril 1919, les plénipotentiaires allemands avaient fait connaître qu’ils ne pourraient être à Versailles avant le 1er mai 1919 pour prendre connaissance des conditions qui leur étaient imposées.

 

Mai 1919

Allemagne, Armée française du Rhin : Ordre de bataille en mai 1919.

Au mois de mai 1919, l’ordre de bataille est devenu le suivant :

Q.G.G.A. Fayolle : Kaiserslautern.

VIIIe Armée – Gérard – P.C. Landau

3e C.A. – Deux-Ponts

5e D.I. – Kirchheimbolanden

6e D.I. – Hombourg

1er C.A.C. (en cours de relève par le 32e C..A) Neustadt

1re D.M. – Ludwigshafen – Frankenthal

2e D.I.C. – Edenkoben

3e D.I.C. – Spire – Germersheim

Brigade Mixte Italienne – Bergzabern

47e D.I. – provisoirement autour de Landau

La 4e D.C. est passée à la Xe Armée.

Xe Armée – Mangin – P.C. : Mayence

13e C.A. – Wiesbaden

25e D.I. – Gross-Gerau

26e D.I. : Hofheim – Griesheim – Koenigsstein

37e D.I. – Niederhausen

167e D.I. – Biebrich

15e C.A. – Bingen (en cours de relève par le 30e C.A.)

Bad-Kreuznach

29e D.I. – Sobernheim

3e D.C. – Alzey

4e D.C. – Niederingelheim

9e C.A. – Boppard

17e D.I. – Bad-Ems

18e D.I. – Saint-Goar – Simmern

Une brigade sénégalaise (10e et 11e R.T.S.) vient de Saint-Raphaël remplacer certains régiments blancs dissous au 13e C.A.

Le 33e C.A. avec ses trois D.I. est toujours en zone belge autour d’Aix-La-Chapelle et la 127e D.I. est en Sarre.

Devant l’attitude de l’Allemagne, la relève des C.A. appelés à rentrer en France se prolonge et les 2e et 3e D.I.C. sont provisoirement maintenus en occupation. En cas d’offensive, la 3e D.I.C. se portera à Gross-Gerau pour relever la 25e D.I. et la 2e D.I.C. rejoindra Bad-Durkheim, relevant la 1re D.M. (Cf. Carte I). La 2e D.C. est alertée en Alsace pour venir renforcer le 3e C.A. américain dépourvu d’unité de cavalerie. Elle porte du 14 au 20 mai dans la tête de pont de Coblence la 2e brigade légère (17e et 18e chasseurs à cheval) et la 12e brigade de dragons (4e et 12e), mais la 2e brigade de dragons (8e et 31e) est restée dans la région de Marseille. C’est en vain que le général Mangin demandera son intervention pour pallier la faiblesse des autres brigades ne pouvant aligner chacun qu’un régiment de marche.

 

Mercredi 7 mai 1919

Allemagne – France : La délégation allemande prend connaissance du texte du Traité de Paix.

Le 7 mai 1919, la délégation allemande, conduite par le Comte de Brock-Dorferantzau prend connaissance du texte du Traité de Paix. Clémenceau, lloyd George et Wilson sont unanimes à reconnaître l’arrogance et même l’incorrection de ces plénipotentiaires. La presse allemande se déchaîne contre les Alliés.

 

Lundi 12 mai 1919

France : Incidents face à la lenteur de la démobilisation ; le maréchal Foch quitte Paris.

L’opinion de notre pays se montrait nerveuse. Il fallait procéder à une sorte d’exécution militaire, qui retardait une démobilisation déjà ralentie. Des incidents graves se produisaient à Toulouse avec début de mutinerie dans une caserne, faisant suite à celle plus sérieuse encore de la Mer Noire. Nos chefs ne perdaient pas le temps. Le Maréchal Foch avait quitté Paris dans la soirée du 12 mai 1919.

 

Mardi 13 mai 1919

Allemagne, Berlin : Manifestations devant l’hôtel des délégués de l’Entente.

Les 13 et 14 mai 1919, des manifestations contre les délégués de l’Entente ont lieu devant l’hôtel Adlon à Berlin. Cette attitude ne fait que confirmer les appréhensions françaises (Georges Clémenceau – Grandeurs et misères d’une victoire).

Allemagne, Kaiserslautern et Landau : Armée française du Rhin : visite et directives du Maréchal Foch.

Dans la matinée du 13 mai 1919, il avait conféré avec le général Fayolle à Kaiserslautern et l’amenait à Landau au P.C. du général Gérard dans l’après-midi pour rejoindre Mayence et le P.C. du général Mangin dans la soirée. Le Maréchal Foch donnait à ses subordonnés les directives suivantes : « En face de la répugnance allemande à signer les Préliminaires de Paix, il faut briser la résistance là où elle réside, c’est-à-dire Weimar et Berlin, avec des moyens militaires indiscutablement supérieurs. Avec ses flancs couverts par le Main au Sud de la Lippe au Nord, la masse des armées alliées réalisera des résultats de nature à affaiblir l’Etat allemand : En réduisant fortement son territoire au Sud, car la mainmise sur la vallée du Main séparera l’Allemagne du Nord de l’Allemagne du Sud, en affaiblissant nettement son potentiel économique au Nord, par l’occupation du bassin de la Ruhr ». Il était procédé à une mise au point de la reprise des opérations. Le délai de trois jours imposés par la Convention d’armistice serait employé à la réalisation des mouvements préparatoires à l’intervention armée.

 

Jeudi 16 mai 1919

Allemagne, Mayence : Armée française du Rhin : le général Fayolle envoye son projet de note au Maréchal Foch.

Le 16 mai 1919, le général Fayolle envoyait au Maréchal Foch pour approbation le projet de note personnelle et secrète à ses subordonnés, projet rédigé en fonction des directives du Maréchal Commandant en Chef.  

 

Mercredi 21 mai 1919

Allemagne, Landau : Armée française du Rhin : Expulsion du bourgmestre de Landau.

L’Allemagne fermentait : le 21 mai 1919, le général Gérard expulsait de la rive gauche du Rhin le bourgmestre de Landau, pour atteinte à la sûreté des troupes d’occupation.

 

Vendredi 23 mai 1919

Allemagne, Armée française du Rhin : Discussion au sujet d’un projet de Confédération de l’Allemagne du Sud.

Le 23 mai 1919, le général Desticker, sous-chef d’état-major du Maréchal Foch rencontrait le docteur bavarois Heim qui rêvait d’une Confédération de l’Allemagne du Sud.

 

Dimanche 25 mai 1919

Allemagne, Armée française du Rhin : Annulation de l’opération.

Il semble que ce soit l’attitude réticente des Anglais qui ait fait décommander l’opération du 27 mai 1919. Effectivement, un télégramme du général Fayolle en date du 25 mai 1919 l’ajournait jusqu’à nouvel ordre. Des indications nouvelles étant promises pour le 30 mai. Ce jour-là, par notes successives, le général Fayolle mettait au point la préparation des mouvements éventuels de la 3e D.I.C. et des 9e et 13e C.A.

 

Dimanche 1er juin 1919

Allemagne – France : Echec de l’instauration d’une République rhénane.

Cependant, l’échec de l’instauration d’une République rhénane le 1er juin 1919 avait fortement indisposé les Alliés qui reprochaient aux autorités militaires françaises leur manque de neutralité. Le Président Ebert avait fait remettre à la Commission d’Armistice de Spa et au Maréchal Foch une protestation solennelle contre l’attitude des troupes d’occupation violant les conditions de la Convention d’armistice. Lloyd George remit même en cause le principe désormais acquis de l’occupation à temps de la rive gauche du Rhin par les Armées alliées. Il fallut toute l’énergie du Président Clémenceau pour amener les Anglais surtout, à plus de compréhension, mais l’opération de force se trouva retardée de ce fait. Un voyage aux champs de bataille de Verdun impressionna fort le Premier Anglais et l’attitude menaçante des Allemands à l’égard de la Pologne permirent d’arrêter la reprise des hostilités pour le 25 juin 1919, si les Allemands n’avaient pas signé à cette date.

 

Mercredi 4 juin 1919

Allemagne, Armée française du Rhin : Instruction secrète sur l’emploi de l’aviation.

Le 4 juin 1919 paraissait une nouvelle instruction secrète sur l’emploi de l’aviation pendant les opérations du Jour J.

 

Vendredi 13 juin 1919

Allemagne, Armée alliées : Accord sur une reprise des opérations sur une reprise éventuelle des opérations.

Le 10 juin 1919, Clémenceau et Foch se mirent d’accord à cet effet et le 13 juin 1919, Clémenceau emporta l’approbation des Alliés.

 

Lundi 16 juin 1919

Allemagne, Armée française du Rhin : Suspension des permissions.

Le 16 juin 1919, un télégramme suspendit les permissions et rappela les absents des unités. Les cours d’instruction furent annulés.

 

Mardi 17 juin 1919

Allemagne, Armée alliées ; Face à l’ultimatum des Alliées, le gouvernement de Weimar s’incline.

Le 17 juin 1919, les mouvements préparatoires furent déclenchés en même temps que l’ultimatum était adressé aux plénipotentiaires allemands. Un télégramme du 19 juin 1919 prescrivait que Francfort, Darmstadt et Mannheim seront occupés le 23 juin 1919. Ce jour-là, le Gouvernement de Weimar s’inclina et le 24 juin 1919, les mouvements de déconcentration s’amorcèrent.

 

Vendredi 20 juin 1919

Allemagne – Alliés : Stationnement des troupes alliées : sommation au gouvernement allemand et mise en alerte des troupes Alliées.

Le 20 juin 1919, le Conseil Suprême somme le gouvernement allemand d’avoir à accepter le traité. A cette date, 15 heures, sur toute la ligne du Rhin les troupes alertées attendent le signal. Le maréchal Foch a défini le caractère de l’opération dès le mois de mai : « Le Gouvernement allemand refusant de signer les Préliminaires de Paix, il faut, pour briser sa résistance et lui imposer la paix, viser cette résistance là où elle réside : Weimar, Berlin, avec des moyens indiscutablement supérieurs ».

 

23 juin 1919, 17 heures

Allemagne – Alliés : Stationnement des troupes alliées : l’Allemagne accepte de signer le traité à Versailles.

Le 23 juin 1919 à 17 heures, l’Allemagne fait savoir qu’elle accepte. Mais jusqu’au 29 juin 1919, date de la signature à Versailles, les armées restent en état d’alerte. L’Allemagne n’a cédé que devant la force. Notre présence dans les pays rhénans, à proximité immédiate de ses centres vitaux, a seule permis ce résultat.

 

Dimanche 29 juin 1919

Allemagne – Alliées : Signature du Traité de Versailles.

Le traité de Versailles modifie le caractère de l’occupation et en précise la durée : « A titre de garantie d’exécution par l’Allemagne des clauses du présent traité, les territoires allemands situés à l’ouest du Rhin, ensemble des têtes de pont, seront occupés par les troupes des Puissances alliées et associés pendant une durée de quinze année à compter de la mise en vigueur du présent traité ». Les territoires rhénans constituent donc une garantie interalliée ; l’occupation devient l’un des pivots de la politique européenne. « L’Arrangement rhénan », annexe du traité, redonne au gouvernement allemand ses droits de souveraineté ; un organisme civil, la « Haute Commission interalliée », s’insérera entre les populations et les armées occupantes. Les dispositions du traité provoquent des réactions dans les pays rhénans. D’une part, les laborieuses discussions interalliées ont eu leur écho sur le Rhin ; d’autre part, il est maintenant certain que l’occupation sera limitée. Fonctionnaires et industriels ne voient pas dans les Alliés que des maîtres temporaires et provisoirement unis, d’où les multiples incidents qui surgissent journellement. Quant aux séparatistes, ils décident de brusquer les choses. Mais l’indifférence quasi générale des masses, l’hostilité des fonctionnaires mobilisés pour l’unité allemande et le refus des Commandements alliés de reconnaître les Républiques autonomes font échouer toutes leurs tentatives. Tandis que s’éteignent ces mouvements mal coordonnés, les armées d’occupation s’installent et réduisent leurs effectifs, conformément aux nouvelles clauses.

 

Mardi 1er juillet 1919

France : Reprise de la démobilisation de l’Armée française.

Le 1er juillet 1919, l’Armée française reprit sa démobilisation. On put alors revenir au Plan de prévision du 11 avril 1919 et tenir compte des conclusions présentées le 11 juin 1919 par la Commission Militaire Interalliée chargée d’établir des propositions au sujet de l’effectif des troupes d’occupation et de leur casernement. 

 

Lundi 7 juillet 1919

Allemagne - Coblence : Armées alliées : Imposante cérémonie militaire.

Quelques jours après, le 7 juillet 1919, une imposante cérémonie militaire a lieu à Coblence, au cœur même des territoires occupés. Sous la présidence du maréchal Foch et avec la participation des chefs alliés, la France inaugure le monument du général Marceau, tué non loin de là à Altenkirchen, alors qu’en 1796 il commandait l’armée de Sambre-et-Meuse.

 

Septembre 1919

Allemagne - Armées alliées : Réduction progressive des effectifs.

En septembre 1919 il ne reste plus à l’armée française que neuf divisions ; l’armée anglaise et l’armée belge ne compte plus que cinq Grandes unités ; l’armée américaine est réduite à une demi-division. De nombreuses modifications de zones en résultent (Il est prévu que le territoire de la Sarre passe sous gouvernement de la Société des Nations considérée comme fidéicommissaire. Les troupes d’occupation de ce territoire ne relèveraient plus, à partir de la mise en vigueur du traité, du commandement de l’Armée du Rhin).

 

Octobre 1919

Allemagne – Armée française du Rhin : Création de l’Armée française du Rhin.

En octobre 1919, les troupes françaises sont constituées en « Armée Française du Rhin », dont le général Degoutte prend le commandement avec quartier général à Mayence.