1871

 

 

Dernière mise à jour : 9 octobre 2018

 

 

Chroniques générales de la place forte de Strasbourg.

 

Voici les chroniques de la place forte de Strasbourg. Pour aider à la compréhension de l’histoire particulière des fortifications et de la garnison de Strasbourg, nous vous proposons d’aborder toutes les facettes de la place forte, comme les activités des unités et des services. Nous avons ajouté quelques dates repères de l’histoire et des actualités qui influent sur le développement des techniques militaires. Certaines rubriques peuvent paraître anodines, comme un communiqué de désertion, mais ce dernier nous donne livre des informations sur la région de recrutement de cette unité ou sur l’équipement.

Compte tenu que des erreurs de traduction sont toujours possibles, surtout avec des termes anciens, je garde les mots et expressions allemandes entre guillemets. Toutefois, il s’agit bien de l’orthographe de l’époque.

Nous vous invitons donc à vous plonger dans l’ambiance et l’histoire de cette année 1871, mais prenez garde à gratter la couche de nationalisme que l’on retrouve dans la presse allemande et française.

Cette chronique n’est pas définitive et elle est régulièrement complétée et mise à jour.

 

Abréviations et termes allemand couramment utilisés :

A.K.O. = Allerhöchste Kaiserliche Order = Ordre du cabinet impérial / Ordonnance impériale.

IR = Infanterie-Regiment = Régiment d’infanterie (généralement suivi de son numéro).

Reichsland = Terre d’Empire = partie annexée de l’Alsace-Lorraine.

 

Les grades :

General der Infanterie, General der Kavalerie = équivalent au général de corps d’armée.

Generallieutenant = équivalent au général de division.

Generalmajor = équivalent au général de brigade.

Oberst = = colonel.

Oberstlieutenant = lieutenant-colonel.

Major = chef de bataillon, chef d’escadron, commandant.

Hauptmann ou Rittmeister (pour les troupes montées) = capitaine.

Oberleutnant = lieutenant

Leutnant = sous-lieutenant.

 

Remarque : l’orthographe allemande diffère de celle d’aujourd’hui. Par exemple pour les portes on note la présence d’un h « Thor » qui a disparu ultérieurement (Tor), et de nombreux mots s’écrivent encore avec un c, alors que quelques années plus tard on utilisera le k, comme pour Fortification écrit ultérieurement Fortifikation. On germanise les mots d’origine française. J’emploi autant que possible l’orthographe d’origine.

 

Chroniques 1871

Mise en chantier des forts et ouvrages suivants :

 

Allemagne, place forte de Metz

Fort de Saint-Julien, renommé Fort Manteuffel, avec batteries annexes « Anschlussbatterien » (1867-1870, 1871-1875) ; lunette à cinq bastions et un bastion complémentaire au niveau de la gorge.

Fort de Queuleu, renommé Fort Goeben (1867-1870, 1871-1879) ; lunette à cinq bastions et un bastion complémentaire au niveau de la gorge.

Fort de Plappeville, Fort von Alvensleben, (1871-1875) : forme trapézoïdale bastionnée comportant un demi-bastion complémentaire au niveau de la gorge.

Fort Diou, renommé Ostfort, ouvrage commencé par les Français en 1867 et terminé conformément aux plans français par les Allemands (1867-1870, 1871-1875), qui avec l’adjonction ultérieure du Fort Manstein (1871-1879) et de 2 batteries, deviendra le groupe fortifié Feste Friedrich-Karl.

Fort Manstein (1871-1879) (1872-1879 pour d’autres sources !), (Fort Gérardin ou Fort Lessy), fort de type Biehler, sous forme de lunette aplatie et gorge brisée vers l’intérieur qui sera intégré à la Feste Friedrich Karl.

 

Belgique, place forte d’Anvers

Fort de Merksem (1871-1882).

 

Allemagne, champ de tir de Tegel : essai d’une tourelle cuirassée Schumann.

Essai d’une tourelle cuirassée Schumann pour 2 canons de 15 cm rayé en bronze disposé sur affût Schumann pour embrasure minima « eisernen Schumann’schen Rahmenlafetten für Minimalscharten » La tourelle se composait d’un corps cylindrique tournant et il était alors recouvert par une coupole plate. Le matériel de cuirassement utilisé, composé de plusieurs couches superposées de fer laminé de Cammell en Angleterre, résistait aux tirs, mais le système d’entraînement de la tourelle nécessitait encore quelques améliorations. Cette tourelle est destinée à la Spreeschanze de Spandau.

 

Parution de livre et ouvrages divers ayant un rapport avec la fortification.

 

Feu L. Torfs, en collaboration avec le lieutenant-colonel du génie A. Casterman : Les agrandissements et les fortifications d’Anvers ; 1871 ; Librairie C. Muquardt, Bruxelles ; 107 pages.

Sommaire :

- Un établissement militaire romain a-t-il existé à Anvers ?

- Le château d’Anvers (Burcht) ;

- Première enceinte urbaine. Premier et second agrandissements. Le Kraeiwyck ;

- Troisième et quatrième agrandissements ;

- Cinquième agrandissement ;

- Sixième agrandissement ;

- Septième et huitième agrandissements.

 

11 janvier 1871

 

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine :

Tenue d’une réunion concernant régularisation des droits publics, administration du futur Reichsland.

Installation du nouveau tribunal de Strasbourg et de Metz.

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine :

Libération des Gardes mobiles de l’Alsace contre revers et cautionnement.

 

Jeudi 12 janvier 1871

 

Enquête sur la suppression du canal du Rhin.

La mairie de Strasbourg lance une enquête publique concernant la suppression du petit canal du Rhin « Rheincanal » entre le pont de l'Hôpital militaire "Militärspitalbrücke" et sa jonction avec l'Ill, a été ouvert. La liaison avec l'Ill au profit de la navigation fluviale, serait rétablie désormais par un canal, qui longerait la courtine (mur intermédiaire) "Zwischenwall" 18 - 22 de la Citadelle, et en amont de la lunette des fronts 17 - 16 du Fort Mutin.

 

Mercredi 18 janvier 1871

Ventes par le service des subsistances militaires.

Le service des subsistances de l'armée allemande « Preußisches Proviant-Amt » vend d'importantes quantités de farine à Strasbourg au magasin des Ponts-Couverts.

 

Samedi 21 janvier1871

Adjudication pour la livraison de vivres.

Adjudication de la livraison de vivres au profit de l'Hôpital militaire de la garnison « Militärhospital » : il s'agit d'une grande quantité de flocons d'avoines, semoule de blé, de raisins fins, de la farine de blé, de pruneaux, du café, du beurre, des œufs, des pâtes, du sucre et du sel.

 

Lundi 20 février 1871

Adjudication pour la livraison de matelas.

Adjudication de la livraison d'un nombre important de matelas au profit de l'Hôpital militaire de la garnison « Garnisons-Lazareth ».

 

Lundi 20 mars 1871

Création du 15e corps d'armée allemand.

Ordonnance impériale« A.K.O. » relative à la création du 15e corps d'armée allemand « XV. Armee-Korps », stationné en Alsace-Lorraine. Les unités de ce nouveau corps d'armée allemand sont transférées au fur et à mesure dans les garnisons d'Alsace-Lorraine annexée. Le siège de l'état-major général appelé "General-Commando" est installé à Strasbourg, au 11, rue Brûlée.

Le général von Fransecky, nommé le même jour en tant que commandant le 15e corps d'armée, est directement sous les ordres de  l'Empereur d'Allemagne. Il résidait avec son cabinet militaire au numéro 13 de la rue Brûlé "Brandgasse 13", l'actuel Palais du gouverneur. C'était un des personnages clef de la terre d'Empire « Reichsland » Alsace-Lorraine. Il commande non seulement les troupes mais également toute la zone de responsabilité de ce corps d'armée qui couvrait initialement une grande partie du territoire annexé de l'Alsace-Lorraine. Le corps d'armée lui-même, devient petit à petit le plus puissant corps d'armée allemande jusqu'à la création du 16e corps d'armée à Metz. Compte tenu de la proximité de la frontière française, les unités d'infanterie ont en permanence un effectif renforcé proche de l'effectif du temps de guerre. En temps de paix, le général commandant ce corps d'armée était donc un des acteurs incontournables de la place forte de Strasbourg. Il était notamment chargé de la répartition du budget annuel destiné à l'entretien des places fortes situées sur le territoire du corps. Le XVe corps d'armée a été formé initialement à partir de 8 régiments d'infanterie empruntés à différents corps d'armée allemands :

30. Infanterie Division : état-major à Metz.

59. Infanterie Brigade : état-major à Metz, avec :

7. Brandenburgisches Infanterie-Regiment Markgraf Carl Nr. 60, dont le 1er bataillon et le bataillon de Fusiliers sont stationnés à Wissembourg et Lauterbourg (provisoirement), et le 2ème bataillon à Bitche. Ce régiment a été emprunté au 3e corps d'armée ;

8. Ostpreußisches Infanterie-Regiment Nr. 45, stationné à Metz, emprunté au 1er corps ;

60. Infanterie Brigade : état-major à Metz, avec :

5. Pommersches Infanterie-Regiment Prinz Moritz ion Anhalt-Dessau Nr. 42, stationné à Metz, emprunté au 2e corps ;

Braunschweigisches Infanterie-Regiment Nr. 92, stationné à Phalsbourg, emprunté au 10e corps ;

Bayerische Infanterie Brigade : état-major à Metz.

4. bayerisches Infanterie-Regiment König Karl von Wurttemberg à Metz ;

8. Bayerisches Infanterie-Regiment Pranckh à Metz ;

30. Cavalerie Brigade :

1. Pommersche Ulanen-Regiment Nr. 4 : Thionville.

Ostpreussisches Dragoner-Regiment Nr. 10 : Metz.

5. Bayerisches Chevauléger-Regiment : Stab et 3. Eskadron à Saarguemines ; 2. Eskadron à Saint-Avold.

31. Division : état-major à Strasbourg.

61. Infanterie Brigade : état-major à Strasbourg.

6. Infanterie-Regiment König Wilhelm II von Württemberg Nr. 105, état-major, 1er et 2ème bataillon en garnison à Strasbourg, 3ème bataillon
à Sélestat ; emprunté au 12e corps ;

1. Rheinisches Infanterie-Regiment von Lützow Nr. 25 : Stab, 1. Bataillon et Fusilier-Bataillon : Strasbourg ; 2. Bataillon, Haguenau.

62. Infanterie Brigade :

2. Niederschlesisches Infanterie-Regiment König Ludwig III von Bayern Nr. 47 : Stab, 1. et Fusilier-Bataillon, Strasbourg ; 2. Bataillon, Neuf-Brisach, emprunté au 5e corps ;

Infanterie-Regiment Großherzog Friedrich von Baden 8. Königlisches württembergisches Infanterie-Regiment Nr. 126 : Strasbourg, emprunté au 14e corps.

31. Cavalerie Brigade : Strasbourg.

3. Schlesisches Dragoner-Regiment Nr.15 : Haguenau.

Schleswig-Holsteinisches Ulanen-Regiment  Nr.15 : Strasbourg

15. Artillerie Brigade :

Feld-Artillerie-Regiment Nr. 15 : Stab, 1.
Fussabteilung, Strasbourg, 2. Fussabteilung, Metz ; Reitendeabteilung, Neuf-Brisach.

Fuß-Artillerie-Regiment Nr. 15 : Stab,
Festungs-Artillerie-Abteilung Nr. 10, Metz, Festungs-Artillerie-Abteilung Nr. 11, Strasbourg ; Festungs-Artillerie-Abteilung Nr. 12 : Metz.

Autres :

Pionier-Bataillon Nr. 15.

Train-Bataillon Nr. 15

La composition de ce corps d'armée change encore à plusieurs reprises jusqu'au début de la 1ère guerre mondiale en août 1914.

 

Vendredi 24 février 1871

Visite du roi de Wurtemberg.

Le vendredi après-midi à 16 heures, le roi de Wurtemberg qui venait de Versailles est arrivé à Strasbourg. Pour son accueil, un bataillon des soldats wurtembergeois stationné ici, à la tête duquel on trouvait un corps de musique bavarois, s'était rendu à la gare. Le dimanche 5 mars 1871, à l'occasion de la veille de la fête de sa majesté le roi de Wurtemberg, une grande prise d'arme s'est déroulée à Strasbourg. Le défilé se déplaçait sous la pression d'une foule nombreuse à travers les principales rues de la ville, et s'arrêtait devant les logements du gouverneur général, du gouverneur de la place forte et du colonel wurtembergeois von Hügel, pour jouer l'hymne national. Deux jeunes gens, qui essayèrent de pousser des cris de démonstration, ont été rapidement réduit au silence par les Allemands qui étaient à proximité. Le lundi 6 mars 1871, à l'occasion de cette fête, une grande parade s'est déroulée sur la place Kléber, à laquelle participait également le gouverneur général « Generalgouverneur » Graf Bismarck-Bohlen. Son altesse royale le grand-duc « Grossherzog » von Mecklenburg-Schwerin und Oldenburg et le duc von Meiningen ainsi que le Landgraf von Hessen sont également passés dans notre ville alors qu'ils étaient sur le chemin du retour en provenance des champs de bataille.

 

Mardi 7 mars 1871

Attribution de décorations allemandes.

La presse locale nous informe que l'empereur d'Allemagne a attribuées des décorations à de hautes autorités de la région : ainsi la croix de fer « Eiserne Kreuz » a été attribuée à son excellence le gouverneur général d'Alsace, Graf Bismarck-Bohlen, à plusieurs officiers de l'état-major général, ainsi qu'au commissaire civil « Civilcommissär », Monsieur von Kühlwetter, et aux préfets de Haute-Alsace, de Basse-Alsace et de la Lorraine allemande « Deutch-Lothringen ».

Le commandement du dépôt hippique pour le gouvernement général d'Alsace « Commando des Pferde-Depot für das General-Gouvernement im Elsaß » a organisé dans la cour de la caserne Saint-Nicolas « Nicolai-Kaserne », le mardi 7 mars 1871 à 9 heures, une vente aux enchères concernant 24 chevaux devenus inaptes au service.

 

Mercredi 8 mars 1871

Obsèques de l'ancien maire de Strasbourg.

L'enterrement de l'ancien maire de Strasbourg, M. Kuss, s'est déroulé à Strasbourg le mercredi 8 mars 1871 à 14 heures.

 

Lundi 20 mars 1871

Vente aux enchères de matériaux divers par le dépôt d'artillerie.

Le dépôt d'artillerie « Artillerie-Depot » de Strasbourg procède à une vente au plus offrant des lors suivants : environ 16 000 quintaux de fonte provenant de munitions hors d'usage, environ 4 000 quintaux de fer forgé provenant de vieux cerclages de roues « Radereifen », d'axes de roues « Achsen » et de fer à chevaux « Beschläge », environ 1 000 quintaux de fer forgé, provenant de fusils brûlés, environ 37 quintaux de cuivre provenant d'allumeurs usagés (brûlés, que l'on utilisent pour la mise à feu des pièces d'artillerie) « abgebrannten Zündhütchen » et environ 276 quintaux de plomb provenant de munitions.

 

Lundi 27 mars 1871

Lettre du général von Fransecky, 1ergénéral commandant le 15e corps d'armée.

Dès sa création, le commandement de ce nouveau corps d'armée a été confié au général von Fransecky. Une lettre qu'il a adressé à son épouse, écrite à Dôle le 27 mars 1871, nous apprend les conditions de sa désignation : « Alors que cela fait longtemps que tu as du recevoir le télégramme que je t'ai envoyé hier, je t'informe par écrit que hier matin, alors que dans mes dans pensées j'étais partie à Stettin, à imaginer comment nous nous installerions là-bas, j'ai reçu l'ordonnance impériale suivante : Par cet ordre je vous mute de votre poste de général commandant le 2ème corps d'armée vers le poste de général commandant le 15ème corps d'armée nouvellement créé à Strasbourg et je vous exprime en même temps de par cette décision, la preuve de la grande confiance exceptionnelle que je porte en vous par votre vision des choses et votre énergie. Berlin, le 20 mars 1871.  Wilhelm...

Tu peux t'en douter, ce que j'éprouvais en lisant cet ordre. De la joie toutefois face à cette preuve de confiance de mon royal et impérial souverain, mais également la douleur de devoir me séparer de mon corps si vaillant, avec qui, au cours de la guerre qui vient juste de s'achever, j'ai vécu les meilleurs moments auxquels je tiens beaucoup, et finalement, le souci de réussir à la hauteur de la grande confiance que l'on m'accorde. Les conditions dans lesquelles je prends se commandement sont particulièrement difficiles : un nouvel état-major, dans lequel je ne connais personne, de toutes nouvelles troupes dont peu de chef de corps me sont connus, et finalement un pays avec essentiellement des éléments hostiles qu'il faut tout d'abord organiser et dont l'adhésion morale à l'Allemagne doit encore être acquise. Tout cela ne changera rien, je dois et je remplirai ma mission, avec les meilleurs moyens et avec l'adhésion de toutes les forces, et dans ses paroles de volonté et d'ardeur, Dieu me soutiendra -ceci est mon espérance ».

 

Mercredi 5 avril 1871

Nouvelles fortifications de Strasbourg.

La presse locale a publié l'article suivant au sujet du projet de construction des nouvelles fortifications : « Nous apprenons au sujet des nouvelles fortifications de Strasbourg que la ligne de défense s'étendra à une distance de 7 000 pas autour des remparts actuels jusqu'au Rhin et comprendra Kehl, Mittelhausbergen, d'où la ville a été bombardée, deviendra un point principal, et un des plus grand fort y sera établi. Au nord les fortifications s'étendront jusqu'à Hoenheim, au sud jusqu'à Illkirch. Les pièces actuelles n'ayant guère d'effet à une distance de plus de 8 000 pas, mais pouvant être rarement placées plus près qu'à 2 à 3 000 pas des forts, il sera impossible de bombarder Strasbourg. Quelques îles du Rhin seront également fortifiées, de sorte que l'investissement même de cette place de guerre serait très difficile. La ligne avancée se composera d'une vingtaine de forts et d'ouvrages. Ce serait alors au camp retranché, une place de guerre qui ne pourrait être comparée qu'à la place de Metz ».

 

Vendredi 5 mai 1871

Mémoire sur les fortifications de Strasbourg et de Neuf-Brisach.

Le Feldmarechal von Moltke, chef de l'état-major général de l'empire d'Allemagne, rédige un mémoire concernant les fortifications de Strasbourg et Neuf-Brisach. Avec ce mémoire on aurait pu croire que la place de Neuf-Brisach est aussi importante que Strasbourg, mais ce ne sera pas le cas. Dans ce mémoire Moltke opte à nouveau pour l'abandon de toutes les places fortes non indispensables pour transférer le maximum de forces à l'armée de campagne. Il souligne aussi, que d'après les enseignements tirés du dernier conflit, il est impératif de protéger les voies ferrées indispensables au ravitaillement de l'armée, par des places fortes, ce qui ne signifie pas qu'il faille construire des forts d'arrêts mais qu'il faut faire passer les lignes de chemin de fer par les grandes places fortes installées le long des cours d'eau, des places qu'il faudra agrandir en les dotant de forts détachés.

 

Mercredi 10 mai 1871

Allemagne, France : Conclusion de la paix par le Traité de Francfort.

Un journal local publie le 21 mai 1871 les détails du Traité de paix conclu le 10 mai entre la France et l’Allemagne titré d’une dépêche télégraphique.

Art. 1er. La distance de la ville de Belfort à la ligne de frontière telle quelle a été d’abord proposée lors des négociations de Versailles, et telle qu’elle sera trouve marquée sur la carte annexée à l’instrument ratifié du traité des préliminaires du 26 février, est considérée comme indiquant la mesure du rayon qui, en vertu de la clause y relative du 1er article des préliminaires, doit rester à la France avec la ville et les fortifications de Belfort. Le gouvernement allemand est disposé à élargir ce rayon de manière qu’il comprenne les cantons de Belfort, de Delle et de Gyromagny, ainsi que la partie occidentale de du canton de Fontaine à l’ouest une ligne à tracer du point où le canal du Rhône-au-Rhin sort du canton de Delle au sud de Montreux-Château, jusqu’à la limite nord du canton entre Bourg et Félon, où cette ligne rejoindrait la limite est du canton de Gyromagny. Etc…

 

Samedi 20 mai 1871

Articles additionnels au traité de Francfort.

Le samedi 20 mai 1871, la France et l'Empire allemand on conclut des articles additionnels au traité de paix signé à Francfort le 20 mai 1871. Il s'agit là de modalités concernant le règlement de la dette de guerre, dont une grande partie transite par Strasbourg, et certaines sommes ont directement investie pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg. La presse locale et officielle a publié ce texte :

« Le Reichsanzeiger publie le texte de paix conclu entre la France et l'Allemagne. Nos lecteurs le connaissant depuis longtemps, nous ne reproduirons ici que les articles sur lesquels les négociateurs se sont entendus lors de la deuxième lecture.

Fait à Francfort s/M., le 20 mai 1871. Les soussignés, M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères de la République française ; M. Augustin-Thomas-Joseph Pouyer-Quertier, ministre des finances de la République française, et M. Marc-Thomas-Eugène de Goulard, membre de l'Assemblée nationale, d'un côté ; de l'autre, le prince de Bismarck, chancelier de l'Empire germanique...

Les soussignés sont convenus et ont arrêté ce qui suit :

Suivant l'art. 7 du traité définitif conclu le 10 mai 1871 entre l'Empire germanique et la République française, les premiers 500 millions versés dans le délai de trente jours, à partir du rétablissement de l'autorité du gouvernement français dans la ville de Paris. Ce même
article fixe le mode de payement.
Cependant les soussignés sont convenus que pour cette seule fois les conditions fixées pour le paiement seront modifiées de telle façon qu'on prendra en payement 125 millions en billets de banque de France aux conditions suivantes : 1° 40
millions seront payés jusqu'au 1er juin prochain ; 40 autres millions jusqu'au 8 juin et les derniers 45 millions jusqu'au 15 juin ; la majeure partie s'effectuera en billets de 100, 50 ou 20 fr. ; les payements se feront à Strasbourg, Metz ou Mulhouse.

Une somme de 125 millions à-compte du deuxième versement d'un milliard, tel qu'il est arrêté dans l'art. 7 du traité de paix définitif à moins qu'une convention ultérieure en dispose autrement.

Fait en double à Francfort, le 21 mai 1871. De Bismarck, Jules Favre, Pouyer-Quertier ».

 

Jeudi 1er juin 1871

Versement de la dette de guerre par la France.

La France verse la première échéance de la dette de guerre. En effet les premiers 500 millions versés dans le délai de trente jours, à partir du rétablissement de l'autorité du gouvernement français dans la ville de Paris. Cependant les soussignés sont convenus que pour cette seule fois les conditions fixées pour le paiement seront modifiées de telle façon. 125 millions en billets de banque de France aux conditions suivantes : 40 millions seront payés jusqu'au 1er juin 1871 (en billets de banque de France).

 

Vendredi 2 juin 1871

Visite du chef d'état-major de l'empire allemand, le comte de Moltke, en Alsace-Lorraine.

Le chef de l'état-major général de l'armée impériale allemande, le comte de Moltke commence sa visite en Alsace pour déterminer les positions à fortifier. D'ailleurs avant son départ par Frankfort en Alsace-Lorraine, il a eu plusieurs conférences avec le prince de Bismarck et le ministre d'Etat Delbrück. On résume que son voyage a pour but une inspection des positions à fortifier dans ces contrées.

 

Jeudi 8 juin 1871

Versement de la dette de guerre par la France.

La France verse la première échéance de la dette de guerre. En effet les premiers 500 millions versés dans le délai de trente jours, à partir du rétablissement de l'autorité du gouvernement français dans la ville de Paris. Cependant les soussignés sont convenus que pour cette seule fois les conditions fixées pour le paiement seront modifiées de telle façon. 125 millions en billets de banque de France aux conditions suivantes : 40 millions seront payés jusqu'au 8 juin 1871 (en billets de banque de France).

 

Jeudi 15 juin 1871

 Versement de la dette de guerre par la France.

La France verse dans le cadre de la première échéance de la dette de guerre 45 millions en date du 15 juin 1871 (en billets de banque de France). La majeure partie est effectuée en billets de 100, 50 ou 20 fr. ; les payements transitent en règle générale par Strasbourg.

 

6 août 1871

Allemagne, Alsace-Lorraine : Nouvelles concernant la consription et l’émigration.

La presse locale a publié les nouvelles suivantes : « Conscription et émigration. Colmar, le 7 août 1871. Le bruit circule toujours dans le pays que le gouvernement allemand projette d’y faire prochainement une levée, ce bruit mensonger continu à trouver des gens qui y ajoutent foi, la frontière continue à être franchie par des fuyards, qui croient ne pouvoir assez vite se mettre leur personne en sûreté et hors d’atteinte de la loi militaire allemande. Ce mensonge se répand avec tant de persévérance et par des voies si secrètes, si incompréhensibles, qu’il faut avoir un grand fonds de courage pour y revenir, le mensonge paraissant avoir dans ce cas plus de force qu’aucune parole apportant les éclaircissements les plus sincères. Pourquoi cependant, revenons-nous sur cette question ? Ce n’est certainement pas parce que nous envions à la France ces malheureux Alsaciens et Lorrains, qu’elle envoie en Afrique pour combattre les indigènes portés au désespoir par l’avidité des bureaux arabes et poussés à l’insurrection par les fautes sans nombre de l’administration française. Etc ».

 

Dimanche 10 septembre 1871

Allemagne, Wissembourg garnison : Installation de la nouvelle garnison permanente de Wissembourg.

Arrivée du 1er bataillon du 60ème régiment d’infanterie venant de Bitche, pour tenir garnison ici conjointement avec le bataillon de fusiliers du même régiment. Seulement, en attendant qu’on puisse les caserner tous, deux compagnies de ce nouveau bataillon seront provisoirement détachés à Lauterbourg. Pour le corps d’officiers, l’on a acheté l’hôtel Reinach, une des plus belles maisons de la ville, au prix de 70 000 francs. Ce sera pour ces Messieurs une sorte de maison de conversation, avec restauration, tables de jeu, billards, cabinet de lecture, etc. Le colonel du régiment y sera logé. La poste, qui jusqu’ici y avait ses bureaux, sera probablement transférée à la maison Goldschoen.

Dimanche 10 septembre 1871 : 23 heures

Versement de la dette de guerre par la France.

Le dimanche 10 septembre 1871 à 23 heures, sont arrivés en gare de Strasbourg 47 millions de francs, qui doivent expédiés à Berlin comme indemnité de guerre.

 

Lundi 11 septembre 1871

Installation des premiers éléments du 105e régiment d'infanterie saxon à Strasbourg.

Installation de la nouvelle garnison permanente de Strasbourg : L'état-major et le 1er bataillon du 6ème régiment d'infanterie saxon (105e de l'armée allemande), sont arrivés à Strasbourg le 11 septembre 1871 et ont été logés chez l'habitant. Ce régiment restera à Strasbourg jusqu'en 1918. D'autres unités permanentes se sont installées, comme à Wissembourg, à Saverne et à Mulhouse.

Allemagne, Alsace-Lorraine, garnisons : Installation des nouvelles garnison permanentes au Reichsland Alsace-Lorraine.

« Strasbourg, 11 septembre 1871. Suite à la nouvelle répartition des troupes du temps de paix en Alsace-Lorraine, l’état-major de la 58ème brigade d’infanterie reste à Mulhouse, tout comme l’état-major du 17e régiment d’infanterie “17. Infanterieregiment”. La garnison sera renforcée par le 2ème bataillon de ce même régiment, qui reste pour l’instant à Thann, ainsi que par l’état-major et le 1er bataillon du “4. Badische Infanterie-Regiment”, qui sera rejoint ultérieurement par son 2ème bataillon qui est stationné à Huningue ».

 

Lundi 2 octobre 1871

Vente aux enchères de matériels usagés par le service des fortifications de Strasbourg.

Le service des fortifications de Strasbourg « Kaiserliche Fortification » procède à une vente aux enchères des lots d'objets et d'équipements divers usagés entreposés au dépôt des fortifications « Festungshof ». Il s'agit d'un vieux tonneau, un lot de vieille caisse, un lot de vieille ferraille, un lot de vieux harnachements et de selles, un lot de vieilles vitres, un lot de vieux bois et un lot d'objet divers.

 

Mercredi 4 octobre 1871

Avis de recherche de déserteur du Train-Bataillon Nr. 15.

La presse locale publie un avis de recherche d'un déserteur du Train-Bataillon Nr. 15 : « Avis de recherche. Johann Hubert P., originaire de Kempen, Regierungsbezirk Düsseldorf, recrue au Train-Bataillon Nr. 15 à Strasbourg, a quitté les lieux le 26 septembre 1871 et n'est pas revenu, ce qui laisse présager une désertion. Habits : 1 Feldmütze, 1 Drillichjacke, 1 Stallhose, 1 blau gestreiftes Hemd, 1 paire de chaussures, 1 foulard "Halsbinde" ». Ces avis de recherche nous apportent des informations intéressantes concernant les unités stationnées dans la garnison et la provenance des recrues.

 

Vendredi 6 octobre 1871

Concert de la musique militaire par l'IR 105, place Broglie à Strasbourg.

Comme pour la garnison française, les unités allemandes vont également organiser des concerts gratuits en public ou des concerts privés réénumérés dans les brasseries ou leurs terrasses. Chaque unité dispose d'un orchestre. Le répertoire est souvent assez varié. Voici une annonce de la presse locale sur l'un de ces concerts : « Musique militaire sur la place Broglie. Vendredi 6 octobre, de 16 heures à 17 heures, la musique du "6. Königl. Sächsischen Infanterie-Regiment Nr. 105". Programm : Le Bourget, marche de von Paro, Ouverture de l'opéra Stradella de von Flotow, Chœur et Cavatine de l'opéra Die Schlacht bei Legnago de Verdi, Hochzeits-Klänge, valse de Zöphel, Normans Sang de Kücken, Sängerlust, une polka de Strauss ».

 

Samedi 7 octobre 1871

Avis de recherche de déserteur de l'IR25.

Avis de recherche d'un déserteur du régiment « Infanterie-Regiment Nr. 25 » : « Avis de recherche. Le "Musquetier" K., de la 4e compagnie du 1er bataillon du "1. Rheinischen Infanterie-Regiment Nr. 25", qui était en congé en Prusse à Moresnet, Kreis de Eupen, et qui n'est pas revenu à ce jour ; on suppose qu'il a déserté en Belgique...... Strasbourg, le 4 octobre 1871. Der Polizei-Director J. B. Mantz. Habits : Helm, Waffenrock, Tuchhose, Halsbinde, 1 paire de bottes « Lange Stiefel », Faschinenmesser (baïonnette) Nr. 27, un ceinturon blanc Weisse Koppel mit Schlatz ».

 

Mercredi 11 octobre 2017

Vente aux enchères de vivres par le service des subsistances.

Vente aux enchères de vivres par le service des subsistances « Königliches Proviant-Amt ». Il s'agit de seigle, de son de blé, de farine pour animaux et de vieux sacs du magasin.

 

Vendredi 20 octobre 1871

Adjudication de la livraison de couchages pour les services de garnison de Strasbourg et de Metz.

Adjudication de la livraison de couchages pour les services de garnison de Strasbourg et de Metz par les services de l'intendance du 15e corps d'armée allemand « Intendantur des 15. Armee-Corps », Allerheiligen-Strasse Nr. 10 à Strasbourg. Il s'agit de la livraison de 470 draps de lits fins, 16 216 draps de lits ordinaires, 393 de fines housses de couettes blanches « feinen weissen Deckenbezüge », 9 309 housses de couettes colorées ordinaires « ordinäre bunte Deckenbezüge », 424 housses d'oreiller blanches et fines, 13 024 housses d'oreillers ordinaires de couleur et 833 serviettes fines.

 

Lundi 30 octobre 1871

Construction de baraques militaires à Strasbourg.

Lors du dernier conseil municipal de Strasbourg, le maire est intervenu au sujet de la construction de baraques militaires : d'après le rapport fait par l'architecte de la ville, certaines baraques sont achevées, et les autres pourront être transmises aux autorités militaires dans des délais très courts. Les entrepreneurs, qui avaient pris les engagements de livrer les baraques pour le 1er septembre 1871, se voient attribué une pénalité de 100 francs pour chaque journée de retard sur le prix d'adjudication.

 

Dimanche 5 novembre 1871

Allemagne : demande de révision du nouveau projet de défense du territoire.

Le mémoire du comte de Moltke chef de l'état-major général allemand incite l'Empereur à publier une nouvelle ordonnance impériale « A.K.O. » le 5 novembre 1871 pour demander de réviser et de présenter à nouveau le projet de défense du territoire à la commission de défense du territoire.

 

Vendredi 17 novembre 1871

Ordonnance impériale pour la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg.

L'urgence de l'extension des fortifications de Strasbourg a également été reconnue dès la fin de la guerre. Ici il s'agissait d'une transformation complète de l'ancienne fortification de Vauban, surchargée de nombreux ouvrages avancés, et aussi, de réaliser une ceinture de forts détachés qui avait été planifiée par les Français, mais dont les travaux n'ont jamais été réalisés. La réalisation et le caractère de ces nouvelles fortifications ont été précisées par l'A.K.O. du 17 novembre 1871 : « J'ordonne au Ministère de la Guerre de doter la place forte de Strasbourg d'une chaîne de forts détachés à une distance qui permette de préserver la ville de tout bombardement, et de réaliser la  construction de ces ouvrages dans les délais les plus brefs. Par ailleurs, l'agrandissement du front Nord de la forteresse elle-même doit être étudiée et réalisé ».

 

Lundi 21 novembre 1871

Concours du service militaire des volontaires d'un an en Alsace-Lorraine.

La presse locale a publié cet article qui essaye d'inciter les jeunes gens et surtout les Alsaciens à tenter à se présenter au concours d'admission des engagés volontaires d'un an : « Les engagés volontaires pour un an. En vertu d'une ordonnance du Chancelier de l'Empire, l'examen des engagés volontaires pour un an aura lieu le 29 novembre 1871. La commission d'examen se compose de deux officiers, MM les majors Masuch et Westernhagen, et de deux fonctionnaires, renommés dans le pays pour la part qu'ils ont prise à l'organisation des écoles supérieures, MM Baumeister, membre du conseil de l'instruction publique et Richter, conseiller d'Etat. Personne ne nous contredira, si nous prétendons que le service militaire obligatoire est une institution infiniment plus démocratique juste et utile, que le système des remplacements. Qui, en effet, oserait se faire l'apologie d'un système qui permet aux riches de se décharger, pour quelques milliers de francs, du devoir le plus pénible, mais aussi le plus sacré des devoirs, de la défense de la patrie, sur les épaules des déshérités de la fortune et de l'instruction ? C'est en Prusse que prit naissance l'institution des engagements volontaires pour un an, institution qui, nous pouvons le dire, est aussi devenue la plus populaire, depuis 1867, dans l'Allemagne du Sud. Cette institution impose à chacun le devoir de défendre le pays en cas de guerre, mais elle met tant d'équité dans la répartition de cette charge, que celui dont la culture intellectuelle est une garantie de la rapidité avec laquelle il pourra s'approprier les connaissances militaires, n'est enlevé a ses occupations que pendant le temps strictement nécessaire. Aussi voyons-nous dans toute l'Allemagne les jeunes gens prendre avec plaisir du service pour un an. Ce sont tous des jeunes gens, qui ont reçu des établissements d'instruction fixés par la loi des certificats d'aptitude, ou qui se sont soumis à l'examen. Il arrive souvent que des jeunes employés ou des étudiants font leur service d'un an dans l'endroit même où ils sont placés, ou bien dans la ville où est l'université ou l'école polytechnique, sans pour cela abandonner leurs bureaux ou négliger les cours. Mais ce ne sont pas seulement ceux qui ont fait des études, qui sont admis à l'examen, et qui profitent des égards tout particuliers des examinateurs, ce sont aussi des artistes, les marchands, les ouvriers, qui ont montré des capacités particulières chacun dans sa sphère. Si un ouvrier est indispensable à un établissement, il peut faire son service d'un an, sans qu'on exige de lui d'autres connaissances que celles qu'il peut avoir acquises à l'école primaire. Si un jeune homme remplissant les conditions voulues n'est pas à même de s'habiller, de s'équiper, de s'entretenir pendant son année de service, c'est l'Etat qui se charge des frais. L'engagé volontaire a même droit de choisir son arme, son régiment et la localité où il veut faire son service ; il peut aussi servir soit en qualité de chirurgien, de vétérinaire ou de pharmacien militaire.  L'examen du 29 novembre 1871 sera l'un des plus faciles qui ne se fera jamais. On se contentera de s'assurer que le candidat est un jeune homme de bonne tenue, et qui possède les connaissances nécessaires que l'on peut exiger d'un jeune homme bien élevé de 17 ans. En ce qui concerne la langue allemande, on se contentera aussi d'un minimum. Plus tard, l'examen sera plus sévère, on pourra requérir une connaissance solide de la langue allemande ; nous ne voulons pas dire par là que l'on exigera du candidat qu'il ait lu tel ou tel auteur classique allemand, mais on tiendra à ce qu'il puisse parler et écrire correctement et sans peine la langue allemande. Toutefois, comme nous l'avons dit, ces choses ne seront exigées que plus tard ; et les candidats à l'examen du 29 novembre 1871 n'auront pas trop à se plaindre de la sévérité des examinateurs ».

 

Vendredi 1erdécembre 1871

Recensement de la population en Alsace-Lorraine.

Recensement de la population de la Terre d'Empire Reichsland Alsace-Lorraine en 1871. Voici le résultat exact du recensement du 1er décembre 1871 :

Basse-Alsace « Unterlesaß » : 588 947 habitants « Bürger », 135 851 ménages, 100 294 maisons, 11 459 soldats.

Haute-Alsace « Oberelsaß » : 454 291 habitants, 101 167 ménages, 68 489 maisons, 4 689 soldats.

Lorraine « Lothringen » : 474 316 habitants, 119 497 ménages, 96 826 maisons, 16 143 soldats.

Total : 1 517 494 habitants, 856 515 ménages, 265 609 maisons, 82 244 soldats.

 

Samedi 9 décembre 1871

Création de la direction générale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine.

Signature de l'ordonnance impériale du 9 décembre 1871, relative à la création d'une administration appelée « kaiserliche Generaldirektion der Eisenbahnen in Elsass-Lothringen » (direction générale impériale des chemins de fer d'Alsace-Lorraine) : « Suite à votre rapport du 5 de ce mois, je vous autorise à compléter le réseau, à gérer et mettre en œuvre les chemins de fer impériaux en Alsace-Lorraine, qui sont du ressort immédiat du service du chancelier de l'empire « Reichskanzler-Amt », à installer le siège à Strasbourg, et d'avoir dans leurs domaines tous les droits nécessaires à une administration publique. Cette ordonnance doit être portée à la connaissance du public par le Bulletin impérial des lois « Reichsgesetzblatt für Elsaß-Lothringen ». Fait à Berlin le 9 décembre 1871. (L.S.) Wilhelm. Fürst Bismarck ». 

 

Vendredi 15 décembre 1871

Création de l'Université impériale de Strasbourg.

Un décret impérial du 15 décembre 1872 institue l'université de Strasbourg.

 

Lundi 18 décembre 1871

Indemnités de dommage de guerre pour les personnes civiles.

La commission formée pour la fixation des indemnités relatives aux dommages de guerre pour le département du Bas-Rhin (hormis les arrondissements de Wissembourg et de la commune de Sélestat), conformément à l'article 1 de la loi du 14 juin 1871, a décidé ce qui suit : « Les personnes civiles, qui ont subies des dommages corporels suite au bombardement ou aux incendies provoqués par des moyens militaires lors de la dernière guerre (frais de cure, handicap, perte d'une personne subvenant à ses besoins,, etc.), doivent déposer leurs demandes écrite auprès de la préfecture pendant un délais de six semaines. S'ils ont déjà effectué une démarche semblable auprès du comité d'entre aide, il suffit d'écrire et de donner des précisions sur cette précédente déclaration. Strasbourg, le 18 décembre 1871. Au nom de la Commission, le préfet du Bas-Rhin von Ernshausen ».

 

Mercredi 20 décembre 1871

Strasbourg : décision de l'Empereur au sujet de l'agrandissement de la ville et de l'Université.

La presse locale a publié l'article suivant : « La Straßburger Zeitung a annoncé que l'Empereur a donné sanction à deux projets importants : la fondation de l'Université de Strasbourg et l'agrandissement de la ville. Au sujet de ce dernier projet, on dit qu'il va être mis immédiatement en exécution, et que le nouveau quartier de la ville, ne sera entouré que d'un simple mur d'enceinte. On dit que le futur curateur de l'Université, M de Roggenbach, a été autorisé à nommer des professeurs qui touchent des traitements montants jusqu'à 2 500 thalers ».

 

Jeudi 21 décembre 1871

Empire allemand : loi sur les servitudes militaires autour des fortifications.

Loi sur les servitudes militaires du 21 décembre 1871. Pour garantir l'absence d'obstacle au niveau des champs de tir autour des ouvrages de fortification, on a voté la loi du 21 décembre 1871 concernant la restriction des droits de propriétaires aux alentours des forteresses. Cette loi connue sous la dénomination de « Rayongesetz » (loi du rayon de fortification), fixe 3 rayons de fortification aux alentours des ouvrages, à 600, 975 et 2250 mètres, à l'intérieur desquels la construction était sévèrement réglementée voir même interdite. Les litiges concernant ces rayons, ainsi que le passage des routes et des voies ferrées ou l'aménagement de digues étaient soumis à l'examen de la commission impériale de rayon, à laquelle participait un officier prussien et un bavarois du corps du génie.


Samedi 30 décembre 1871

 

Reichsland : loi sur l’administration civile.

La loi relative à l’installation de l’administration d’Alsace-Lorraine date u 30 décembre 1871. En voici juste quelques extraits importants : « Nous Wilhelm, Empereur Loi relative à l’installation de l’administration (d’Alsace-Lorraine) du 30 décembre 1871.d’Allemagne par la volonté de Dieu, roi de Prusse, ordonnons au nom de l’Empire allemand, après accord du conseil fédéral “Bundesrath”, pour l’Alsace-Lorraine, ce qui suit :…. Voici une synthèse décrivant surtout l’organisation territoriale de l’Alsace-Lorraine annexée.

Organisation de l’Alsace-Lorraine annexée

L’organisation administrative des territoires annexés de l’Alsace-Lorraine est fixée par la loi du 30 décembre 1871, promulguée par le roi de Prusse au nom de l’empire allemand, avec l’accord de la diète fédérale « Bundesrath ».

Président impérial de Basse-Alsace « Unter-Elsass » (préfet) : von Ernsthausen (1871).

Le territoire de l’Alsace-Lorraine annexée est partagée en trois districts administratifs « Verwaltungsbezirke », qui correspondent à peu près aux anciens départements français.

Bezirk Unter-Elsaß (disctrict de Basse-Alsace), qui comprend l’ancien département du Bas-Rhin ainsi que les parties des cantons de Schirmeck et de Saales appartenant à l’Allemagne.

Bezirk Ober-Elsaß district de Haute-Alsace, qui englobe l’ancien département du Haut-Rhin, pour la partie qui appartient à l’Allemagne.

Bezirk Lothringen, district de Lorraine, qui comprend la partie allemande de l’ancien département de la Moselle et des anciens arrondissements de Château-Salins (Salzburg) et Sarrebourg.

Les « Bezirke » (districts) sont divisés en « Kreise » (arrondissements).

 

Le « Bezirk Unter-Elsaß » (Basse-Alsace) comprend 8 arrondissements :

« Stadtkreis Straßburg » (arrondissement de la ville de Strasbourg), c’est-à-dire le territoire de la commune de Strasbourg.

« Landkreis Straßburg » (l’arrondissement de Strasbourg campagne), avec les cantons de Brumath, Hochfelden, Schiltigheim et Truchtersheim.

Directeur impérial de l’arrondissement de Strasbourg – campagne : Kreis-Direktor Hasse (1872).

« Kreis Erstein » (arrondissement d’Erstein), avec les cantons de Benfeld, Erstein, Geispolsheim, « Rappoltsweiler » Ribeauvillé.

Directeur impérial de l’arrondissement d’Erstein : Kreis Direktor Hallen (1872).

« Kreis Haguenau » (arrondissement d’Haguenau), avec les cantons de Haguenau, Bischwiller, Niederbronn.

« Kreis Molsheim » (arrondissement de Molsheim), avec les cantons de Molsheim, Rosheim, Wasselonne, et les parties des cantons de Schirmeck et de Saales appartenant à l’Allemagne.

Kreis Schlettstadt » (arrondissement de Sélestat), les cantons de Barr, Marckolsheim, Sélestat et Villé.

« Kreis Weissenburg » (arrondissement de Wissembourg), avec les cantons de Lauterbourg, Seltz, Soultz, Wissembourg, Wörth.

« Kreis Zabern » (arrondissement de Saverne), avec les cantons de Bouxwiller, Drulingen, Lutzelbourg, Marmoutier, Saverne et Sarre-Union.

 

Le « Bezirk Ober-Elsaß » (district de Haute-Alsace) comprend 6 arrondissements :

« Kreis Colmar » (arrondissement de Colmar), avec les cantons de Colmar, Andolsheim, Munster, Neuf-Brisach et Winzenheim.

« Kreis Rappoltsweiler » (arrondissement de Ribeauvillé), avec les cantons de « Rappoltsweiler » (Ribeauvillé), Kaysersberg, « Markirch » (Sainte-Marie-aux-Mines), Lapoutroie.

« Kreis Gebweiller » (arrondissement de Gebwiller), avec les cantons de Ensisheim, Gebwiller, Ruffach, Soultz.

« Kreis Thann » (arrondissement de Thann), avec les cantons de Saint-Amarin, Thann, Sentheim, et la partie du canton de « Masmünster » (Masevaux) appartenant à l’Allemagne.

« Kreis Mülhausen » (arrondissement de Mulhouse), avec les cantons de « Mülhausen » Mulhouse, Habsheim, Landser, Huningue.

« Kreis Altkirch » (arrondissement d’Altkirch), avec les cantons de Altkirch, Hirsingue, Pfirst, et la partie des cantons de Dannemarie et de Fontaine appartenant à l’Allemagne.

 

Le « Bezirk Lothringen » (District de Lorraine) comprend :

« Stadtkreis Metz » (arrondissement de la ville de Metz), avec territoire de la commune de Metz.

« Landkreis Metz » (arrondissement de Metz campagne), avec les cantons de Metz I, II et III, à l’exception des communes de Bange, Verny, Bignat, avec les parties des cantons de Brien et Gorze appartenant à l’Allemagne.

« Kreis Diedenhofen » (arrondissement de Thionville), avec les cantons de « Diedenhofen » (Thionville), Kattenhofen, Metzerwiese, Sierk et les parties des cantons de Audun et de Longwy appartenant à l’Allemagne.

« Kreis Saarburg » (arrondissement de Sarrebourg), avec les cantons de « Saarburg » Sarrebourg, Finstingen, « Pfalzburg » Phalsbourg, et les parties des cantons de Lorquin et de Rechicourt appartenant à l’Allemagne.

« Kreis Château-Salins » (arrondissement de Château-Salins), avec les cantons de Delme, Albesdorf, Dieuze, et les parties des cantons de Château-Salins et de Vic appartenant à l’Allemagne.

« Kreis Bolchen » (arrondissement de Boulay), avec les cantons de « Bolchen » Boulay, Falkenberg, Busendorf.

« Kreis Saargemünd » (arrondissement de Sarreguemines), avec les cantons de « Saargemünd » Sarreguemines, « Wollmünster » (Volmunster), « Bitsch » (Bitche), Rohrbach.

« Kreis Forbach » (arrondissement de Forbach, avec les cantons de Forbach, Saint-Avold, Saaralbe, « Großtännchen » (Grostenquin).

 

Par ordonnance impériale les frontières des districts « Bezirke » et des cercles « Kreise » peuvent être modifiés, les cercles peuvent être fusionnés ou de nouveaux cercles peuvent être créés.

Les frontières des cantons « Cantone », leur fusion, ainsi que la création de nouveaux cantons relève du chancelier d’Empire.

Les lois qui mentionnent les termes de département ou d’arrondissement, sont à remplacer par les termes respectifs de « Bezirke » et de « Kreise ».

La plus haute autorité de l’administration de l’Alsace-Lorraine est le Président supérieur « Ober-Präsident », dont le siège « Amtsitz » est à Strasbourg. Il dépend directement du chancelier d’Empire. Il désigne son représentant en cas d’absence selon les instructions du chancelier.

Le président supérieur supervise les autorités de l’administration du pays « Landesverwaltung », ainsi que les fonctionnaires appartenant ou subordonnés à ces administrations. Il doit veiller à l’application des lois, ordonnances, ainsi que des ordonnances du chancelier d’Empire et il doit s’assurer, que l’administration agisse avec régularité et des principes de base communs.

Il arbitre en dernier ressort sur les opinions différentes provenant d’autorité placé sous ses ordres, au sujet d’un problème commun.

Il doit instruire les réclamations et prendre une décision, tant qu’elles sont de son ressort selon l’article

8, ou y joindre la décision du chancelier d’Empire.

Il doit veiller à l’établissement, conformément à la loi, de l’état annuel des dépenses et recettes du pays et il doit le présenter au début de l’année au chancelier de l’Empire.

Le président supérieur reçoit les attributions directes suivantes :

1) Toutes les affaires qui ne sont pas du ressort du chancelier d’Empire, qui concernent plusieurs districts ou des affaires que l’on ne peut pas régler localement au niveau d’un district ;

2) Tous les établissements publics qui relèvent de plusieurs districts ;

3) Les cours d’eau du Rhin et de la Moselle, ainsi que tous les canaux navigables, tant que ces derniers n’ont pas été transférés aux autorités de district par le chancelier d’Empire ;

4) Toutes les affaires qui sont du ressort commun des autorités militaires et des autorités civiles, et qui du côté militaire sont du ressort du général commandant.

De plus le chancelier d’Empire peut lui transférer partiellement ou complètement les attributions qui d’après les lois françaises étaient du ressort des ministères. Etc.

Le fameux paragraphe de dictature.

§ 10. En cas de menace sur l’ordre public, le Président Supérieur est autorisé, de prendre toutes les dispositions qu’il juge nécessaires, pour contenir la menace. Il est particulièrement autorisé, au sein du district soumis à la menace, d’user de la force nécessaire telle que le prévoit le § 9 de la Loi du 9 août 1849 (Bulletin des lois n°1511) qui concerne la mise en Etat de siège par les autorités militaires. Le chancelier d’Empire doit immédiatement être informé de la prise de telles dispositions.

« Fait à Berlin, le 30 décembre 1871. Wilhelm. Fürst Bismarck ».