Chroniques 1914 01-05

 
 

Dernière mise à jour / Letzte Änderung : 29 / 07 / 2021

 

Page rédigée par : MJR

 

 

Chroniques générales de la place forte de Strasbourg

 

 

Introduction

 

Dans cette chronique nous avons rassemblé l’essentiel des informations relatives aux fortifications, à l’évolution des techniques civiles et militaires, à l’évolution des armées européennes et aux garnisons d’Alsace-Lorraine. Nous avons ajouté quelques dates repères de l’histoire et des actualités qui influent sur le développement des techniques militaires. Certaines rubriques peuvent paraître anodines, comme un communiqué de désertion, mais ce dernier nous donne livre des informations sur la région de recrutement de cette unité ou sur l’équipement. Compte tenu que des erreurs de traduction sont toujours possibles, surtout avec des termes anciens, je garde les mots et expressions allemandes entre guillemets. Toutefois, il s’agit bien de l’orthographe de l’époque.

A travers la lecture de ce document, nous vous invitons à vous plonger dans l’ambiance et l’histoire de cette année, mais pour les textes originaux retranscrits sur cette page, il est dès fois nécessaire de gratter la couche de nationalisme que l’on retrouve dans la presse allemande et française de cette époque.

Cette chronique n’est pas définitive et évolue constamment pour être complétée et mise à jour. Avant d’aborder les chroniques de l’année, nous commençons par vous présenter succinctement la liste des fortifications principalement européennes en cours de construction ou de modernisaation et l’évolution des techniques militaires de cette année.

 

Abréviations et termes allemand couramment utilisés :

 

A.K.O. = Allerhöchste Kabinetts-Order = Ordre du cabinet impérial / Ordonnance impériale (ordre signé par l’Empereur d’Allemagne).

IR = Infanterie-Regiment = Régiment d’infanterie (généralement suivi de son numéro).

Reichsland = Terre d’Empire = partie annexée de l’Alsace-Lorraine.

 

Les grades allemands et leur équivalence françaises :

 

General der Infanterie, General der Kavalerie = équivalent au général de corps d’armée.

Generallieutenant = équivalent au général de division.

Generalmajor = équivalent au général de brigade.

Oberst = = colonel.

Oberstlieutenant = lieutenant-colonel.

Major = chef de bataillon, chef d’escadron, commandant.

Hauptmann ou Rittmeister (pour les troupes montées) = capitaine.

Oberleutnant = lieutenant

Leutnant = sous-lieutenant.

 

Remarque : l’orthographe allemande diffère de celle d’aujourd’hui. Par exemple pour les portes on note la présence d’un h « Thor » qui a disparu ultérieurement (Tor), et de nombreux mots s’écrivent encore avec un c, alors que quelques années plus tard on utilisera le k, comme pour Fortification écrit ultérieurement Fortifikation. On germanise les mots d’origine française. J’emploi autant que possible l’orthographe d’origine.

 

 

Fortifications, ouvrages en cours de construction

 

 

Dans cette rubrique je recense l’essentiel de l’activité de construction des fortifications en Europe. Elle permet de comparer les ouvrages érigés à Strasbourg à ceux qui ont étaient en construction à la même période. Certes, cette liste comporte certainement des lacunes, quelques erreurs ou dates de construction divergentes en fonction des sources. Ces informations peuvent évoluer et être complétées par des informations analyses complémentaires. L’ensemble des informations est tiré des sources citées en fin de page et complétées par les relevés effectués sur le terrain. Compte tenu que l’année 1914 est traitée en plusieurs pages, compte tenu du début de la première guerre mondiale, la rubrique relative aux fortifications concerne toutefois l’année 1914 entière.

 

Empire allemand

 

Cette rubrique concerne les fortifications allemandes en cours de construction ou de modernisation, sur le territoire allemand, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

Allemagne Front Nord & fortifications côtières.

Ouvrages en cours de construction :

Fordere Linie (août 1914- ?), ligne de défense avancée tournée vers l’intérieur des terres comprenant 21 ouvrages d’infanterie, généralement sous la forme de lunettes fermées pour un effectif de deux sections d’infanterie.

Batteries de mise en état de défense : tournées vers l’intérieur des terres, 43 batteries installées lors de la mise en état de défense dotées de pièces de 15 cm, 17 cm, 7,62 cm, dont 11 batteries antiaériennes avec canons de 8,8 cm.

 

Allemagne Front Ouest

 

Place forte de Metz

Ouvrage en cours de construction :

Infanterie-Werk Belle-Croix - ouvrage d’infanterie de Lauvallières (09/1908-1914). Ouvrage cerné d’un fossé sur le front et les flancs à contrescarpe bétonnée et escarpe à terre croulante avec grilles défensives, blockhaus de chemin couvert relié à la galerie de contrescarpe, un coffre de contrescarpe double au point d’épaule droit et un coffre simple au point d’épaule gauche, 1 caserne bétonnée à 2 niveaux avec caponnière centrale, équipé de chauffage central au charbon, au sous-sol 1 usine électrique, 3 observatoires cuirassés d’infanterie, parapet avec tranchées bétonnées et des emplacements pour mitrailleuses, des abris de piquet avec cloche de guet. Organisation sensiblement identique à l’ouvrage Infanterie-Werk Mey. Etat : ouvrage inondé, accès impossible.

Source : S0075 : Christian Dropsy : Les fortifications de Metz et Thionville, autoédition, Bruxelles, 1995, p. 69, 71.

 

Feste Kaiser Wilhelm II, groupe fortifié de Mutzig

Ouvrages en cours de construction :

J 16 abri d’infanterie n°16 (1914 1er semestre – avril 1916 non achevé), abri d’infanterie en béton armé, à 3 niveaux.

MG Kas. Vor J1 ou Gr. Wr. 1 - Casemate de mitrailleuses devant J1 (1914-avril 1916 inachevée).

 

Place forte de Strasbourg

Ouvrage en cours de construction :

Rive gauche du Rhin

Stützpunkt Kinzig (1913-1914) point d’appui d’infanterie Kinzig. Ouvrage à fossé plein d’eau, avec rempart avec tranchées bétonnées, muni d’un abri d’infanterie en béton. Vers 1930 : arasement complet de l’ouvrage les débris sont ensevelis.

 

France

 

Cette rubrique concerne les fortifications françaises en cours de construction ou de modernisation, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

 

France Front Nord-Est

 

Place forte de Maubeuge

Ouvrage en cours de construction :

Centre de résistance du Bourdiaux (31 juillet 1914-…) qui englobe le Fort du Bourdiaux et 4 positions.

Centre de résistance de Boussois (31 juillet 1914-…) qui englobe le Fort de Boussois et 4 positions de campagne.

Centre de résistance de Ferrières-la-Petite (à partir du 31 juillet 1914) englobe l’ouvrage intermédiiare de Ferrière-la-Petite et 4 positions.

Centre de résistance de Grévau (31 juillet 1914 -…) englobe l’ouvrage intermédiiare de Gréveau et 4 positions et battteries.

Centre de résistance d’Haumont (31 juillet 1914-…) qui englobe le fort d’Haumont et 5 positions de campagne et positions d’artillerie dont la batterie d’Elbasse.

 

Place forte de Verdun

Ouvrage en cours de construction :

Fort de Vacherauville (1910-1914 non terminé), ouvrage bétonné et cuirassé, 1 tourelle de 755, 2 tourelles de 155, 1 tourelle de mitrailleuses, 4 observatoires.

 

Place forte d’Epinal

Ouvrage en cours de construction :

Magasin du Haut Olima (1913-1914) magasin à poudre de secteur.

 

Place forte de Belfort

Ouvrage en cours de construction :

Ouvrage ou Fort du Mont Rudolphe (1913-1914 inachevé), casernement bétonné à deux niveaux.

 

France Front Sud-Est

 

Place forte de Bourg-Saint-Maurice

Ouvrage en cours de construction :

Batteries du Courbaton (1913-1916) 6 canons de 120 mm.

 

Italie

 

Cette rubrique concerne les fortifications italiennes en cours de construction ou de modernisation, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

Ouvrage en cours de construction :

Fort du Mont Chaberton (1898-1910 autre source 1915), défendant le col du Mont de Montgenèvre. 1906 : il est armé de comprend 8 tours de 12 m de haut supportant chacune une coupole blindée Armstrong avec un canon de 149 mm de 36 calibres. Les canons pouvaient atteindrent la gare de Briançon. 1947 : le territoire est transféré à la France.

 

 

Déclassement, désarmement, abandon, arasement des ouvrages

 

France

Batteries du Charmois (1888) 3 batteries avec 17 pièces. 1914 : la batterie est déclassée.

 

Chroniques de l’année 1914 de janvier à mai

 

 

Chronique 1914 Divers

 

 

France : adoption d’un nouveau plan militaire.

En 1914, l’état-major français adopte le plan XVII.

Source : S1070.

 

Source : S0367 : Garros, Louis, capitaine : Préludes aux invasions de la Belgique in Revue historique de l’armée n°1-1919, mars 1949, p. 19.

 

Janvier 1914

 

France, politique : préparation des élections législatives.

En France, les partis politiques préparent les élections législatives. La gauche s’allie pour combattre en commun la loi établissant le service militaire à trois ans.

Source : S0132.

 

Dimanche 4 janvier 1914

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Texte original tiré de la source.

L’enquête, annonce bruyamment l’Etat-major le 4 janvier 1914, a établi que des balles ont été tirées, et que deux projectiles sont passés à peu de distance du soldat en question. Cet attentat pourtant rencontre si peu de créance et il s’agit là d’une fable si maladroite que l’affaire tombe d’elle-même au bout de peu de jours, sans que l’on essaie d’en reparler.

Mais les officiers supérieurs ne cachent plus leurs sympathies pour leurs camarades du 99e. Quand ils parlent des Alsaciens-Lorrains, ils le font dans le langage le plus vif, et, par-dessus leurs têtes, c’est à la France qu’ils s’en prennent, à la France contre laquelle ils voudraient partir en guerre le plus tôt possible. La paix l’importune et les grandes manœuvres se sont qu’un jeu décevant : « Nous sommes fatigués de toujours tirer à blanc », déclare le général von Deimling, qui commande le corps d’armée de Strasbourg. Ils sont d’ailleurs encouragés par l’attitude du Kronprinz. Celui-ci, qui est l’espoir du parti pangermaniste, est déjà intervenu d’une façon active dans la politique. Tout jeune encore, il a attaqué violemment les socialistes au moment de la mort de Krupp. Plus tard, au Reichstag, assistant à l’une des séances pendant lesquelles se débattait la question marocaine, il a approuvé publiquement l’orateur qui incriminait la politique à son gré trop conciliante du gouvernement. Il a fait aussi opposition au règlement intervenu dans les affaires du Brunswick.

Enfin, pendant l’exposition montée à Breslau en 1913, pour commémorer le soulèvement de la Prusse contre Napoléon, il a fait interdire une allégorie de Hauptmann, jugée par lui trop favorable à la France. Le voilà donc qui rentre en scène, et les journaux révèlent le texte de deux télégrammes qu’il a envoyés à Deimling à propos des événements de Saverne, le 28 et le 29 novembre. Immer feste drauf ! disait le premier, et le second ne contenait que ce seul mot : Bravo ! Cette dernière dépêche n’a pas besoin de commentaire ; l’autre peut se traduire ainsi : « Tapez toujours dur ! » Elle plagie Blücher, qui dans son patois prussien encourageait ses soldats à combattre les Français en leur criant : Feste druff.

Source : S1439 : Rovère Jules : L’Affaire de Saverne, novembre 1913 – janvier 1914 ; Editions Bossard, Paris ; 1919.

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Procès du colonel commandant le 99e régiment d’infanterie pour voies de fait à Saverne

Source : S0419

 

Vendredi 9 janvier 1914

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Texte original tiré de la source.

Un coup d’œil sur les journaux du 9 janvier 1914 est à cet égard très suggestif. Dans le Tag, le général Keim écrit que la domination allemande a péché par un excès de mansuétude ; si les Français avaient si bien réussi dans le pays d’empire, c’était grâce à leur brutalité bien connue, tandis que les Allemands se sont montrés trop doux. La Kreuzzeitung et la Tägliche Rundschau, organes conservateurs, déploient la même impudence sereine : le régime a été beaucoup trop faible ; il a cru que par des méthodes amicales il se concilierait les frères d’Alsace ; il ne leur a donné, au contraire, que la preuve de sa débilité, et ils ont continué de se sentir Français. La Deutsche Tageszeitung demande une sévère répression contre une population insolente : « Les choses en Alsace, écrit-elle, vont bien plus mal que le craignaient les plus pessimistes. Nous assistons à une campagne systématique contre l’armée et le germanisme. Les spectacles de désordre, d’indiscipline, de bassesse et d’abjection auxquels nous avons assistés crient vengeance. Si l’on ne comprend pas la nécessité d’une poigne solide dans les provinces annexées, l’empire mérite de les perdre ». Dans tous ces journaux, ce sont en première ligne les Alsaciens-Lorrains, et en seconde ligne, les pouvoirs civils qui sont responsables de ce qui s’est passé ; il faudrait rétablir la dictature militaire et abolir la constitution ; les sept jours d’arrêt que réclame le ministère public pour le colonel von Reuter, les trois jours d’arrêt qu’il voulait voir infliger au lieutenant Schadt sont des peines exagérées qui mettent en péril toute l’armée prussienne.

Source : S1439.

 

Samedi 10 janvier 1914

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Texte original tiré de la source.

Voici des événements qui donnent satisfaction aux conservateurs pangermanistes. Le 10 janvier 1914, le conseil de guerre rend son double arrêt, acquittant d’une part le lieutenant von Forstner, de l’autre le colonel von Reuter et le lieutenant Schadt. Les considérants du jugement sont tels que la conduite des débats pouvait les faire attendre : « L’intérêt de l’Etat, déclare l’un des attendus, exige que les représentants du pouvoir et de la souveraineté soient bien protégés. Tels sont les officiers ; ils portent l’uniforme du roi, ils sont membres supérieurs de l’armée, et ils doivent toujours se tenir prêt à se mettre en avant pour l’honneur et la stabilité de l’Etat. Quand un policier en uniforme est insulté, on poursuit d’office ; à Saverne, ce sont les officiers qui ont été insultés sans trêve. Le colonel von Reuter, a menacé l’autorité civile de recourir à l’état de siège. Une telle mesure aurait été illégale si l’autorité civile s’était rendu compte que le commandant de la garnison considérait la situation comme intolérable, et si elle avait agi sévèrement. Or elle ne l’a pas fait ». – Suivent alors de longues phrases qui expliquent comment les militaires, en présence de cette inaction, sont intervenus à juste titre. Sur la question de savoir si les Ordres de Cabinet du roi de Prusse sont applicables en Alsace, le conseil se prononce par l’affirmative. Sur celle de savoir s’il y a usurpation de fonctions, il répond par la négative. Il va de même plus loin en posant l’hypothèse contraire, et il indique expressément que même alors il n’y aurait pas eu de délit, car, dans ce cas, le colonel ne se serait pas rendu compte qu’il commettait un acte répréhensible. De même, en ce qui concerne la séquestration des citoyens arrêtés, Reuter et Schadt n’ont pas eu la conscience qu’ils outrepassaient leurs droits. Quant à Forstner, le même raisonnement, déjà présenté par son avocat, est adopté par le conseil à son bénéfice.

En conséquence le tribunal militaire absout tous les accusés et les renvoie des fins de la plainte. L’audience levée, le général von Pelet-Narbonne court le plus vite qu’il peut au télégraphe, et avertit ses complices de Berlin que la comédie est jouée ; la conspiration militaire et conservatrice est terminée avec un plein succès. Il envoie une dépêche au préfet de police, docteur en droit von Jagow. Il en envoie une autre à un hobereau prussien nommé Oldenbourg, célèbre pour avoir dit que « l’empereur devrait toujours pouvoir prendre un lieutenant et dix hommes pour les envoyer fermer les portes du Reichstag », très connu également comme l’un des familiers du Kronprinz qui en a fait son conseiller politique. A tous les deux, le général télégraphie laconiquement : « Acquittement. Salutations : Pelet ».

L’arrêt du conseil de guerre provoque en Alsace-Lorraine une incroyable fermentation. Déjà, le 6 janvier 1914, deuxième jour du procès, le député Burger, doyen du Landtag d’Alsace, a fait à Strasbourg, en ouvrant la session, une importante déclaration : « Depuis quarante ans, a-t-il dit, nous sommes considérés comme le bastion de l’empire allemand (le bouclier de l’empire, selon les termes de Kühlmann au Reichstag, en 1917). Nous devons sortir de cette situation infamante et devenir les maîtres de notre pays. Depuis des années nous nous lamentons, et nous nous plaignons d’un gouvernement militaire a latere. S’il y a des hommes incapables de donner des avis sur les conditions politiques de notre pays, ce sont les généraux commandants. Ils vivent dans des idées erronées, n’ont aucun contact avec le peuple, sont encore des vainqueurs en présence de vaincus, et l’on dit que l’on accorde plus de poids à leurs informations qu’a celles des autorités civiles ». Ces paroles solennelles, qui proclament l’inhumaine dureté de la domination allemande et traduisent la douleur des opprimés, sont saluées par de vigoureux applaudissements.

Aussitôt que les Alsaciens-Lorrains apprennent l’acquittement de leurs bourreaux, ils multiplient leurs protestations. A Saverne, le 99e régiment est plus haï que jamais, et les socialistes organisent une grande réunion publique pour flétrir les juges de Strasbourg. De leur côté, les membres du conseil municipal, réunis en séance extraordinaire, proclame leur solidarité avec le Kreisdirektor Mahl. Des Alsaciens que l’on aurait pu croire ralliés à l’Allemagne, très rares du reste, et que leurs compatriotes traitent communément de renégats, ne cachent pas leur colère : deux d’entre eux, Zorn de Bulach et Petri, malgré les dignités officielles dont ils sont revêtus, font entendre eux aussi leur protestation à la Chambre du Pays d’empire.

L’agitation présente plusieurs aspects qu’il importe de fixer. En premier lieu, les pouvoirs civils se sentent très atteints par le coup de force juridique que les militaires ont eu l’audace d’accomplir. Dans les interrogatoires et les dépositions du procès, pas un civil n’a parlé comme un militaire, et pas un militaire ne s’est exprimé comme un civil ; la narration et l’interprétation des faits, selon qu’elles étaient présentées par l’un ou l’autre groupe, ont été différentes ; alors que tous les témoins avaient juré de dire la vérité, ils ont apporté des versions dissemblables. Or le tribunal, sans se demander de quel côté l’on était parjure, et sans ordonner une enquête complémentaire, a prononcé : il a accepté comme vrais a priori les dires des officiers. Parmi les fonctionnaires immigrés, le mécontentement est immense, et le Kreisdirektor Mahl, pour se justifier, demande à comparaître devant une juridiction, administrative. Les civils, depuis l’annexion instruments du parti militaire, ont donc été écrasés sans pitié par celui-ci à la première occasion, quoique, sans la moindre discussion possible, des lois positives eussent été violées pendant les événements de Saverne.

A ce premier conflit s’en ajout un autre. Les éléments avancés et libéraux, dans toutes les parties de l’Allemagne, particulièrement les monarchies du Sud, en Bavière et en Württemberg, ainsi que les régions de l’Ouest, se dressent contre les éléments conservateurs, justement accusés d’avoir provoqué ce déni de justice. A Munich, à Stuttgart, à Cologne, l’indignation est grande. De toutes parts s’organisent des réunions publiques où les habitants sont invités à venir protester contre l’esprit militaire prussien et contre le régime du bon plaisir que font régner, sous des formes juridiques, les hobereaux de l’Est. Plus ou moins confusément, l’Allemagne libérale sent que tous les droits civils des citoyens sont menacés par les soldats.

Troisième conflit, et le plus profond de tous : celui de l’Allemagne impériale et de l’Alsace-Lorraine, celle-ci étant la victime de l’autre depuis quarante-deux ans. Tous les partis politiques des provinces annexées s’unissent contre l’ennemi commun. Des immigrés se sont infiltrés, grâce au prestige de la doctrine marxiste, parmi les socialistes indigènes, mais l’internationalisme de ceux-ci ne résiste pas à une pareille crise ; comme un vernis léger il tombe sous le choc, et les socialistes alsaciens-lorrains partagent la colère de leurs compatriotes. Les catholiques du pays d’empire sont moins gênés encore dans leur opposition ; ils ont été affiliés quelques années auparavant au parti du centre, mais ils ont rompu leurs liens en 1911, lorsque le centre, au Reichstag, a prêté son concours au chancelier pour l’établissement de la nouvelle constitution.

Les progressistes, les membres du groupe lorrains sont unanimes devant l’injure ; ils se séparent nettement des quelques immigrés qui ont pu se glisser dans leurs rangs. Font exception les seuls conservateurs, qui se recrutent parmi les fonctionnaires d’empire, mais qui, occupant des postes en Alsace-Lorraine, gardent parfois une attitude réservée, même avec une nuance de blâme plus ou moins franchement exprimée.

Et ici il importe de bien définir. Les journaux officiels créés par le gouvernement dans les provinces annexées, la Strassburger Post et la Metzger Zeitung, par exemple, ont tenté d’abord de nier les faits, puis, lorsqu’il ne leur a plus été possible de les cacher, ils les ont déplorés, mais en essayant de les pallier, de les atténuer, de leur trouver des excuses. Ces feuilles, qui, dans le plus grand nombre se sont prononcées en faveur des civils et contre les militaires, ont de la sorte reflétée les sentiments des immigrés. Ceux-ci ont pris parti comme nous venons de le dire, non pas parce qu’ils éprouvaient une ardente sympathie pour les indigènes, mais parce que les brutalités des soldats, ils en étaient convaincus, compromettaient la cause allemande.

C’est leur nationalisme même qui a regretté les excès commis, et à aucun moment, ils n’ont eu l’intention, je ne dis pas de rendre l’Alsace-Lorraine à la France, mais seulement de réclamer pour elle une plus grande autonomie. De telles considérations expliquent le langage relativement convenable des journaux ci-dessus désignés : les formes de la domination germanique leur paraissent maladroites ; quant à cette domination elle-même, ils ne trouvent pas une parole pour la condamner.

Les Alsaciens-Lorrains, au contraire, se sentent atteints et injuriés. Ce qu’ils voient dans cette affaire, ce n’est pas une simple opposition des soldats et des civils, mais leur propre esclavage. C’est leur qualité d’annexés qui leur a valu les derniers outrages, et c’est à eux que le terme de Wackes a été appliqué, par une insulte dont la monstruosité même les a fait bondir. Ils se sont rappelés qu’au régiment les officiers et les sous-officiers, au temps de leur jeunesse, les avaient traités de semblable façon, et les plus vieux se souviennent que les Français avaient d’autres procédés. Donc, la dureté des Allemands, la haine dont ils sont animés contre la population conquise n’ont pas changé, et l’Alsace-Lorraine, jusqu’à la fin des siècles, restera exposée à toutes les violences des vainqueurs.

Les indigènes, en considérant la situation, ne sont pas le moindrement dupes de la réserve sur laquelle se tiennent les immigrés. Le duel a repris, et l’on veut savoir s’il y a encore quelque justice.

Mais il faut sortir du triple conflit dans lequel se débat l’Allemagne impériale. La tâche du gouvernement est ardue ; comment les Chambres et les Etats particuliers vont-ils réagir au contact des événements ? Ce qui va suivre est instructif au plus haut degré et permet de se rendre compte des rapports dans lesquels se trouvent les divers blocs politiques dans lesquels se trouvent les différents groupes d’intérêts à l’intérieur de l’empire. Il résulte de ce qu’on va lire que l’Allemagne n’est pas une, mais qu’elle est profondément divisée, que certains éléments commandent, et que les autres sont soumis à une étroite servitude. Nous nous bornerons d’abord à une simple exposition, en nous réservant de développer ensuite les leçons qui ressortent des faits et des discours.

C’est dans les parlements germaniques que l’affaire de Saverne rencontre son principal écho. Elle vient en discussion à la Chambre des Seigneurs de Prusse dès le 10 janvier 1914. Le lendemain du jour où le conseil de guerre a rendu son arrêt.

C’est l’assemblée la plus réactionnaire du monde, car elle comprend les princes de sang, de gros propriétaires terriens de l’Est, des hobereaux, des membres des universités et de hauts fonctionnaires ; elle est presque tout entière dans la main du roi. Un certain York von Wartenburg, descendant du général qui commanda le contingent prussien en 1812 pendant la campagne de Russie, interpelle le gouvernement : « Le Chancelier, dit-il, a oublié que Bismarck, le fondateur de l’empire, a voulu que la Prusse eût dans l’empire une place prépondérante, qu’elle restât l’épine dorsale de la Confédération, étant un royaume essentiellement militaire. La grandeur et la force de la Prusse n’ont été faites par le peuple, mais par la dynastie, de Frédéric le Grand à Guillaume 1er. La Prusse doit être gouvernée seulement par son légitime souverain et par l’armée. Bismarck a déjà averti qu’il ne faut pas céder à l’esprit démocratique et ne pas laisser tomber la monarchie prussienne au niveau d’une république avec un président héréditaire ».

Ce discours, qui affirme l’état de soumission dans lequel doit se trouver le reste de l’Allemagne vis-à-vis de la Prusse, fait en quelque sorte l’éloge des officiers acquittés à Strasbourg et approuve leur conduite ; ils sont puissants, et le bon peuple n’a que le devoir de subir leurs fantaisies.

Après York von Wartenburg, le chancelier monte à la tribune. Il n’a plus, dans ce milieu prussien, le langage tortueux qu’il avait fait entendre au Reichstag, et il parle avec assurance, en termes très nets. Oui, il y a des dissentiments entre la monarchie des Hohenzollern et les autres Etats de la Confédération. Oui, les partis représentés dans la Chambre d’empire voudraient dicter sa conduite au gouvernement. Mais la Prusse est la Prusse, et le chancelier saura empêcher par tous les moyens que le droit d’interpellation puisse empiéter sur le pouvoir exécutif et sur le pouvoir judiciaire. L’armée sera toujours à l’abri d’une intervention des députés du Reichstag. « Mon devoir capital, prononce Bethmann-Hollweg, est de conserver intacte l’armée du peuple sous l’égide du roi contre toute attaque. Personne ne peut vouloir prendre la responsabilité de changer le moins du monde l’organisation de l’armée prussienne, pierre angulaire de la force germanique ». Une fois de plus cela signifie que les militaires sont intangibles, que les sévices qu’ils se permettront seront absous, et que les récriminations des parlementaires seront considérées comme nulles et non avenues. Que les Alsaciens-Lorrains et les autres mécontents se le tiennent pour dit.

Là-dessus l’on passe au vote ; les paroles du chancelier sont approuvées par la totalité de la Chambre des Seigneurs, moins sept voix : c’est la quasi-unanimité.

Source : S1439.

 

Vendredi 23 janvier 1914

 

Allemagne : anniversaire de l’Empereur.

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Texte original tiré de la source.

Le 23 janvier 1914 vient au Reichstag la discussion de l’interpellation déposée par les socialistes sur les événements de Saverne. On a vu qu’un premier débat s’était terminé par un vote de défiance à l’égard du chancelier. Depuis cette bataille sans résultat, la situation parlementaire a bien changé. Les deux procès du 19 décembre 1913 et du 15 janvier 1914 ont eut lieu, et il est évident que le gouvernement impérial était du côté des officiers accusés. L’hégémonie prussienne a habitué les Allemands à l’obéissance ; la plupart des parties ne montrent plus aucun souci de justice du moment que l’intérêt national leur semble en jeu ; et d’ailleurs il faut contraindre au silence les voix dissidentes qui se sont fait entendre du côté de Munich et de Stuttgart. Les nationaux-libéraux, malgré l’arrêt du conseil de guerre, se sont donc déclarés satisfaits et se préparent à soutenir le chancelier ; il ne reste dans l’opposition que les socialistes, quelques députés du centre, quelques représentant du Sud, les Polonais et les Alsaciens-Lorrains directement intéressés.

C’est un socialiste qui commence l’attaque. Il s’appelle Franck, et il a été envoyé au Reichstag par Mayence, ville que les traités de Vienne ont enlevée à la France en 1815. Franck, qui se dit Allemand du Sud et parle en cette qualité, raconte par le menu et avec une ironie acérée les scènes qui se sont déroulés à Saverne et à Dettwiller. Il blâme sévèrement le jugement rendu par le tribunal de Strasbourg. « Les conseils de guerre, dit-il, ont déclaré que le lieutenant von Forstner, au milieu de onze grenadiers armés, s’est trouvé en état de légitime défense, et a dû sabrer, fort de son bon droit, un cordonnier infirme qui tentait de l’entourer ». L’orateur, riche en formules heureuses, et qui dénonce âprement les menées des militaires, est applaudi par toute une fraction de l’assemblée. Le chancelier lui succède, et se contente de paroles vagues : sentant que la Bavière est très émue des paroles prononcées par le général Kracht, il cherche à rattraper la maladresse commise ; il affirme que la valeur des troupes bavaroises s’est montrée en 1870, et il célèbre la fondation de l’empire qui a réuni en un seul corps tous les Etats allemands.

Cette réponse n’est pas encore celle que l’on attend de lui, car le débat doit continuer le lendemain. Mais le lendemain le gouvernement est absent. Il se contente de faire savoir, par une brève communication qu’il n’apporte pas lui-même, qu’il va faire examiner dans une commission administrative spéciale si l’Ordre de Cabinet de 1820 est encore valable et s’il peut être également appliqué hors de Prusse. Il y a dans cette attitude un mépris absolu du Parlement.

Bethmann-Hollweg, en somme fait défaut et signifie de la sorte au Reichstag qu’il ne tiendra compte de ses critiques, car le chancelier ne dépend que de l’empereur. Quelques députés, irrités, montent à la tribune, et protestent amèrement. Mais les Allemands sont dociles et l’assemblée se sépare après avoir voté un ordre du jour par lequel elle invite le gouvernement à lui présenter un projet de loi touchant l’emploi de la force armée et l’indépendance du pouvoir civil. Elle n’a pas un mot cordial en faveur des Alsaciens-Lorrains, et sa motion est conçue en termes très généraux.

Source : S1439.

 

Allemagne, Alsace-Lorraine : affaire de Saverne.

Texte original tiré de la source.

Le 27 janvier 1914 est le jour anniversaire de la naissance de Guillaume II. A cette occasion, les Prussiens de Prusse, conservateurs et pangermanistes, se réunissent autour de fastueux banquets et prononcent d’abondants discours. Leur éloquence s’en prend aux vils habitants de Saverne, qui ont provoqué d’innocents officiers, lesquels ont eu raison de châtier ces insolences comme il convenait. Et puis on insulte aussi les frères du Sud, qui on eu le mauvais goût de prendre parti pour la racaille alsacienne.

L’une des manifestations les plus typiques à cet égard est celle du général von Mackensen, qui commande le VIIe corps d’armée à Dantzig. Il fait une charge à fond de train conter la démocratie, lance des allusions perfides contre la France, menace les populations annexées, compose un hymne orgueilleux à la gloire de la Prusse. C’est elle, proclame-t-il, qui, en 1813, a entraîné vers Paris l’Autriche, la Russie et bien des Etats allemands qui hésitaient. Ce furent les hauts faits des Prussiens qui abattirent alors Napoléon. Les forces idéales alors ont opéré. Il en a été de même en 1870 où ni la supériorité des armes ni le nombre n’ont vaincu, « mais bien au contraire l’esprit prussien, son âme militaire ». Ce discours reprend en quelque sorte et corrige celui de Bethmann-Hollweg, jugé trop concilient vis-à-vis de la Bavière.

On voit donc quelles sont les immenses répercussions soulevées par les événements de Saverne. Le triple conflit que nous avons exposé dans tous ses détails se termine avec éclat par la victoire des conservateurs pangermanistes, en d’autres termes par le triomphe du parti vieux-prussien, décidément maître de l’Allemagne. A la fin de janvier l’affaire est définitivement réglée et elle a reçu toutes les conclusions que le gouvernement était décidé à lui accorder. Ces conclusions méritent d’être exposées en détail. Le lendemain de l’anniversaire de la naissance de Guillaume II, les hauts fonctionnaires d’Alsace-Lorraine, qui ont attendu cette date pour rendre publique leur détermination, démissionnent en bloc : ils entendent ainsi protester contre l’arrêt de Strasbourg, contre les séances de la Chambre des Seigneurs et du Reichstag.

Ce sont des Allemands immigrés, et aussi des Alsaciens ralliés au régime : le gouverneur ou Statthalter von Wedel, le secrétaire d’Etat Zorn de Bulach, les sous-secrétaires d’Etat Petri, Mandel et Kohler. Ils représentent l’élément civil que la conduite militaire a révolté. Leur démission est acceptée. Quant au Kreisdirektor Mahl, il est déplacé.

Les partis libéraux enregistrent une défaite. Le Reichstag doit se contenter de la promesse qu’il a reçue que le fameux Ordre de Cabinet de 1820 serait, s’il y avait lieu, révisé. Mais le gouvernement n’a pas indiqué le délai dans lequel l’examen de la commission administrative serait terminé, de telle sorte que l’engagement pris a bien des chances de ne jamais avoir un résultat pratique. Le Parlement, si l’on peut dire, est en possession d’un bon billet tiré sur la lune, mais il est bien obligé de l’accepter, car il n’a pas de moyens d’action. Dans les Etats du Sud, les mécontents doivent également faire bonne figure à mauvais jeu, et se tenir pour satisfaits des quelques mots d’excuse que leur a adressé Bethmann-Hollweg. Ils savent d’ailleurs, qu’ils ne sont pas les plus forts : ils courbent la tête et leur protestation s’éteint.

Les annexés d’Alsace-Lorraine sont moins heureux encore. Ils ont été brutalisés, insultés, outragés avec la dernière vilenie et on leur fait savoir qu’ils avaient grand tort de se plaindre, étant les seuls coupables. Des citoyens ont été arrêtés au mépris de toutes les lois ; un pauvre savetier a eu la tête fendue par un sabreur prussien. Tout cela ne mérite aucune punition du moment que les victimes appartiennent à la race des esclaves. Ils sont condamnés à vivre en plein arbitraire, sous la menace de ceux qui sont leurs maîtres ; les officiers qui occupent leur pays pourront toujours se prétendre offensés, sûrs de toujours avoir raison quand ils se livreront aux pires excès. Il y a peut-être des juges à Berlin, mais il n’y en a pas en Alsace-Lorraine, et le pays est abandonné à la complète discrétion des vainqueurs.

Ceux qui triomphent, ce sont les officiers de Saverne, ce sont ceux qui les ont couverts, c’est-à-dire le parti militaire prussien. Quelques sanctions de pure forme, qui n’en sont pas en réalité, sont pourtant prises. Le général von Deimling quitte Strasbourg, mais sans que son déplacement constitue un blâme, car il est nommé au commandement du corps d’armée badois, à Karlsruhe. Le lieutenant von Forstner est l’objet d’une mesure semblable, et on l’envoie dans un régiment de Bamberg, en Prusse, sans que lui soit infligé la moindre punition disciplinaire.

Le colonel von Reuter, à n’en pas douter, a été approuvé en haut lieu pour la décision avec laquelle il a maintenu les prérogatives de l’armée sur les pouvoirs civils, car le 18 janvier, jour anniversaire de la fondation de l’empire, il a reçu la croix de l’Aigle rouge de troisième classe. A la fin du mois, il est mis à la tête du régiment d’infanterie de Francfort-sur-l’Oder, et les journaux pangermanistes font observer que c’est là une attention particulière, car son père, en 1870, a été tué par les Français comme commandant de ce régiment. D’ailleurs que pourrait-il arriver à ces officiers, puisqu’ils ont été acquittés solennellement par un conseil de guerre, que le ministère public les a en quelques sortes justifiées et que le Kronprinz ne leur a pas caché sa sympathie ? Ils sont blancs comme neige et personnifient tout un système politique.

Cet exposé réclame des explications. Ce qui frappe en premier lieu, c’est que la Prusse depuis des siècles est immuable et que sa domination revêt toujours les formes les plus féroces.

Lorsqu’elle se croit autorisée à poursuivre une répression, elle ne le fait jamais que selon les modes les plus exorbitants, en infligeant un châtiment hors de proportion avec le délit. Ce que les lamentables héros de Saverne veulent punir, ce sont quelques railleries décochées à leur adresse, même quelques sourires. « Je ne veux pas que l’on rie », déclare Reuter, et pour se venger des mines ironiques qui sont insupportables, il massacrerait froidement toute une population. Les rois nègres ou les tyranneaux asiatiques se montreraient peut-être moins cruels, mais ces mœurs sont bien prussiennes : les Polonais en savent quelque chose et du reste l’affaire de Saverne a eu un précédent trop ignoré.

On sait que les traités de 1815 ont enlevé à la France la rive gauche du Rhin. On sait moins que jusqu’à une date récente ce pays a conservé des sentiments français et que très longtemps les Prussiens, considérés comme étrangers, y ont été exécrés. Ils n’ont épargné aux Rhénan aucune vexation qu’ils ont infligée aux Alsaciens, et ils ont cherché toutes les occasions possibles d’établir leur domination par la terreur. Des événements qui présagent déjà ceux de 1913 se sont passés à Cologne en 1846.

Cette année-là, au début d’octobre, parce que des enfants avaient fait partir des pétards dans les jambes de quelques gendarmes, les Prussiens menacèrent d’exterminer la population, chargèrent la foule sabre au clair pendant une kermesse, tuèrent un citoyen, mobilisèrent toute la garnison, blessèrent un grand nombre d’habitants et leur prodiguèrent les insultes ; ils furent approuvés pour ce qu’ils avaient fait par le roi Frédéric-Guillaume IV, qui félicita le général commandant des troupes et répondit par une lettre comminatoire aux plaintes du conseil municipal. Des scènes analogues se renouvelèrent quelques années plus tard, pendant la révolution de 1848, à Cologne et à Mayence, où l’agitation française était intense, et les canons prussiens furent braqués contre ces deux villes. Depuis la méthode n’a pas changé.

De même la Prusse n’a jamais cessé d’être une puissance féodale, où le pouvoir est concentré entre les mains de quelques hommes impitoyables. Les événements de Saverne en sont la preuve convaincante. On assiste, en effet, à ce prodigieux spectacle : un blanc-bec de sous-lieutenant, qui a quitté à peine la férule de ses régents, personnage du reste parfaitement impudent et grossier, est soutenu par ses chefs, défendu passionnément à la Chambre des Seigneurs, protégé en somme par Guillaume II et le Kronprinz. Ce mince personnage, que nulle part ailleurs on ne prendrait au sérieux, brave le mécontentement d’un peuple, insulte des citoyens, et fait marcher toute l’Allemagne sans modifier d’une ligne son attitude depuis le premier jour jusqu’au dernier : les Alsaciens doivent se soumettre et le Reichstag s’incliner, mais lui reste inflexible. Qu’en faut-il donc conclure ? Ceci, à savoir que Forstner appartient à une caste dominante, et qu’il le sait.

Il est sûr d’avance qu’il lui est loisible de tout se permettre, que d’autres intérêts puissants sont liés aux siens et qu’on ne l’abandonnera pas.

Source : S1439.

 

Mercredi 28 janvier 1914

 

Allemagne, Strasbourg : affaire de Saverne

Le 28 janvier 1914 tribunal militaire de Strasbourg acquitte le colonel commandant le 99e régiment d’infanterie ; le gouvernement Wedel / Zorn de Bulach remet sa démission.

Source : S0419

 

Samedi 31 janvier 1914

 

Allemagne, Strasbourg : affaire de Saverne

Le 31 janvier 1914, les démissions des Secrétaires et Sous-Secrétaires d’Etat Zorn de Bulach, Mandel et Pétri, sont acceptées ; les hauts fonctionnaires prussiens, le comte de Roedern, le baron de Stein et Frenken sont nommés Secrétaire d’Etat et Sous-Secrétaires d’Etat à l’Alsace-Lorraine.

Source : S0419

 

Lundi 16 mars 1914

 

France, politique : assassinat de Gaston Calmette.

Le 16 mars 1914, l’ex-femme de l’ancien président du Conseil français, Mme Caillaux, abat de plusieurs coups de révolver le rédacteur en chef du « Figaro », gaston Calmette, pour avoir publié des lettres compromettantes de son ex-mari.

Source : S0132.

 

Avril 1914

 

Grande-Bretagne : aucune prise d’engagement en cas de guerre continentale.

An abril 1914, le gouvernement anglais déclaree ne prendre aucun engagement dans une éventuelle guerre continentale.

Source : S0132.

 

Grande-Bretagne : conflit avec l’Irlande.

En avril 1914, la Grande-Bretagne se trouve engagée dans un conflit avec l’Irlande et est paralysée par les grèves.

Source : S0132.

 

Dimanche 19 avril 1914

 

Alelmagne, Reichsland Alsace-Lorraine, Strasbourg : remplacement du Statthalter.

Le 19 avril 1914, nommé Prince, le comte de Wedel est remplacé comme Statthalter d’Alsace-Lorraine par le ministre de l’Intérieur de Prusse Dallwitz.

Source : S0419

 

Jeudi 23 avril 2014

 

Allemagne, Strasbourg : soupçons d’espionage.

Strasbourg, Polygone. Le 23 avril 1914, deux personnes ont été arrêtées hier par la police près des champs de tir du Polygone et de la Fliegerstation parce qu’elles prenaient des photos ; les plaques ont été confisquées.

Source : S0132.

 

Vendredi 24 avril 1914

 

Allemagne, Strasbourg : soupçons d’espionage.

Photographes arrêtés au Polygone. Le 24 avril 1914, il s’avère que les deux personnes arrêtées au Polygone n’étaient que deux photographes qui avaient rendez-vous avec des volontaires d’un an et des soldats du Train pour réaliser des photos des militaires.

Source : S2191. Straßburger Neueste Nachrichten 1914.

 

Jeudi 30 avril 1914

 

Allemagne, Metz : Incidents dans la garnison : Article : Metz, incident entre un lieutenant aviateur „Fliegerleutnant“ Wetzel et 3 Lorrains ; insultes et voies de fait, le lieutenant à tiré son sabre au café de Paris.

Sources : S3191.

 

Vendredi 8 mai 1914

 

Allemagne, Strasbourg : fausse rumeur.

Les journaux français ont retranscrit un article de la presse allemande affirmant que le 8 mai 1914 l’empereur d’Allemagne s’était mis en danger de mort lors de sont déplacement entre Bâle et Strasbourg, où il aurait presque été écrasé par un train. L’administration des chemins de fer vient de nous informer que d’après ses recherches, cette affirmation est complètement erronée.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 5.

 

Samedi 9 mai 1914

 

Allemagne, Reichsland, Niederburnhaupt : aide à la désertion.

Arrondissement de Tann, 9 mai 1914. Pour aide à la désertion la gendarmerie de Niedersulzbach voulait arrêter un certain Leo Wohrlen. Une recrue du régiment d’infanterie « Infanterie-Regiment Nr. 169 » de Lahr qui avait déserté de son corps de troupe, a traversé le village et il s’est renseigné chez les gens pour prendre le chemin de la France. Le dénommé Bohrlen a accompagné le fugitif jusqu’à la frontière. La gendarmerie a été renseignée sur ce service amical et voulait donc arrêter le dénommé B., qui est allé s’habiller pour les accompagner. Alors que le gendarme attendait sur l’escalier, B. parvint à s’enfuir par la fenêtre. Malgré le fait que l’on poursuivit le fugitif, one ne parvint pas à le rattraper. Dans la nuit, Bohrlen qui connaît tous les sentiers, revint chez lui pour chercher ses habits puis il est reparti en France.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 5.

 

Lundi 11 mai 1914

 

Allemagne, Berlin : cession du Reichstag avec des débats concernant le budget militaire « Militäretat ».

Synthèse : Berlin, 11 mai 1914. A 11h15 le président Dr. Kämpf ouvre la séance par les condoléances adressées au Chancelier d’empire « Reichskanzler » (Bethmann Hollweg) pour le décès d’un proche (à priori son épouse). Suit la deuxième séance de débats concernant le budget militaire, et notamment sur l’intendance et l’alimentation des troupes auquel participe le ministre de la Guerre, von Falkenhayn. Un député insiste sur le fait que l’armée doit acheter des produits allemands et notamment du fromage bavarois. C’est le Generalmajor von Schöler qui participe au débat et répond que ces achats sont possibles et que l’intendance fera un état des produits achetés. Un autre député se plaint de la faiblesse des revenus des ouvriers de l’intendance. Le Generalmajor Wild von Hohenhorn répond que les salaires sont revus à la hausse réglièrement après consultation des organes de concertation. Un député socialiste insiste sur le fait que les salaires sont insuffisants et qu’en fonction des endroits, et leur montant diffère en fonction du lieu. Un député évoque également l’exploitation des ouvriers des ateliers d’habillement de l’armée, qui sont très mal payés.

Un député évoque les problèmes rencontrés par les habitants chargés de l’hébergement des troupes pendant les manœuvres. Il demande que l’on donne les consignes adéquates à la troupe pour qu’elle ne maltraite pas les habitants. Le Generalmajor von Schöler répond que ces manœuvres sont effectivement une grande charge pour la population. En ce qui concerne les exactions lors des manœuvres en Alsace-Lorraine, nous avons pris des mesures très sévères. D’ailleurs l’affaire passera au tribunal. Puis le chapitre est approuvé et clos.

Chapitre : les constructions militaires.

Un député demande que les sous-officiers aient des chambres individuelles.

Chapitre : santé des armées.

Un député demande que l’on fasse suffisamment de stock de vaccins en cas de besoin. Le « Oberstabsarzt » Prof. Dr. Hofmann répond qu’une usine reçoit une subvention annuelle de 25 000 M sans que nous utilisions ses produits en temps de paix. Par ailleurs divers laboratoires sont à notre disposition en cas de mobilisation. Le chapitre est clos et approuvé.

Chapitre acquisition des chevaux.

Un député évoque la coupe des queues des chevaux, qu’il considère comme de la maltraitance des animaux. Le ministre de la Guerre von Falkenhayn répond qu’il est entièrement d’accord et que les chevaux ne devront être acheté qu’avec une queue complète et il va interdire le service avec des chevaux à la queue coupée. Le chapitre est approuvé et la résolution adoptée.

Chapitre des commandants et major de place.

Le Generalmajor Wild von Hohenhorn demande que ce chapitre qui est important pour la mobilisation, ne peut être détaillé ici et qu’il soit approuvé dans sa globalité. Diverses propositions ont été prises en compte. Un député demande les détails de ce chapitre concernant le dernier budget. La réponse : les « Kommanturen » de Karlsruhe, Darmstadt et de Königstein ont été supprimées et le commandement est assuré désormais par l’envoyé badois « Badischer Gesander » Graf von Berdheim, le l’envoyé de Hesse Freiherr von Biegeleben, le Generalleuttnant saxon Freiherr von Leudart et le Generalmajor wurttembergeois von Grävenitz. En tant que commandant du terrain d’exercice de Darmstadt on a désigné un officier à la retraite. La demande est approuvée et l’on autorise qu’un officier retraité s’occupe de camp de manœuvre de Darmstadt et de la garnison de Stuttgart.

Le député socialiste Liebknecht évoque dans un long discours la compromission des industriels de l’armement qui ont des représentants dans la commission d’achat d’armement. Le ministre de la Guerre rejette en bloc ces affirmations et le Generalmajor Wild von Hohenhorn répond point par point. La cession s’achève à 21 heures.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 4.

 

Allemagne, Friedrichshafen : aéronautique.

Friedrichshafen, 11 mai 1914. Le dernier dirigeable de Zeppelin, le « L.Z. 24 » qui est destiné à la Marine, a décollé cet après-midi pour son premier voyage d’essais sous le commandement du Graf Zeppelin.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 12.

 

Allemagne, Metz : fortifications, visite impériale.

Un article de la presse locale du 24/04/1914 nous livre cette information : programme Empereur Kaiser Wilhelm II pour la visite de Metz. Il arrivera le 11 mai 1914 et visitera les fortifications.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 12 et S2191, n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 13.

 

Mardi 12 mai 1914

 

Allemagne, Strasbourg : travaux d’assainissement à la Meinau.

Les travaux d’assainissement du futur quartier des fonctionnaires de la Meinau avancent rapidement. Au début de l’été commencera la construction des premières maisons et villas. Actuellement en global il y a déjà 30 demandes de permis de construction qui ont été approuvées. Au cours des derniers mois, de nombreux payement partiel de construction « Bauraten » ont été déposés si bien que du côté financier le projet est également assuré.

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 5.

 

Mercredi 20 mai 1914

 

Allemagne, Strasbourg : adjudication publique des travaux d’agrandissement de l’hôpital. Synthèse.

Le mercredi 20 mai 1914 à 11 heures se déroule l’adjudication publique de l’agrandissement de l’hôpital civil. Les travaux sont partagés en trois lots adjugés séparément. 1. Les travaux de terrassement, de bétonnage, de maçonnerie, d’enduit à la chaux et de tailleurs de pierres pour la construction nouvelle de la clinique O.R.L. dénommée « Ohrenklinik ». 2. Les travaux de terrassement, de bétonnage, de maçonnerie, d’enduit à la chaux et de menuiserie ainsi que les travaux d’assainissement extérieurs et de consolidation de la cour, pour la construction d’un mur d’enceinte le long de la route Spitalstraße, d’une maison de gardien près de la rue Adolf-Kußmaulstraße ainsi que pour la réalisation de fondations pour une cuve à vapeur. 3. Les travaux de serrurerie pour les deux installations. Adjudication signée par le conseil d’administration des Hospices civils de Strasbourg « Verwaltungsrat der Zivilhospizien der Stadt Straßburg ».

Source : S2191 : Straßburger Neueste Nachrichten n°110 du mardi 12 mai 1914, p. 3.

 

Vendredi 29 au samedi 30 mai 1914

 

Suisse, Bâle : conférence de Bâle pour sauver la paix en Europe.

Les 29 et 30 mai 1914, un groupe de députés français et allemands participent à une conférence à Bâle dans le but de sauver la paix en Europe. Les socio-démocrates allemands envisagent le déclenchement d’une grève générale en cas de conflit.

Source : S0132