Chroniques 1913

 

Dernière mise à jour / Letzte Änderung : 29 / 07 / 2021

 

Page rédigée par : MJR

 

 

Chroniques générales de la place forte de Strasbourg

 

 

Introduction

 

 

Dans cette chronique nous avons rassemblé l’essentiel des informations relatives aux fortifications, à l’évolution des techniques civiles et militaires, à l’évolution des armées européennes et aux garnisons d’Alsace-Lorraine. Nous avons ajouté quelques dates repères de l’histoire et des actualités qui influent sur le développement des techniques militaires. Certaines rubriques peuvent paraître anodines, comme un communiqué de désertion, mais ce dernier nous donne livre des informations sur la région de recrutement de cette unité ou sur l’équipement. Compte tenu que des erreurs de traduction sont toujours possibles, surtout avec des termes anciens, je garde les mots et expressions allemandes entre guillemets. Toutefois, il s’agit bien de l’orthographe de l’époque.

A travers la lecture de ce document, nous vous invitons à vous plonger dans l’ambiance et l’histoire de cette année, mais pour les textes originaux retranscrits sur cette page, il est dès fois nécessaire de gratter la couche de nationalisme que l’on retrouve dans la presse allemande et française de cette époque.

Cette chronique n’est pas définitive et évolue constamment pour être complétée et mise à jour. Avant d’aborder les chroniques de l’année, nous commençons par vous présenter succinctement la liste des fortifications principalement européennes en cours de construction ou de modernisaation et l’évolution des techniques militaires de cette année.

 

Abréviations et termes allemand couramment utilisés :

 

A.K.O. = Allerhöchste Kabinetts-Order = Ordre du cabinet impérial / Ordonnance impériale (ordre signé par l’Empereur d’Allemagne).

IR = Infanterie-Regiment = Régiment d’infanterie (généralement suivi de son numéro).

Reichsland = Terre d’Empire = partie annexée de l’Alsace-Lorraine.

 

Les grades allemands et leur équivalence françaises :

 

General der Infanterie, General der Kavalerie = équivalent au général de corps d’armée.

Generallieutenant = équivalent au général de division.

Generalmajor = équivalent au général de brigade.

Oberst = = colonel.

Oberstlieutenant = lieutenant-colonel.

Major = chef de bataillon, chef d’escadron, commandant.

Hauptmann ou Rittmeister (pour les troupes montées) = capitaine.

Oberleutnant = lieutenant

Leutnant = sous-lieutenant.

 

Remarque : l’orthographe allemande diffère de celle d’aujourd’hui. Par exemple pour les portes on note la présence d’un h « Thor » qui a disparu ultérieurement (Tor), et de nombreux mots s’écrivent encore avec un c, alors que quelques années plus tard on utilisera le k, comme pour Fortification écrit ultérieurement Fortifikation. On germanise les mots d’origine française. J’emploi autant que possible l’orthographe d’origine.

 

 

Fortifications, ouvrages en cours de construction

 

Dans cette rubrique je recense l’essentiel de l’activité de construction des fortifications en Europe. Elle permet de comparer les ouvrages érigés à Strasbourg à ceux qui ont étaient en construction à la même période. Certes, cette liste comporte certainement des lacunes, quelques erreurs ou dates de construction divergentes en fonction des sources. Ces informations peuvent évoluer et être complétées par des informations et analyses complémentaires. L’ensemble de ces renseignements est tiré des sources citées en fin de page et complétées par les relevés effectués sur le terrain.

 

Empire allemand

 

Cette rubrique concerne les fortifications allemandes en cours de construction ou de modernisation, sur le territoire allemand, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

Allemagne Front Ouest

 

Place forte de Metz

Ouvrage en cours de construction :

Infanterie-Werk Belle-Croix - ouvrage d’infanterie de Lauvallières (09/1908-1914). Ouvrage cerné d’un fossé sur le front et les flancs à contrescarpe bétonnée et escarpe à terre croulante avec grilles défensives, blockhaus de chemin couvert relié à la galerie de contrescarpe, un coffre de contrescarpe double au point d’épaule droit et un coffre simple au point d’épaule gauche, 1 caserne bétonnée à 2 niveaux avec caponnière centrale, équipé de chauffage central au charbon, au sous-sol 1 usine électrique, 3 observatoires cuirassés d’infanterie, parapet avec tranchées bétonnées et des emplacements pour mitrailleuses, des abris de piquet avec cloche de guet. Organisation sensiblement identique à l’ouvrage Infanterie-Werk Mey. Etat : ouvrage inondé, accès impossible.

Source : S0075 : Christian Dropsy : Les fortifications de Metz et Thionville, autoédition, Bruxelles, 1995, p. 69, 71.

 

Place forte de Strasbourg

Ouvrages en cours de construction :

Rive gauche du Rhin

Stützpunkt Eckartsweier (1911-1913) point d’appui d’infanterie Eckartsweier. Demi-redoute à fossé plein d’eau, avec rempart avec tranchées bétonnées, muni d’un abri d’infanterie en béton légèrement armé (système Monier) pour une compagnie, relié aux abris de piquet et de mitrailleurs du saillant. Modernisé ultérieurement pour l’installation de deux mitrailleuses sur le front. Vers 1930 : arasement complet de l’ouvrage.

Stützpunkt Kinzig (1913-1914) point d’appui d’infanterie Kinzig. Ouvrage à fossé plein d’eau, avec rempart avec tranchées bétonnées, muni d’un abri d’infanterie en béton. Vers 1930 : arasement complet de l’ouvrage les débris sont ensevelis.

 

France

 

Cette rubrique concerne les fortifications françaises en cours de construction ou de modernisation, sur le territoire français, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

France Front Nord-Est

 

Place forte de Verdun

Ouvrages en cours de construction :

Fort de Vacherauville (1910-1914 non terminé), ouvrage bétonné et cuirassé, 1 tourelle de 755, 2 tourelles de 155, 1 tourelle de mitrailleuses, 4 observatoires.

Ouvrage de Lorient (1913) ouvrage en terre pour une compagnie érigé par la maine d’œuvre militaire du 9e régiment du génie.

Ouvrage du Muguet (1913). 1916 : remaniement des levées de terre.

 

Place forte de Toul

Ouvrage en cours de construction :

Ouvrage du Champ des Boeufs (1913) ouvrage en béton.

 

Place forte d’Epinal

Ouvrages en cours de construction :

Batterie du Bois des Sots (1913) M13, batterie bétonnée.

Magasin du Haut Olima (1913-1914) magasin à poudre de secteur.

 

Place forte de Belfort

Ouvrage en cours de construction :

Ouvrage du Mont Rudolphe (1913-1914 non terminé), casernement bétonné à deux niveaux.

 

France Front Sud-Est

 

Place forte de Bourg-Saint-Maurice

Ouvrage en cours de construction :

Batteries du Courbaton (1913-1916) 6 canons de 120 mm.

 

France Sud – Front sud Côtes de la Méditérannée

 

Place forte de Toulon

Ouvrage en cours de modernisation :

Position de la Croix des Signaux, (1812) presqu’île de Saint-Mandrier. 1812 : installation d’une tour modèle 1811. 1849-1853 : construction d’un rempart avec casernement autour de la tour, en forme de fort au tracé pentagonal. 1877 : construction de batteries côtières, batterie Haute de la Caraque, batterie Nord. 1891 : construction d’un magasin sous roc. 1899 : installation d’une voie ferrée étroite. 1906 : construction d’une batterie avec 8 emplacements et une batterie avec 4 emplacements. 1912-1913 : destruction de la batterie de canons de 24 cm remplacée par une batterie moderne de canons de 240 mm.

 

Italie

 

Cette rubrique concerne les fortifications italiennes en cours de construction ou de modernisation, sur le territoire italien, en tenant compte des frontières de l’année en cours.

 

Ouvrage en cours de construction :

Fort du Mont Chaberton (1898-1910 autre source 1915), défendant le col du Mont de Montgenèvre. 1906 : il est armé de comprend 8 tours de 12 m de haut supportant chacune une coupole blindée Armstrong avec un canon de 149 mm de 36 calibres. Les canons pouvaient atteindrent la gare de Briançon. 1947 : le territoire est transféré à la France.

 

Chroniques / Zeittaffel 1913

 

 

France : nouveau président de la République.

En 1913, Raymond Poincaré est élu président de la République.

Source : S1070 : La première Guerre mondiale 1914-1918, chronologie, éditions Nov’Edit, 2001.

 

Serbie – Bulgarie – Grèce – Monténégro : deuxième guerre des Balkans.

Serbie, Bulgarie, Grèce, Monténégro : en 1913 se déroule la 2e guerre des Balkans : elle oppose la Bulgarie à ses anciens alliés.  

Source : S1070.

 

Allemagne : renforcement de l’armée.

En 1913 l’Allemagne renforce son armée.

Source : S1070.

 

France : le service militaire passe à trois ans.

En 1913 la France renforce son armée et porte la durée de son service militaire à 3 ans.

Source : S1070.

 

Mardi 21 janvier 1913

 

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine : projet de démission du secrétaire d’Etat du gouvernement d’Alsace-Lorraine.

À la suite de l’affaire de Saverne, il y a un projet de démission du baron Zorn de Bulach secrétaire d’Etat du gouvernement d’Alsace-Lorraine.

Source : S2401

 

Mercredi 22 janvier 1913

 

Allemagne, Reichsland Alsace-Lorraine : dissolution du « Souvenir alsacien-lorrain ».

Le 22 janvier 1913, dissolution du « Souvenir alsacien-lorrain » ; il s’agit d’une répression des « nationalistes ».

Source : S0419 : Igersheim, François : L’Alsace des notables 1870-1914 – La bourgeoisie alsacienne, éditions B.F., 1981.

 

France, Paris : pénurie de pain en cas de guerre.

France, Paris : en cas de guerre Paris n’a que 4 jours de pain ! Discussion pour améliorer la situation entre la municipalité de Paris et le Gouverneur militaire de Paris, le général Michel et le Sous-secrétaire d’Etat à la Guerre André Maginot et l’Intendant Ducouing.  

Source : S2401.

 

France, marine : mise en chantier d’un cuirassé.

Le 22 janvier 1913 est mis en chantier du cuirassé « Béarn » et des croiseurs éclaireurs.

Source : S2401.

 

Samedi 15 mars 1913

 

Allemagne, Reichsland, Mulhouse : manifestations pacifistes.

Le 15 mars 1913 se déroule des manifestations et rassemblements pacifistes à Mulhouse.

Source : S0419.

 

Samedi 21 mars 1913

 

France, armée : diffusion de l’instruction proviroire sur le service automobile en temps de guerre.

Diffusion de l’instruction du 21 mars 1913 sur la réquisition des voitures automobiles pour les services de l’armée.

Source : S1190 : Porte, Rémy : La motorisation des Armées en 1914 (août-décembre), in 14-18 Le magazine de la Grande Guerre n°18, février mars 2004, p. 34-41.

 

Samedi 22 mars 1913

 

Allemagne, Reichsland, place forte de Strasbourg : nomination d’un nouveau gouverneur.

Le commandement général de la place est assuré par le Gouverneur militaire, personnellement responsable de sa défense et de sa résistance.

Il est chargé de coordonner l’ensemble des travaux préparatoires du plan de mise en état de défense général, dès le temps de paix et sa mise en œuvre lors du déclenchement des hostilités. Il est responsable du bon déroulement de la mobilisation des unités de sa garnison, de la mise en état de défense de ses fortifications et de toutes les mesures qui permettront à sa place forte de remplir les missions qui lui sont assignées.

Le 22 mars 1913, l’Empereur nomme Magnus von Eberhardt, général d’infanterie, à la fonction de Gouverneur militaire de Strasbourg.

Précisons les limites de ses compétences. En temps de paix, l’état-major d’une place forte reste subordonné au commandement de la « région militaire ». En fait, ce commandement s’exerce sur toute la zone de stationnement d’un corps d’armée.

Ainsi, le Gouverneur de Strasbourg reste sous la tutelle du général ‘infanterie von Deimling commandant le XV. AK, jusqu’à ce que le corps d’armée d’active cède la place à la garnison de guerre.

Source : S0175 : Burtscher Philippe : De la ceinture fortifiée de Strasbourg à la Position de la Bruche, Cercle d’Etudes des Fortifications – Société d’Histoire de Mutzig et environs, p. 129.

 

Mardi 1er avril 1913

 

Reichsland, Mulhouse : manifestations pacifistes.

Meetings et manifestations pacifistes à Mulhouse.

Source : S0419.

 

Jeudi 17 avril 1913

 

France, armée : diffusion de l’instruction proviroire sur le service automobile en temps de guerre.

L’instruction provisoire sur le service automobile en temps de guerre est signée le 17 avril 1913 par le général Joffre.

Source : S1190, p. 34-41.

 

Samedi 10 mai 1913

 

Suisse, Berne : congrès parlementaire franco-allemand.

Congrès parlementaire franco-allemand à Berne, contre les lois militaires française et allemande, pour un rapprochement franco-allemand.

Source : S0419.

 

Mardi 11 novembre 1913

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Emotion de la population savernoise devant les propos du lieutenant de Forstner adressés à des recrues alsaciennes du 99e régiment d’infanterie. Tout au long du mois de novembre, l’autorité militaire refuse de prendre des mesures qui calmeraient l’opinion publique et procède à de nombreuses voies de fait.

Source : S0419.

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Texte original de la source. Saverne, ancienne sous-préfecture française, est une petite ville d’Alsace, sur la ligne du chemin de fer qui joint Strasbourg à Nancy. Elle a des habitants paisibles, très doux, qui furent toujours soumis à l’autorité au temps où cette autorité était bienveillante, et qui ne sortent guère de leur calme que les soirs de 14 juillet, lorsque, de l’autre côté de la frontière, ils ont salué les drapeaux tricolores et qu’ils ont vu défiler nos troupes. Elle possède en 1913 une garnison allemande, le 99e régiment d’infanterie, où sert comme sous-lieutenant le héros de cette triste aventure. Celui-ci, von Forstner, a tout aux plus vingt ans : il sort à peine des écoles militaires ; il appartient par sa famille à la caste des hobereaux prussiens, qu’il fournit à la monarchie de Guillaume II ses hauts fonctionnaires et ses officiers ; il est né dans la Prusse orientale, province où la féodalité n’est pas encore abolie et où les plus petits seigneurs se conduisent en maîtres incontestés.

De tels détails ne sont pas inutiles, mais donnent à l’affaire toute sa portée : les hommes que Berlin envoie en Alsace sont habitués à fouailler les esclaves ; ils sont durs, hautains, despotiques, et c’est pour cela même qu’on les choisit, dans l’espoir qu’ils briseront par la violence l’opposition des annexés.

L’incident éclate au début de novembre. Il est d’abord tenu secret, mais des journaux locaux en parlent les premiers, et la presse française, à mots couverts, y fait de brèves allusions. Enfin les feuilles allemandes, le 11, sortent de leur silence et racontent ce qui s’est passé. Le lieutenant von Forstner, pendant l’instruction des jeunes soldats de la 4e compagnie, qui est la sienne, a trouvé opportun d’injurier le drapeau français. En outre l’examen qu’il a fait des papiers d’une recrue condamnée à deux mois de prison pour usage du couteau dans une rixe lui a donné l’occasion d’un développement sur l’attitude que doivent avoir ses hommes à l’égard de la population. Ils doivent éviter les discussions et les disputes. « Pourtant, si l’un de vous, pris à partie par un Wackes ripostait en le transperçant de part en part, non seulement je ne lui adresserais aucun reproche, mais encore je lui ferai cadeau de dix marks de ma poche ».

A quoi un sous-officier a jugé à propos d’ajouter : « Et moi, je lui en donnerais trois ».

Wackes est un mot du patois alsacien qui signifie immigrés, était injurieusement appliqué par eux à tous les indigènes. Les paroles du lieutenant, rapportées dans la ville par des soldats qui sont du pays, sont reproduites et commentées par le Petit Journal de Saverne. Le 8 novembre 1914 au soir, quelques groupes d’habitants manifestent devant le mess des officiers. Lorsque Forster en sort, il est poursuivi par de jeunes ouvriers qui lui crient sur les talons : « Nous ne sommes pas des Wackes ». Il disparaît dans un restaurant, et la gendarmerie disperse la foule.

Le 9, les démonstrations recommencent. Quatre cents personnes, avouent les feuilles berlinoises, et c’est déjà beaucoup pour une petite ville de 10 000 âmes à peine, se réunissent devant une maison où l’on sait que se trouve le lieutenant. Celui-ci, effrayé, et qui n’ose plus descendre dans la rue, téléphone à la caserne et réclame une escorte. On lui envoie deux soldats armés de fusils chargés : ils l’accompagnent chez lui. Dans la soirée, un long cortège parcourt les rues en le conspuant, car décidément, il est aussi ridicule qu’odieux.

L’autorité fait venir les pompiers ; ils refusent d’abord de mettre leurs pompes en batterie comme ils en reçoivent l’ordre, puis ils obéissent, mais ils dirigent leurs lances en l’air de telle sorte que l’eau retombe en fines gouttelettes, et qu’il suffit d’un parapluie pour s’en préserver. Comme ils agissent à contrecœur, la foule les aide dans leur résistance, et coupe les tubes qui alimentent les pompes. Mais un piquet de soldats armés intervient, met un terme à la manifestation, non sans tumulte pourtant, car le généreux sous-officier aux trois marks, d’après les dires officiels, est reconnu, poussé dans une ruelle, et assez malmené. Le lendemain, le colonel du 99e, von Reuter, dans un ordre communiqué à ses hommes, leur ordonne de ne plus rentrer dans les auberges de Saverne, car ils courraient le risque d’y être insultés.

Source : S1439 : Rovère Jules : L’Affaire de Saverne, novembre 1913 – janvier 1914 ; Editions Bossard, Paris ; 1919.

 

Vendredi 28 novembre 1913

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Texte original de la source. Ces incidents trouvent, le 28 novembre 1914, un écho au Reichstag, où le ministre de la Guerre prussien, von Falkenhayn, répond à une question qui lui a été posée. Comme l’on peut s’y attendre quand on connaît les procédés employés en Alsace depuis l’annexion, Falkenhayn ne désavoue pas ses subordonnés, bien au contraire. Dans l’armée, affirme-t-il, on ne tolère les inconvenances contre personne, et il y aurait lieu de sévir s’il était prouvé que la population ait été offensée ou seulement provoquée. Mais la provocation est absente, puisque le lieutenant ne se doutait pas que ses paroles dussent être rendues publiques, et, d’ailleurs, il ignorait certainement le sens péjoratif que l’on attribue au mot Wackes.

Le chef de l’armée ne peut regretter qu’une chose, c’est que les soldats mécontents n’aient pas porté plainte mais qu’ils se soient retournés vers l’opinion, de telle sorte que les faits ont été grossis, dénaturés, exploités par des esprits malfaisants. Cela, le ministre de la Guerre ne peut le tolérer.

Par un synchronisme qu’il importe dès maintenant de noter, le jour même où le Reichstag entend ce discours hautain et sec, les officiers du 99e prennent à Saverne une attitude de défi. Dans les restaurants où ils entrent, ils affectent de déposer leur révolver sur la table pendant qu’on les sert ; il se promènent dans la ville accompagnée de chiens de guerre ou de soldats armés de leur fusil, baïonnette au canon, Forster, raide et l’air insultant, se montre dans cet équipage, encadré de quatre hommes. Il se rend au magasin où il achète du chocolat, puis dans un café où il commande une demi-tasse, enfin chez un marchand de tabac où il se fait délivrer une boîte de cigares, toujours protégé par ses gardes du corps.

Ce spectacle burlesque remplit la population d’une joie folle, et Forstner est poursuivi par des enfants qui poussent des cris hostiles.

Furieux, et n’admettant pas que l’on rie sur son passage, il se dirige vers le quartier, où il fait son rapport, et demande un terme aux railleries des habitants. Le lieutenant Schadt sort immédiatement de la caserne, avec cinquante hommes, et ceux-ci, au premier attroupement rencontré, manoeuvrent comme s’ils se trouvaient en présence de toute l’armée française ; la première file met genou en terre, la seconde se tient debout ; les soldats chargent leurs armes ; Schadt, qui a perdu tout son sang froid, ordonne à la foule de se disperser, car autrement il donnera l’ordre de tirer. C’est à ce moment que paraît le colonel von Reuter, que l’on a averti et qui est accouru. Il approuve ces mesures qu’il trouve judicieuses, mais, pour respecter les formes, il fait battre le tambour par manière de sommation. Pendant ce temps, vingt hommes commandés par un sergent-major se précipitent sur les passants, les rudoient, les frappent à coup de crosse, et s’emparent de nombreux prisonniers. Un lieutenant les excite de ses cris ; un autre lieutenant se saisit d’un enfant de cinq ans ; des soldats qui explorent les rues passent devant le tribunal au moment où finit l’audience, arrêtent le procureur, deux conseillers, un avocat et un journaliste, sans doute des émeutiers redoutables, qui pourtant son bientôt relâchés, quand ils ont fait connaître leur identité.

Les mitrailleuses sont amenées, et toute la nuit des patrouilles circulent, baïonnette au canon. Le glorieux 99e, dans cette chaude affaire, a mis la main sur vingt-sept personnes qui sont enfermées dans les caves de la caserne. Il est ici utile de répéter que ces événements se passent en 1913, quarante-deux ans après le traité de Francfort, en pleine paix, dans une Alsace qu’à Berlin on affirme allemande d’esprit et de tradition, mais que l’on traite en suspecte.

Les prisonniers, amenés le lendemain devant la justice, sont immédiatement remis en liberté par elle, à dix heures du matin. Une note officieuse fait savoir que les militaires ont dû agir comme ils l’ont fait parce que l’autorité civile s’est montrée incapable de maintenir l’ordre. Tandis que le gouverneur de la province, von Wedel, et le commandant du corps de Strasbourg, von Deimling, partent pour Donaueschingen afin de présenter leur rapport à Guillaume II, qui est là-bas l’hôte du prince de Fürstenberg, le conseil municipal de Saverne se réunit d’urgence.

Indigné par les événements de la veille, il rédige une longue dépêche qu’il expédie au chancelier von Bethmann-Hollweg, au ministre de la Guerre, au gouverneur d’Alsace-Lorraine, et au président du Reichstag : « Hier, dit cette dépêche, trente pacifiques citoyens ont été arrêtés sans raison par des patrouilles. Tous, à l’exception d’un juge, ont dû passer la nuit dans les caves de la caserne. C’est seulement aujourd’hui, à dix heures du matin, qu’ils ont été conduits devant le juge civil ; celui-ci a aussitôt ordonné de les relâcher, sans interrogatoire. Le conseil municipal exprimé à l’unanimité son indignation contre les procédés du colonel von Reuter, procédés qui offensent le droit et constituent une provocation. Le conseil invoque des mesures rapides pour protéger la population ». Ce télégramme, lu à la tribune du Reichstag, soulève les applaudissements du centre catholique ; il rencontre aussi l’approbation des socialistes.

Source : S1439.

 

Mardi 2 décembre 1913

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Reichsland, affaire de Saverne : Le chancelier Bethmann-Hollweg se solidarise avec le Haut-Commandement et est blâmé par’ le Reichstag.

Source : S0419.

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Texte original de la source. A Saverne, la situation se tend de plus en plus, non seulement entre les indigènes et les immigrés, mais encore entre les fonctionnaires civils et le corps des officiers, car ceux-ci, en quelque sorte, ont pris en main d’autorité la police de la ville. Le 2 décembre 1914, von Forstner ajoute encore un magnifique fleuron à la couronne de ses hauts faits.

Depuis quelques temps la population a eu connaissance d’un accident comique qui lui est arrivé pendant les précédentes manœuvres, et elle s’en divertit avec une joie qu’elle ne dissimule pas. Or, ce matin-là, comme il se trouve dans les environs, au village de Dettwiller où il a conduit sa compagnie à l’exercice, il doit subir les quolibets de quelques enfants et de jeunes ouvriers, qui lui rappellent sa disgrâce. Pour ne pas blesser l’honnêteté, il suffit de dire qu’ils lui reprochent d’avoir, dans une insurrection de ses intestins, maculé ses draps de lit, ceci en termes naturellement beaucoup plus vifs et en appelant les choses par leur nom. Rouge de colère, le hobereau lance ses soldats contre les railleurs. Ceux-ci décampent, sauf un cordonnier boiteux qui, ne pouvant courir assez vite, reste en arrière. Il est rejoint par le soldat Weiss et lui résiste afin de ne pas se laisser arrêter. C’est alors qu’arrive Forstner ; il a mis le sabre à la main, et il en porte un coup sur la tête du malheureux savetier, qui est blessé assez grièvement. Il faut, en effet, de terribles exemples, et la grande révolte de l’Alsace contre l’invincible armée prussienne doit être étouffée dans le sang.

Déjà, le 1er décembre 1914, les députés annexés ont déposés au Reichstag une demande d’interpellation. Elle vient en discussion le 3, et c’est Roeser, représentant démocrate de la circonscription de Saverne, qui la développe. Il raconte les faits avec humour, mais sans parler encore de ce qui s’est passé à Dettwiller, sans doute parce qu’il n’a pas eu le temps de se renseigner. Il se borne à commenter les événements du 28 novembre 1914, montre Forstner achetant une tablette de chocolat sous la protection de quatre hommes armés jusqu’aux dents, révèle que les valeureux soldats de Sa Majesté ont arrêté un enfant de neuf ans qui allait acheter un cahier, un homme qui avait mal aux dents et qui voulait entrer dans une pharmacie, un journaliste conservateur de Saverne. Le député socialiste Peirotes, encore un annexé, lui succède à la tribune, recommande les scènes du 28 au journal satirique munichois, le Simplicissimus, et déclare qu’il reconnaît bien là ces procédés de provocation systématique que Hohenlohe, dans ses Mémoires, a déjà signalés. Le député Hauss, Alsacien catholique, parle à son tour et proteste en termes analogues.

Il y a une double réponse du gouvernement. La première est celle de Bethmann-Hollweg. Le lieutenant, dit-il, a été puni ; mais il ne précise pas et n’indique pas qu’elle punition lui a été infligée. Il appuie, au contraire, sur ce fait que des soldats, par un grave manquement à la discipline, ont saisi les journaux de l’affaire ; même une des premières feuilles averties a été une feuille parisienne, ce qu’un ministre prussien ne saurait admettre ; et, de plus, la presse locale a soufflé sur le feu. D’ailleurs, insinue-t-il en reprenant l’argument dont s’est déjà servi Falkenhayn quelques jours auparavant, Forstner ne connaissait peut-être pas le sens du mot « Wackes ». Et puis, est-on bien sûr que ce mot ait le sens qu’on lui attribue ? Quant à l’intervention des soldats, elle est évidemment illégale dans la forme, mais elle a été nécessaire « pour éviter de plus grands malheurs ». L’arrestation de citoyens et leur internement dans les caves d’une caserne ne sont pas plus choses parfaitement légitimes, mais les militaires ont pensé qu’ils pouvaient se substituer aux civils, puisque ceux-ci n’agissaient pas. Des mitrailleuses ont-elles été mises en batterie ? Mais qui donc saurait s’en étonner ? « Un orateur a reproché à la première compagnie du deuxième bataillon d’être descendue dans la rue avec ses mitrailleuses. Nous sommes en Allemagne, dans une nation moderne, qui possède une armée moderne ; les mitrailleuses font partie de notre armement ».

Peut-être aussi que l’armée a été insultée. « Il ne faut pas oublier que l’armée à le droit de se défendre contre les attaques directes. Non seulement elle en a le droit, mais le devoir, sans quoi aucune armée ne peut vivre ; la tunique du roi, dans tous les cas, doit être respectée ».

Ce discours fuyant, tortueux et alambiqué, plein de sens pourtant, est suivi d’une manifestation oratoire plus énergique. Le ministre de la Guerre, von Falkenhayn, monte à la tribune. Déjà, la veille, le journal pangermaniste Deutsche Tageszeitung a félicité les militaires : « La question de savoir, a-t-elle écrit, si ça et là les soldats n’ont pas commis quelques excès en se défendant n’est pas si importante que de savoir si l’uniforme du roi de Prusse n’est pas devenu impunément le jouet de la racaille ». Bethmann-Hollweg a repris cette idée sous une forme enveloppée et d’une voie hésitante. Falkenhayn, brutalement, va dire leur fait aux Alsaciens. Ce sont eux qui sont les responsables, affirme-t-il avec violence, et aussi les journaux qui les encouragent dans leur révolte. Hué par l’assemblée que ce langage inouï indispose, il répète sa phrase en la martelant. « Jamais, crie-t-il à pleine voix, il ne se laissera dicter des conditions par des éléments étrangers ».

A ces mots, le vacarme redouble dans le Reichstag, mais Falkenhayn riposte que sans l’armée le Reichstag n’aurait jamais existé. Enfin, le ministre termine par une menace à l’adresse des Alsaciens-Lorrains : « Nous voulons extirper de l’esprit de la population l’esprit qui s’y est manifesté jusqu’ici et qui a provoqué les événements de Saverne ».

L’attitude du gouvernement pendant toute cette séance a créé dans cette assemblée un malaise évident. Elle sent confusément que de telles paroles, proférées à la face de l’Europe, sont tout au moins d’une insigne maladresse et découvrent ingénument une politique qu’il vaudrait mieux cacher, en même temps qu’elles démentent bien d’autres déclarations officielles touchant à la mansuétude des dominateurs et les rapides progrès de la germanisation. Le 2 décembre 1914, la Germania, journal catholique, a écrit que le mal est fait par les incidents récents était irréparable, et qu’il faudrait au moins le travail de toute une génération pour panser cette blessure. Quelques membres du Reichstag, particulièrement honteux du spectacle que donne la Prusse, se désolent. Le professeur von Calker, qui enseigne à Strasbourg, prend la parole : « c’est à en crier de douleur ! Soupire-t-il. Voilà seize ans que je m’efforce d’aplanir les malentendus et de réconcilier les indigènes avec les immigrés, et maintenant nous nous trouvons à un point où nous pouvons dire que tout ce travail a été vain ».

Là-dessus l’on passe au vote : l’assemblée refuse sa confiance au chancelier par 293 voix contre 54.

Quelques journaux prétendent que Bethmann-Hollweg, mis en minorité, donnera sa démission, et que Falkenhayn quittera le ministère. Mais, pour qui connaît l’esprit de la Prusse, il bien certain d’avance qu’il n’en sera rien. Guillaume II, contre son habitude, cette fois ne parle pas ; il envoie d’abord à Saverne le major général Kühne, chargé de prendre le commandement effectif du 99e au lieu du colonel von Reuter, puis, le 5 décembre 1914, il éloigne le régiment à la garnison de Saverne, jusqu’à nouvel ordre, s’en ira au camp de Haguenau. Cette mesure toute provisoire n’implique pas qu’un autre corps viendra remplacer celui-là ; elle n’a pas le caractère d’une réparation faite aux habitants. Même il semble bien qu’elle vise à atteindre la ville dans ses intérêts. C’est l’explication qu’en donne bruyamment toute la presse pangermaniste, en même temps qu’elle couvre d’injures le Reichstag.

La Post plaint les malheureux officiers du 99e qui vont passer un hiver bien désagréable dans une campagne dépourvue de ce qui fait la joie de l’existence, en un endroit où ils ne trouveront ni cafés, ni théâtres, et où ils n’auront pas une occasion de danser.

Mais la Kreuzzeitung, organe de la Cour et du vieux parti prussien, le prend sur un ton beaucoup moins larmoyant : « Les bons citoyens de la cité anti-allemande, écrit-elle, s’apercevront à leur bourse de l’avantage précieux que constitue une garnison, et ils deviendront raisonnables ». Les Leipziger Neueste Nachrichten s’expriment de même : « Le déplacement de la garnison est une punition pour Saverne, et une punition justifiée ». Pourtant, la médaille a son revers : n’est-il pas humiliant pour le régiment de quitter ainsi la ville, lit-on encore, sans que le gouvernement ait expliqué la portée de la mesure prise ? Ne doit-on pas frémir en pensant que les soldats prussiens vont traverser les rues entre deux files de gens rayonnant de plaisir ? N’est-ce pas les faire passer sous les fourches caudines que de les exposer ainsi à l’ironie d’une population malveillante ?

Le départ a lieu : le 99e gagne les quais d’embarquement ; la première compagnie, qui marche en tête avec le drapeau, est commandée par le lieutenant Schadt ; Forstner et le colonel, qui ne figure pas dans ce défilé, se sont rendus à la gare sans se faire remarquer.

Il ne s’ensuit pas d’ailleurs que l’affaire soit terminée, loin de là, car elle va avoir des suites judiciaires. Et tout d’abord les trois soldats alsaciens Henk, Schaible et Belly, coupables d’avoir communiqué à la presse les paroles du lieutenant Forstner, sont condamnés par le conseil de guerre, car il faut faire un exemple. Puis, c’est le tour de Forstner lui-même ; il est accusé de blessures volontaires sur la personne du cordonnier boiteux Blank, et, en outre, il est poursuivi pour avoir fait un usage illicite de ses armes. Le hobereau, interrogé à l’audience, reste arrogant et fier. « Pourquoi avez-vous cru que vous pouviez faire arrêter Blank ? » demande le président. – « Nous devons procéder énergiquement contre toute offense des civils ». Le colonel von Reuter, appelé comme témoin, prend la défense de son subordonné, et, loin de manifester aucun regret de ce qui s’est passé, maintient le même point de vue : « Un officier prussien ne doit pas tolérer les injures. J’ai recommandé à Forstner d’avoir toujours sur lui son revolver et d’en faire usage, ou bien de se servir de son sabre dans des cas déterminés. J’ai rappelé aux officiers qu’ils pourraient passer devant un jury d’honneur, s’ils ne réagissaient pas au moment opportun. J’ai dit au bourgmestre de Saverne que j’avais donné ordre aux officiers de se faire respecter à tout prix, aux soldats de riposter par les armes s’ils étaient assaillis ; le cas échéant, ils pouvaient tuer ».

Une telle déclaration de principes, on le remarquera, révèle des habitudes de violence tout à fait étrangères aux nations civilisées ; elle éclaire d’un jour singulier l’état d’esprit qui règne dans l’armée allemande. Après de rapides débats, le conseil de guerre prononce son arrêt : Forstner, qui obtient le bénéfice des circonstances atténuantes, est condamné au minimum de la peine, soit quarante-trois jours de prison. Il déclare qu’il fait appel.

L’agitation continue. A Berlin, les partis politiques qui ont voté contre le chancelier réclament sa démission. Mais lui ne s’en va pas et il fait front contre ses adversaires. Le 8 décembre 1914, applaudi par la droite conservatrice, il explique son attitude : « La constitution attribue à l’empereur le droit de nommer et de destituer le chancelier ; il est anticonstitutionnel de vouloir exercer une pression à ce sujet. Pour le vote de jeudi dernier, je n’ai pas donné et je ne donnerai pas ma démission ». Falkenhayn, lui non plus, ne songe pas à s’en aller, et les paroles prononcées par Bethmann-Hollweg en laissent apercevoir la raison : c’est que l’un et l’autre n’ont pas été désavoué par Guillaume II, qui approuve par conséquent leur attitude.

Source : S1439.

 

Vendredi 19 décembre 1913

 

Allemagne, Reichsland : affaire de Saverne.

Texte original de la source. En Alsace, les débats du Reichstag ont suscité une agitation intense et une indignation sans précédent. Jamais, depuis l’annexion, l’opinion n’a été plus anti-allemande, jamais la haine de la Prusse n’a atteint un plus haut degré. La colère s’accroît encore après le jugement rendu par le conseil de guerre de la 30e division, qui a condamné si légèrement Forstner, quand on prend connaissance de la déposition faite par le colonel von Reuter. Il ne manque plus qu’un incident pour porter les esprits à la complète effervescence, et il se produit bientôt. L’arrêt qui a valu au lieutenant quelques semaines de prison est du 19 décembre 1914. Quatre jours après, le 23, le préfet de police de Berlin, von Jagow, docteur en droit – il signe de ce titre – envoie à la Kreuzzeitung une dissertation juridique dans laquelle il blâme le jugement en termes sévères. Les exercices militaires, soutient-il, sont des actes de souveraineté de l’Etat. Y mettre des obstacles est donc un délit, car l’Etat ne doit rencontrer aucune limitation lorsqu’il s’agit pour lui de faire valoir ses prérogatives. Par conséquent encore, il est illégal d’instituer des poursuites contre des actes de souveraineté, et l’on ne devait pas poursuivre Forstner.

A l’appui de sa thèse, Jagow invoque une loi prussienne de 1854, faite à un moment où l’Alsace-Lorraine était française, et dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est inapplicable à une province que l’on appelle Terre d’Empire et qui n’appartient en propre à aucun des Etats germaniques. Si cette loi, continue le policier juriste, n’est pas valable pour tout l’empire, alors il faut immédiatement changer cette situation de droit, car les officiers « surtout ceux qui se trouvent pour ainsi dire en pays ennemi », doivent être parfaitement protégés, à moins que l’on ne veuille exposer aux injures la plus noble des carrières. Cette dissertation pédante produit en Alsace-Lorraine, comme on peut s’y attendre, la plus désastreuse impression. Mais en même temps les voiles se déchirent et le mensonge disparaît : la guerre de 1870 dure toujours et les provinces annexées sont ennemies.

Source : S1439.

 

31 décembre 1913

 

France, armée : diffusion de l’instruction proviroire sur le service automobile en temps de guerre.

Diffusion de la note ministérielle du 31 décembre 1913 sur l’organisation du Service Automobie pour les services de l’armée. Le service est pratiquement virtuel, seuls quelques personnels arment les structures d’état-major, c’est-à-dire le 4e bureau et la direction de l’artillerie. En dehors des études et expérimentations, le service n’a pas à proprement parler, d’existence réelle au sein des armées avant a déclaration de guerre.

Source : S1190, p. 34-41.