1914


Dernière mise à jour : 17 février 2018


L'année 1914 est marquée par le début de la 1ère guerre mondiale. Aussi nous allons élargir un peu le sujet pour ce début de guerre en sortant du cadre de la place forte de Strasbourg, pour essayer de vous présenter cette spirale qui entraîne dans un premier temps une grande partie de l'Europe dans une guerre sanglante. Toutefois pour comprendre la perception des événements en Alsace-Lorraine, nous allons recourir à quelques extraits de journaux personnels rédigés au jour le jour au cours de cette période.


Abréviations et termes allemand couramment utilisés :

Reichsland = Terre d'Empire = partie annexée de l'Alsace-Lorraine.

IR = Infanterie-Regiment = Régiment d'infanterie
(généralement suivi de son numéro).

AK = Armee-Korps = corps d'armée.


Vendredi 27 mars 1914


Strasbourg - Fort Kirchbach : agression d'un sous-officier de garde.

La Straßburger-Bürger-Zeitung nous relate l'affaire suivante : « La lâche attaque de la garde du Fort Kirchbach par un inconnu est, d'après la « Kehler-Zeitung », le sujet de conversation du jour et a énervé beaucoup de paisibles habitants. Le déroulement a été relaté de la manière suivante : Vendredi soir, vers 23 heures, le chef du poste de garde, le sergent Rennich du régiment d'infanterie n°136, a entendu deux coups de feu à proximité du fort, qui ont retenti dans le silence de la nuit. Immédiatement après la sonnette du fort retentie. Le sergent a ouvert la porte pour voir l'origine des coups de feu et faire entrer les postes de garde pour la relève. Comme il ne voyait personne, il a fait quelques pas devant la porte, lorsque qu'un inconnu a tiré à deux reprises sur le sergent, un premier coup de feu qui a touché le côté gauche de la poitrine du sergent, et que le deuxième tir l'atteint au niveau de l'aine, et la balle s'est écrasée sur une pièce de 5 marks dans son porte-monnaie. Les blessures du sergent sont heureusement de natures légères. On recherche activement l'auteur des coups de feu. Les fonctionnaires de la police criminelle de Strasbourg ont réussi à suivre sa piste sur une partie du chemin grâce à un chien policier. L'ensemble du déroulement de cette attaque laisse à penser que l'agression était préméditée, car un braconnier n'aurait pas actionné la sonnette pour faire sortir la victime. A cela la Kehler-Zeitung fait remarquer que « compte tenu de l'attitude amicale de la population locale envers les militaires, on ne peut pas envisager que ce plan criminel ait été concocté par un individu issu de notre de la population locale ... Et nous ne voulons pas faire la supposition, écrit le journal de Kehl, compte tenu de l'étroitesse de nos relations, que l'auteur soit à chercher en l'Alsace, alors que l'on pourrait le croire. On en a assez du jeu cruel qui consiste à dire que les Alsaciens sont des hommes hostiles aux militaires ! ».

Remarque : on voit que la Kehler-Zeitung est prudente quant à l'auteur des faits. Depuis l'affaire de Saverne, on constate d'importantes tensions entre militaires et civils en Alsace-Lorraine, surtout après une série de procès qui mettent les militaires hors de cause où à nouveau on s'aperçoit que les officiers allemands sont des intouchables. Les journaux pangermaniques en profitent pour attiser la haine envers les Alsaciens-Lorrains.

Justement après la publication de fausses nouvelles, la Straßburger-Bürger-Zeitung du mercredi 1er avril 1914 apporte des précisions sur ce fait divers et surtout évoque le fait que la « Rheinisch-Westfälische Zeitung » en a profité pour attiser la haine envers les Alsaciens-Lorrains. Voici l'intégralité de l'article : « Concernant l'agression du sergent de garde au Fort près de Sundheim. D'une source sûre qui nous semble bien informée, nous avons eu un déroulement des événements qui dans plusieurs points ne correspond pas aux faits tels qu'ils ont été évoqués jusqu'à présent. D'après ce récit, le sergent n'est pas sorti du poste de garde parce qu'il a entendu la sonnette, mais parce qu'il a entendu un coup de feu. Il pensait qu'un homme de la patrouille qui rentrait ait donné un coup de feu accidentel en déchargeant son fusil. Lorsqu'il se présente à la porte, le sergent est touché à la poitrine gauche par un coup de feu donné à courte distance, qui a brûlé sa veste et sa chemise, et lui engendra une plaie superficielle. La poursuite a été engagée avec deux hommes, au cours de laquelle le fuyard a encore tiré encore un coup de feu, qui a touché le sergent au niveau de l'aine ; le projectile resta planté dans une pièce de 5 marks que le sergent avait dans sa poche. La poursuite a été engagée jusqu'à Kehl, où le fugitif s'est rendu et il a été remis à un gendarme local « Landgendarmen ». D'après cette version du récit on peut admettre qu'il s'agissait d'un acte de vengeance personnelle et non une
activité antimilitariste. Si le journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung » utilise à nouveau cette occasion pour répandre sa haine, il reste fidèle à ses habitudes. Car le journal condamne à nouveau sur un récit qui s'avèrent inexact et qui lest le suivant : « L'incident montre, que sous les cendres il y a toujours des braises qui brûlent, qui a la première occasion deviennent à nouveau des flammes ; il démontre l'incroyable haine des éléments antiallemands d'Alsace-Lorraine. Où est-ce que l'on veut à nouveau prétendre en Alsace-Lorraine, qu'il ne s'agit qu'un tir au cours d'un jeu d'enfants ou des jets de pétards « Knallfrösche » (petites boules qui explosent lorsqu'elles percutent le sol), comme on l'a prétendu il y a quelques temps lors de l'attaque d'un poste de garde à Saverne ». C'est une façon de faire qui se contente d'une manière brûlante, de désigner immédiatement l'acteur du méfait d'Alsacien-Lorrain et de décrire cette agression comme une conséquence de la haine ineffaçable des éléments antiallemands. Il aurait au minimum été nécessaire au nom du sentiment humain de justice d'attendre les preuves, qu'un Alsacien ait commis cette agression. Mais on a simplement jugé à partir des pétard-grenouilles de Saverne doté de canons chargé de haine antiallemande. C'est là bien la manière du journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung », qui veut faire croire que derrière chaque buisson il y a un franc-tireur. Alors que maintenant il s'avère que l'auteur des faits menait une vengeance privée et qu'il n'est pas Alsacien ? Est-ce que le journal « Rheinisch-Westfälische Zeitung » va retirer ses accusations ? La façon, d'annoncer sans aucune preuve, qu'à Sundheim au Pays de Bade il y a des Alsaciens qui se rassemble et tirent, n'est ni une précaution journalistique encore moins une attitude responsable ».

La Straßburger-Bürger-Zeitung revient sur ces mêmes faits dans article du 6 avril 1914 intitulé « La vérité est en marche ». Elle publie notamment le démenti de la « Rheinisch-Westfälische-Zeitung », qui est le suivant : « Dans notre numéro 389, nous avions rendu compte de l'agression du sous-officier de garde du fort Kirchbach. En effet après avoir survolé le communiqué du bureau de police local daté de Strasbourg, un compte rendu que nous avons regardé trop rapidement, nous pensions que l'agression a été commise sur le sol Alsacien-Lorrain « Reichsländischen Boden ». Néanmoins, il s'avère que le Fort Kirchbach, même s'il est proche de Strasbourg, est sur l'autre rive du Rhin, en Pays de Bade, si bien que ce regrettable incident ne peut pas être mis sur le compte d'une activité d'éléments antiallemands provenant d'Alsace-Lorraine ».

La Straßburger-Bürger-Zeitung revient aussi sur une agression qui s'était déroulé à Colmar et qui elle aussi avait entraîné de nombreux articles dénonçant des soi-disant éléments Alsaciens-Lorrains antiallemands. Il s'agit du cas d'un soldat du Dragonerregiment de Colmar qui avait dit qu'une personne parlant le dialecte local l'avait agressé et tiré dans la main. Il vient d'avouer qu'il a menti et qu'il s'est lui-même tiré dans la main. Voilà encore une affaire qui avait été largement commentée, en traitant l'Alsace-Lorraine de terre ennemie « Feindesland ».


Mardi 30 mars 1914


16h15 : Strasbourg, Polygone : un avion s'écrase au Polygone.

La Straßburger-Bürger-Zeitung nous informe des faits suivants : « Hier vers 16h15, s'est déroulé un regrettable accident sur le terrain d'aviation du Polygone. Un biplan est tombé d'une hauteur de 15 mètres alors qu'il prenait un virage. Le pilote, le lieutenant « Leutnant Schulz », a été légèrement blessé, tandis que l'officier observateur qui l'accompagnait, le capitaine « Hauptmann Rheinhardt » du régiment d'infanterie 70 « Inf.-Regt. Nr.70 » a été gravement blessé et est rapidement décédé. Le Leutnant Schulz a subi une fracture de la jambe. L'avion est complètement détruit.

Le rédacteur de l'article nous donne le compte rendu suivant en tant que témoin de l'accident : « Alors que toute l'après-midi de nombreux officiers de notre base aérienne « Flieger-Station » profitaient ce superbe beaux-temps pour décoller et faire de petits vols, un terrible accident est survenu vers 17 heures. Vers 16h45 le Leutnant Schulz, un des officier les plus doué de notre base, a pris les commandes d'un
biplan commercial « Luftverkehrs-Doppeldecker » avec le Hauptmann Reinhardt, en tant qu'officier observateur. Alors que l'appareil était à une altitude d'environ 50 mètres, il s'est incliné subitement lors d'un virage et comme une flèche se dirige très rapidement d'une altitude de 20 mètres vers le sol, sur le Polygone, entre la route d'Altenheim et les hangars d'aviation.Alors que le Leutnant Schulz s'en sort avec une fracture compliquée du tibia et une grave blessure à la tête, le Hauptmann Rheinhardt, alors âgé de 35 ans et tout juste marié il y a quelques jours, a été éjecté de l'appareil et s'est retrouvé sous les décombres de l'avion. Cela a duré quelques temps avant que l'on puisse récupérer la victime de sa position. Il ne donnait plus que de faibles signes de vie et il a été rapidement conduit avec son camarade, à l'hôpital militaire avec une ambulance automobile. Compte tenu de ses blessures internes, il est décédé en cours de route.


Vendredi 26 juin 1914


Autriche-Hongrie, Bosnie, Sarajevo : visite du prince héritier l'Archiduc François-Ferdinand.

Le prince héritier de la couronne d'Autriche-Hongrie, l'Archiduc François-Ferdinand a assisté aux manœuvres austro-hongroises. Le 26 juin 1914 il est venu à Sarajevo avec son épouse Sophie, comtesse Chotek de Chotkowa-Wognin, princesse de Hohenberg. On peut dire que ce voyage se déroulait dans des circonstances peu favorables au couple princier. L'assassinat du couple princier le 28 juin 1914 va mettre le feu aux poudres dans toute l'Europe, aussi allons-nous consacrer quelques lignes pour suivre le déroulement de cet événement qui a entraîné le déclenchement de la 1ère guerre mondiale.


Arrivée du prince héritier de l'Empire d'Autriche Hongrie François-Ferdinand en gare de Sarajevo

La province de Bosnie et de l'Herzégovine a été annexée en 1908 par l'Empire d'Autriche-Hongrie. Cette province était toutefois revendiquée par les Serbes. En conséquence, la visite du prince héritier d'Autriche-Hongrie à Sarajevo, la capitale de la province de Bosnie, le 28 juin qui est la journée symbole pour les nationalistes serbes (anniversaire de la bataille du « Champ des Merles » au Kosovo (Kosovo Pollié), où les troupes serbes, bulgares et valaques battent l'armée turc, est en effet très mal vue par les nationalistes serbes.

Sarajevo, capitale de la province autrichienne annexée en 1908 de Bosnie-Herzégovine

Ilidza (près de Sarajevo), accueil du prince héritier d'Autriche-Hongrie.

Alors que le prince héritier assiste aux manœuvres des troupes Austro-hongroises en tant qu'inspecteur général de l'armée, la Duchesse Sophie visite les orphelinats, les écoles et les églises.

Ilidza, accueil enthousiaste de la population

L'épouse du prince héritier, la duchesse de Hohenberg arrive à l'entrée de l'Hôtel à la station thermale d'Ilidza située dans la banlieu de Sarajevo.

Samedi 27 juin 1914


Bosnie-Herzégovine - Ilidza : visite du prince héritier François Ferdinand.

Un banquet d'adieux à Ilidza clôture la fin de la visite, et le prince héritier et son épouse envisagent de se rendre le lendemain à Sarajevo au Musée National, puis à l'Hôtel de ville où ils doivent être reçus pour un repas par le maire, avant de rejoindre la gare et de repartir en Autriche


Dimanche 28 juin 1914


Autriche-Hongrie - Bosnie - Sarajevo : Assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand, prince héritier de la Couronne d'Autriche-Hongrie et de sa femme.


Ilidza, le matin : le couple princier se prépare à partir.


Le prince héritier accueille son épouse et le convoi automobile est formé devant l'hôtel à Ilidza. 

9H40 environ : Sarajevo.

Malgré les menaces qui pesaient sur ce voyage, le prince héritier et son épouse se déplaçaient en voiture découverte au milieu de la foule sans aucune protection. Dans toute la ville il n'y a que 40 policiers. Même sa garde personnelle n'est pas présente au moment de l'attentat puisque son chef est monté par erreur dans la voiture de trois officiers bosniaques et avait laissé le reste de son équipe à la gare. En plus, l'itinéraire qui devait être emprunté était décrit dans tous les journaux. L'archiduc héritier François-Ferdinand d'Autriche-Este, neveu de l'Empereur François-Joseph, et son épouse, la duchesse de Hohenberg, font leur entrée à Sarajevo dans une voiture automobile découverte, lorsqu'une première fois, une grenade a été lancée contre le véhicule sans toutefois blesser les occupants. Ils poursuivent toutefois leur chemin.


La ville de Sarajevo est traversée par la rivière Miljacka

10H07 : Sarajevo : arrivée du couple princier.

Le couple princier arrive en provenance de la station thermale d'Ilidza. Près d'une fabrique de tabac, une colonne de six voitures est formée qui part en direction du quai dénommé « Appelkai » le long de la rivière Miljacka et prend la direction de la mairie. Sur le trajet ils sont acclamés par des milliers de personnes.

La population de Sarajevo acclame le cortège

10H25 : Sarajevo : échec du premier attentat.

Un premier projet d'attentat échoue : près du pont Oumurija, Muhamed Mehmedbasic sent qu'on le touche à l'épaule par derrière (il pense qu'il s'agit d'un policier) ce qui le dissuade de lancer la bombe qu'il vient d'allumer. Suite à cette première explosion, et contre l'avis du chef de la police, le prince héritier décide de poursuivre la route en direction de l'hôtel de ville « Messieurs, nous allons continuer le programme de notre visite » dit François-Ferdinand.

Le convoi passe devant quatre autres terroristes. Compte tenu qu'ils sont entourés par la foule, aucun d'entre eux n'ose agir. Près de l'immeuble de l'école des institutrices, un des terroristes, Nedeljko Cabrinovic, posté sur le quai du côté de la rivière, jette une bombe. Lorsque le conducteur du couple princier voit la bombe il accélère et elle rebondie sur le haillon arrière. Elle explose devant le deuxième véhicule dans lequel plusieurs officiers sont blessés, dont le plus grave est le colonel Erik von Merizzi. Cabrinovic avale une capsule de cyanure et se jette dans la rivière. Mais malheureusement pour lui, il tombe sur la berge et le poison ne le tue pas. Il est rapidement arrêté. Le prince héritier fait arrêter sa voiture et s'informe de la situation. C'était l'occasion inespérée pour les terroristes, mais ils s'étaient enfuis.

Hôtel de ville de Sarajevo

10H30 environ - Sarajevo : arrêt à l'hôtel de ville.

Devant la mairie, le prince héritier est accueilli par le maire Fehim Effendi Curcic. « Monsieur le Maire, on vient à Sarajevo pour une visite et on nous balance des bombes ! Cela est révoltant ! » fait remarquer Ferdinand pendant le discours du maire. Le nationaliste serbe Gavrilo Princip a déjà quitté son premier poste après la première explosion. Il pense que l'attentat a réussi. Mais lorsqu'il voit que ce n'est pas le cas puisque le convoi continue sa route, mais qu'il est trop rapide pour effectuer un tir précis, il se rend dans la rue Franz-Joseph-Strasse, c'est-à-dire sur l'itinéraire du retour (il connaissait le parcours prévu par le convoi).  

L'archiduc François-Ferdinand et son épouse sortent de l'hôtel de ville de Sarajevo

10H40 environ : Sarajevo, l'attentat mortel.

Le premier conducteur n'a pas été informé du changement d'itinéraire et à 10H40 il tourne, comme prévu initialement, à droite dans la rue Franz-Joseph-Strasse. Potiorek l'interpelle : « Mais vous avez pris la mauvaise route. Nous devons passer par l'Appelkai ! ». Les cérémonies d'accueil se poursuivirent lorsqu'un jeune Serbe, Gavilo Prinzip un étudiant originaire de Grahovo, district de Livro en Bosnie, réussit à tromper la vigilance du service d'ordre. Le véhicule fait marche arrière (il n'y a pas de marche arrière, la voiture roule en arrière au point mort) puis s'arrête, juste devant le nationaliste serbe Gavrilo Princip, qui vient de sortir d'un magasin. Il tire deux fois à très courte distance. Une balle traverse la portière de la voiture et atteint l'épouse du prince dans le bas-ventre, la deuxième le prince héritier au niveau du cou. Alors que le sang coule de la bouche de François-Ferdinand, son épouse dit « Jesus, mein Franzi, was ist mit dir ? » (Jésus mon Franzi, que t'arrive-t-il ?) et s'affaisse à son tour sur ses genoux. Le véhicule part à grande allure en direction du Konac. Après deux minutes le véhicule arrive devant le palais du gouverneur où le couple devait recevoir les premiers soins. Mais le couple est transporté sans vie dans le palais.

Assassinat du Prince héritier François-Ferdinand et de son épouse à Sarajevo.

Les services de sécurité ont arrêté l'assassin, Gavrilo Princip.

11h00 : Sarajevo : mort de l'archiduc François-Ferdinand et de son épouse.

Vers 11 heures les cloches sonnent dans tout Sarajevo. Il s'agit de l'heure officielle de la mort du prince héritier et de son épouse. L'archiduc
François-Ferdinand avait 51 ans. Sa femme, une noble tchèque, Sophie, comtesse Chotek de Chotkowa-Wognin, princesse de Hohenberg, était son épouse morganatique, c'est-à-dire que sa descendance se trouvait exclue du trône.
L'enquête commence immédiatement contre l'auteur de l'attentat, Gavrilo Princip.

Ce meurtre politique pourrait avoir de graves conséquences et servir de prétexte à une intervention armée de l'Autriche-Hongrie contre la Serbie. Mais d'ores et déjà l'on sait que la Russie s'opposera à une telle intervention contre son allié serbe.


Alors que des menaces avaient déjà été proférées pour cette visite en Bosnie, on constate que le prince héritier n'était pas très entouré pour assurer sa protection. L'organisation dénommée « La Main Noire » avait des ramifications jusqu'aux Etats-Unis, notamment à Chicago. Déjà en décembre 1913, un journal serbe de Chicago annonçait que le prince héritier d'Autriche-Hongrie a programmé une visite à Sarajevo. « Que chaque Serbe s'en souvienne. Le prince héritier veut venir en Bosnie, nous prenant en compte le coût... Serbes prenez tous ce que vous trouver, couteaux, fusils, bombes et dynamite. Faites la vengeance sacrée ! Mort à la dynastie des Habsbourg ! ». Pour l'Europe centrale, les Balkans étaient considérés comme une poudrière. En 1908, l'Autriche-Hongrie avait annexée la Bosnie et sa capitale Sarajevo.

« Apis » (nom de code du chef de la Main Noire) avait décidé que le prince héritier, François-Ferdinand, le neveu de l'Empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph, devait mourir s'il vient en été 1914 à Sarajevo pour voir les manœuvres. Mais jusqu'à présent, l'implication directe de la Main Noire dans l'attentat de Sarajevo n'avait pu être prouvé.

Gavrilo Princip, l'auteur de l'attentat mortel, n'avait que 18 ans, ce qui lui évitera la peine de mort. Mais il décède en prison de tuberculose en 1918. Après l'attentat, une chasse aux Serbes commence immédiatement à Sarajevo et des bâtiments sont caillassés.

Mardi 30 juin 1914


Sarajevo : messe funéraire à la cathédrale.

L'archiduc François-Ferdinand, le prince héritier d'Autriche-Hongrie et son épouse Sophie, comtesse Chotek de Chotkowa-Wognin, princesse de Hohenberg, repose à la cathédrale, où est célébré une messe funéraire.

Sarajevo, cortège funéraire.

Après la messe, les dépouilles sont emmenées à la gare de Bistrik près de Sarajevo pour repartir en Autriche.

Autriche-Hongrie : Vienne.

Le chef d'état-major général de l'armée d'Autriche-Hongrie rend compte qu'il faudra 16 jours de préparatifs pour être en mesure de mener une opération contre la Serbie.


Mercredi 1er juillet 1914


France : Début de manœuvres navales.
Les manœuvres navales du Nord se déroulent du 1er au 10 juillet 1914. 


Allemagne, Reichsland, place forte de Strasbourg : pas de mesures particulières suite à l'assassinat du prince héritier d'Autriche.

Le 28 juin 1914, le gouverneur de la place forte, le général von Eberhardt apprend du conseiller municipal Pauli une nouvelle qui allait bientôt se répandre comme une traînée de poudre : le prince héritier d'Autriche et sa femme ont été assassinés à Sarajevo. Les premières semaines de juillet 1914 n'allaient pas changer grand-chose à la vie de la garnison de Strasbourg. Aucune instruction ne parvient pour une quelconque mesure préparatoire à la défense de la place. Dans ses mémoires, le gouverneur ne relate qu'une seule décision : la réalisation de 40 000 brassards blancs, destinés à être tamponnés et distribués aux formations de travailleurs affectés aux travaux de mise en état de défense. Il ne s'agit là que d'une initiative du gouvernement militaire de la place et cela pourrait être considéré comme une  mesure secondaire. On craignait cependant que les hommes de ces formations passent pour des francs-tireurs et soient exécutés s'ils étaient pris par les Français !


Jeudi 2 juillet 1914


Autriche-Hongrie, Vienne : L'ambassadeur de France écrit au sujet des conditions imposées par l'Autriche-Hongrie :

« L'enquête sur les origines de l'attentant qu'on voudrait exiger du gouvernement de Belgrade, dans des conditions intolérables pour sa dignité, fournirait à la suite d'un refus le grief permettant de procéder à une exécution militaire », (M. Dumaine, ambassadeur de France à Vienne. Lettre à M. Viviani, 2 juillet 1914).


Mardi 7 juillet 1914


Soir : Bitche : les manœuvres de la 60ème brigade d'infanterie s'achèvent.

Les manœuvres de la "60. Infanteriebrigade" se sont achevés par une revue des troupes. Les régiments strasbourgeois IR.105 et IR.138 sont arrivés dans le camp hier après-midi pour participer aux manœuvres de division. Les exercices de division doivent s'achever le mercredi 8 juillet 1914 soir.

Soir : Strasbourg-Metz : passage de l'inspecteur volant.

Le 7 juillet 1914 soir, le Major Siegert, commandant le "Fliegerbataillon Nr. 4" accompagné par un sous-officier, en provenance de Strasbourg, a atterri à Metz avec un biplan, afin d'inspecter la compagnie d'aviateurs "Fliegercompagnie" de Metz. Les aviateurs avaient été contraints de faire un atterrissage d'urgence dans les Vosges à cause de deux orages, ce qui n'a pas entraîné de dégâts. Dès que les orages s'éloignèrent, le vol avait été poursuivi à partir de Phalsbourg.


Mercredi 8 juillet 1914


Strasbourg, Fort Tann, accident mortel.

Un grave accident s'est déroulé mercredi soir vers 17 heures au Fort Tann près de Grafenstaden. Une sentinelle du "Infanterie-Regiment Nr. 132" a pour rigoler, mis en joue son camarade comme s'il allait lui tirer dessus. Celui-ci a également pris cela à la rigolade et simula un blessé grave. C'est à cet instant que le coup de feu est parti - la sureté du fusil n'était pas mise - et atteignit son camarade dans la poitrine. Ce coup de feu a rapidement entraîné le décès. Les deux soldats sont originaires de Posen.


Jeudi 9 juillet 1914.


18h00 : Colmar : Fuite du dessinateur alsacien Hansi.

Le dessinateur Waltz, dénommé Hansi, n'est pas revenu à Colmar à 18 heures, le délai qui lui avait été fixé. De toute façon il ne devait pas se présenter à Colmar mais à Cottbus pour commencer sa peine de prison.


Vendredi 10 juillet 1914


Strasbourg : Fête de l'anniversaire du grand-duc de Bade.

L'anniversaire du grand-duc de Bade a été fêté hier par la mise en place de drapeaux sur tous les bâtiments militaires, suivi d'un service religieux dans les églises de garnison des deux croyances, auxquels participaient le régiment d'infanterie n°126 "Grand-duc de Bade" ainsi que le régiment badois d'artillerie à pied n°14 stationné ici, en tenue de parade. Au service religieux qui s'est déroulé dans l'église de garnison protestante, a également participé entre autres, le Statthalter von Dallwiz. Après les services religieux, les deux régiments se mirent en place sur le "Kaiserplatz" (actuelle place de la République), où venait d'arriver les généraux rassemblés devant le palais impérial avec les officiers de la garnison qui n'étaient pas de service, pour écouter le discours. Le court discours adressé aux troupes par le gouverneur le général de division "Generalleutnant" von Eberhardt est suivi d'un défilé des deux régiments, devant le gouverneur représentant le général commandant le XVe corps, le général von Deimling, qui était absent pour raison de service.

Reichsland Alsace-Lorraine : interdiction des couleurs françaises.

Les couleurs françaises interdites dans la rue d'après une information parue dans la presse locale : "La police d'Alsace-Lorraine va vers des temps difficiles. Elle reçoit plus de travail, sans pour autant recevoir plus de pain. Dans la rue Schlüsselstraße à Colmar, d'après le "Els. Kurier", un homme appartenant à la classe ouvrière a été arrêté, parce qu'il portait sur les épaules un grand et beau bouquet de fleurs, qui paraît-il, comportait les dangereuses couleurs françaises bleu, blanc et rouge, et a donc enfreint la loi en montrant ces couleurs en public. Ce bouquet composé de fleurs des champs assemblé avec goût a été confisqué et emporté au commissariat de police. Cette procédure a entraîné de l'étonnement mais également pas mal de d'hilarité. Espérons que le bouquet ne comportait pas quelques chardons. Ceci pourrait
facilement piquer un fonctionnaire de police et se serait une entrave à une opération de police
".


Mercredi 15 juillet 1914


France - Russie : visite du Président de la République français et du Président du Conseil.

Tandis que se déroulait les événements de la crise des Balkans, le Président de la République française, M. Raymond Poincaré, et le chef du gouvernement, M. René Viviani, président du conseil et ministre des Affaires étrangères, se trouvaient hors de France. Ils avaient en effet, quitté Paris le 15 juillet et débarqué le 20 juillet à Cronstadt, où ils étaient les hôtes de la Russie.

Paris : déclaration du dessinateur alsacien Hansi.

Le Figaro a publié un article du caricaturiste Hansi titré « Pourquoi je ne me suis pas rendu », dans lequel il attaque de la façon la plus vigoureuse le tribunal impérial « Reichsgericht » et il dit ceci : « Je sais, j'avais promis de ne pas fuir. Je me suis présenté loyalement à Leipzig, dans l'espoir d'y trouver des juges. Mais dès le début de l'audience du procès, j'ai constaté que j'étais tombé dans un guet à pans. Je me suis fait attaquer par le procureur supérieur de l'Empire "Oberreichsanwalt" comme le dernier des apaches et les juges ne trouvèrent ni dans mon album ni dans ma vie la moindre circonstance atténuante. Le combat était si inégal. J'ai peut-être vu l'Alsace-Lorraine pour la dernière fois. J'ai laissé à l'Allemagne une somme qui représente plus que toute ma fortune. Mais je suis libre, et je veux devenir français comme l'étaient mes pères ! ».

Strasbourg : zone interdite aux avions.

« Für Flieger verboten ». Le président du district « Bezirkspräsident » pense qu'il est opportun de rappeler l'interdiction de survol de la place forte : les vols avec des dirigeables, des ballons à air libres et aéronefs de toutes sortes au-dessus des zones interdites ou le décollage dans
de telles zones, sont prohibés s'ils n'ont pas fait l'objet d'une autorisation écrite du « Generallkomando ». Les zones interdites sont comprises à l'intérieur des limites suivantes : le Rhin au sud, à partir du pont du Rhin à Drusenheim jusqu'à la limite du district, le long de cette limite jusqu'à la frontière de l'Empire, en longeant la frontière vers le Nord jusqu'à la limite de la Lorraine, près le ligne de voie ferrée Sarrebourg - Saverne, le long de cette ligne par Saverne - Hochfelden - Brumath, puis la route de Weyersheim - Bischwiller - Drusenheim au
pont du Rhin.


Lundi 20 juillet 1914


France - Russie :  visite du Président de la République et du Président du Conseil.

Le Président de la République française, M. Raymond Poincaré, et le chef du gouvernement, M. René Viviani, président du conseil, ministre des Affaires Etrangères, ont en effet quitté Paris le 15 juillet et débarqué le 20 juillet 1914 à Cronstadt, où ils étaient les hôtes de la Russie.

Nota : Cronstadt ou Kronstadt est une ville portuaire russe située à environ 20 km de Saint-Pétersbourg. 


Mardi 21 juillet 1914


Berlin, ambassadeur de France : le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères déclare ne pas connaître le contenu de la note que l'Autriche s'apprête à remettre à la Serbie.

Le 21 juillet 1914, M. Jules Cambon, ambassadeur de France à Berlin, soulignait l'attitude ambiguë du secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères von Jagow, qui déclarait ignorer absolument le contenu de la note que l'Autriche se préparait à remettre à la Serbie au sujet de l'attentat. « Il m'a été assuré d'ailleurs, écrivait M. Cambon, que dès maintenant les avis préliminaires de mobilisation, qui doivent mettre l'Allemagne dans une sorte de « garde à vous » pendant les périodes de tension, ont été adressés ici aux classes qui doivent les recevoir en pareil cas » (M. Jules Cambon, ambassadeur à Berlin. Lettre à M. Viviani, 21 juillet 1914).

Allemagne : consignes transmises aux ambassadeurs allemands en Russie, en France et en Grande-Bretagne, au sujet de l'ultimatum austro-hongrois à la Serbie.

Deux jours déjà avant l'envoi de la note autrichienne à la Serbie, le gouvernement allemand avait transmis à ses ambassadeurs en poste dans les capitales européennes des indications, des éléments de langage et des consignes. On ne pouvait donc parler de surprise face à la dureté de la note autrichienne. Les exigences austro-hongroises envers Belgrade devaient uniquement être décrites comme « équitables et modérées ». Si le royaume serbe les refusait, ce qui était malheureusement probable, la monarchie danubienne devrait, le cas échéant, les faire prévaloir en recourant à des « mesures militaires ». Le choix des moyens adéquats relevait exclusivement de Vienne.


Jeudi 23 juillet 1914


Autriche-Hongrie : L'Autriche lance un ultimatum à la Serbie.

L'Autriche-Hongrie exige le châtiment des militants austrophobes et la collaboration de la police autrichienne à l'enquête sur l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Cette note est remise à la Serbie le 23 juillet 1914. Ainsi s'ouvre une période aiguë de tension politique entre les puissances européennes. Dans cette note, le gouvernement de Vienne formulait, entre autres exigences, l'insertion au Journal Officiel de Belgrade d'une déclaration, dont les termes étaient dictés au gouvernement serbe et comportaient, de la part de ce dernier, réprobation formelle de toute menée antiautrichienne. Un délai expirant le 25 juillet 1914 à 18 heures était imparti à la Serbie, pour répondre à cette note, qui présentait tous les caractères d'un ultimatum.

Après-midi : France - Russie : visite du Président de la République et du Président du Conseil en Russie.

Au moment où les chancelleries européennes apprenaient la remise de la note à la Serbie, MM. Poincaré et Viviani s'étaient remis en route pour la France ; ils avaient quitté la Russie le 23 juillet 1914 dans l'après-midi. Leur itinéraire de retour devait passer par Stockholm ; mais la gravité de la situation, dont ils furent informés en mer, les obligea à rentrer sans délai (d'autres sources préconisent une escale à Stockholm).


Vendredi 24 juillet 1914


Paris : ambassadeur d'Allemagne.

Le 24 juillet 1914, le baron von Schoen, ambassadeur d'Allemagne à Paris, communiquait à M. Bienvenu-Martin, ministre des Affaires étrangères par intérim, une note verbale qui, après des considérations menaçantes sur l'agitation panserbe, se terminait par cette déclaration : « Le gouvernement allemand désire ardemment que le conflit soit localisé, toute intervention d'une autre puissance devant, par le jeu naturel des alliances, peut provoquer des conséquences incalculables » (Lettre de M. Bienvenu-martin, ministre des Affaires Etrangères par intérim aux ambassadeurs et ministre de France à Belgrade, Londres, Saint-Pétersbourg, Berlin, Vienne, Rome, 24 juillet 1914).


Samedi 25 juillet 1914


17h50 : Serbie : Acceptation de l'ultimatum avec demande d'explications.

La Serbie accepte l'ultimatum mais demande quelques explications sur des points touchant à sa souveraineté. Un délai expirant le 25 juillet 1914 à 18 heures était imparti à la Serbie, pour répondre à cette note, qui présentait tous les caractères d'un ultimatum.

18h30 : Autriche-Hongrie - Serbie : rupture des relations diplomatiques.

L'Autriche-Hongrie rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie.

Soir : France : mesures préparatoires à une éventuelle mobilisation.

En France dès que l'on avait appris qu'en Allemagne certaines mesures préparatoires avaient été prises dès le 25 juillet 1914. En conséquence, dès le soir on procède :

Au rappel des officiers permissionnaires ;

A la mise en place de la garde de certains ouvrages d'art ;

Aux travaux et aux mouvements de troupes pour la mise en état de défense des places de la frontière. Aussi le ministre de la Guerre, M. Messimy, prescrivait par télégramme dans la soirée du 25 juillet 1914 une première mesure de précaution, le rappel à leur poste des officiers généraux et des chefs de corps absents de leur garnison.

21h00 : Autriche-Hongrie.

L'Autriche-Hongrie ordonne la mobilisation d'une partie de son Armée contre la Serbie.


Dimanche 26 juillet 1914


3h26 : Autriche-Hongrie - Serbie : diffusion de la nouvelle concernant la réponse inacceptable de la Serbie.

Malgré le caractère excessif des satisfactions qu'on exigeait d'elle, la Serbie dans sa réponse, remise dans le délai fixé, acceptait de se soumettre presque sans réserve aux conditions de la note autrichienne ; mais, après un examen de quelques minutes, le ministre d'Autriche à Belgrade déclarait la réponse inacceptable et rompait les relations diplomatiques. Cette nouvelle parvenait le 26 juillet 1914 aux cabinets de Paris, Londres et Saint-Pétersbourg.

France : arrestation d'un espion à Dijon.

Le journal l'Humanité, nous informe qu'il y a quelques jours un individu a été arrêté avec une inculpation d'espionnage. Il a été mené au centre d'aviation et confronté aux militaires de de centre. Il y a quelques semaines une autre arrestation avait été menée. Mais elle visait surtout des faits d'espionnage concernant l'artillerie. Un des personnages arrêté est un Allemand.

France : titre de l'Humanité : Le conflit Austro-Serbe : Les relations diplomatiques sont rompues.

Le gouvernement serbe ordonne la mobilisation. La cour quitte Belgrade pour Kragujevatz. Les socialistes autrichiens manifestent contre la guerre. Article de Jean Jaurès.

Metz : Le général commandant le XVIe corps d'armée prend des mesures militaires de sûreté.

Dès le 26 juillet 1914, le général commandant le XVIe corps d'armée, dont le territoire confinait à la frontière française, avait prescrit, de lui-même, sur celui-ci, quelques mesures militaires de sûreté sans grande importance ; elles s'étaient, d'ailleurs, sous des formes analogues, pendant les périodes de tension politique des années précédentes, montrées indispensables pour la protection de Metz : occupation des ouvrages du front Ouest de cette forteresse et de Thionville par de l'artillerie à pied et des mitrailleuses, en outre des compagnies de garde ordinaires ; patrouilles de nuit sur les routes passant entre les ouvrages ; interdiction de nouvelles permissions pour la troupe. 

Thionville : mesures préparatoires à la mobilisation.

Du côté allemand, les mesures préparatoires à la concentration sont prescrites aux chemins de fer. Le chargé d'affaires de France à Luxembourg signale que, dans la région de Thionville, les quatre dernières classes libérées ont reçues l'ordre de se tenir à la disposition de la Kommandantur.

Mutzig : Le 3e bataillon de l'IR 143 fait renforcer la garde au Fort de Mutzig.

Le 26 juillet, le Major von Kuhn commandant du IIIème bataillon de l'IR 143 stationné à Mutzig informe le gouverneur qu'il a donné l'ordre de renforcer la garde de la Feste à la suite d'une information qui fait état de la mobilisation en Russie. En réponse, il lui est annoncé que cette mesure n'était pas fondée, mais cela provoque tout de même une visite du gouverneur désireux de fixer les mesures de protection indispensables, même si, officiellement, elles ne sont pas applicables.

Grande-Bretagne : suspension de la démobilisation de la flotte.

L'Angleterre suspend la démobilisation prévue de sa flotte rassemblée en vue d'un exercice de mobilisation. (Source allemande).

13h00 : France : premières directives de l'état-major général.

Le 26 juillet 1914, une série de télégrammes lancés par l'état-major de l'armée, entre 13 heures et 21 heures, prescrit les mesures suivantes :

Sursis aux déplacements de troupes projetés.

Suspension des autorisations d'absences pour les officiers et la troupe.

Convocation à l'état-major de l'armée des officiers de liaison des armées.

Rapatriement dans leurs garnisons des troupes de couverture en déplacement sur les territoires des 1er, 6e, 7e, 20e et 21e corps d'armées.

Ordre au gouverneur militaire de Paris et à tous les commandants de corps d'armée d'appliquer le dispositif restreint de sécurité, réduit provisoirement à la participation de l'élément civil.

Ordre au général commandant le 19e corps d'étudier d'urgence la constitution du plus grand nombre possible d'unités de réservistes des tirailleurs en Algérie et en Tunisie.

Demande adressée au ministre de l'Intérieur d'inviter les préfets à agir confidentiellement sur la presse pour obtenir le silence et la discrétion au sujet des dispositions d'ordre militaire qu'imposent les circonstances.

Soir : Paris : article du journal l'Humanité : « Bagarres et arrestations lors de la retraite exécuté par la musique du 5e RI à Paris ».

La musique du 5ème régiment d'infanterie a été huée, des cris de à bas les trois ans et l'Internationale a été entonnée. En effet le service militaire venait de passer à une durée de trois ans en France.


Lundi 27 juillet 1914


Autriche-Hongrie - Serbie : la Grande-Bretagne propose une réunion diplomatique.

Berlin et Saint-Pétersbourg refusent.

Empire allemand : Rappel des troupes absentes de leurs garnison.

Le ministère de la Guerre allemand ordonne le rappel des troupes absentes de leurs garnisons et qui, en cas de mobilisation, devaient, pour la protection des frontières et pour des missions spéciales, être « immédiatement » mises sur pied. Il prescrivit aussi la surveillance des grandes stations de télégraphie. L'Allemagne procède en effet a de discrètes mesures de préparation de la mobilisation. Le rappel des permissionnaires a commencé depuis plusieurs jours et les effets de la collection de guerre sont distribués. L'Allemagne effectue des réquisitions et met en place ses troupes de couverture. Le consul général de France à Bâle signale que les officiers allemands en déplacement dans cette partie de la Suisse ont reçu depuis plusieurs jours l'ordre de regagner l'Allemagne ; d'autre part, avis a été donné aux propriétaires de voitures automobiles du grand-duché de Bade de se préparer à les mettre à la disposition des autorités militaires, deux jours après un nouvel ordre. Le secret, sous peine d'amende, a été recommandé sur cet avis (Consul général de France à Bâle. Lettre au ministre des Affaires Etrangères, 27 juillet 1914).

Matin : Strasbourg : retour du secrétaire d'Etat comte de Rödern.

Le secrétaire d'Etat "Staatssekretär" Graf Rödern est revenu à Strasbourg lundi matin.

Metz, le général commandant le XVIe corps d'armée : mesures de sûreté.

Dans son compte rendu au ministère de la Guerre relatif à ces mesures, le 27 juillet, le général s'exprimait ainsi : « provisoirement, je n'ai pas considéré comme nécessaire de prendre d'autres dispositions : en particulier, je n'ai pas cru devoir rappeler les officiers et hommes de
troupe en permission, en raison de l'émotion que causerait une telle mesure ; cela, malgré le nombre élevé de permissionnaires agricoles, au
contingent Royal bavarois, et surtout puisque la Section III b du grand état-major m'a fait connaître, hier matin, que la situation n'était pas
inquiétante
 ».

Allemagne : rappel des troupes absentes.

Le ministère de la Guerre a ordonné le rappel des troupes absentes de leurs garnisons et qui, en cas de mobilisation, devaient, pour la protection des frontières et pour des missions spéciales, être « immédiatement » mises sur pied. Il prescrit aussi la surveillance des grandes stations de T.S.F. par la Sûreté Générale.

Après-midi : France : directives de l'état-major général.

Le 27 juillet 1914, les ordres suivants sont envoyés dans l'après-midi par télégramme :

Aux commandants de corps d'armée et au gouverneur militaire de Paris : application intégrale du dispositif restreint de sécurité.

Aux corps de couverture sur la frontière allemande (2e, 6e, 7e, 20e, 21e corps) et au gouverneur militaire de Paris, rappel des permissionnaires.

Deplus, le ministre de la Guerre télégraphie au commissaire résident général au Maroc l'avisant que, dans le cas de guerre continentale, il n'y a lieu de maintenir dans le protectorat que le minimum de forces indispensables : le général Lyautey adressera ses propositions en conséquence.

Nuit : Autriche-Hongrie, France : préparation de la mobilisation.

On apprend également que la mobilisation d'un certain nombre de corps d'armée austro-hongrois est ordonnée pour le 28 juillet 1914. En France, en présence de ces événements, l'ordre prescrivant le rappel des permissionnaires est télégraphié, dans la nuit, à tous les corps d'armée qui n'ont pas encore été touchés par cette mesure.


Mardi 28 juillet 1914


Allemagne - Russie : télégramme de l'Empereur d'Allemagne au Tsar de Russie.

« Je déploie sur l'Autriche-Hongrie toute mon influence pour la pousser à s'entendre ouvertement et pacifiquement avec la Russie. J'espère que tu m'aideras ».

Matin : France : préparation de la mobilisation.

Le 28 juillet 1914, dans la matinée, les corps d'armée de l'intérieur reçoivent l'ordre de rapatrier toutes les troupes de leurs garnisons, et d'aviser par les brigades de gendarmerie les permissionnaires n'ayant pas été touchés par l'ordre de leur chef de corps d'avoir à rejoindre sans délai.

Allemagne : rappel des troupes absentes.

Le 28 juillet 1914, le chancelier, sur la demande du Ministère de la Guerre prussien fait appliquer les mesures prévues pour la période de tension politique : surveillance renforcée des voies ferrées par les agents des chemins de fer, dans les régions frontières et dans le district ferroviaire de Berlin. C'était là la première mesure de sécurité prise à la demande de l'autorité centrale militaire.

12h00 : Autriche-Hongrie : L'Autriche déclare la guerre à la Serbie.

Dans la journée, la nouvelle parvient à Paris que l'Autriche-Hongrie a déclaré officiellement la guerre à la Serbie, le 28 juillet 1914 à midi.

Strasbourg : Le journal Strassburger-Bürger-Zeitung titre :

« Der Krieg zwischen Östreich-Ungarn und Serbien. Was tut Russland ? » La guerre entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Que fait la Russie ?

Russie : La Russie décide une mobilisation partielle.

13h30 : Suisse, Berne, attaché militaire français.

A une demande de renseignements faite par notre attaché militaire à Berne, au sujet de l'occupation possible par les Allemands de la gare de Bâle et de l'enclave de Porrentruy, la Suisse a répondu qu'elle s'opposerait par tous les moyens à la violation de son territoire (Attaché militaire à Berne. Télégramme à Affaires Etrangères, 13H30, 28 juillet 1914).

Après-midi : France : Dans l'après-midi, ordre est donné au gouverneur militaire de Paris de prendre les mesures de protection.

Ces mesures de protection concernent la garde des établissements civils. Ordre est également adressé aux généraux commandant les 2e, 6e, 7e, 20e et 21e corps d'armée d'exécuter les mesures prévues pour la surveillance de la frontière ; ne seront placées sur les routes que les barrières pouvant être surveillées par les douaniers ; jusqu'à nouvel ordre, il ne sera pas fait appel aux réservistes territoriaux. Les travaux préparatoires aux manœuvres de forteresse qui devaient avoir lieu sont ajournés. Le ministre de la Guerre demande au ministre des Postes et Télégraphes d'assurer un service permanent de jour et de nuit dans les bureaux des départements ci-après : Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges Haute-Saône, Doubs, territoire de Belfort.

Après-midi : France, Allemagne : L'attitude de la diplomatie allemande, tant à Berlin qu'à Paris, devient de plus en plus inquiétante.

En Allemagne, les appels individuels de réservistes ont commencé et des éléments éloignés de la frontière en ont été rapprochés. L'approvisionnement et le renforcement des forts de Metz et de Thionville se poursuivent. Les batteries installées entre Château-Salins et Delme, en Lorraine annexée, ont reçues leur personnel.

Soir : Strasbourg : retour du Statthalter.

Le Statthalter d'Alsace-Lorraine, Dr. von Dallwitz, est arrivé le soir, après avoir abrégé ses vacances à Tarasp.


Mercredi 29 juillet 1914


Allemagne : la mise en place du dispositif de couverture se poursuit.

Il se confirme que les réservistes des trois dernières classes auraient reçu leur feuille de mobilisation. La réquisition des chevaux et des automobiles est commencée ; les wagons de la région frontière sont évacués sur l'arrière. Les renseignements parvenus dans la journée font connaître les mesures prises du côté allemand, ainsi que les nouvelles suivantes : les réservistes allemands habitant le grand-duché de Luxembourg ont reçu l'ordre, le 29 juillet 1914, de rejoindre immédiatement leurs régiments respectifs. Les routes sont barrées autour de Metz, les troupes portées à la frontière se fortifient. Les réquisitions continuent.

Allemagne, Francfort : Le Consul de France signale d'importants mouvements de troupe.

Le consul de France à Francfort signale d'importants mouvements de troupe, l'arrivée de régiments en tenue de campagne, les routes remplies de militaires, les ponts et les chemins de fer gardés sous prétexte de préparer les manœuvres d'automne.

Strasbourg : Le Ministre de France à Munich signale des mouvements de troupe.

Le ministre de France à Munich signale de Strasbourg des transports de canons automobiles, le rappel des permissionnaires des régiments de la brigade d'infanterie bavaroise en garnison à Metz, et relate que les moulins d'Illkirch (Alsace-Lorraine) ont été invités à réserver toute leur production pour l'armée.

Strasbourg : mise en place de dispositifs de sûreté.

Le 29 juillet 1914 parvient l'ordre du ministère de la guerre de faire garder les hangars d'aviation et des ballons avec munitions réelles, contre toute action terrestre ou aérienne.

Strasbourg : l'autorité militaire dément les rumeurs de pénurie de farine.

Il n'y a pas de blocage du dépôt du moulin de l'Ill. Diverses rumeurs qui ont fait le tour de la Ville lors de la journée précédente, affirment que les autorités militaires ont procédées à la réquisition de l'entrepôt du moulin d'Illkirch « Illkircher Mühlenwerke ». D'après les renseignements que nous avons obtenus, cette nouvelle est absolument erronée. L'entreprise continue de satisfaire ses clients comme à l'accoutumé.

Strasbourg : le tribunal militaire siège au sujet de l'accident mortel du Fort Tann.

Le tribunal du gouvernement de la 31ème division « Gouvernementsgericht der 31. Division » a siégé à l'occasion du procès à l'encontre du « Musketier » Emil Bajonschal, de la 8ème compagnie du « Infanterieregiment Nr. 132 », qui est accusé d'homicide par personne détenant de l'autorité « Machtvergehens ». L'accusation lui reprocha d'avoir tué par négligence, son ami, le « Musketier » Potzahnn du même régiment, de faction au Fort, alors qu'il s'entretenait avec lui. L'audience conclue, que le coup est parti alors que Potzahnn essayait, pour blaguer, de retirer le fusil de ses bras. C'est pour cette raison que l'accusé a été acquitté.

Strasbourg : Trafic postal et monétaire.

Le milieu du commerce se plaint du fait qu'il est très difficile de changer de l'argent au niveau des guichets postaux ; ce sont surtout les billets de banques qui ne sont acceptés qu'avec grande difficulté par les fonctionnaires. Cette attitude est en relation avec l'actuelle situation particulière. D'après les renseignements que nous avons obtenus par les autorités concernées, ces fonctionnaires n'ont pas reçu de consignes particulières, et les transactions doivent se dérouler comme d'habitude. Si certains fonctionnaires devaient agir autrement, ce ne serait que des initiatives personnelles. Dans ce cas, le public est invité à déposer une réclamation auprès de la poste concernée.

11h00 : Strasbourg : Accident lors des exercices de pontonniers sur le Rhin.

Le sapeur « Pionier » Karl Stark de la 1ère compagnie du « Württembergischen Pionierbataillon Nr. 13 » (Ulm), qui était en train de faire des exercices à Kehl, est tombé dans le Rhin et s'est noyé, ce matin vers 11 heures au niveau de Kehl, lors du démontage d'un pont. Stark est
le fils d'un maître tailleur de Gründelhardt près de Krailsheim.

13h00 : France : activation de l'écoute permanente aux postes TSF des places fortes.

Le 29 juillet, à 13 heures, le message suivant est transmis aux postes de T.S.F. de Maubeuge, Verdun, Toul, Epinal, Belfort : « Le service d'écoute sera permanent à partir de la réception de ce radiotélégramme ».

13h00 : Allemagne - Russie : réponse par télégramme du Tsar de Russie à l'empereur d'Allemagne.

« L'indignation soulevée en Russie par les procédés de l'Autriche est énorme et je la partage. Fais ton possible pour empêcher ton allié d'aller trop loin ».

13h00 : Strasbourg : Retour des unités en exercice.

Retour des troupes. Depuis mardi après-midi à 13 heures, les quatre régiments d'infanterie locaux, qui étaient sur les terrains d'exercice, reviennent à Strasbourg. La presse précise: "Mais il ne faut pas en conclure qu'il s'agit d'une mobilisation, puisque de toute façon, toutes les troupes devenaient revenir pour le 28 juillet 1914".

Après-midi : France : mesures de protection des ouvrages fortifiés.

Dans l'après-midi, des ordres prescrivent l'application des mesures de protection concernant la garde des ouvrages fortifiés, des établissements militaires et des postes de T.S.F. dans le 7e corps d'armée pour Belfort et les forts de la Haute-Moselle, dans le 2e corps d'armée pour Longwy, Charlemont, Montmédy, les Ayvelles, dans les 20e corps et 6e corps pour les places fortes et forts isolés à l'exception de Reims, dans le 1er corps pour Maubeuge et dans le 21e corps pour Epinal. Réserve est faite momentanément pour les consignes relatives à l'occupation des stations de tir contre aéronefs. L'ordre est transmis à tous les corps de couverture de procéder à l'exécution des travaux de défense prévus dans les places.

18h30. Allemagne - Russie : réponse par télégramme le l'empereur d'Allemagne au Tsar de Russie.

« L'Autriche a raison, ses demandes sont justes et modérées. Une entente directe entre toi et l'Autriche est possible et je l'appuierai. Naturellement toutes mesures militaires pourraient être considérées comme une menace et rendre impossible la médiation que j'ai assumée ».

Soir : Allemagne, rappel des troupes absentes.

Le 29 juillet 1914, tard dans la soirée, suivirent les ordres de rappel dans leurs garnisons pour tous les corps de troupe se trouvant encore en marche et dans les camps, ainsi que celui d'assurer militairement la protection des installations de dirigeables, et des principaux ouvrages d'art sur les voies ferrées et cours d'eau des territoires frontières.

Nuit : Allemagne, ordre de construction de fortifications.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet 1914, l'ordre a également été donné de construire, pour les fortifications de la frontière, tous les emplacements de troupes et de batteries, dont la construction était prévue en deçà de la frontière.