Fort I - Fort Fransecky (Ney)


Dernière mise à jour : 14 janvier 2018


Situation géographique et stratégique

Ceinture des forts détachés de Strasbourg - Rive gauche du Rhin - Secteur Nord.

Commune : ban de la commune de Strasbourg, au nord de la forêt de la Roberstau, sur la rive droite de l'Ill.


Distances avec les autres ouvrages :

Fort Blumenthal à l'Est sur la rive droite du Rhin : 5,1 km (3,2 miles)

Ouvrage Neu-Empert à l'Est : 1,896 km (1,178 miles)

Fort Rapp à l'ouest : 2,966 km (1,843 miles)

Ouvrage Ney-Rapp à l'ouest : 1,594 km (0,990 miles)

Enceinte urbaine au sud : 5 km (3,1 miles).

Carte des environs du Fort Fransecky de 1904. L'emplacement des ouvrages a été ajouté à la plume à l'époque. Source: collection MJR.


Caractéristiques

Grand fort détaché à fossé plein d'eau de type « Biehler ». Son plan est globalement identique à ceux des deux autres à fossé plein d'eau de la rive droite du Rhin : Fort von der Tann (actuel fort Lefebvre) et Fort Werder (Fort Uhrich).


Construction (gros œuvre)

Mars 1873 - 1876.

Modernisations : 1887-1890, puis diverses phases de modernisation jusqu'en avril 1916.


Dénominations successives

1872 - août 1873 : Fort I, Fort Wantzenau.

1er septembre 1873 - 1918 : Fort I, Fort Fransecky.

1919 - juin 1940 : Fort Ney.

Juillet 1940 - 1944 : Fort Fransecky.

1945 - à nos jours : Fort Ney.


Mission

1874 - 1918 : Le fort Fransecky est le pilier du secteur Nord - Nord-Abschnitt - de la place de Strasbourg. Ce fort doit, avec le Fort Blumenthal, couvrir le cours du Rhin inférieur. Il borde la lisière nord de l'épaisse forêt de la Robertsau, ainsi que le cours tortueux de l'Ill. Entre Ill et Rhin, le terrain est humide, parsemé de bras morts. Il couvre de ses feux une route importante qui permet de traverser la forêt et gagner les faubourgs nord de Strasbourg entre l'Ill et le Rhin à partir de la Wantzenau. Sur la rive gauche de l'Ill ses canons battent la voie de chemin de fer Strasbourg-Lauterbourg-Germersheim nouvellemet construite.

Sa mission restera inchangée au cours des années 1874-1918. Il demeure un ouvrage important de la ceinture dans un secteur difficile où il n'a pas été jugée utile de réaliser des abris complémentaires dans le cadre de l'organisations des intervalles lors du programme de renforcement de 1887. Il faudra attendre les travaux de réalisation du plan de mise en état de défense réalisé entre le début de la Première guerre mondiale au mois d'aôut 1914 et le mois d'avril 1916 pour que le fort soit entouré de divers abris à l'épreuve des bombes et l'implantation de réseaux de fils couvert de barbelé et l'installation de tranchées ou de talus lorsque le terrain est trop humide. 


Zones couvertes par l'artillerie vers 1875 :

Artillerie des fronts droits et gauche : lisière Nord de Kilstett et de Hoerdt environ.

Artillerie du flanc gauche : lisière ouest de Reichstett, jusqu'au canal de la Marne -au-Rhin environ.

Artillerie du flanc droit : lisière ouest de Leutesheim (Pays de Bade) sur la rive droite du Rhin.


Accès et visites

Le fort Ney est actuellement situé sur un terrain militaire (terrain d'exercice du Beckenwoerth). Il est encore régulièrement utilisé par les unités de la région. Une association de pêche et une société de chasse utilisent également ce site. Il est géré par le 2e régiment de Hussards, situé au camp d'Oberhoffen. L'accès est strictement interdit sans l'autorisation des autorités militaire.


Vue satellite

Source : Wikimapia 2017 - Annotations du CESFS


Chroniques succinctes du Fort Fransecky actuel Fort Ney

Zeittafel

Voici les chroniques du Fort Fransecky, Fort Ney, de 1871 à nos jours. Pour aider à la compréhension de l'histoire particulière de cet ouvrage, nous avons ajouté quelques dates repères de l'histoire franco-allemande. Cette chronique n'est pas définitive et elle est régulièrement complétée et mise à jour.


Mercredi 18 janvier 1871

Proclamation du nouvel Empire allemand à la galerie des glaces à Versailles.

Mercredi 10 mai 1871

Traité de Francfort : l'Alsace (hormis Belfort), une partie de la Lorraine et quelques cantons Vosgiens sont annexés à l'Empire allemand et la France doit verser 5,316 milliards de franc-or au titre des indemnités de guerre. Les troupes allemandes occupent 22 départements français, qui sont évacués au fur et à mesure du règlement de la dette de guerre.

Début juin 1871

Le Maréchal comte de Moltke se rend à Strasbourg pour désigner les emplacements des futurs forts détachés.

Vendredi 17 novembre 1871

Ordonnance impériale relative à la construction d'une ceinture de forts détachés autour de Strasbourg.

Octobre 1871

Matérialisation de l'emplacement des forts par la mise en place de piquets et de perches en bois représentant l'emplacement et le profil de chaque ouvrage.

Février 1872

L'inspection générale des fortifications allemandes donne des directives pour réduire le prix des forts : il s'agit de baisser les coûts de construction en réduisant l'effectif des équipages, la dimension des locaux demandés et des capacités de stockage (par exemple réduction du stock de vivres à une durée de six semaines), pour les forts à fossé sec du remplacement du revêtement de l'escarpe par un mur détaché. En conséquence, en mars 1872, la 3e section du Comité des Ingénieurs demande que le coût de construction d'un grand fort détaché s'élève au maximum à 750 000 thalers au lieu des 1 million de thalers prévu initialement.

Mars 1872

Les gardes du génie « Wallmeister » effectuent des relevés de terrain pour dresser des plans détaillés des communes soumises aux servitudes du rayon des fortifications. Ces relevés concernent dans un premier temps les environs des futurs ouvrages de la ceinture des forts détachés de Strasbourg.

Jeudi 11 avril 1872

Pour permettre l'expropriation des terrains situés sur la rive gauche du Rhin, conformément aux lois françaises encore en vigueur, l'empereur Allemand Guillaume 1er signe une ordonnance autorisant les expropriations des terrains pour la construction des futurs forts détachés de Strasbourg sur la base de la loi sur les expropriations pour le bien public du 3 mai 1841 et de la loi sur l'expropriation et de la réquisition temporaire de bien privés dans le but de la construction urgente d'ouvrages de fortification du 30 mars 1831.

Mai 1872

Le Generalmajor Alexis von Biehler apporte les dernières corrections à l'emplacement des forts.

Lundi 8 juillet 1872

Loi de l'empire allemand répartissant les sommes payées par la France au titre des dommages de guerre : 19 millions de Thalers (soit 71 250 000 francs de l'époque) sont destinés aux travaux de fortification sur le territoire annexé d'Alsace-Lorraine, c'est-à-dire essentiellement pour les places de Metz et de Strasbourg.

Août 1872

Création provisoire à Strasbourg d'une commission spéciale dénommée Inspection impériale des nouvelles fortifications de Strasbourg, commandée initialement par le colonel Klotz du corps des ingénieurs militaire allemand.

Samedi 28 septembre 1872

La cérémonie de pose de la première pierre de l'ensemble des nouvelles fortifications de Strasbourg a été célébrée le 28 septembre 1872 sur
le chantier du Fort n°5 à Oberhausbergen. Il s'agit d'une date symbolique, celle du deuxième anniversaire de la chute de la place de Strasbourg et de l'entrée des troupes allemandes. Il y aura également des petites cérémonies de pose de la première pierre dans divers ouvrages. Aucune cérémonie de ce type n'a été rapportée par la presse pour le Fort n°1.

Lundi 7 octobre 1872

D'après la presse locale, les travaux de déboisement sont en cours sur le site du futur Fort N°1, à la Robertsau, au lieu-dit Niederwald.

Jeudi 5 décembre 1872

La presse locale publie un article en réponse aux critiques émises lors des débats du conseil municipal de Strasbourg du 15 novembre 1872 au sujet de l'autorisation de déboisement d'une surface d'environ 22 hectares au profit de la construction du futur Fort I au Beckenwoerth.

Vendredi 20 décembre 1872

Adjudication de la construction des trois forts à fossé plein d'eau situées sur la rive gauche du Rhin (côté Alsacien), dont celui du Fort N°I, Fort Wantzenau (actuel Fort Ney). La presse locale et officielle en a publié le texe: « Adjudication pour la construction de 3 forts dans les environs de Strasbourg. Le 20 décembre 1872, le matin à 10 heures, doivent être soumissionnés par entreprise générale au bureau du service de fortification de Strasbourg les trois forts situés sur la rive gauche du Rhin, près de la Wantzenau, Illkirch et au sud d'Ostwald, etc. ». Le Fort n°1 considéré comme un grand fort détaché nécessite environ 195 000 m3 de terrassement et 30 000 m3 de maçonnerie. La durée de construction est fixée à 3 ans au maximum. D'après la presse locale, la construction de ces trois forts à fossés en eau est finalement confiée au consortium d'entrepreneurs dénommé « Pathe, Jerschke et Schneider ».

Février 1873

Sur les chantiers des cinq premiers forts détachés de Strasbourg on a constaté le départ d'une partie des ouvriers italiens. Ils ont quitté Strasbourg pour travailler sur le chantier du tunnel du Saint-Gothard qui vient de s'ouvrir. A priori ces travaux sont mieux rénumérés et surtout plus proches de chez eux. Malheureusement c'est un chantier qui fera beaucoup de victimes.

1er février 1873

Un journal militaire allemand du 1 février 1873 a publié l'article suivant au sujet de la future construction des trois forts à fossé plein d'eau de la rive gauche du Rhin à Strasbourg : « On a soumissionné il y a quelques semaines les travaux de trois forts situés sur la rive gauche du Rhin, de Graffenstadt, de la Wantzenau et d'Illkirch, qui exigeront une somme d'environ sept millions. Les maçonneries de ces forts seront exécutées avec les matériaux tirés de la place de Phalsbourg : ces maçonneries seront payées à l'entrepreneur comme matériaux neufs à charge par lui de procéder à la démolition de Phalsbourg. L'ordre dans lequel on se livre à la construction des forts de Strasbourg est remarquable ; on commence à élever d'abord les ouvrages tournés vers la France ; on travaillera que plus tard à ceux qui doivent compléter sur la rive droite du Rhin le système de défense de la ville. Le temps nécessaire pour l'achèvement de ces ouvrages est encore indéterminé ; la première chose à faire est de pousser les travaux de terrassement assez activement pour être à même de résister à une attaque plus ou moins prochaine des Français ».

Lundi 17 et mardi 18 février 1873

Vente aux enchères par la municipalité de Strasbourg du bois des arbres abattus au profit de la construction du Fort I : le 17 février 1873 avec 1 090 troncs de chêne et le 18 février 1873 avec 384 troncs d'orme, 1 tronc de hêtre, 104 troncs de chêne, 3 érables, 1 tilleul, 3 cerisiers, 28 noyers, 1 pommier, et divers branchages. Le bois est entreposé sur les rives de l'Ill, un fleuve navigable. Il peut donc être transporté à destination par le Rhin, le canal de la Marne-au-Rhin ou le canal du Rhône-au-Rhin. Le transport doit être exécuté avant le 12 mars 1873.

15 mars 1873 environ

Les travaux de construction des trois forts détachés à fossé plein d'eau de la rive droite du Rhin, c'est-à-dire le Fort I, Fort Fransecky, le Fort VIII, Fort von der Tann et le Fort IX, Fort Werder, commencent au printemps 1873. Pour le Fort I, Fort Wantzenau, Fort Fransecky, ils
commencent vraisemblablement vers le milieu du mois de mars 1873, puisque lors de l'adjudication du bois, les conditions particulières de la vente aux enchères du bois précisaient que ce dernier devait être évacué avant le 12 mars 1873.

Une cantine a été érigée pour héberger et nourrir les ouvriers sur le chantier du Fort I. Elle appartient à Monsieur Geißler. Les prestations de cette cantine sont payées à l'aide de jetons-monnaie. Sur la représentation suivante quelques exemples retrouvés par des numismates. Ce
système de rémunération permettait de garder les ouvriers sur place et devait permettre de conserver le secret des travaux.

Mercredi 8 juillet 1873

Accident du travail. Le 8 juillet 1873 vers 15 heures, un ouvrier contracte un coup de soleil et décéde une heure plus tard. Le malheureux se nommait Johann Müller, il avait 52 ans et venait du district de Müllheim au Pays de Bade.

Lundi 1erseptembre 1873

Les 12 premiers forts détachés de Strasbourg sont baptisés par l'ordonnance impériale du 1er septembre 1873. Les noms des plus illustres personnages qui ont eu un rôle ou un commandement important pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871 seront utilisés à cet effet. Les personnages les plus importants pour les grands forts, et les autres pour les forts de taille moyenne. Ces noms seront en vigueur jusqu'en 1918 et pendant l'occupation de fait allemande de mi-juin 1940 au 23 novembre 1944. Initialement, le nom était inscrit au-dessus de l'entrée de la poterne principale, sur la façade de gorge, à l'aide de lettres métalliques, en étain doré à la flamme. Dans chaque fort, au niveau de la pièce du commandant du fort, on trouvait en règle générale le portrait offert par l'illustre personnage du nom qu'il portait. Le Fort n°1, Fort Wantzenau, prend donc le nom de Fort Fransecky.

Biographie du général von Fransecky (1807-1890).

Le général prussien Eduard Friedrich von Fransecky est né à Gerdern le 16 novembre 1807. Il a commandé la 7ème division de la 1ère Armée du prince Friedrich-Karl lors de la bataille de Königgrätz où il a tenu avec ses troupes, durant de longues heures, le bois de Svibwald soumis à d'importants tirs d'artillerie, et par cela, a particulièrement contribué à la victoire. Durant la guerre de 1870 / 71, il était le général commandant le II. Armeekorps et participa avec celui-ci, aux combats de Metz et de Paris. Il est le premier commandant du 15ème corps d'armée allemand « XV. Armee-Korps » (20 mars 1871 - 1879). Ce corps nouvellement créé tient garnison en Alsace-Lorraine, dans les territoires annexés à l'empire. Très rapidement ce corps d'armée deviendra un des corps les plus puissant de l'empire allemand, avec un effectif de pratiquement deux corps d'armée. Le général commande les troupes et le territoire de ce corps, qui s'étendait à l'époque de Colmar à Strasbourg, de Bitche, Sarrebourg à Metz et Thionville. L'état-major était dans l'actuel Palais du gouverneur, rue Brûlée à Strasbourg. Le « General der Infanterie » von Fransecky a notamment été décoré le 25 janvier 1873 de la grande croix du mérite militaire royale et impérial « Grosskreuz der kgl. kaiserlichen Militär-Verdienst-Orden ». En 1879, il est nommé gouverneur militaire de Berlin. Il décède le mai 1890 à Wiesbaden.

Vendredi 19 septembre 1873

Au Fort Fransecky, la cantine de Monsieur Geißler a été ravagée par un incendie qui s'est déclaré le 19 septembre 1873 à 19h30. En l'espace d'une demi-heure le bâtiment avait été réduit en cendre, encore avant que l'on arrive à faire venir une pompe à incendie. La cantine était assurée pour un montant de 24 000 francs par la société « La Patrie ». Le résultat de l'enquête qui a suivie n'est pas connu.

Janvier 1874

D'après une fiche de renseignement française, on a commencé l'installation des lignes de télégraphie souterraines souterraines qui doivent relier les forts entre eux et ensuite ces derniers à la ville de Strasbourg. Ces travaux doivent s'achever dans trois mois.

Dimanche 1er mars 1874

La presse locale nous donne quelques précisions concernant la construction des nouvelles fortifications de Strasbourg, avec un article daté du 1er mars 1874 : « Douze forts ont été construits ou sont actuellement en cours de construction : le Fort Fransecky, situé dans la forêt de la Wantzenau, a exigé le déboisement d'une partie des bois communaux de la ville. Commencé au printemps dernier, ce fort ne doit pas être terminé maintenant ; il est probable, en effet, que les ingénieurs allemands ont rencontrés des difficultés à asseoir un fort sur ces terrains d'alluvions à demi inondés. Le fort aura ses fossés pleins d'eau. Il est destiné à commander, avec le Fort Blumenthal, le cours inférieur du Rhin. Il bat, d'ailleurs, la chaussée de Lauterbourg et la vallée... Le terrain entre les forts sera rempli par des batteries d'annexion ou intermédiaires, chacune de huit pièces, probablement, dit la Gazette de Silésie, des canons de 12 c. et des mortiers de 21 c. ».

Lundi 5 octobre 1874

Le plan projet du Fort I, à l'échelle 1/500, a été réalisé par le service des fortifications de Strasbourg « Fortifikation Straßburg ». Il était joint au dossier d'estimation du coût des travaux qui porte la date du 5 octobre 1874. Il a été signé par le lieutenant du génie et ingénieur « Ingenieur Premier Lieutenant » Hüschmann, dont le nom est gravé au-dessus du porche d'entrée de la poterne principale et par l'ingénieur de la place et commandant du génie « Major und Ingenieur vom Platz » Herrfahrdt, et contresignée par deux personnels de l'inspection du génie de Strasbourg. Par ailleurs, une série de plans spécifiques d'aménagements des chaussées reliant le Fort Fransecky à la route de la Wantzenau et à la Robertsau ont été également établis en 1874. Compte tenu de la position du fort au bord de l'Ill, il a donc nécessité de nombreux travaux pour le relier au réseau routier existant.

Plan projet de 1874 (Source: Archives GSTA Berlin-Dalhem).

31 décembre 1874

Ordonnance impériale instaurant le Reichsmark en Alsace-Lorraine à compter du 31 décembre 1874.

Jeudi 1er avril 1875

A priori l'essentiel des travaux de gros œuvre sont pratiquement achevés le 1er avril 1875, puisqu'un article tiré d'un journal allemand du 3 avril 1875 indique que les trois forts à fossés pleins d'eau situés sur la rive gauche du Rhin, sont occupés depuis le 1er avril 1875 par une garnison permanente : « Les casemates sont maintenant complètement terminées dans les forts de la rive gauche à fossés pleins d'eau, c'est-à-dire dans les forts Fransecky, Tann et Werder, et assez sèches pour pouvoir être habitées. En conséquence, à dater du 1er avril, ces forts ont été occupés par une garnison permanente, et non plus par des détachements relevés chaque jour ». Mais compte tenu que d'autres auteurs indiquent comme date de fin de travaux l'année 1876, vraisemblablement l'essentiel des travaux étaient terminés pour que le détachement de garde puisse y séjourner.

Jeudi 9 mars 1876

Les travaux de gros œuvre sont complétés par divers aménagements comme l'installation de parquet, de portes, de fenêtres, de râteliers à fusils, de deux cuisines, de volets métalliques, de couvercles de puits de lumière, ainsi que l'aménagement et la consolidation des fossés et des évacuations d'eau.

Samedi 1er juillet 1876

A Strasbourg, en règle générale, lorsque les travaux de construction des forts détachés s'achèvent, on organise souvent un exercice de forteresse sur le site. La presse locale fait en effet état d'un exercice de forteresse au Fort Fransecky : « 1er juillet 1876 : exercice de forteresse au Fort Fransecky auquel participe une compagnie du régiment d'infanterie saxon n°105 portée à l'effectif de guerre. Après l'occupation des positions prévues, la compagnie a été inspectée par le gouverneur ».

Mardi 26 septembre 1876

Adjudication de la livraison et de l'installation de 36 couvercles de puits de lumière en fer forgé et grillage, et de trois ponts levis en fer forgé et fer laminé destinés vraisemblablement aux forts à fossé plein d'eau de la rive gauche du Rhin (Fort Fransecky, Fort Tann et Fort Werder).

Mercredi 18 octobre 1876.

La presse locale nous informe que le mercredi 18 octobre 1876 matin à 10 heures, doivent être adjugés au bureau local du service des Fortifications « Kaiserliche Fortification » les travaux de fascinage nécessaire à la consolidation des berges des fossés des forts Fransecky, Tann et Werder. La livraison du matériel est comprise dans l'adjudication.

7 novembre 1876

La presse locale nous informe que le Prince héritier (Frédéric III) offre son portrait pour le Fort Veste Kronprinz et que ce dernier sera immédiatement accroché dans la chambre de l'officier commandant le détachement de garde comme l'ont été les portraits offerts auparavant, c'est-à-dire comme pour le Fort Bismarck et le Fort Fransecky, offert par les hommes célèbres dont ils portent le nom.

Jeudi 3 mai 1877 : après-midi

A l'occasion de la première visite officielle de l'empereur Guillaume 1er (Kaiser Wilhelm I) en Alsace-Lorraine, du mardi 1er au vendredi 4 mai 1877, il a visité les forts et notamment le Fort Fransecky. A cette occasion la navigation sur l'Ill qui passe à proximité du fort a été interdite. D'après le programme et les comptes rendus publiés par la presse locale, le cortège impérial est sorti de la ville le jeudi 3 mai 1877 après-midi par l'ancienne porte des Juifs « Judenthor », il est passé devant les Contades au niveau de la porte des Pêcheurs « Fischerthor », à l'Orangerie, a traversé la Robertsau, a pris à gauche en direction du Fuchs-am-Buckel jusqu'au Fort Fransecky (d'après une chronique locale il serait également passé à la Wantzenau). Puis ils ont pris la direction de Mundolsheim, Oberhausbergen, Niederhausbergen, le chemin vers Schiltigheim, sont passés devant le cimetière Ste-Hélène et revenue par l'ancienne porte de Pierre « Steinsthor » et la Steinstrasse. Le cortège impérial comportait de nombreuses voitures. Dans la 1ère, un officier de la gendarmerie suivi de deux gendarmes montés, dans la 2ème le gouverneur de la place forte general von Schachtmeyer et le directeur de la police Polizeidirektor Back, dans la 3ème le général commandant, dans la 3ème le président supérieur "Oberpräsident" von Möller, dans la 4ème sa Majesté l'Empereur accompagnée par le prince héritier, et enfin les voitures de sa cour. L'empereur portait à priori le petit uniforme de parade de l'infanterie avec casque "kleine Infanterie-Parade-Uniform mit Helm" ; le prince héritier portait l'uniforme de colonel du 2. Schlesischen Dragonner-Regiment Nr. 8 (bleu ciel et jaune). Les plus hautes autorités montèrent dans des calèches attelées "à la Daumont", attelés de quatre Hongres munis d'un harnachement en argent "Tralehner-Rassenhengsten" de grande taille. Les attelages et les cochers et servants venaient de la maréchalerie impériale de Berlin "kaiserliche Marstalle zu Berlin". Parmi les autorités qui l'accompagnaient, on peut signaler la présence du Feldmarechal Graf von Moltke commandant l'état-major général allemand accompagné par son aide-de-camp "Adjudanten", du colonel Leclerc, du général inspecteur du corps du génie et des ingénieurs "General von Biehler" et du ministre de la guerre, du général von Kameke, d'un officier russe de la cour impériale, le général von Reutter, attaché militaire de la Russie, du chef du cabinet militaire von Albedyll, de deux aides de camp du prince héritier, du colonel Mischke et du colonel von Liebenau, ainsi que du maître des cérémonies, le Graf von Verponcher.

Sur leur parcours ils ont été salués par la foule, on avait mis en place toutes les autorités municipales, les écoles, les associations, les chorales et des groupes de paysans à cheval, provenant des agglomérations situées à proximité et ont avait décoré tout le parcours. En effet après le Fort Fransecky, le cortège est à franchit l'Ill sur un pont flottant installé par le génie allemand à la hauteur de la l'actuelle ferme avicole Michel (d'après l'histoire de la Wantzenau) et prend la direction de Hoenheim. Dans une lettre adressée à son frère, le Feldmaréchal
comte de Moltke dit qu'il était étonné de ne pas avoir entendu de manifestations d'hostilité lors de la visite de l'Empereur en Alsace, contrairement à ce qu'il subit régulièrement dans le sud de l'Allemagne. Sur leur parcours ils ont été salué par la foule, on avait mis en place toutes les écoles, associations et chorales des agglomérations traversées et décoré tout le parcours. 

Lundi 13 août 1877

Accident tragique près du Fort Fransecky : le fils du garde des fortifications « Wallmeister » s'est noyé lors d'une baignade dans l'Ill derrière le fort.

Mercredi 15 août 1877

Inspection des installations de télégraphie militaire de la place forte par le colonel « Oberst Fahland ». La visite concerne les stations télégraphiques des forts, ainsi que celle du gouvernement, et à cette occasion on a examiné l'utilité des câbles souterrains.

Mardi 22 mai 1877

Le service des fortifications de Strasbourg « Fortifikation » a publié à deux reprises l'annonce concernant l'adjudication du droit d'utilisation des herbages au plus offrant pour une durée de quatre années de 1877 à 1880 inclus et du lot de pêche du Fort Fransecky, pour une durée de 9 années, de 1877 à 1885 inclus le mardi 22 mai 1877. La location de la première année doit être payée immédiatement en liquide, et les modalités de payement des autres années sont communiquées ultérieurement. Les candidats à la location sont informés que les gardes du génie "Wallmeister" ont été avisés de faire visiter les parcelles à compter du 15 mai 1877.

Mercredi 29 mai 1878

Adjudication de la livraison des 72 cuves de cuisine en fer forgé et des plaques de cuisson en fonte correspondantes et de 18 cuisinières, à monter sur place, à priori pour les neuf forts détachés de la rive gauche. Tous les grands forts sont munis de deux cuisines complètes installées dans chaque aile du casernement. Le service des fortifications réalise également une série de plans pour l'installation de l'évacuation des eaux de cuisine des trois forts à fossés plein d'eau de la rive gauche du Rhin.

1879

Installation de garde-corps sur les deux grandes rampes des épaules des forts à fossé plein d'eau : Forts Fransecky, Tann, Werder, Schwarzhoff, Kirchbach, Bose et Blumenthal.

1882

Installation de paratonnerres sur les magasins à poudre des forts à fossé plein d'eau : Forts Fransecky, Tann, Werder, Schwarzhoff, Kirchbach, Bose et Blumenthal.

1883

Dans le Manuel complet de fortification publié en 1883, J.H. Plessix donne les informations suivantes sur le Fort Fransecky : « Le fort n°1, dit fort Fransecky, est situé près de la rive gauche du Rhin, entre l'Ill et le fleuve, dans un coude de l'Ill et à 5 000 mètres de l'enceinte. C'est un fort à fossés plein d'eau, entouré à gauche par l'Ill et à droite par des bras du Rhin, dont les îles boisées augmentent la valeur défensive de l'ouvrage. Il bat la route de Lauterbourg et le chemin de fer de Germersheim ».

1884

En France, en 1884, le lieutenant-colonel Hennebert publie la troisième édition de son ouvrage dénommé l'Europe sous les armes. A
propos de la place forte de Strasbourg et du Fort Fransecky il publie ceci : « A l'entour de ce noyau central, le maréchal de Moltke a fait construire des forts détachés. Sur la rive gauche du Rhin, s'échelonnent en hémicycle : le fort Fransecky dans la forêt de la Wantzenau, entre le Rhin et l'Ill ; le fort de Moltke, au sud du village de Reichstett ; le fort de Roon, entre le chemin de fer et la route de Wissembourg, à l'est du village de Mundolsheim ; le fort Podbielski, près de ce même village ; le fort Kronprinz (Prince-Royal), à l'ouest du village de
Niederhausbergen ; le fort Grossherzog von Baden (Grand-Duc de Bade), au nord-ouest d'Oberhausbergen ; le fort Bismarck, au nord de Wolfisheim ; le fort Kronprinz von Sachsen (Prince-Royal de Saxe) au nord et près du chemin de fer, entre Holtzheim et Lingolsheim ; le fort von der Thann, rive gauche de l'Ill, près du chemin de fer de Mulhouse, au nord de la station de Geispolsheim ; le fort Werder, au sud-est de Graffenstaden, près du canal du Rhône au Rhin ; le fort Schwarzhoff, construit au milieu des marécages boisés de la rive gauche du Rhin
 ». 26 juin 1886

Une note de renseignement française nous livre les informations suivantes : « Des éboulements se sont produits au Fort Fransecky Wantzenau, on construit en ce moment des murs de soutènements dans cet ouvrage. Le fort se trouvant à une trop grande distance de celui de Blumenthal - Auenheim rive droite il est question de construire un fortin sur une île formée par un bras du Rhin entre la Wantzenau et Auenheim ». Il s'agit de l'ouvrage intermédiaire dénommé Neu-Empert ».

Lundi 18 octobre 1886

Projet de remplacement des volets des casemates des forts et modification du saillant des ouvrages. Une note française de renseignement rédigée à Avricourt nous informe des faits suivants : « Strasbourg,18 octobre 1886. Remplacement des volets des casemates jugés insuffisants et rectification du tracé des forts de Strasbourg. Il paraît que l'on a constaté que la porte et les volets des casemates des forts et de l'enceinte de la place de Strasbourg ne pourraient pas résister aux balles du fusil à répétition français. Pour ce motif, on va les remplacer dans le courant de cet hiver par d'autres en acier Bessemer ».

30 décembre 1886

Ordonnance impériale concernant la construction de 5 ouvrages intermédiaires à Strasbourg. Un ordonnance impériale « A.K.O. » daté du 30 décembre 1886 ordonne la construction de cinq ouvrages intermédiaires « Zwischenwerke » sur la ceinture des forts détachés à Strasbourg. Il s'agit des futurs ouvrages Neu-Empert, Fransecky-Moltke, Baden-Bismarck, Sachsen-Tann, Werder-Schwarzhoff (ces ouvrages prennent en effet le nom des deux ouvrages dont ils renforcent l'intervalle.

Lundi 7 février 1887

Travaux de renforcement des forts de Strasbourg. Une note française de renseignement française 7 février 1887 nous informe des faits
suivants : « Sur un ordre télégraphique arrivé tout récemment de Berlin à Strasbourg, le génie militaire a mis immédiatement en œuvre la construction d'un chemin de fer de ceinture destiné à relier entre eux les forts extérieurs qui entourent la place. L'établissement de ce chemin de fer est prévu depuis longtemps, mais son exécution, d'après les renseignements antérieurs, ne devait
se faire qu'au moment d'une guerre. La ligne se composera d'une voie étroite, pour servir au transport des matériaux, et d'une voie normale, devant servir à l'armement des ouvrages ; cette voie sera raccordée avec le chemin de fer de l'Etat. L'entreprise des travaux a été donnée à la société Heydt et Cie, maison avec laquelle on a traité de gré à gré, et qui est la même que celle chargée des travaux de revêtement au ciment et au béton à exécuter dans les forts. Les travaux, commencés immédiatement sur plusieurs chantiers, doivent être terminés dans le délai de deux mois. Le génie vient de charger M.M. Heydt et Schuster, sans adjudication et au prix du devis, de tous les travaux de renforcement des casemates. Les casemates, abris etc., seront découverts afin qu'on puisse les recouvrir d'une couche de béton. Ce béton sera formé de mortier-ciment et de silex cassé. On conduit déjà du matériel et des matériaux dans les forts pour l'exécution de ces travaux, qui devront être terminés sans faute le 1er avril 1887. A cet effet l'administration militaire, vient de commander 900 wagons de ciment Portland et 1 000 wagons de silex-pierre bleue. Elle vient aussi de commander à M. Schaeffer, tuilier à Achenheim, près Strasbourg,
400 000 briques pour les forts. Il y aura donc aussi beaucoup de maçonnerie, ce qui est tout naturel, car si l'on veut couler du béton, il faut
que les côtés soient fermés par des murs. Les travaux en question sont évalués à 1 million
».

Mercredi 13 avril 1887

Travaux divers concernant les nouvelles fortifications de Strasbourg. Une note française de renseignement relate les faits suivants : Des travaux de réparations seraient en cours au Fort Fransecky suite à un écroulement : « Strasbourg, 13 avril 1887. Le Kriegs Laboratorium (local d'artillerie de la nouvelle enceinte urbaine), situé derrière l'Orangerie, s'écroule, il paraît que les fondations n'en sont pas très solides en raison de ce qu'elles reposent sur du gravier et que le bâtiment est pour ainsi dire situé contre le canal de la Marne au Rhin. On travaille activement à le réparer. Des travaux analogues se font au fort de la Wantzenau (Fort Fransecky) et à celui situé au pied de l'écluse 88, endroit où le canal de la Marne au Rhin débouche dans le Petit Rhin (à 200 mètres du Rhin) ».

1902

Le règlement de garnison de 1902 nous livre quelques informations relatives à la garde du Fort Fransecky. Composition de la garde du fort Fransecky : 1 sergent « Unteroffizier » ou Gefreiter (caporal) et 3 hommes du rang en poste de jour devant la porte, avec cartouches. Ils sont fournis par le Fort Fransecky. Les personnels encasernés au Fort Fransecky fournissent également la garde du Zwischenwerk Neuf-Empert, actuel ouvrage Neufempert : 1 Gefreiter (caporal), avec cartouches, 1 homme du rang de poste de jour, en tant que patrouilleur, avec cartouches.

1912

Le plan des garnisons du XVème corps d'armée allemand de 1912 indique que la cour droite du Fort Fransecky est utilisée en tant que terrain d'exercice du détachement de garde.

Dimanche 28 juin 1914

Sarajevo : 10H15-10H30 environ : Assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand, prince héritier de la Couronne d'Autriche-Hongrie et de sa femme.

Mercredi 1er juillet 1914

Le 28 juin 1914, le gouverneur militaire de la place forte de Strasbourg von Eberhardt apprend du conseiller municipal Pauli une nouvelle qui allait bientôt se répandre comme une traînée de poudre : le prince héritier d'Autriche et sa femme ont été assassinés à Sarajevo. Les premières semaines de juillet n'allaient pas changer grand-chose à la vie de la garnison de Strasbourg. Aucune instruction ne parvient « d'en haut » pour une quelconque mesure préparatoire à la défense de la place. Dans ses mémoires, le gouverneur ne relate qu'une seule décision : la réalisation de 40 000 brassards blancs, destinés à être tamponnés et distribués aux formations de travailleurs affectés aux travaux de mise en état de défense. On craignait que les hommes de ces formations passent pour des francs-tireurs et soient exécutés s'ils étaient pris par les Français !

Mercredi 15 juillet 1914

Interdit aux avions "Für Flieger verboten". Le président du district "Bezirkspräsident" pense qu'il est opportun de rappeler l'interdiction de survol de la place forte : les vols avec des dirigeables, des ballons à air libres et aéronefs de toutes sortes au-dessus des zones interdites ou le décollage dans de telles zones, sont prohibés s'ils n'ont pas fait l'objet d'une autorisation écrite du "Generallkomando". Les zones interdites sont comprises à l'intérieur des limites suivantes : le Rhin au sud, à partir du pont du Rhin à Drusenheim jusqu'à la limite du district, le long de cette limite jusqu'à la frontière de l'Empire, en longeant la frontière vers le Nord jusqu'à la limite de la Lorraine, près le ligne de voie ferrée Sarrbourg - Saverne, le long de cette ligne par Saverne - Hochfelden - Brumath, puis la route de Weyersheim - Bischwiller - Drusenheim au pont du Rhin.

Jeudi 23 juillet 1914

L'Autriche lance un ultimatum à la Serbie exigeant le châtiment des militants austrophobes et la collaboration de la police autrichienne à l'enquête sur l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. En effet, le 23 juillet, la note autrichienne était remise à la Serbie. Elle ouvrait brusquement la période aiguë de tension politique, entre les puissances européennes intéressées par le jeu des alliances. Dans cette note, le gouvernement de Vienne formulait, entre autres exigences, l'insertion au Journal Officiel de Belgrade d'une déclaration, dont les termes étaient dictés au gouvernement serbe et comportaient, de la part de ce dernier, réprobation formelle de toute menée antiautrichienne. Un délai expirant le 25 juillet à 18 heures était imparti à la Serbie, pour répondre à cette note, qui présentait tous les caractères d'un ultimatum.

Samedi 25 juillet 1914

A 17h50 la Serbie accepte l'ultimatum mais demande quelques explications sur des points touchant à sa souveraineté.

A 18h30, l'Autriche-Hongrie rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie.  

Soir : En France dès que l'on avait appris qu'en Allemagne certaines mesures préparatoires avaient été prises dès le 25 : rappel des officiers permissionnaires, mise en place de la garde de certains ouvrages d'art, travaux et mouvements de troupes pour la mise en état de défense des places de la frontière. Aussi le ministre de la Guerre, M. Messimy, prescrivait par télégramme dans la soirée du 25 juillet une première mesure de précaution, le rappel à leur poste des officiers généraux et des chefs de corps absents de leur garnison.

21h00 : l'Autriche ordonne la mobilisation d'une partie de son Armée contre la Serbie.

Lundi 27 juillet 1914

Le ministère de la Guerre allemand ordonne le rappel des troupes absentes de leurs garnisons et qui, en cas de mobilisation, devaient, pour la protection des frontières et pour des missions spéciales, être « immédiatement » mises sur pied. Il prescrivit aussi la surveillance des grandes stations de télégraphie. L'Allemagne procède en effet a de discrètes mesures de préparation de la mobilisation. Le rappel des permissionnaires a commencé depuis plusieurs jours et les effets de la collection de guerre sont distribués. L'Allemagne effectue des réquisitions et met en place ses troupes de couverture. Le consul général de France à Bâle signale que les officiers allemands en déplacement dans cette partie de la Suisse ont reçu depuis plusieurs jours l'ordre de regagner l'Allemagne ; d'autre part, avis a été donné aux propriétaires de voitures automobiles du grand-duché de Bade de se préparer à les mettre à la disposition des autorités militaires, deux jours après un nouvel ordre. Le secret, sous peine d'amende, a été recommandé sur cet avis.

Mardi 28 juillet 1914

Le chancelier, sur la demande du Ministère de la Guerre prussien, fait appliquer les mesures prévues pour la période de tension politique : surveillance renforcée des voies ferrées par les agents des chemins de fer, dans les régions frontières et dans le district ferroviaire de Berlin

12h00 : L'Autriche déclare la guerre à la Serbie. A Strasbourg : le journal Strassburger-Bürger-Zeitung titre : « Der Krieg zwischen Östreich-Ungarn und Serbien. Was tut Russland ? » La guerre entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Que fait la Russie ?

Soir : Le Statthalter d'Alsace-Lorraine (gouverneur de la province), Dr. von Dallwitz, a abrégé ses vacances à Tarasp et rentre à Strasbourg.

Mercredi 29 juillet 1914

En Allemagne, la mise en place du dispositif de couverture se poursuit. Il se confirme que les réservistes des trois dernières classes auraient reçu leur feuille de mobilisation. La réquisition des chevaux et des automobiles est commencée ; les wagons de la région frontière sont évacués sur l'arrière.

A Strasbourg, le 29 juillet parvient l'ordre du ministère de la guerre de faire garder les hangars d'aviation et des ballons « avec munitions réelles », contre toute action terrestre ou aérienne.

11h00 : Mort en service. Le sapeur-pontonnier "Pionier" Karl Stark de la 1ère compagnie du "Württembergischen Pionierbataillon Nr. 13" (Ulm), qui est entrain de faire des exercices à Kehl, est tombé dans le Rhin et s'est noyé, ce matin vers 11 heures au niveau de Kehl, lors du démontage d'un pont. Stark est le fils d'un maître tailleur de Gründelhardt près de Krailsheim. La presse locale du jour évoque que le milieu du commerce se plaint du fait qu'il est très difficile de changer de l'argent au niveau des guichets postaux ; ce sont surtout les billets de banques qui ne sont acceptés qu'avec grande difficulté par les fonctionnaires. Cette attitude est en relation avec l'actuelle situation particulière. 

13h00 : A Strasbourg, les quatre régiments d'infanterie locaux, qui était sur les terrains d'exercice, reviennent dans la garnison. La presse précise qu'il ne faut pas en conclure qu'il s'agit d'une mobilisation, puisque de toute façon, toutes les troupes devenaient revenir pour le 28 juillet ! Les fonctionnaires allemands reçoivent l'ordre de faire partir leurs familles.

Nuit : A Strasbourg, dans la nuit du 29 au 30 juillet, l'ordre fut également donné de construire, pour les fortifications de la frontière, tous les emplacements de troupes et de batteries, dont la construction était prévue en deçà de la frontière.

Jeudi 30 juillet 1914

Préparation de la mobilisation : on ne laisse plus rentrer les automobiles en France. Les Alsaciens-Lorrains ont interdiction de passer la frontière. Une patrouille de cavalier allemands viole notre frontière à Xures. La frontière du Luxembourg est garnie de troupes allemandes. Allemands et Autrichiens quittent Paris en masse.

Le 30 juillet 1914, un décret du ministère ordonne que les travaux de mise en état de défense de la place de Strasbourg soient entamés par la troupe à des fins d'exercice, sur les terrains militaires uniquement. Il est encore hors de question de réquisitionner les terrains privés. Il était déjà possible d'entamer les travaux de déboisement des glacis des forts des secteurs défensifs nord-ouest, ouest et sud.

A Strasbourg les préparatifs vont bon train. En début d'après-midi la circulation sur les ponts du Rhin est maintenant sévèrement contrôlée par les fantassins du IR II/105. Des mitrailleuses sont postées sur les tours du pont en défense contre avion. Des pièces d'artillerie sont aussi déployées en DCA sur le nœud ferroviaire des lignes Kehl - Appenweier et Auenheim sur la rive droite du Rhin, car il est capital pour l'acheminement des troupes.

19h25 : Un télégramme de l'inspection générale du corps des ingénieurs et du génie arrive de Berlin : « Entamer les préparatifs pour la construction de la Position de la Bruche, de manière à ce que les travaux puissent commencer dans les meilleurs délais » !

Les tensions politiques devenaient de plus en plus perceptibles ; Le Gouverneur voudrait bien prendre davantage d'initiatives pour préparer la défense de la ville en raison de la dégradation rapide des relations entre la France et l'Allemagne et faire face à la guerre qui est, on le sent bien, désormais inéluctable. Le gouverneur von Eberhardt reste cependant lié aux autorités civiles de Strasbourg et ne souhaite pas compliquer la situation. Des négociations sont entamées en vue de d'anticiper les mesures d'approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà entamées en vue d'anticiper les mesures d'approvisionnement à prendre en cas de mobilisation. Celles-ci sont déjà planifiées pour la garnison, mais il reste à déterminer si des stocks suffisants sont disponibles pour la population civile en cas d'investissement de la place forte.

Vendredi 31 juillet 1914

14h00 : A Strasbourg, vers 14 heures, arrive l'ordre de Berlin de construire le Pont de Guerre n°IV sur le Rhin, au port du Rhin, au nord du pont-route. Celui-ci devrait pouvoir augmenter les capacités de franchissement du fleuve, complétées ultérieurement par l'édification d'autres ponts du même type.

14h30 : A Strasbourg arrive un nouveau télégramme du ministre de la guerre : « Danger de guerre imminent » ! Bien que cette missive ait été attendue du ministère de la guerre, elle permet enfin au Gouverneur militaire de disposer des pleins pouvoirs et de prendre toutes les dispositions jugées urgentes.

19h30 : Wantzenau (à proximité du Fort Fransecky), journal de l'Abbé Aloys Postina : Deux voitures avec deux sous-officiers arrivèrent chez le maire ce soir et ramenèrent les affiches sur la mise en état de guerre de l'Alsace-Lorraine. Les voitures poursuivirent ensuite leur route, accompagnée pour chacune, d'un soldat et d'un citoyen de la Wantzenau, vers Kilstett, Gambsheim, Hoerdt et Weyersheim, pour transmettre les ordres. Vers 19h30, l'annonceur municipal annonça aux habitants le passage en état de guerre, et les avis sont collés sur les murs. Partout on aperçoit des groupes d'hommes qui parlent de la guerre. Des femmes sanglotant se mêlent à ses groupes. Au même moment, une troupe de jeunes de 15 à 17 ans, passe dans les rues du village, criant plus qu'ils ne chantaient. Quel paradoxe ! Encore au cours de la même soirée, les passages à niveaux sont gardés par l'armée. La Wantzenau est un des villages situés devant la ligne de défense
principale, qui doit être mis en état de défense. Compte tenu qu'il est situé devant le fort Fransecky, nous allons régulièrement suivre les informations données par cet abbé.

Samedi 1er août 1914

A Strasbourg, le journal Strassburger Bürger-Zeitung nous livre cet article : « La décision concernant la guerre européenne est tombée ! ».
« Hier, la Russie a lancé l'ordre de mobilisation générale. Dans la foulée, conformément à l'article 68, l'empereur Guillaume II a immédiatement l'état de danger imminent de guerre. L'Allemagne a lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle précise sa position et ordonne l'arrêt de sa mobilisation dans un délai de 12 heures et une demande à la France sur sa position en cas de guerre entre l'Allemagne et la Russie ».

18h00, place forte de Strasbourg : L'ordre de mobilisation générale était donné pour le 1er août, à 18 heures. Cette mobilisation préparée laborieusement et avec minutie, allait pouvoir commencer. Avec leurs effectifs du temps de paix, les troupes de couverture de la frontière reçurent l'ordre de mouvement et gagnèrent leurs secteurs, ainsi que les détachements chargés de la protection des lignes de chemin de fer et des principaux ponts.

La Wantzenau, extrait du journal de l'Abbé Aloys Postina « La nuit était calme. La population est démunie de toute volonté de travailler, et pourtant il a encore tant à faire ! Le soir, entre 18 et 19 heures, l'appariteur municipal diffuse ce communiqué : Le 2 août est le premier jour de mobilisation générale ».

19h00 : l'Allemagne déclara la guerre à la Russie.

Soir : La Wantzenau, extrait du journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier soir (samedi) et ce matin (dimanche), les barques de pêcheurs ont été ramenées à Gambsheim, le pont du Rhin a été coupé au cours de dimanche après-midi et transféré en aval sur le Rhin ».

23h30 : La Wantzenau, journal de l'Abbé Dr. Aloys Postina : « Cette nuit, dès 23h30, des jeunes hommes, et parmi eux quelques hommes mariés, quittèrent le village. Douloureux adieux à la gare ! Par affichage, le communiqué suivant a été rendu public aujourd'hui : Tous les jeunes hommes et hommes de 17 à 45 ans relèvent de l'obligation d'entrer dans le Landsturm », et le soir l'appariteur municipal communique : « Tous les hommes du Landsturm qui n'ont pas fait leur service et ceux du Landsturm sans arme doivent se présenter lundi vers 13 heures à Brumath et les hommes du Landsturm avec armes à 14 heures à la caserne Saint-Nicolas (Nikolauskaserne) à Strasbourg.

Le bilan de la mobilisation des Alsaciens-Lorrains dans l'Armée et la Marine impériale allemande.

Environ 220 000 Alsaciens-Lorrains ont été mobilisés dès août 1914, de 20 à 38 ans dans l'armée, de 17 à 20 et de 38 à 45 ans dans le Landsturm (troupes territoriales), dont 8 000 engagés volontaires. Environ 3 000 insoumis ont quitté clandestinement le pays pour rejoindre la France avant la mobilisation. A la fin de la guerre, 380 000 Alsaciens-Lorrains, soit plus de 20% de la population totale de la Terre d'Empire Alsace-Lorraine se trouvaient sous les armes. 12 000 Alsaciens-Lorrains résidant en France, mais ayant conservés leur nationalité d'origine, se sont engagés dans l'armée française au début de la guerre. 50 000 meurent sous l'uniforme allemand, 150 000 seront blessés et environ 25 000 seront faits prisonniers.

Dimanche 2 août 1914

Matin : les troupes allemandes occupent le Grand-Duché de Luxembourg.

Place forte de Strasbourg : Le commandant en chef de l'armée allemande, le Generaloberst von Moltke, a transmis au Gouvernement militaire un extrait de l'organisation de marche de l'armée. La place forte était placée sous l'autorité de la VII. Armee commandée par le Generaloberst von Heeringen, avec le XIV. Armeekorps du général von Huene, le XV. Armeekorps du général d'infanterie von Deimling et le XIV. Reserve AK, ainsi que la 7ème division de cavalerie. Les XIV. Et XV. AK sont des corps d'active, ils seront prêts en quelques jours, tandis que le XIV. Res. AK, en cours de constitution dans le pays de Bade sous les ordres du général d'artillerie von Schubert, mettra plus de temps à rejoindre ses positions.

La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « 120 hommes ont reçu les Saints Sacrements. Beaucoup ont versé des larmes. Aujourd'hui l'église était comble, et le silence et le recueillement prédominaient, une ambiance que je n'observais que très rarement. Le curé donna l'autorisation de rentrer les récoltes cet après-midi, puis de nombreux hommes devront partir prochainement et que les chevaux doivent être conduits mardi à Schiltigheim. Hier soir et ce matin, les barques de pêcheurs ont été ramenées à Gambsheim, le pont du Rhin a été coupé au cours de dimanche après-midi et transféré en aval sur le Rhin ».

Lundi 3 août 1914.

Le journal Strassburger Bürger-Zeitung publie dans le cadre de l'état de siège le communiqué officiel du gouvernement de la place : Interdiction d'envoyer des missives privées contenant des renseignements sur les mouvements de troupe et les ouvrages de fortification ;

Interdiction de monter sans autorisation sur la plate-forme de la Cathédrale ; Interdiction de posséder des pigeons, tous les pigeons détenus doivent immédiatement être tués ; Toutes les personnes qui n'ont pas le statut de fonctionnaire d'Etat ou d'officier doivent immédiatement remettre toutes leurs armes au bureau de police ; Interdiction d'exporter des vivres et des matériaux stratégiques.

10h00 : La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin, 300 hommes ont reçu les Saints Sacrements. Vers 10 heures, une grande partie d'entre eux a quitté le village. Les jeunes gens chantaient : « O Strassburg, o Strassburg, etc. », « A présent adieux, mon pays bien aimé, etc. », mais au ton de la chanson on constatait qu'il ne chantait pas avec cœur. Le pharmacien est également parti aujourd'hui alors que le médecin a déjà été incorporé hier. Cette nouvelle locale a encore plus aggravé l'anxiété des habitants ».

18h40 : l'ambassadeur Allemand remet une lettre déclarant l'état de guerre avec la France.

Soir : le gouvernement belge refuse l'ultimatum allemand demandant le libre passage de ses troupes. 

Mardi 4 août 1914

5h30 : La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin vers 5h30, les chevaux ont été emmenés à Schiltigheim, 92 chevaux et 10 voitures ont été réquisitionnés, pour lesquels ont été payé 150 000  M. C'est vrai, il s'agit d'une belle somme, mais avec cela on ne pourra pas rentrer la récolte dont la moitié est encore dehors ! A présent, environ 400 personnes du sexe masculin ont quitté le village. Le pharmacien est revenu ce matin, il a droit de rester ici ».

10h00 : La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « L'appariteur municipal a fait le communiqué suivant : Le service des subsistances militaires « Proviantamt » de Strasbourg achète des moutons et des porcs, et aujourd'hui, l'administration militaire à Brumath, achète des animaux à abattre ».

12h00, Strasbourg place forte : ordre secret du Gouvernement de la place adressé aux bataillons de travailleurs : « Strasbourg, le 4 août 1914. Gouvernement. En ce qui concerne l'annexe des mesures de mobilisation du Gouvernement de la place forte du 25 mars 1914, Ib. N° 180 « Secret », les ordres complémentaires suivants sont donnés. Pour le ravitaillement des travailleurs des vivres ont été entreposés conformément à la liste suivante. La perception de ce fait contre un reçu, comme suit : Pour le secteur Nord au dépôt de Schiltigheim.... Si les travailleurs sont en mesure d'assurer eux-mêmes leur subsistance ou si des restaurateurs prennent en charge leur alimentation contre une somme de 1,20 M par personne, cela est naturellement souhaité. Les factures doivent mentionner le nombre de portions et le poids de la nourriture. La réception se fait toujours quelques jours auparavant. L'installation des points de cuisson « Kochstellen » et la préparation des repas est à la charge individuelle des autorités ou réalisé en commun conformément à l'annexe 9 des mesures de mobilisation. Des marmites pour la cuisson « Kochkessel » sont disponibles en nombre suffisant dans les communes. Il suffit de les demander à la mairie (Bürgermeisteramt). La modification des listes de dépôts « Speisezettel » peut être nécessaire.

Vendredi 7 août 1914

Strasbourg place forte : ordres du Gouvernement. Strasbourg, le 7 août 1914. Concerne l'utilisation des bataillons de travailleurs et des parcs de voitures de la mise en état de défense « Armierungsfuhrparks ». « Les bataillons de travailleurs et les parcs de voitures ne doivent être employés que dans leur secteur, conformément à la répartition faite dans les annexes 3 et 4 de la Mobilisation. Tout emploi en dehors de leur secteur nécessite l'autorisation du Gouvernement. Cette consigne est également valable pour les bataillons de Landsturm et les compagnies de complément de réserve « Ersatz-Reserve-Kompagnien ». Toutes les voitures et les chevaux d'un secteur sont affectées à la compagnie du train de forteresse du Landsturm « Festungs-Train-Kompagnie ».

Secteur Nord : 1. Landsturm-Festungs-Train-Kompagnie (Reichstett), affecté au bataillon de travailleurs I Reichstett.... Les besoins en voitures pour le transport des vivres au profit des bataillons de travailleurs, des compagnies de complément de réserve « Ers. Res. Komp. » et des bataillons de Landsturm doivent être prélevés dans leur parc de voitures. Les bataillons de travailleurs doivent détachés des personnels chargés de soigner les chevaux « Pferdepfleger » jusqu'à ce que les militaires du rang manquants soient complété conformément à l'effectif de l'état de guerre.

Lieu de déploiement et commandant des bataillons de travailleurs.

Secteur Nord :  Arbeiter-Bataillon I : Reichstett (mairie) ; (Hptm. Heitz)

Arbeiter-Bataillon III : Reichstett ; (Hptm. Heitz) ».

Samedi 8 août 1914

La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Le calme règne dans le village. Les gens rentrent le blé ; quelques soldats apportent leur aide ». « Après la messe, le communiqué suivant a été fait devant l'église : l'administration de la commune reçoit de la farine du
« Gouvernement » (de la place) et le cède aux familles contre un règlement numéraire. Les gens continuent d'assurer les transports de blé cet après-midi, à cause du temps incertain ; des soldats apportèrent leur aide. Le journal - dans les premiers jours de la mobilisation générale - ne nous apporta aucune nouvelle sur les combats de la frontière près de Metz
 ».  « Au village on relate les combats dans le Haut-Rhin. Qu'elle est la part de vérité à ces bavardages ? ».

Dimanche 9 août 1914

11h40 : La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Avec le train de 11h40, des prisonniers français sont passés, installés dans trois wagons. Beaucoup de gens se sont précipités à la gare, mais ils ne purent voir un « Käppi » de çà et là. Les journaux confirment la rumeur de hier et annoncent une victoire des troupes allemandes près de Mulhouse. Cette nouvelle apporte de la tranquillité à la population et de la joie chez les soldats séjournant au village, qui fêtent la victoire avec le tintement de la musique et des gobelets jusqu'à la nuit. L'appariteur municipal communique : dans le cercle de Strasbourg, les animaux peuvent être vendus sans billet ». « Communiqué de l'appariteur municipal : un médecin militaire est à la disposition de la population locale dans le logement de médecin local. Les journaux annoncent aujourd'hui une victoire allemande près de Lagarde en Lorraine ».

Après-midi, Strasbourg place forte : « Strasbourg, le 9 août 1914 après-midi. Gouvernement. Ordres du Gouvernement.

1) Télégramme de Berlin du 8 août 1914. Quel que soit les circonstances, aucune nouvelle concernant les armées et flottes ennemies et les faits se déroulant sur les théâtres de guerre ne doivent être publiés, sauf elles sont transmises par le bureau du télégraphe de l'Agence Wolff à Berlin. Le département de la presse de l'état-major général « Generalstabspresse-Abteilung ».

2) a. Les formations de compléments « Ersatzformationen » restés dans la place rendent compte pour le 11.8.14 au Gouvernement, la quantité des effets d'habillement et d'équipement usagés en chiffre ronds qu'ils ont encore en stock, pour les effets suivants : Waffenröcke (vestes), Attila's, Litewken, Tuchhozen (pantalons en toiles), Feldmützen (casquette de campagne), Schnürschuhe (brodequins) et Stiefel (bottes), Brotbeutel (sacs à pain), équipement pour les chevaux et harnachements.

b. Les unités et les autorités sont informées que toutes les questions relatives à l'administration doivent être posées au service concerné.

3) Le magasin de cigarettes von Böhle près du pont au Corbeaux à Strasbourg est à nouveau autorisé pour les militaires.

4) Toutes les unités doivent laisser en place les dotations en couvertures et linge dans les quartiers d'hébergement. Sinon le service de la garnison n'est pas en mesure de répondre aux besoins des autres unités.

5) J'ordonne que toutes les troupes commencent immédiatement l'instruction au combat et que cette activité soit développée. Signé von Eberhardt. Generalleutnant und Gouverneur.....

7) Les chefs de corps des bataillons d'artillerie et les autorités du service des fortifications sont autorisées à accepter et embaucher des travailleurs pour les employer immédiatement.

8) Les commandants de secteurs prennent en charge la surveillance des bataillons de travailleurs, prennent les décisions nécessaires concernant le ravitaillement en vivres et l'hébergement, et règlent les détachements de personnels de surveillance. Dans toutes les localités, il faut désigner des commandants de locaux « Ortskommandant ». Les ordres pour les bataillons d'artillerie « Art. Batle » sont diffusées à compter de maintenant par les commandants de secteurs ».

Jeudi 13 août 1914

La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, dix barques ont été remises à la disposition des pêcheurs. De partout arrivent des cartes de la poste militaire de campagne « Feldpostkarten » qui annoncent que tout va bien pour l'instant. Les journaux diffusent la dernière liste des pertes : 3 Alsaciens sont morts ». ordonnés avec les différents comités des dépôts, et les souhaits doivent y être soumis. La nourriture pour les chevaux de la mise en état de défense doit être perçue aux mêmes endroits. Les dépôts de vivres seront en mesure de distribuer la nourriture à compter du 3e jour de mobilisation... ».

Vendredi 14 août 1914

8h00 : Offensive française en Lorraine et dans les Vosges. Les Français passent à l'offensive. C'est le 21e corps d'armée (CA) français du général Legrand-Girarde prend l'offensive dans la vallée de la Bruche à partir de 8 heures. La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Cet après-midi, les hommes hébergés ici du régiment n°137 et du bataillon de Landsturm n°60, ont été mis en état d'alerte. Ils
doivent immédiatement venir à Strasbourg. Les Français doivent être en train d'avancer
(combats de la vallée de la Bruche). La population s'inquiète du départ précipité des troupes, et cette crainte est encore accrue, lorsque les gens, qui rentraient des champs du Wörtel, ont été arrêtés par les soldats en faction au pont de l'Ill, pour leur demander leur laissez passer ».

15h00 : Offensive française de la 1ère armée : La 86e brigade attaque Saint-Blaise à partir de 15 heures, le 1er B.C.P. par l'ouest, le 3e B.C.P. par le nord, mais l'ennemi oppose une résistance acharnée dans la filature.

16h00 : Offensive française de la 1ère armée : Sur sa gauche, le 21e R.I. est immobilisé pendant plusieurs heures avant de reprendre la marche en avant vers 16 heures. Les villages de Saint-Blaise et de Plaine ainsi que les hauteurs autour de Plaine sont entre les mains de la 26e brigade qui a subi des pertes importantes.

19h30 : Offensive française de la 1ère armée : Le 3e B.C.P. poursuit sa progression et atteint Fouday.

Samedi 15 août 1914

Offensive française de la 1ère armée : la 25e brigade française s'est emparée du Donon. Sur l'ordre du général Dubail le 21e corps français emploie la journée du 15 août à se fortifier sur les positions conquises. Des patrouilles ennemies sont signalées à l'ouest de Heiligenberg et au sud de Saverne.

Après-midi : La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « L'affluence pour recevoir les sacrements était très grande. La procession habituelle de l'après-midi a été annulée. Toute l'après-midi, des attelages chargés de ciment partirent de la gare vers les ouvrages de fortification. Même des bovins ont été conduits à partir de la gare pour être abrité dans des étables. Jusqu'à présent il s'agit de 65 bêtes, qui restent à la disposition du service des subsistances « Proviantamt » de Schiltigheim. Hier et aujourd'hui on entendait le grondement des
canons au loin. Les habitants vivent dans la peur à cause du risque de siège de Strasbourg 
». 

Dimanche 16 août 1914

Offensive française de la 1ère armée : Le 16 août, le 21e C.A. reprend sa marche en avant en direction de Schirmeck tandis que le 14e corps doit occuper la Villé et le Champ du Feu, le 13e corps progressant vers Saint-Quirin. L'ennemi se replie devant le 21e corps qui occupe Schirmeck. L'ennemi se replie devant le 21e corps qui occupe Schirmeck. Le général Dubail modifie le dispositif de la 1ère armée en raison de
l'offensive qu'il a déclenchée en direction de Sarrebourg. Il décide de diriger le gros du 21e corps à travers le massif du Donon sur Saint-Quirin et Abreschviller afin de couvrir son offensive face au sud-est. La 13e D.I. est réduite à la 26e brigade, renforcée du 17e R.I., est chargée de barrer la vallée de la Bruche à hauteur d'Herschbach et de Schwarzbach.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Dr. Aloys Postina : « Après la messe, le maire a fait lire ce communiqué : les lampes à pétrole doivent être préparées au cas où la lumière électrique venait à faire défaut ; et au curé il communique personnellement que sur ordre du Gouvernement de Strasbourg, il est interdit de faire sonner les cloches dans le cercle de Strasbourg. C'est ainsi qu'au cours de l'après-midi, à l'occasion de l'office de guerre, nos cloches sonneront pour la dernière fois. Tout de suite après, les militaires montèrent dans le clocher pour y installer un poste de télégraphie. Le soir, l'appariteur municipal fait le communiqué suivant : Celui qui veut abattre des arbres près des forts, doit se
présenter demain avec hache et scie. Salaire journalier : 5 M. Les fusils doivent être remis demain dans la maison communale et tous les pigeons doivent immédiatement être abattus. Hier et aujourd'hui il règne une animation colorée dans les rues. Des femmes et des enfants,
chargés de corbeilles et de paquets, étaient venus ici pour rendre visite à leur mari et pères en uniformes. Qui peut décrire leurs sentiments lors de leurs retrouvailles et de leurs séparations ?
 ».

Lundi 17 août 1914

La Wantzenau, journal de l'Abbé Aloys Postina : « Pour la première fois les croyants viennent à l'église sans que l'on sonne les cloches. Comme cela paraît étrange, et comme cela touche les cœurs humains ! L'après-midi, un attelage apporta au poste de télégraphie dans le clocher des Lanternes et des jumelles ». D'après le plan d'artillerie, un poste d'observation était prévu dans l'église. Il a donc été installé lorsque les troupes françaises se rapprochaient de Strasbourg en passant par la vallée de la Bruche.

Mardi 18 août 1914

6h00 : Le 18 août 1914, tandis que le gros du 21e corps, renforcé de la brigade coloniale du colonel Simonin, fait mouvement vers la région d'Abreschviller - Saint-Quirin, la 13e D.I. reçoit l'ordre de progresser jusqu'à Urmatt. Au lever du jour, le 109e R.I., un bataillon du 17e R.I. et un groupe d'artillerie stationnent à Hersbach et sur les hauteurs au nord-ouest de Wisches. Deux bataillons sont à Russ. Le 21e R.I. est en réserve successivement de Wisches, Lutzelhouse et Urmatt où elle doit organiser des positions défensives. Les combats débutent à 6 heures du matin. Au nord de la Bruche, le bataillon du 17e R.I. enlève Wisches tandis que le 109e R.I. progresse au nord de Lutzelhouse. Au sud de la Bruche où, face à un adversaire bien retranché, ils subissent des pertes importantes. Le général Bourderiat, commandant la 13e D.I., envoie à Schwarzbach le bataillon du 17e R.I. qui était à Wisches, tandis que six compagnies du 21e R.I. font mouvement sur Russ pour intervenir au profit du 17e R.I. Au début de l'après-midi, les Allemands passant à l'attaque, cherchant à déborder par les hauteurs le 109e et le 17e R.I. Le 21e R.I. doit déclencher une contre-attaque en direction de Grendelbruch pour dégager le 17e R.I. 

Le général Joffre ordonne aux 1ère et 2e Armées françaises de pénétrer en Lorraine et aux 3e et 4e Armées françaises de marcher au nord et de pénétrer en Luxembourg belge, de la région de Mézières Monthermé à l'Ouest à celle de Longwy à l'Est.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Dr. Aloys Postina : « Après la messe, un capitaine et un lieutenant monte dans le clocher, pour voir le poste de télégraphie. Dans le village se diffusait la rumeur que l'Italie a déclaré la guerre à l'Autriche, ce qui entraîna une nouvelle agitation au sein de la population ».

17h00 : France, Lorraine : offensive française. A partir de 17 heures, le 109e R.I. doit battre en retraite en direction d'Hersbach et le 17e R.I. sur Steinbach, au sud-ouest de Russ. La situation est critique et le général Bourderiat doit demander à la 25e brigade de lui envoyer des renforts.  

Mercredi 19 août 1914

L'Armée belge se replie dans le camp retranché d'Anvers.

10h00 : Les combats reprennent le 19 août au lever du jour devant Herschbach, tenu par le 109e R.I., et Russ, occupé par le 21e R.I. L'état-major de la 13e D.I. et le 17e R.I. se replient en direction du Donon. A 10 heures du matin, menacé d'encerclement, le 109e R.I. déclenche des contre-attaques. Le 21e R.I. passe sur la rive nord de la Bruche et bat en retraite avec le 109e R.I. en direction du Donon. 

La Wantzenau : journal de l'Abbé Dr. Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : les puits doivent être maintenus ou remis en état. Les puits ouverts doivent être recouverts. Le samedi soir, les rues doivent être nettoyées ».

Soir : Les troupes allemandes réoccupe Schirmeck dans la soirée mais, ayant subi de lourdes pertes, ils doivent réorganiser les unités
et ne peuvent poursuivre la 13e D.I. Le 19 août les positions de la 13e D.I. sur le Donon, qui sont insuffisamment organisées, sont
soumises à de violents bombardements.

Jeudi 20 août 1914

Défaite française à Sarrebourg, Dieuze et Morhange.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Il est interdit d'accueillir ou d'héberger un espion.Celui qui va à l'encontre de cette prescription sera fusillé. Il est interdit de chasser ou de tirer sur les pigeons. Il est strictement interdit de s'approcher des forts. Les parents doivent en avertir les enfants ».

19h00 : Le 20, les Allemands passent à l'attaque du massif du Donon, qui est évacué à 19 heures par la 25e brigade.

Samedi 22 août 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin le drapeau de l'empire flottait sur la maison communale, puisque les Allemands avaient remporté leur première grande victoire sur les Français, entre Metz et Sarrebourg (20 août). Une ambiance plus calme
s'installa puisque les Français ont été également repoussés en Alsace aux de ces derniers jours (19-24 août). Les Français se replient dans les vallées de Villé et de la Bruche. Le risque de devoir quitter la Wantzenau en cas de siège de Strasbourg apparaît à présent de plus en plus loin aux habitants. Par l'appariteur, à 21 heures le soir : personne ne doit se rendre sur les îles du Rhin le soir, car là-bas on court le risque d'être abattu 
».

Jeudi 26 août 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : les familles dans le besoin doivent amener leurs feuilles d'impôts à la mairie. Dernier délai ! Ceux qui ont prêté des pelles, des haches, etc. au bataillon de travailleurs, doivent chercher leur indemnisation cet après-midi à la mairie. Ceux qui veulent travaillés pour les militaires doivent se présenter cet après-midi au « Fuchs am Buckel ». Salaire : 50 Pfg. par heure. Encore une fois par l'appariteur municipal, le soir : demain matin à 8 heures, toutes les voitures et harnachements pour les chevaux, et les lanternes, encore en état de servir pour la guerre, doivent être apportés à la mairie. Tout sera
immédiatement payé. Le soir vers 21 heures, une voiture fit un tonneau au niveau du virage près du moulin de la Wantzenau.  Son propriétaire, l'huissier de justice Bohr de Molsheim, qui conduisait un médecin militaire par ici, était mort sur le coup. Son fils de 14 ans fut victime d'un traumatisme crânien. Le soldat qui l'accompagnait a également été blessé. Les deux blessés ont été amenés au Lazarett de la
Robertsau ».

Vendredi 27 août 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : celui qui se fait interpeller par la sentinelle sur le pont de l'Ill doit immédiatement s'arrêter, sous risque d'être abattu sur place. Toutes les barques de pêche ont été récupérée par les militaires et mises sous séquestre au niveau du pont flottant de Gambsheim. Cette mesure a été prise suite à la dérive d'un peuplier au niveau de ce même pont, un incident que l'on impute injustement aux pêcheurs locaux. L'enquête faite par le maire conclue que, l'arbre qui a été coupé à proximité du Fort Fransecky est tombé à l'eau et laissé à son sort par les soldats chargés de la mise en état de defense  Armierungssoldaten ».

1er septembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, pour la deuxième fois, une charrette chargée de fruits est partie vers les Lazarets de Strasbourg. Par l'appariteur municipal : tous les hommes sans formation militaire du landsturm âgé de 17 à 45 ans, doivent se présenter à la mairie jusqu'au 15 septembre dernier délais. A partir d'aujourd'hui un train part à nouveau régulièrement en direction de Strasbourg, c'est-à-dire, départ le matin à 6h58 et retour le soir à 18h04. Après que la circulation des trains pour les civils était complètement arrêtée dans les premiers jours de la mobilisation, les liaisons suivantes vers et en provenance de Strasbourg étaient les
suivantes : aller le matin à 11 et 23 heures, et retour le matin à 2 heures. Une petite quantité de personnes, qui étaient employés dans cette très belle ville, devait à présent s'y rendre à pied, par un chemin long et peu urbanisé, d'autres remirent rapidement les bicyclettes en service ; les uns comme les autres vivent de cette façon un morceau de la guerre.  Aujourd'hui vers 14 heures, passèrent en se suivant
rapidement 7 trains avec des réservistes de complément « Ersatzreservisten ». Ils sont transférés vers des anciennes villes de garnisons allemandes pour y recevoir une instruction militaire. Comme au sein d'entre eux il y avait également des hommes de troupe du Ersatzregiment Nr. 126, qui était longtemps encaserné ici, de nombreuses personnes se rendirent à la gare pour les saluer ou leur dire adieux. Peut-être pour toujours ?
 ».

Jeudi 3 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « La maison communale est ornée de drapeaux pour l'avance victorieuse des Allemands en France et en Russie. Les gens vont cueillir le houblon ».

Vendredi 4 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : celui qui veut donner des lits ou des cadres de lits pour contribuer à l'installation d'un Lazaret doit se faire connaître demain à la mairie. Les bateliers, qui veulent faire des voyages sur le canal au profit des militaires, doivent se faire connaître auprès du commandant du port « Hafenkommandant » à Strasbourg. Salaire journalier : 5 M. Ceux qui sont pour satisfaire aux obligations militaires ne seront pas acceptés».

Dimanche 6 septembre 1914.

Succès Français à la bataille de la Marne. Les Allemands sont contraints à la retraite sur tout le front du 6 au 11 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Après les vêpres, 160 hommes du Landwehr-Bataillon Nr. 80 de Kassel arrivèrent ici et prirent leurs quartiers ; mais la plupart d'entre eux devaient encore partir le soir même pour Bischheim, puisqu'un ordre erroné avait été donné. Vraiment, ce n'était guère une bonne nouvelle pour ces hommes qui avaient trouvés un peu de repos ! Le curé du village a tenu une réunion dans la grande salle du restaurant Au Saumon « Zum Salmen », à laquelle 70 hommes sont apparus. En quelques traits grossiers il présenta la situation internationale et passa ensuite au thème sur les moyens et les voies pour parvenir à faire de la place pour les petits et moyens producteurs de houblons, pour stocker le houblon séché. La résolution suivante a été acceptée : tous les greniers des maisons de la commune, de l'église et des maisons des associations doivent être mis à la disposition pour y entreposer en cas de besoin les sacs de houblon. Thomas donna ensuite de précieux conseils pour bien sécher le houblon ».

Jeudi 10 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier, un grand nombre d'hommes de troupe du Arbeiter-Bataillon Nr. 12 qui est
stationné ici, c'est-à-dire des hommes de 17 - 25 ans et de 36 - 45 ans, ont été libérés. Les jeunes hommes issus des régions francophones ont été gardés ici. Egalement nos soldats travailleurs « 
Arbeitssoldaten », dont la plupart étaient à Ittenheim, sont revenus après plus
de 5 semaines d'absence. Les plus jeunes sont rentrés en chantant ou plutôt en criant : à la maison, à la maison, il y un au revoir « In der
Heimat, in der heimat, das gibt's fin Wiedersehen » ! Mais ils ne surent pas plus de que ces quelques mots de la chanson. Et le soir commença à nouveau à la Wantzenau les cris et les beuglements de ces soldats dont on dit qu'il n'aurait même pas gagné de quoi s'acheté l'eau potable journalière (Ils ont reçu pour se nourrir 1,20 M et 53 Pf. En tant que salaire, ainsi que de l'argent pour les vêtements et les chaussures) 
».

Samedi 12 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Le matin par l'appariteur municipal : les hommes de troupe qui ont été licenciés par
l'Arbeiter-Bataillon doivent immédiatement retourner sur leurs lieux de travail. Les soldats ne s'y attendaient pas. On racontait qu'ils avaient mal exécutés les travaux, et c'est pour cela qu'on les rappelle 
».

Lundi 14 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce soir, 400 soldats travailleurs « Arbeitersoldaten » sont arrivés ici ».

Mardi 15 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Vers 11 heures du matin, 13 jeunes gens se rendirent à la gare en chantant. Ils
appartenaient au bataillon de travailleurs qui est arrivé hier soir, et désormais ils se portaient volontaires pour partir à la guerre au Regiment Nr. 99 « Kriegsfreiwillige beim Regiment Nr. 99 ». Ces jeunes gens sont originaires de Saverne. Aujourd'hui, le commandant local
« Ortskommandant », le Major Engels, avec ses soldats du Landsturm « Landstürmer » (Landsturm-Bataillon Nr. 60 Molsheim),
ont quitté le village. Cet officier, qui avec ces hommes étaient hébergé ici pendant 40 jours, par son comportement calme et serein, laisse un bon souvenir aux habitants
 ».

Jeudi 17 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin arrivèrent 25 artilleurs, pour participer aux travaux de mise en état de défense à l'ouvrage Neu-Empert. Une grande agitation c'est produite ici le soir suite à une rumeur relative à l'imminence d'un siège
de Strasbourg. Cette rumeur est due à l'hébergement prévu chez nous de 500 Bavarois, qui doivent arriver cette nuit ou demain. Cette nouvelle a été ramenée de Strasbourg par des personnes de chez nous. Ce n'est qu'avec difficulté que l'on put démontrer que cette rumeur était fausse 
».

Vendredi 18 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : tous ceux qui ont été déclarés inaptes au service lors des 1er, 2e, 3e et 4e jours de mobilisation et qui ne se sont pas encore déclaré auprès du commandement du district de recrutement  « Bezikskommando », doivent le faire demain et ramener leurs papiers. Demain aura à nouveau lieu une vente aux enchères de chevaux militaires à Strasbourg. L'épidémie de fièvre aphteuse « Maul-und Klauenseuche » s'est déclarée au Pays de Bade, en conséquence la vente de bétail est interdite. Le premier houblon a été livré aujourd'hui. Le prix pour 100 kg : 32 M ».

Samedi 19 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Il est interdit de parler français dans la rue, sinon on risque d'être incarcéré. Vers
20 heures du soir, sous une pluie battante, arrive les 500 Bavarois qui avaient été annoncés, que des « Landstürmer » du Landsturm-Bataillon Rosenheim. Ils avaient quitté Munich hier après-midi, vers 13 heures, et ils arrivèrent aujourd'hui vers 17 heures à Bischheim. De là ils se rendirent à Reichstett ; mais comme l'ordre était erroné, ils ont été obligés de marcher jusque chez nous dans la soirée 
».

Lundi 21 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « De nombreux attelages cherchent du ciment à la gare pour l'emmener à l'ouvrage Neu-Empert. Au cours de l'après-midi, 135 hommes « Arbeitersoldaten » arrivèrent ici. Ce matin, pour la première fois, on a distribué les aides pécuniaires au profit des familles des combattants partis en campagne. A la Wantzenau, pratiquement toutes les familles reçoivent cette aide. Une épouse touche chaque mois entre 10 et 12 M, un enfant 6 M ».

Vendredi 25 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Des attelages chargés de ciment, de poteaux et de fil de fer barbelé se rendent à l'ouvrage Neu-Empert. Par l'appariteur municipal : qui diffuse de fausses rumeurs, sera conduit devant le tribunal de guerre « Kriegsgericht ». Ce soir, ce sont les Bavarois qui ont pris en compte les postes de gardes établis dans différents endroits du village ainsi qu'aux Fort Empert et Fransecky. Mais la garde des voies ferrées « Bahnschutz » continue à être assuré par le Landsturm-Bataillon Molsheim ».

Samedi 26 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, les Bavarois répartis en deux détachements, exécute un exercice de marche en direction de Kilstett. Au retour, un des détachements chanta une chanson « Landsturmlied 1914 » (d'après la mélodie : « Zu Mantua in
Banden ») avec ce refrain : « Que Dieu soit avec femme et enfants, le Landsturmmann part en campagne ! » (Gott sei mit Weib und Kinder, der Landsturmmann zieht ins Feld !). Ce chant sérieux et fort a impressionné plus d'un auditeur. Le soir le télégramme suivant de l'aumônier
militaire principal de Strasbourg « Militäroberpfarrer » Wilhelm arriva au presbytère : les troupes présentes doivent se rendre demain à
l'office religieux de 7h30
 ».

Mardi 29 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, un nouvel attelage avec des fruits frais s'est rendu à Strasbourg. Les pêcheurs de la Wantzenau ont reçu 14 barques pour leur usage, qu'ils étaient obligés de récupérer à 3  kilomètres en aval du pont flottant de Gambsheim, sur le coté badois. C'est là que se trouvent toutes les autres barques. Le soir, tous les chasseurs, hormis 10 hommes, quittèrent notre village ».

Mercredi 30 septembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier soir, les 25 hommes de l'artillerie à pied qui étaient cantonnés chez nous et qui exécutaient des travaux de mise en état de défense près du Fort Empert, ont également été rappelés. Egalement le « Oberwachtmeister » de la Gendarmerie, qui était stationné ici depuis la mobilisation, quitta le village ».

Jeudi 1er octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Des attelages passent toujours pour se rendre au Fort Empert ».

Vendredi 2 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin vers 7 heures, la 3ème compagnie du « Rosheimer Landsturm-Bataillon » quittait la Wantzenau, pour établir un nouveau cantonnement à Mommenheim et assurer à partir de cet endroit la protection des voies ferrées
« Bahnschutzdienst ». La compagnie devait encore partir hier soir vers 22 heures, mais le lieutenant fit remarquer qu'il ne pouvait prendre la
responsabilité de faire une marche de 18 km avec des hommes assez âgés. C'est pour cette raison que cette marche a été reportée. Egalement le restant du Landsturm-Bataillon Molsheim fit ses adieux à la Wantzenau. Les Bavarois assuraient désormais la protection des voies ferrées. Comme le village nous semblait vide et mort ce soir, lorsque nous faisions un tour jusqu'à la maison des associations, où les Bavarois avaient installés un local « Revierstube ». Par l'appariteur municipal : ceux qui ont subi des dommages sur les cultures par les militaires, doivent en faire la déclaration lundi et mardi auprès du maire 
».

Mercredi 7 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier arrivèrent ici 450 Arbeitersoldaten. Ils venaient de Breisach en Pays de Bade. Où travailleront-ils, et pour combien de temps resteront-ils ici ? ».

Vendredi 9 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Comme nous nous y attendions, ce matin les Arbeitersoldaten quittèrent le village
pour se rendre à Wolfisheim. Les jeunes gens étaient originaires de Mulhouse et des environs. Aujourd'hui, des attelages des hussards ont cherchés du sable à Hoerdt pour les travaux au Fort Empert. Une nouvelle apporta un peu de vie dans les rangs des Bavarois : 27 avions français ont survolé la frontière près de Metz. Immédiatement on renforça les postes de garde, d'autres sont sortis dans les rues et les champs. Le soir, un détachement complet est même sorti pour faire des observations 
».

Mercredi 14 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce soir les postes du clocher ont été supprimés. Les soldats enduraient beaucoup lors
des dernières nuits froides. A partir de maintenant, la garde monte son service de 7 heures à 19 heures, le service de nuit est assuré au secrétariat de la maison municipale 
».

Jeudi 15 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : mardi se dérouleront les opérations de conscription « Musterung » des classes 1892, 1893 et 1894. Celui qui émet des propos antiallemands ou propage des fausses rumeurs sera puni de
prison. De Strasbourg on nous rapporta ici : les Français seraient devant Metz, et le Kronprinz allemand serait en captivité
 ».

Vendredi 16 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : les champs qui sont dans les rayons des Forts Empert et Fransecky doivent être récoltés ».

Jeudi 22 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Office pour l'âme de l'instituteur mort au combat August Zix (5 octobre). L'église était remplie de fidèles. Même le commandant du « bayerischen Landsturm-bataillon » et ses officiers ainsi que les soldats qui n'étaient pas de service ont participé à cet office religieux pour honorer cet homme tombé sur le champ d'honneur. Ce matin c'est déroulé la conscription d'environ 400 Arbeitersoldaten, qui étaient pour l'essentiel cantonnés à Reichstett et à la Wantzenau. Environ 20 hommes ont été exemptés ».

Lundi 26 octobre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce soir l'état-major du « bayerischen Landsturm-Bataillon Rosenheim » a été transféré au « Englischen Hof » (château d'Angleterre). Le lieutenant-colonel « Oberstleutnant » Koerle a pris le commandement du secteur Nord de la forteresse de Strasbourg ».

Lundi 2 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : « les propriétaires de terrains, située 50 m en avant ou en arrière du réseau de fil, doivent chercher demain un formulaire à la mairie. Celui qui obtient une indemnisation de guerre, et qui n'a pas remis sa déclaration d'impôts jusqu'à demain, verra son indemnisation de guerre supprimée ». C'est déjà la troisième fois que l'on entend
cette annonce, et il y a toujours des étourdis et des imprudents comme partout ailleurs. Les barques qui ont été rendues ne peuvent être utilisées que par leur propriétaire, hormis la nuit et les dimanches. Tous les soirs elles doivent être cadenassées au niveau du pont sur l'Ill. Si cette consigne n'est pas respectée, la marque sera confisquée. Hier, lors d'une promenade en barque, un homme du Landsturm bavarois a pris un bain forcé. Est-ce que cet événement comique a incité à prendre ces mesures ?
 ».

Mercredi 11 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, environ 180 soldats travailleurs qui étaient stationnés ici, ont été congédiés.
Mais tous les artisans doivent se présenter dans les dépôts à Strasbourg, où contre ils doivent travailler contre une rémunération appropriée.

Un certain nombre de ces hommes doit également participer aux travaux de mise en état de défense pendant l'hiver. En conséquence du départ de ces soldats ouvriers, une des salles de l'école des filles a été libérée, si bien que l'école peut reprendre régulièrement ici ».

Jeudi 12 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « L'appariteur local annonce : Celui qui a subi des dégâts sur les bois « Holzschaden » par les militaires doit le signaler demain matin à l'administration municipale ».

Samedi 14 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « L'appariteur local annonce : à partir d'aujourd'hui, le blé peut à nouveau être battu
(Gedroschen) au moulin. Depuis trois mois le cours d'eau du Mühlbach était fermé (en grande partie comblé par les travaux de mise en état de défense (Armierungsarbeiten). La ville de Strasbourg a donc fait réguler une partie de ce cours d'eau pour pouvoir mieux utiliser la force motrice de l'eau. La réouverture de cette société était pour la Wantzenau et ses environs, un grand soulagement, car non seulement le battage des grains est moins onéreux au moulin, car dans notre village nous ne disposons plus que d'une machine depuis
que la deuxième, de Georges Metz, est depuis le début de la guerre partie en campagne. Il faut toutefois noter que le rendement en grain est très pauvre cette année
 ».

Mercredi 18 novembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : les veaux (mâles) avec un poids inférieur à 75 kg et les veaux
(femelles) de moins de 7 ans ne doivent pas être abattus. Tous les étrangers, les descendants de citoyens des pays ennemis, doivent se présenter tous les jours à 11 heures à l'administration municipale (à la Wantzenau nous avions 9 personnes pour cette obligation). Tous les jeunes gens à partir de leur 16e anniversaire, qui veulent se joindre à la préparation militaire des jeunes (Jugendwehr), peuvent se faire connaître tous les jours à l'administration municipale. Il s'agit d'une préparation militaire de la jeunesse en Alsace, voir dans toute l'Allemagne. Pour cette affaire les jeunes gens dévergondés ne se laisseront pas avoir si rapidement
 ».

Vendredi 20 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin il faisait moins 4 degrés. Les toits étaient couverts de givre. Au cours de l'après-midi la 3e compagnie du Rosenheimer Landsturm-Bataillon a quitté le village, pour se rendre à Strasbourg, d'où l'ensemble du bataillon est transféré dans les Vosges, pour prendre ses quartiers à « Markirch » (Sainte-Marie-aux-Mines). (Ceci était confirmé comme nous le montrera la poste militaire ultérieurement). Les Bavarois étaient contents d'avoir, après quelques jours de calme au sein de la population, d'avoir acquis la sympathie de la population. Vers 16 heures la 2e compagnie du Landsturm-bataillon Kassel est venue à la Wantzenau pour prendre en compte le service de garde ».

Samedi 21 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin il fait moins 5 degrés. Par l'appariteur municipal : durant la période du 23 au 30 novembre, se déroule un tir réel avec des mitrailleuses au fort Moltke (Reichstett). En conséquence, au cours de cette période il est interdit de traverser la ligne de chemin de fer ».

Lundi 23 novembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier, sur le pont de l'Ill, a eu lieu un incident de guerre, qui mérite qu'on l'évoque. Lorsqu'une enfant de 12 ans est allée aux vêpres, elle a salué la sentinelle de garde par un « buschor » (=bonjour). Le soldat a interpellé la jeune fille pour lui faire remarquer qu'il est interdit de parler français. Si tu le fais encore une fois, je te garde ici jusqu'à la relève pour te présenter ensuite au capitaine. A cela il faut prendre en compte, que la petite, comme nous l'avons constaté personnellement, ne savais pas que « buschor » est du Français. Des personnes qui parlent ce genre de français il y en a encore beaucoup en Alsace ! ».

Mardi 1er décembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui, les gendarmes ont demandé aux propriétaires de pigeons de tuer tous leurs
animaux dans un délai de trois jours, sinon ils seront condamnés par le conseil de guerre. Petits pigeons prenez garde : vous devez également vous sacrifier pour ces temps de guerre ! 
».

Mercredi 9 décembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina :« Les gendarmes chassent les pigeons ».

Lundi 14 décembre 1914.

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Aujourd'hui de nombreux postes de guet ont été mis en place pour surveiller les aviateurs
ennemis, comme ces derniers temps la ville de Fribourg en Brisgau est la cible des attaques aériennes 
».

Vendredi 18 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Hier soir, vers 17h00, et aujourd'hui toute la journée, le drapeau de l'Empire hissé sur la maison communale a communiqué que : après d'aspres et féroces combats, les armées russes en Pologne ont été contrainte au replie. Une
sonnerie continue de cloches de 12h00 à 12h30 à colporté cette nouvelle dans les rues et ruelles du village. Une ordonnance du chef de la police militaire « Militär-Polizeimeister » autorise que les cloches sonnent en continue en dehors de la zone d'opérations 
».

Lundi 21 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Celui qui a subi des dégâts sur les bois lors des travaux de mise en état de défense,
doit se rendre demain matin sur place, où la commission d'évaluation des dégâts passera sur place 
».

Mardi 22 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : l'achat d'or et la vente d'or à des pays étranger est strictement interdit. Vers 16h00 des avions ennemis ont survolé le village en direction du sud-est nord-ouest. Les postes de garde ont observé l'avion, sans ouvrir le feu sur lui ».

Mercredi 23 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Par l'appariteur municipal : celui qui franchir le pont du Rhin à Kehl ou à Gambsheim, doit être en mesure de présenter une carte d'identité avec photographie. D'après les comptes rendus de la presse, l'aviateur de hier a lancé deux bombes sur le moulin de l'Ill « Illmühle » de Strasbourg, dont l'une est tombée dans l'eau et l'autre sur un terrain vague, sans faire de grands dégâts ».

Jeudi 24 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Ce matin les familles françaises Vogt et Hommel ont été informé par l'employé municipal « Gemeindediener » : lundi ils doivent quitter le village et l'Alsace-Lorraine. Ils peuvent être domiciliés dans l'ancienne Allemagne, à une distance minimum de 60 km de Strasbourg. Les deux hommes, des anciens soldats français, et ont dépassés les 70 ans ! Navrant ! Comme la guerre peut être sans pitié, et demain c'est Noël ! Ce matin il neigeait abondamment ».

Mercredi 30 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Très tôt ce matin, cinq jeunes gens de la classe 1894 ont quitté le village pour se rendre à la caserne. Par l'appariteur municipal : il est interdit, d'apporter des nouvelles à l'étranger ou d'en rapporter de l'étranger, hormis par des envois postaux. A partir de maintenant, il est strictement interdit de rencontrer des prisonniers ».

Jeudi 31 décembre 1914

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « A compter de 10h00 débute l'enterrement du Gefreiter (caporal) Alois Bornert. Blessé pendant les combats de Toul, il est décédé à l'hôpital militaire de Strasbourg (28 décembre). Les hussards et territoriaux « Landstürmer » en garnison ici, ont rendu les derniers honneurs militaires à leur camarade et firent déposer par leur commandant local, le Hauptmann (capitaine) Boner, une couronne sur la tombe ».

1915

Extrait (zone du Fort Fransecky) d'une carte allemande de 1909, n°3618 Schiltigheim, échelle 1/20000, avec les indications du Service Géographique des Armées françaises (SGA). L'organisation des défenses allemandes est indiquée en rouge. Carte éditée en France en 1915.
Naturellement ce type de document réalisé avec l'aide des services de renseignements français peut comporter un certain nombre d'erreurs.

Mercredi 8 septembre 1915

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « La 1ère compagnie du « Augsburger Landsturm-Bataillons » a quitté notre village ce matin, pour être transférée et prendre quartier à Willgotheim et Winzenheim. Ils doivent aider sur place à construire des baraques pour les prisonniers russes. Ces derniers seront employés à des travaux de rénovation des chemins et autres travaux similaires. Ce matin à la Wantzenau est arrivé un camion avec des soldats, pour verser du goudron dans les fosses à purain pour combattre les moustiques ».

Samedi 25 septembre 1915

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Très tôt ce matin la 3ème compagnie du « Landsturm-Bataillon Landshut » a quitté notre village. Ces » territoriaux « Landstürmer » étaient chez nous depuis le 4 février, et c'était attiré la sympathie de la plupart des habitants de la Wantzenau. De Strasbourg ils partent pour Schirmeck et de là vers le Donon et Allarmont. Mais quand-est ce que ces hommes retourneront dans leur Bavière chérie, envers qui leur cœur est attiré ? ».

Lundi 27 septembre 1915

La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « La « 2. Komp. Landsturm-Bataillon Kempten » est arrivé et à pris quartier dans notre village ».

Dimanche 16 janvier 1916.

19h00. La Wantzenau : journal de l'Abbé Aloys Postina : « Vers 19 heures du soir arrivèrent à la gare 113 prisonniers russes en provenance de Rastatt. Beaucoup de monde s'est retrouvé et accompagnait ces hommes étrangers à travers le village sous la garde des militaires territoriaux (Landsturm) bavarois. Ces nouveaux arrivants doivent être hébergés et travailler au fort Fransecky. Quand est-ce qu'ils rentreront à la maison ? ».

Jeudi 3 avril 1919

Les forts détachés de Strasbourg se voient attribués un nom français : le Fort Fransecky est désormais nommé fort Ney, du nom du célèbre maréchal d'Empire Michel Ney, duc d'Elchingen et prince de la Moskova (1790-1815), surnommé par Napoléon Ier le « brave des braves ». Il reprendra son ancien nom allemand de 1940 à 1944. D'ailleurs, l'inscription encore visible actuellement, qui a été inscrite sur le fort avec de la peinture rouge, est « Fort Fransecky ». Il s'agit d'une inscription réalisée au cours de la seconde guerre mondiale, vraisemblablement lors des travaux d'installation du laboratoire secret nazi en 1943. Enfin, après la libération de Strasbourg, le fort reprend le nom de fort Ney, vraisemblablement vers 1945-1946.

6 juillet 1933

D'après la loi du 6 juillet 1933 relative aux fortifications de Strasbourg, publiée au Journal Officiel du 7 juillet 1933, le Fort Ney est classé en première série au tableau de classement des places de guerre. Voici une partie de ce texte de loi : Art. 1er. - Sont classé en première série et figureront désormais à ce titre au tableau de classement des places de guerre et ouvrages défensifs de la France les ouvrages détachés indiqués ci-après : ouvrage de Neuf-Empert, fort-Ney, ouvrage Rapp-Ney, fort Rapp, fort Desaix, fort Ducrot, batterie des Cerisiers, fort
Foch, fort Pétain, fort Lefebvre, fort Uhrich, ouvrage Uhrich-Hoche, fort Hoche, batterie d'Altenheim, batterie des Paysans, ouvrage du kilomètre 119, abris à munitions M69 et M70. Art. 3. Sont maintenus non classés, sans démolition, les ouvrages détachés de Strasbourg indiqués ci-après : ouvrage Pétain-Kléber, fort Kléber, fort Joffre, ouvrage Joffre-Lefebvre, ainsi que les ouvrages bétonnés divers compris entre les forts Pétain (exclu) et Lefebvre (inclus).

1936.

De 1936 à 1940, les moyens de défense dans le secteur de Strasbourg sont renforcés. Seul une série de casemates de berges avait été érigée. Cette fois ci il s'agit de petits ouvrages de fortifications destinés à renforcer les passages à travers la forêt du Rhin, et de quelques petits ouvrages qui protègent les hauteurs des Hausbergen. Il s'agit de blockhaus, de barrières antichars, de position d'armes anti-char ou
de mitrailleuses, d'observatoires et d'abri et postes de commandement. En 1936, on installe donc une cuve de mitrailleuse à proximité du fort Ney.

4 mars 1936

En Allemagne, le 4 mars 1936, le chancelier Hitler, dénonçant le pacte de Locarno, fait occuper par la Reichswehr les pays rhénans ainsi que la zone neutre de la rive droite du Rhin.

7 mars 1936

Après ce coup de force, en France, M. Albert Sarraut Président du Conseil prononce cette phrase dans une allocution radiodiffusée le 7 mars 1936 : « La France ne saurait admettre de voir Strasbourg sous le canon allemand ». Mais après des discussions passionnées, après de vaines tentatives auprès des puissances garantes du traité de Versailles, le silence s'est fait... En 1936, la Ligne Maginot est terminée et armée, mais les ouvrages qui la composent ne sont pas occupés en permanence. Néanmoins on y pratique la formation de l'encadrement. Sur les bords du Rhin, les casemates de berge sont désertes et soigneusement verrouillées. Avec cette première alerte, la Ligne Maginot est alors occupée par ses équipages dont la plupart des hommes prennent pour la première fois contact avec la fortification y compris sur les bords du Rhin où l'on s'organise avec hâte. Mais les canons de 47 mm et les mitrailleuses de 13,2 n'ont pas encore été installées. Après quelques semaines, l'alerte est levée. Cette première alerte va entraîner une l'accélération de la formation des troupes de forteresse.

28 mars 1936

Après ce coup de force de Hitler, les chefs militaires ont été consultés et leurs conclusions sont formelles : toute action militaire peut déclencher la guerre et « celle-ci ne semble pas pouvoir, hors du cadre d'une coalition, amener des résultats décisifs et rapides » (Note du Général Gamelin du 28 mars 1936 remise au ministre de la Guerre et aux Chefs d'Etat-major Généraux).

1937

En 1937, dans le cadre de la prise en compte de la protection antichar, le génie fait installer des cuves pour canons de 65 mm de marine sur plate-forme métallique. Une de ces cuves est installées à l'ouest du fort Ney.

1938

Toujours dans le cadre de ces mesures de protection contre les chars, le génie édifie un cinquenelle au Fuchs-am-Buckel (câble d'acier tendu à travers une route).

11 mars 1938.

L'annexion « Anschluss » de l'Autriche au Reich allemand provoque un nouvel état d'alerte. Début mai, la situation se détend et les equipages quittent à nouveau les bords du fleuve.

Septembre 1938.

Une nouvelle crise se déclenche en septembre 1938 lors de l'affaire des Sudètes qui provoque l'entrée de la Wehrmacht en Tchécoslovaquie sous couvert de la protection des minorités allemandes de ce pays. En septembre 1938 Hitler exige le rattachement des Sudètes à l'Allemagne. A cette occasion les ouvrages sont réoccupés. Comme la situation s'aggrave, un plan de mobilisation partiel est mis en place et les équipages seront alors au complet. La paix de Munich amène la détente et une démobilisation rapide.

3 décembre 1938

Fin 1938, quelques semaines après l'invasion de la Tchécoslovaquie, le général Gamelin, après avoir exposé l'ampleur de l'effort militaire allemand tant terrestre qu'aérien, écrit à M. Daladier, président du Conseil : « On peut dire que, dès le printemps prochain, l'Allemagne sera en état de faire la guerre à la fois contre la Pologne et contre la France. L'Allemagne pourra à son heure allumer l'incendie au point qu'elle jugera le plus favorable. Pour ce qui est de la France, on doit reconnaître que, d'ores et déjà, elle est hors d'état d'attaquer initialement l'Allemagne avec chances de succès ».

1939

En 1939, à l'est du fort Ney, on construit 10 blocs de type C, dont l'essentiel assure le flanquement de la digue du Rhin entre le port aux pétroles à l'ouvrage de Neuf-Empert.

1er septembre 1939

Le 1erseptembre 1939 au matin, les armées allemandes entrent en Pologne.

3 septembre 1939

La France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.

15 juin 1940

Le 15 juin 1940 les troupes allemandes franchissent le Rhin et attaque dans le secteur de Schoenau, Marckolsheim et Neuf-Brisach.

16 juin 1940

Dès le 16 juin 1940, le PC de la 103ème division d'infanterie de forteresse est à Mutzig et le LCL Le Mouel, commande à Strasbourg « la croûte » », c'est-à-dire les quelques équipages d'ouvrages restant à Strasbourg le long du Rhin, chargés de couvrir le repli de la division. La situation est relativement calme hormis quelques tirs sporadiques.

17 juin 1940

Le 17 juin 1940 les chefs de casemates sont priés de préparer le repli et le sabotage des matériels et des armes qu'ils ne peuvent emporter.

18 juin 1940

Le 18 juin 1940, à 1h30 du matin, le LCL Le Mouel reçoit l'ordre de se replier immédiatement sur Mutzig. Les équipages des casemates et mes dernières troupes du 172e RIF et du 226e RI exécutent les ordres reçus la veille. A 5h30 le LCL Le Mouel et son état-major quittent
le fort Ducrot. Au petit matin toutes les troupes françaises ont quitté Strasbourg.

19 juin 1940

L'armée allemande, entre à Strasbourg une journée après, sans combat, le matin du 19 juin 1940. A 12h30 le drapeau à croix gammée est hissé sur la cathédrale. Les forts détachés de la place reprennent leur dénomination d'origine. Le fort Ney est rebaptisé Fort Fransecky. Au cours des premières semaines, l'armée allemande fait revenir à Strasbourg un certain nombre de prisonniers français qui ont occupés les positions de défense face au Rhin. Ils les chargent de déminer et de retirer les pièges que les derniers défenseurs français avaient laissés sur place. Les nombreuses munitions abandonnées sont rassemblées dans certain forts et ouvrages de la place. Nous n'avons que très peu de renseignements sur le devenir des ouvrages pendant cette période. Certains ouvrages deviennent des dépôts de munitions, de carburant, ou de matériels, d'autres grands forts serviront de camps de prisonniers provenant essentiellement du front Est et des Balkans.

17 mars 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Voici la partie de l'histoire du Fort Fransecky qui est la moins connue. Il s'agit de l'installation d'un laboratoire secret par les nazis en 1943, une installation et des activités en lien avec la Reichsuniversität Strassburg (université nazie de Strasbourg) et aux expérimentations sur des cobayes humains au camp de concentration du Struthof à Natzwiller. Pour mieux comprendre le rôle de ce laboratoire il est nécessaire d'élargir un peu le sujet hors du Fort Fransecky.

Le 17 mars 1943, l'institut « Institut für Wehrwissenschaftliche Zweckforschung » (I.w.Z.) invite des membres de la Reichsuniversität de Strasbourg à une conférence. Le Dr. Hirt fait une démonstration sur la microscopie à fluorescence et présente ses recherches. Le Dr. Bickenbach présente un film sur ses expériences avec le phosgène. Ce film permet à Otto Bickenbach d'obtenir le soutien du directeur du SS-Ahnenerbe, Wolfram Sievers, pour qu'il puisse continuer ses expériences en collaboration avec Hirt au camp de concentration du Struthof.

Le Pr Otto Bickenbach

Avril 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. En avril 1943 Bickenbach reçoit un permis de travail pour accéder au camp de concentration du Struthof et apprend que la chambre à gaz du camp est en cours de construction. Il obtient une donnée essentielle pour préparer la concentration de gaz pour ces futures expérimentations, que la future chambre à gaz a un volume de 20 m3. Il est fort probable que c'est sur cette base qu'il fera ériger la grande chambre à gaz du Fort Fransecky avec une capacité identique de 20m3.

Chambre à gaz du camp de concentartion du Struthof installée dans une annexe de la ferme.

Chambre à gaz du camp de concentration du Struthof  (Photographie © MJR Septembre 2015)

Printemps 1943 - à la fin de l'année 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Au cours de l'année, les nazis installent au Fort Fransecky, un laboratoire secret de l'armée de l'air « Luftwaffe » dénommé « Elektrotechnisches-Institut der Luftwaffe » c'est-à-dire l'institut électrotechnique de l'armée de l'air. L'installation de ce laboratoire nécessitent d'importants travaux qui concernent 90% des locaux habitables du fort : installation du chauffage central et d'un réseau électrique, agrandissement des fenêtres (chaque bloc de deux fenêtres est transformé en une grande baie vitrée), installation dans l'aile gauche de la caserne d'un laboratoire destinée aux recherches sur les antidotes contre les gaz de combat équipé de chambre à gaz, cheminée d'évacuation, de deux sas de décontamination et de nombreux équipement de laboratoire, aménagement de la poudrière droite en salle de réunion et de projection, installation d'une table de dissection, etc. A la vue de l'ampleur des travaux il est vraisemblable qu'ils aient duré toute l'année.

Mai 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Les professeurs Bickenbach et Hirt mène trois séries d'expériences sur les antidotes au gaz de combat sur des prisonniers du camp du Struthof. La première série commence en mai 1943. D'après les témoignages, il s'agirait d'une expérimentation qui consiste à étaler des gouttes d'ypérite sur les avant-bras de 15 prisonniers allemands. Trois prisonniers seraient décédés, d'autres après de terribles souffrance ont contracté des blessures invalidantes.

Juin 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof.  Une deuxième série d'expériences a été faite en juin 1943 au camp du Struthof. Ce sont environ 90 à 150 prisonniers qui ont été exposés au gaz phosgène dans la chambre à gaz. Il y aurait eu entre 50 et 60 décès. A la suite de cette deuxième série d'expériences, le professeur Bickenbach obtient du Conseil de recherche du Reich dirigé par Richard Kuhn, un contrat de recherche intitulé « Etudes biologiques et physico-chimiques de protéines plasmatiques à propose des modes d'action des gaz de combat et des poisons bactériens ». La troisième série d'expérimentation a été retardée, à la suite d'un différend entre Hirt et Bickenbach. De plus, Bickenbach réussi à intéresser à ses expériences Karl Brand, le commissaire du Reich pour le système de santé publique, ancien médecin d'Hitler. Hirt et Sievers interdisent alors l'accès au camp du Struthof à Bickenbach.

Automne 1943

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Lors du procès des médecins nazis qui s'est déroulé au tribunal militaire international à Nuremberg du 9 décembre 1946 à février 1947, le professeur Karl Brandt commissaire général du Reich pour le système de santé publique a déclaré ceci :

Procureur J. Mac Haney : « Avez-vous été au courant d'expériences avec des gaz de combat, avant le 1er mars 1944 ? ».

Karl Brandt : « A l'automne de 1943, j'ai eu connaissance d'expériences de laboratoire à caractère général par le Pr. Bickenbach. Il
s'agissait d'expériences à Strasbourg, et je pense, à Heidelberg. Je n'y prenais aucun intérêt ; j'ai rencontré Bickenbach pour une autre raison, et c'est lors d'une rencontre ultérieure, qu'il m'a mis au courant de ce qu'il avait fait. Plus tard, je l'ai aidé à monter un laboratoire à Strasbourg
 ».

Janvier 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Depuis janvier 1944, le Dr. Helmuth Rühl est occupé à la construction des équipements de mesure. Il s'agissait de mesurer la concentration de phosgène dans l'atmosphère de la chambre à gaz ainsi que le taux d'humidité de l'air.

Février 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. En février 1944, Bickenbach transfère une partie de son laboratoire de l'institut universitaire dans les installations secrètes du la Luftwaffe (armée de l'air) au Fort Fransecky. Ce site isolé dans la forêt de la Roberstau, dans une boucle de l'Ill, a pour avantage d'être plus discret et moins exposé aux attaques aériennes. En effet Strasbourg devient de plus en plus une cible occasionnelle pour les aviateurs alliés. Au court de ce transfert, il aurait également emmené le fameux microscope électronique, premier exemplaire de ce type construit par Siemens. Le Dr. Bickenbach peut ainsi poursuivre ses recherches sur les gaz de combat avec le soutien de Karl Brandt. Il demande l'autorisation de pouvoir réaliser des expérimentions sur des cobayes humains au Fort Fransecky. Mais l'autorisation est refusée parce que le laboratoire militaire manque de discrétion et qu'il n'existe sur place aucun moyen médical. Il est vrai qu'au camp du Struthof, avec des détenus classé « Nuit et brouillard » la plupart des témoins directs sont appelés à disparaître, ce qui n'est pas le cas des personnels du laboratoire du Fort Fransecky. Le directeur de l'Ahnenerbe Wolfgang Sievers projetait de transférer également le centre de recherche de Hirt au Fort Fransecky.

Procureur J. Mac Haney : « Le 2 février 1944, Sievers inscrivit dans son journal : « Rencontré le Pr. Bickenbach à Karlsruhe ; il a mis son travail de recherche sous contrôle du Commissaire Général Karl Brandt. Discussion avec le Pr. Hirt ; sans instructions de Hirt ni du doyen Stein, le Pr. Bickenbach s'est mis en rapport avec le Commissaire Général Karl Brandt, à propos des expériences au phosgène, et il s'est rendu avec lui à Natzweiler. Les commissions doivent être retirées. En ce qui nous concerne, Natzweiler doit être fermé ».

1er mars 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le 1ermars 1944 Bickenbach obtient un budget de 25 000 Reichsmark pour poursuivre ses recherches. Le même jour, Hitler nomme Karl Brandt au poste de commissaire général pour la guerre chimique.

11 mars 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le maréchal Goering émet un décret sur la guerre chimique qui concerne les effets de protection les effets de protection. L'armée de l'air allemande avait été en effet chargée de la
protection des civils et militaires contre les gaz de combat.

Avril 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. En avril 1944, Bickenbach mène une expérience au phosgène sur lui-même au Fort Fransecky. Il se fait assister par ses assistants ; le Dr Helmuth Rühl qui mesure la concentration de phosgène et le Dr Fritz Letz, qui protégé par un masque à gaz, lui a fait plusieurs prises de sang pendant l'inhalation du phosgène. Depuis janvier 1944, Helmuth Rühl est occupé à la construction des équipements de mesure. Il s'agissait de mesurer la
concentration de phosgène dans l'atmosphère de la chambre à gaz ainsi que le taux d'humidité de l'air. Le calibrage des appareils réalisés au Fort Fransecky s'avère très compliqué. C'était un paramètre essentiel pour calculer la relation entre la dose létale, la concentration et le temps d'exposition. C'est Wolfgang Wirth, chef du département de protection contre le gaz de l'inspection sanitaire de l'armée qui avait développé ce protocole de mesure. Il avait une acquis expérience pratique lors des travaux dans les chambres à gaz de la citadelle de Spandau. Le Dr. Fritz Letz, est chargé d'examiner les différentes formes d'administration de l'urotropine et la vitesse d'absorptions du produit par le corps. D'après un témoignage du Dr. Rühl, le Dr. Bickenbach aurait réalisé toute une série de flexions, jusqu'à l'épuisement, dans la chambre à gaz et aurait poursuivi à l'extérieur par une course d'une demi-heure sur un terrain difficile. 

Plan schématique des locaux du Fort Fransecky / Fort Ney destinés aux expérimentations et au laboratoire charge de l'étude d'antidote au gaz phosgène dans l'aile gauche de la caserne du front gauche: 1er étage. La salle n°105 est destinée au expérimentations dans les chambres à gaz et les autres salles servent de sas de décomtamination et de salles laboratoires. Le tou était surmonté d'une grande cheminée pour l'évacuation des gaz. (Relevés et croquis © MJR Septembre 2015).

5 avril 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le 5 avril 1944 Karl Brandt et Bickenbach rencontre Hirt à Strasbourg pour qu'il mette fin à l'obstruction du SS-Ahnenerbe. Hirt demande donc la levée de l'interdiction d'accès au camp.

1er mai 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le 1er mai 1944, Karl Brandt vient au Fort Fransecky. Bickenbach lui présente une expérience sur le phosgène menée sur des chats. Puis Wolfgang Wirth vient également à Strasbourg pour voir le Dr. Rühl et mettre au point l'appareillage avant la dernière série d'essais qui sera réalisée au camp du Struthof. C'est après avoir terminé le calibrage des instruments lors des essais sur les animaux au Fort Fransecky que
commence les expérimentations sur les détenus au camp du Struthof.

14 juin 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Dès le 14 juin 1944 les instruments de mesure sont installés dans la chambre à gaz du camp.

15 juin 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le 15 juin 1944 débute la troisième et dernière série d'expériences au Struthof sur des détenus. Les Dr Rühl et Letz ont mis en place les équipements et Hirt et Bickenbach commencent les expérimentations qui se prolongent jusqu'au 8 août 1944, sur 40 prisonniers. Il s'agit de quelques prisonniers allemands et de tsiganes en provenant du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Les prisonniers arrivèrent 4 par 4, et le Dr Bickenbach augmente au fur et à mesure la dose de phosgène tout en diminuant la dose d'urotropine. C'est Bickenbach lui-même qui emmène les détenus dans la chambre à gaz, et après avoir brisé les ampoules de gaz sur le sol, il ferme la porte et observe la scène. Cette procédure dura à chaque fois une demi-heure. Willy Herzberg, un survivant de ces expérimentations a témoigné qu'il avait entendu un claquement sourd lorsqu'un poumon d'un détenu a éclaté, et il a vu une mousse rosâtre sortir par la bouche, le nez et les oreilles du prisonnier qui s'écroulait. Ce sont 4
prisonniers tsiganes qui meurent à la suite de ces expériences et de nombreux autres prisonniers soufrent d'œdèmes pulmonaires.

8 août 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Les expériences dans la chambre à gaz du camp de concentration du Struthof s'achèvent. Il est fort probable que les organes prélevés sur les victimes aient été amenés au
laboratoire du Fort Fransecky pour les analyses.

28 octobre 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Dans un courrier adressé le 28 octobre 1944 à Sievers, le Dr Hirt demandait à Sievers de transférer également son institut de recherche au Fort Fransecky comme l'avait fait le Dr. Bickenbach, car sur place il y avait une aile de libre et le fort offrait une protection contre les bombardements. Bien que Himmler eût
promis son appui à Hirt, et que Sievers se démenait pour trouver des moyens de transport, seul une partie des appareils de Hirt seront effectivement évacués à Tübingen.

Mercredi 22 novembre 1944

Laboratoire secret du Fort Fransecky : mission américaine « ALSOES ». Strasbourg apparaissait comme le prochain objectif de la « T » Force stationnée à Lunéville. La planification de son intervention ainsi que les dossiers ont été préparé le 22 novembre 1944 à sa base de Lunéville. De quoi s'agit-t-il ? Alsos était une mission « Top Secret » créé par le plus haut niveau du gouvernement américain. Son objectif était de découvrir les progrès faits par les Allemands pour parvenir à construire une arme nucléaire, et de récupérer au profit des Etats-Unis les documents et les spécialistes. Naturellement cette mission s'intéressait au monde de la physique, et les membres de cette mission, militaires et civils, font du renseignement dans les grands laboratoires de physique, comme celui du Fort Fransecky. Le témoignage concernant cette mission secrète a été extrait d'un ouvrage d'un jeune lieutenant du génie américain, qui a eu l'occasion de passer au Fort Fransecky fin novembre 1944. A l'époque il faisait partie d'une unité du génie qui opérait avec la mission « Alsos ». Ce n'est qu'en 1986, en lisant un ouvrage sur le projet Manhattan qui concerne le développement de l'arme atomique américaine, qu'il comprend qu'il faisait partie de cette
mission classée « Top Secret ». Il a rédigé ses souvenirs dans cet ouvrage : Compagny A : Combat Engineers remember World War II par Robert Thalhofer. Voici une petite synthèse de son témoignage qui concerne Strasbourg et le Fort Fransecky. Compte tenu du secret de l'opération à l'époque, nous n'avons malheureusement que très peu de photographies pour illustrer ce sujet.

La Mission Alsos, une mission américaine derenseignement dans le cadre du projet « Manhattan ». Ce projet de développement de l'arme nucléaire américaine, était placé sous la direction du brigadier-général Leslie Groves du corps des ingénieurs de l'armée américaine depuis septembre 1942. La mission Alsos opérait directement sous les ordres du « SHAEF » (commandement suprême allié en Europe), du général
Eisenhower et du directeur du Manhattan Project des Etats-Unis. Cette mission classée Top Secret, était commandée par le colonel Boris Pash. C'est ce dernier qui a donné le nom à cette mission, « Alsos » était en grec le nom d'un bosquet d'arbres. Le projet Manhattan, qui était sous la direction scientifique de Enrico Fermi, a développé la première réaction en chaîne nucléaire, dans un laboratoire à Tagg Field, dépendant de l'Université de Chicago, en 1942. Le détachement « T » Force qui a œuvré à Strasbourg et au fort Ney était commandée par le colonel Boris T. Pash, qui était longtemps associé au renseignement militaire. A la fin de l'année 1943 le colonel Pash avait réussi une enquête qui concernait la tentative des soviétique, avec la complicité de communistes, pour voler les secrets atomiques américains.

Le colonel Boris T. Pash est à droite sur la photographie.

Roosevelt et Churchill souhaitait savoir ou en était Hitler avec le développement d'une super arme. Les deux services, le MI5 et l'OSS avait échoués pour obtenir des réponses. Pash n'échouera pas ! Il ne faut pas se leurre sur le but de cette mission qui a également permis que
les informations scientifiques ne tombent pas dans les mains des Russes et vraisemblablement des Français !

Jeudi 23 novembre 1944

7h00 : Le général Leclerc lance l'attaque de la 2ème division blindée française. A 7 heures du matin sept colonnes partent en direction de Strasbourg.

8h00 : A Strasbourg, le général Franz Vaterrodt, gouverneur militaire de la place depuis le 6 avril 1941, avait rejoint son bureau à 8 heures au Palais du Rhin (ancien palais impérial allemand). Il est en réunion avec son état-major et faisait un point de situation. Il vient de recevoir
l'ordre de mettre la ville en état de défense et de renforcer l'ancienne ceintures de fortification. Il attendait la visite d'un général inspecteur des fortifications. A 8 heures la Gauleitung (direction de l'administration nazi de l'Alsace et du Pays de Bade) a demandé à tous les fonctionnaires de rester à leur poste.

9h30 : Le sous-groupement Rouvillois de la 2° division blindée française est arrivée place de Haguenau et il lance son fameux message « Tissus est dans iode », c'est-à-dire qu'il a réussi à entrer dans Strasbourg. D'autres colonnes sont bloquées devant les forts du front ouest.

Au Palais du Rhin, lorsque la sonnerie du téléphone retenti, le général Vaterrodt prend lui-même la communication puis s'adresse à ses officiers : « On m'annonce, avait-il dit, qu'une quarantaine de chars américains auraient été vus dans la région de Wasselonne. C'est impossible. Ces gens ont perdu la tête et je tiens à vous mettre en garde contre de telles rumeurs défaitistes. Dans les circonstances que nous vivons, elles sont vraiment criminelles. Selon les dernières nouvelles que nous possédons, le front tient du côté de Sarrebourg et il n'y a par conséquent aucun danger à redouter ».

Quelques instants après retentissent des coups de canons. Le général ouvre la fenêtre et la pièce est remplie du fracas des engins de Rouvillois qui débouchent sur la place. Le général Vaterrodt réussi à partir par une porte dérobée, parvient à rejoindre sa voiture et à s'enfuir avec quelques officiers vers le nord-est. Il s'arrête quelques instants avec son entourage aux portes de la ville, abrité dans une casemate bétonnée, et sentant la bataille se rapprocher, il remonte dans sa voiture, traverse à toute allure la Robertsau pour se réfugier au Fort Fransecky.

Laboratoire secret du Fort Fransecky : mission américaine « ALSOES ». La « T » Force de la 6ème Army Group a suivi les troupes françaises et travaillé à Strasbourg du 23 novembre au 2 décembre 1944.Le lieutenant du génie américain Robert Thalhofer témoigne : « Ici les  Allemands ont complètement été surpris par la rapidité de l'attaque menées brillamment par la division blindée du général Leclerc. Les
téléscripteurs tournaient encore à plein régime lorsque la « T » Force entre dans le bâtiment de la Gestapo. Ils ont également capturé le
premier moteur à réaction du Ju 203 ainsi que les plans détaillés et les documents concernant sa maintenance à l'ancienne usine Matford (ancienne usine Matthis, utilisée par Junkerswerke pour la maintenance et le rodage des moteurs d'avion) à la Meinau. Ils ont également récupéré de nombreux fichiers et documents de la Gestapo
.

14h00 : Le 23 novembre 1944 à 14 heures, le drapeau français flottait sur la cathédrale, le serment de Koufra est tenu.

Le général Vaterrodt passe 48 heures au chaud (le fort est muni d'un chauffage central) à l'abri des voûtes du Fort Fransecky. Il s'y est enfermé avec son chef d'état-major, le lieutenant-colonel Kaiser et une garnison de 600 hommes qui cantonnent depuis peu dans l'ouvrage. Le fort, blotti dans une boucle de l'Ill, entouré par la forêt rhénane, a été remis en état de défense. Il reçoit l'ordre de faire une sortie afin de rejoindre un bataillon de SS parti de Gambsheim, de manière à créer un élément de contre-attaque. On ne sait pour quelles raisons Vaterrodt n'exécute pas cet ordre et se résout à la reddition.

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Avec la libération du camp du Struthof le 23 novembre 1945, les alliés commencent à découvrir l'ampleur des crimes nazis. Ils essayent de recueillir des témoignages et de récupérer les documents concernant notamment les expérimentations sur des cobayes humains et complètent leur dossier au fur et à mesure de la libération des autres camps.

Les médecins nazis se sont dans un premier temps, pour la plupart enfui avant ou lors de l'arrivée des alliés à
Strasbourg. A priori, le 23 novembre 1944, lors de la libération de Strasbourg, Bickenbach se trouvait encore au Fort Fransecky. C'est lors de la libération du camp du Struthof que les Américains commencent à découvrir l'horreur des expérimentations réalisés par les médecins nazis et à collecter les pièces à charge pour un futur procès.

Vendredi 24 novembre 1944

Le Groupement Tactique L (G.T.L.) renforcé par le sous-groupement Rouvillois reçoit l'ordre de tenir les lisières nord de Strasbourg et de réduire la résistance ennemie au fort Ney.

Général Marc Rouvillois

Après-midi : Au cours de l'après-midi du 24 novembre 1944, la batterie allemande d'Oberkirch tire un coup au but sur le Palais du Rhin. Le général Leclerc préfère transférer son PC à l'ESCA.

Soir : Le colonel de Langlade commandant le G.T.L. quitte l'hôtel de la Maison Rouge (place Kléber) et transfère son poste de commandement à l'Université.

Colonel Paul Girot de Langlade

Le soir il apprend que les Allemands ont évacués le village de la Wantzenau situé au nord du Fort Ney. C'est ainsi que quatre FFI arrivent de ce village pour annoncer à Leclerc la présence du général Vaterrodt au fort Ney. Le général Leclerc donne l'ordre à De Langlade de ramener l'ancien gouverneur allemand de Strasbourg. La mission ravit De Langlade mais la configuration du fort Ney le rend perplexe. Le fort est un ouvrage à l'abri de l'artillerie moyenne, qui était défendu au fond d'une boucle de l'Ill par de bons réseaux de barbelés et des abatis dans la partie boisée. Il ne voyait pas comment un Groupement Tactique de Division Blindée et ses chars pouvait mener à bien cette mission, pour prendre une forteresse alors qu'il n'avait que très peu d'infanterie. Compte tenu que les deux groupes de canons de 105 dont dispose la 2e D.B. ne suffisent pour traiter le fort Ney, De Langlade demande un groupe d'artillerie de 155 mm pour être plus efficace.  De Langlade met au point le dispositif d'attaque et les quatre FFI se proposent de guider les troupes. Un des FFI qui s'est entretenu avec le chef de gare de la Wantzenau, a appris qu'un train blindé était en cours de formation côté allemand et qu'il devait rejoindre la Wantzenau pour évacuer le général Vaterrodt. Il s'avère qu'il faut faire vite pour prendre le général. De plus la garnison du fort Ney constitue une menace pour Strasbourg.

Nuit : De Langlade décide d'intervenir immédiatement et dépêche sur les lieux, au cours delà nuit, le capitaine Robert d'Alençon avec la 8ème compagnie du régiment de marche du Tchad et un escadron du 12e Régiment de chasseurs d'Afrique, soit environ une centaine d'hommes. Ils ont pour mission d'occuper la Wantzenau, de défendre solidement les accès au village, et de se rabattre ensuite vers le sud pour bloquer les issues du fort Ney. Il a également l'intention de remettre au petit matin un ultimatum au général Vaterrodt et à cet effet il envoi le sous-lieutenant Braun. Ce dernier rédige le soir même sur une vieille machine à écrire l'ultimatum à adresser à l'ancien gouverneur militaire allemand de Strasbourg : « Mon général, écrit-il, je me permets de vous donner la situation exacte dans laquelle vous vous trouvez. La
ville de Strasbourg est toute entière en nos mains et les troupes alliées dévalent partout en Alsace. Vous êtes vous-même encerclé par une division blindée et par deux divisions d'infanterie. Dans quelques heures notre artillerie lourde va pilonner le fort, appuyée par les chasseurs-bombardiers américains qui lâcheront leurs bombes de 1 000 livres et réduiront en poussière l'ouvrage et la garnison qui l'occupe. Il ne vous reste qu'un seul moyen de sauver votre vie avant l'attaque, c'est de vous rendre
 ». Le sous-lieutenant Braun signe son ultimatum « Général Leclerc, commandant la 2e Division blindée ». Pour transmettre cet ordre il trouve un jeune lieutenant allemand, prisonnier de guerre à la caserne Manteuffel (caserne Stirn).

23h00 : Le détachement arrive à 23 heures à la Wantzenau. Ce capitaine d'Alençon établit son PC dans une exploitation agricole voisine. Le lieutenant allemand est envoyé avec un drapeau blanc sur l'autre rive de l'Ill tenue par l'ennemi. Il revient au bout de 90 minutes accompagné par le lieutenant-colonel Kaiser, le chef d'état-major du général Vaterrodt (ultérieurement on apprendra qu'il a joué un rôle
important pour les services de renseignements alliés et qu'il sera évacué avec de grands égards par l'armée américaine). Cet officier entame un dialogue traduit par le sous-lieutenant. Il indique qu'il sera difficile d'obtenir la reddition du général Vaterrodt, qui souhaite certes se rendre, mais qui serait immédiatement abattu par les officiers SS qui l'entourent. Il conseille d'ailleurs de tirer quelques obus sur le fort pour convaincre les plus réticents. Le lieutenant-colonel Kaiser est renvoyé au fort Ney avec un deuxième ultimatum : Si la garnison n'a pas capitulé dans une heure et demie, l'aviation et l'artillerie lourde prendront l'ouvrage pour cible.

Samedi 25 novembre 1944

Matin : Dès que le délai fixé est écoulé, on réclame au PC un tir d'artillerie et l'appui de l'aviation américaine. A cause du plafond bas cette dernière ne peut pas intervenir. Par contre l'artillerie qui est en batterie du côté de Weyersheim, ainsi qu'une batterie américaine (batterie d'artillerie lourde détachée à la 2e DB) déclenche immédiatement leurs tirs. En quelques minutes se seraient un millier d'obus qui s'abattent sur le fort et par une chance extraordinaire, un obus de gros calibre a pénétré par une bouche d'aération et ses éclats font des dégâts à l'intérieur d'une casemate (en fonction des auteurs, les versions divergent un peu sur le nombre d'obus et le calibre). Dès que les fumées se sont dissipées ils aperçoivent les drapeaux blancs qui émergent sur le fort. Le capitaine d'Alençon accompagné par deux chars et guidé par les FFI, en compagnie du sous-lieutenant Braun, fonce sur la poterne du fort. Le lieutenant-colonel Kaiser les accueillent et fait entrer les deux officiers dans le fort. Ils négocieront encore pendant deux heures pour convaincre le général Vaterrodt de signer l'ordre de cesser le feu.

13h02 : Le sous-lieutenant Braun retourne au char de commandement et transmet en clair à De Langlade « J'ai mon général. Signé Braun ». De Langlade lui répond qu'il vient chercher personnellement le général. En attendant la sortie du général, De Langlade témoigne que lors de cette attente avec deux blindés à la porte du fort, des munitions se mirent à sauter. Il n'était pas très rassuré puisque autour de lui il y avait une centaine d'Allemands derrières les arbres, qui agitaient des mouchoirs blancs alors qu'ils n'étaient qu'une vingtaine.  Lorsque les munitions avaient fini de sauter, le général Vaterrodt est venu en personne à la porte du fort avec son chef d'état-major, un colonel d'infanterie et 2 sous-officiers allemands, accompagnés par le capitaine d'Alençon et le sous-lieutenant Braun. Il salue De Langlade et lui dit : « Vous ne pouvez pas savoir, Monsieur, combien ces moments sont durs pour un vieux soldat sans reproche... ». De Langlade a répondu et le sous-lieutenant Braun traduit : « Mon général, je vous entends parfaitement, d'autant mieux que depuis 1940 nous avons connu nous aussi les tristes impressions qui sont les vôtres actuellement. Elles sont pour vous d'autant plus pénibles qu'elles sont définitives et ne comportent pas d'espoir ». Le général demande à garder avec lui son chef d'état-major et ses deux sous-officiers, ce qui lui est accordé en l'invitant à monter dans la voiture. Encadré de deux blindés le cortège se rend à Strasbourg.  Le général Leclerc l'attend et après quelques questions sur le passé militaire du général Vaterrodt, Leclerc met fin à l'entretien. Lorsque le général Vaterrodt sort de la pièce pour être conduit à l'hôtel de la Maison Rouge pour passer une dernière nuit à Strasbourg avant d'être récupéré par les Américains, M. Alfred Betz qui avait assuré la traduction, sent qu'on lui glisse discrètement un document dans la poche. Il s'agissait d'un plan détaillé sur lequel sont portés les emplacements des batteries allemandes qui pilonnent Strasbourg depuis la rive droite du Rhin.

La reddion du général Franz Vaterrodt

Le général Franz Vaterrodt et le lieutenant-colonel Wilhelm Kaiser, alors prisonniers de guerre des Américains, sont jugés coupables d'avoir ordonné la reddition de Strasbourg et condamné à mort Le tribunal du Reich le 13 mars 1945. Le général Vaterrodt est libéré le 25 août
1947. Il s'éteindra le 28 février 1969.

Laboratoire secret du Fort Fransecky : mission américaine « ALSOES ». Le lieutenant du génie américain Robert Thalhofer témoigne : « Un autre objet était d'un grand intérêt pour les spécialistes de la « T » Force ; il s'agissait du Fort Fransecky, dénommé Fort Ney, situé au nord de Strasbourg au bord du Rhin. Cet ouvrage était attaché à la faculté de médecine de l'université de Strasbourg. .... Une des ailes du fort était occupée par un laboratoire de physique qui a fait l'objet d'une étude du détachement Alsos qui accompagnait la « T » Force. Quelques jours après la libération de Strasbourg, un officier du 6ème Army Group « T » Force, informe Alsos qu'il a procédé à des interrogatoires médicaux de docteurs à l'hôpital de Strasbourg et s'il s'est aperçu qu'ils avaient aucune notion en médecine. Ne sachant pas qui ils sont, il les a tous emprisonné. Lorsque le Dr. Samuel Goudsmit, le chef de la mission scientifique Alsos arrive à Strasbourg, il sait déjà que ces médecins sont des physiciens. Mais ils n'ont pas été en mesure de lui en dire plus, sauf que Carl Friedrich von Weizsacker, leur directeur à
Strasbourg, avait quitté la ville avant l'attaque. Goudsmit récupère tous les documents et correspondances que Weizsacker avait laissé derrière lui. Dans ses lettres il informe le Kaiser Wilhelm Institut de physique et son directeur, Werner Eisenberg, qu'il a ordonné l'évacuation de tout l'institut à Hechingen. La lettre indiquait l'adresse exacte et le numéro de téléphone de l'hôtel où réside les physiciens à Hechingen. Goudsmit réalise qu'il n'en aura aucun bénéfice avant que les armées alliées arrivent sur le site d'Hechingen. Les opérations de saisie et de renseignement des objectifs à Strasbourg, qui ont commencé le matin du 25 novembre 1944, ont été achevée le 1erdécembre. La « T » Force est retournée le 2 décembre 1944 à sa base de Lunéville
 ». Ultérieurement, ils interviendront en zone française, notamment sur le site de Haigerloch, juste avant l'arrivée des troupes françaises...

20 novembre 1945

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Début du premier procès concernant les crimes nazis jugés par le tribunal international à Nuremberg. Ce premier procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Il concerne les principaux responsables du 3ème Reich.

23 mai 1945

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le Reichsführer SS Heinrich Himmler, c'est suicidé peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale, le 23 mai 1945.

14 janvier 1946

Le 14 janvier 1946, la Direction du Génie établie une liste des ouvrages de fortification des 3 départements de l'ancien Reichsland
Alsace-Lorraine. Pour le Fort Ney, qui était alors classé comme ouvrage de 1ère série (ouvrage à entretenir), la Section technique des Bâtiments Fortifications et Travaux précise : « Ouvrage en très bon état ayant encore toutes les installations intérieures (chauffage central). Equipé en laboratoire d'essais physiologiques des gaz de combat ; CC = ouvrage à conserver classé ».

3 mai 1946

Fort Ney, lieu d'exécution. Les responsables de l'administration nazi en Alsace et Pays de Bade ont été condamnés à mort le 3 mai 1946 par le tribunal militaire de Strasbourg ; le pourvoi en cassation est rejeté le 24 juillet 1946 :

-         Robert Heinrich Wagner (nom réel Backfisch), Gauleiter ;

-         Hermann Gustav Philippe Röhn, Vice-Gauleiter ;

-         Walter Martin Gädeke, Oberregierungsrat, ancien chef de bureau.

-         Adolphe Schuppel, ex-Gaustabsamtsleiter (directeur général de l'administration du Gau).

14 août 1946

3h30 : Fort Ney, lieu d'exécution. Le 14 août 1946, à 3h30, les condamnés sont réveillés dans leur cellule de la prison militaire de Strasbourg, à la Citadelle. On les informe que le Général De Gaulle avait rejeté le recours en grâce et qu'il laissait libre cours à la justice. Après avoir reçu une dernière collation et écrit à leurs familles. Puis le fourgon cellulaire encadré par des gendarmes part à vive allure en
direction du fort Ney.

4h50 : Fort Ney, lieu d'exécution. Le convoi arrive au fort Ney à 4h50. Au milieu de la cour se dresse quatre poteaux d'exécutions.... Robert Wagner ancien Gauleiter qui a instauré le service militaire obligatoire pour les Alsaciens, Karl Buck ancien commandant du camp de redressement de Schirmeck-Vorbrück et 3 fonctionnaires de la Gauleitung sont fusillés au Fort Ney. Wagner aurait crié juste avant
l'exécution « Vive Grande Allemagne ! Vive Adolphe Hitler ! - Sieg Heil ! ». Les autres répondirent par des slogans nazis analogues juste avant l'exécution. Ce court récit est extrait de l'ouvrage de Jean-Laurent Vonau : profession bourreau, éditions La Nuée Bleue, 2013, dont je vous conseille la lecture.

1946 : Le fort et le terrain attenant « Beckenwoerth » sont à priori utilisés en tant que terrain d'exercice.

9 décembre 1946

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le premier procès de Nuremberg est suivi par 12 procès spécialisés, dont le 1erest celui des médecins nazis, qui se déroule du 9 décembre 1946 au 19 août 1947, au Tribunal Militaire International de Nuremberg. Sur les 23 accusés, 20 sont médecins et tous plaident non coupable. Lors du jugement, 7 accusés sont
acquittés, 16 sont reconnus coupables. Sur ces 16 coupables, 4 ont été condamnés à une longue peine de prison, 5 à perpétuité et 7 ont été condamnés à mort et exécutés le 2 juin 1948 à la prison de Landsberg. Voici une retranscription d'une partie des débats du second procès de Nuremberg, celui dit des médecins, qui s'est déroulé du 9 décembre 1946 au 19 août 1947. Il s'agit de l'interrogatoire du professeur Dr. Karl Brandt, par le procureur J. Mac Haney, publié par le Dr. Bayle en 1950.

Procureur J. Mac Haney : « Avez-vous été au courant d'expériences avec des gaz de combat, avant le 1er mars 1944 ? ».

Karl Brandt : « A l'automne de 1943, j'ai eu connaissance d'expériences de laboratoire à caractère général par le Pr. Bickenbach. Il s'agissait d'expériences à Strasbourg, et je pense, à Heidelberg. Je n'y prenais aucun intérêt ; j'ai rencontré Bickenbach pour une autre raison, et c'est lors d'une rencontre ultérieure, qu'il m'a mis au courant de ce qu'il avait fait. Plus tard, je l'ai aidé à monter un laboratoire à Strasbourg ».

Procureur J. Mac Haney : « Vous rappelez-vous que le témoin Schmidt a dit ici qu'à Strasbourg, on racontait que Bickenbach faisait des expériences avec des gaz, dans un vieux fort ? ».

Karl Brandt : « Je me rappelle ».

Procureur J. Mac Haney : « Vous rappelez-vous aussi que le témoin a déclaré que ces rumeurs disaient que Bickenbach utilisait des êtres
humains ?
 ».

Karl Brandt : « Non, je ne me rappelle pas dans le témoignage du témoin Schmidt ; cela a pu constituer une rumeur, je ne le sais
pas, mais c'est improbable, car Bickenbach lui-même était venu me trouver à propos d'animaux, et je m'étais efforcé de lui procurer des animaux d'expériences convenables. Bickenbach ne pratiqua aucune expérience sur des êtres humains
 ».

Procureur J. Mac Haney : « Ce décret sur la guerre chimique, que vous avez reçu de Goering, le 11 mars 1944, ne concernait pas uniquement des masques à gaz, mais aussi le traitement des blessures causées par le gaz ? ».

Karl Brandt : « Il avait trait au matériel destiné à combattre les gaz en général. La thérapeutique n'était pas comprise, mais le matériel thérapeutique en faisait partie ».

Procureur J. Mac Haney : « Comment ce décret pouvait-il s'appliquer à du matériel thérapeutique comme des médicaments, si ceux-ci n'ont pas été étudiés quant à leur efficacité sur des blessures causées par des gaz ? ».

Karl Brandt : « Le décret ne s'appliquait pas aux études. Mais de nouveaux gaz avaient été découverts depuis la première guerre mondiale,
leur effet n'était pas encore clair, et des expériences spéciales étaient certainement nécessaires. J'ai fait suivre ce décret à Himmler, car le
Ministère de l'Intérieur était compétent pour certaines mesures contre les raids aériens. C'est Rudolf Brandt qui a fait suivre ce décret à Sievers et à Gratwitz, par erreur
 ».

Contre-interrogé à nouveau sur ces relations avec Bickenbach, Karl Brandt répète que ce dernier ne s'occupait que d'expériences animales, et voulait se désolidariser de Hirt. Il l'aide à installer un laboratoire au Fort Fransecky à Strasbourg, où Bickenbach opérait sur des chiens et des chats.

Procureur J. Mac Haney : « Le 2 février 1944, Sievers inscrivit dans son journal : « Rencontré le Pr. Bickenbach à Karlsruhe ; il a
mis son travail de recherche sous contrôle du Commissaire Général Karl Brandt. Discussion avec le Pr. Hirt ; sans instructions de Hirt ni du doyen Stein, le Pr. Bickenbach s'est mis en rapport avec le Commissaire Général Karl Brandt, à propos des expériences au phosgène, et il s'est rendu avec lui à Natzweiler. Les commissions doivent être retirées. En ce qui nous concerne, Natzweiler doit être fermé
 ».

Procureur J. Mac Haney : « Qu'est-ce que le Pr. Bickenbach faisait au centre de recherches de Natzweiler ? ».

Karl Brandt : « Il y effectuait des expériences animales ; il y avait une certaine tension entre lui et Hirt, de sorte qu'il désirait se désolidariser de ce groupe, et il me demanda de l'aider ; je l'aidai à établir un laboratoire indépendant de Natzweiler, près de Strasbourg. Quand il voulut reprendre ses expériences de phosgène, son travail fut interrompu en septembre par les conditions de guerre ».

Procureur J. Mac Haney : « N'est-ce pas un fait que Bickenbach effectua des expériences au phosgène sur des détenus de Natzweiler ? ».

Karl Brandt : « Bickenbach effectuait là des expériences animales. Il avait des chiens, mais je n'ai pas vu d'expériences moi-même ».

Le Fort Fransecky a bien été évoqué lors des débats. A la lecture de ces débats, on peut conclure que les expériences du fort Fransecky ont bien été réalisées sur des chiens et des chats, et que malgré la présence de prisonniers russes dans au Fort Fransecky, aucune expérience avec des détenus n'a pu être prouvée, hormis celle menée sur le Pr. Bickenbach même. L'épaisseur des vitres de la chambre à gaz de 20m3
n'était pas suffisante pour mener des expériences dynamiques telles qu'elles ont été faite dans la chambre à gaz du Struthof.

Février 1947

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. En février 1947 les autorités françaises découvrent 7 rapports secrets dans l'appartement de Bickenbach, qui étaient tous adressés au plénipotentiaire du Führer pour les questions de santé, le médecin général Karl Brandt. Ces documents ont été prêtés à l'accusation américaine. Voici un extrait de l'interrogatoire à Nuremberg :

Procureur J. Mac Haney :
« Je désire introduire un document qui est un rapport du Dr. Bickenbach, adressé en deux exemplaires au Plénipotentiaire général du Führer pour la santé, le médecin général Brandt à Berlin, Clinique chirurgicale de l'Université ».

Pr. Paul Rostock : « Oui, il s'agit d'expériences de Bickenbach sur trois chats ; le sixième rapport déclare qu'un aérosol provenant de
l'hexaméthylène tétramine, que nous appelons habituellement « urotropine » a été neutralisé par le phosgène. Ceci concorde avec le témoignage du Pr. Brandt
 ».

Procureur J. Mac Haney :
« Dans le deuxième rapport, on lit : « Le Dr. Wirth, médecin-colonel, pendant l'inspection de notre institut, assista à des essais avec des concentrations plus fortes ».

Pr. Paul Rostock : « Cela indique que Dr. Wirth, de l'inspection du Service de Santé de l'Armée, surveillait ce laboratoire du Fort Fransecky ».

Procureur J. Mac Haney :
« Le quatrième rapport est daté du 12 août 1944, à Strasbourg, les cinquième et sixième rapport ont été rédigés après le 11 août 1944, et
Strasbourg étant tombé en septembre 1944, nous pouvons assez exactement fixer les dates de ces rapports ultérieurs
 ».

Pr. Paul Rostock : « (Le témoin lit le quatrième rapport et en particulier le passage suivant) : « Des influences psychologiques semblent également jouer un rôle ; la résorption s'effectue dans le cas de la courbe 12 au ralenti, sur un prisonnier de guerre russe peureux, qui ne put être tranquillisé à cause des difficultés de langue ».

Procureur J. Mac Haney :
« Herr Professor, il apparaît d'après le quatrième rapport que le Dr. Bickenbach et son collaborateur, le Dr. Letz, travaillaient sur des prisonniers de guerre russes ».

Pr. Paul Rostock : « Je pense, Mr. Mac Haney, que vous surestimez le danger de cette drogue. Pendant des décades, elle a été vendue dans le commerce, je pense que Bickenbach aurait pu s'épargner ce travail, car c'est une chose bien connue que l'héxaméthylène tétramine passe dans le sang, comme dans le liquide céphalo-rachidien qu'il va de la vessie dans l'urine. Des milliers de gens utilisent cette drogue dans tous les pays ».

Procureur J. Mac Haney :
« Herr Professor, ce que vous dites peut-être vrai, et je suis relativement calme, étant donné les circonstances ; la raison pour laquelle je suis quelque peu excité, est due à la présence de ces prisonniers de guerre russes au fort Fransecky d'une part, et la lecture que j'ai faite, d'autre part, du septième rapport. Un appendice est attaché à ce rapport avec la liste de chaque sujet d'expériences, de un à quarante, les initiales de chaque sujet, les détails techniques sur les injections, les quantité de phosgène utilisées, et dans la dernière colonne à
droite, les effets de l'empoisonnement par le phosgène, après traitement avec la drogue ; un signe + montre un œdème du poumon du premier degré, deux signes indiquent un œdème du deuxième degré, et un grand signe avec un trait à chaque extrémité des barres croisées, indique la mort par œdème du poumon
 ».

5 mai 1947

Le service du génie établi des plan de masse à l'échelle 1/500 des forts de Strasbourg, dont celui du Fort Ney datant du 5 mai 1947.

Fort Ney : plan de masse échelle 1/500 du service du génie (Coll. MJR)

Fort Ney : coupe 1/500 du service du génie (Coll. MJR)

6 mai 1947

Laboratoire secret du Fort Fransecky et les expériences du camp de concentration du Struthof. Le Dr Bickenbach est arrêté le 17 mars 1947 et dépose le 6 mai 1947, à Strasbourg, devant le capitaine Il est jugé par le tribunal militaire français de Metz, en même temps que Haagen, et condamné aux travaux forcés à vie. Le 14 janvier 1954 jugement est cassé par le tribunal militaire de Paris et le tribunal militaire de Lyon le condamne à 20 ans de travaux forcés en 1954. En 1955 la peine est commuée en 10 ans de détention et Bickenbach est libéré le 18 septembre 1955. A sa sortie de prison, Bickenbach demande sa réhabilitation en tant que médecin. Les historiens estiment que les cruelles expérimentations menées sur des humains par Hirt et Bickenbach sur plus de 400 détenus ont fait environ 117 morts, dont certains sont décédés sans recevoir de soins après une longue agonie. Une commission professionnelle de la RFA enquête sans consulter les actes du tribunal de Nuremberg et ceux des tribunaux français. En 1966 ils concluent que le Dr. Bickenbach n'a pas mené d'actes contraires au serment d'Hippocrate et qu'il peut reprendre ses activités de médecin ! Il décède le 26 novembre 1971 à Siegburg.

En conclusion et pour compléter le sujet nous vous conseillons vivement de visiter le site du camp du Struthof, son musée et le Centre Européen du Résistant Déporté apportent pas mal d'informations sur le sujet.

Sites Internet : http://www.struthof.fr/home/   et "Le nom des 86" ; un film de Emmanuel Heydt et Raphaël Toledano : http://www.lenomdes86.fr/les86.html

Voici une partie des ouvrages qui traitent du sujet et qui ont servis à traiter ce sujet :

Dr. François Baylé, Médecin en Chef de 2ème classe de la Marine, spécialiste de neuro-psychiatrie des Hôpitaux, de l'Office Militaire de
Sécurité, membre de la Commission scientifique française des Crimes de Guerre en octobre 1946, Croix gammée contre caducée, Revue historique de l'Armée, Paris, 1950.

Charles Béné : L'Alsace dans les griffes nazies, tomes 1 à 7 ; 1971 à 1988.

Henry Allainmat, Auschwitz en France. La vérité sur le seul camp d'extermination nazi en France : Le Struthof, Presse de la Cité, Paris, 1974.

Alexander Mitscherlich und Fred Mielke, Medezin ohne Menschlichkeit. Dokumente. Dokumente des Nürnberger Ärzteprozesses, Fischer Taschenbuch Verlag GmbH., Frankfurt-am-Main, 1989.

Robert Steegmann, Struthof, Editions La Nuée Bleue - DNA, Strasbourg, 2005.

Florian Schmalz, Otto Bickenbach's human experiments with chemical warfare agents and the concentration camp Natzweiler, Man, Medecine, and the State : The Human Body as an Objekt of Government, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 2006.

Jean-Laurent
Vonau, Le Gauleiter Wagner, Edition La Nuée Bleue / DNA, Strasbourg, 2011.

Jean-Laurent Vonau, Profession bourreau, Struthof, Schirmeck. Les gardiens face à leurs juges, Editions La Nuée Bleue - DNA, Strasbourg, 2013.

Et nos remerciements au Dr. R. Toledano pour les renseignements donnés sur ce sujet. Dans la galerie de photographies on trouvera de nombreuses photohraphies des restes de ce laboratoire si peu connu.

Stèle érigée devant la chambre à gaz (Photographie © MJR Septembre 2015)

1970 environ : vers les années 1970-1977 le fort Ney est utilisé comme annexe du centre d'instruction commando n°7 de Kehl. Il comportait des pistes et des parcours d'évasion.

Novembre 1977 : installation devant la caserne du front gauche © Jacques Gradwohl


Vers 1997 : compte tenu de leur vétistée, les équipements des pistes du risque sont démantelés par le 1er régiment du génie.

2011 : le fort et le terrain d'exercice entre dans le giron de l'ECI n°4 (Espace commun d'instruction) et sont gérés par le 2e régiment de hussards en garnison au camp d'Oberhoffen. Depuis le fort est à nouveau nettoyé et débroussaillé, et le fossé a été contrôlé par les plongeurs du génie.


Description du fort n°I - Fort Fransecky - actuel Fort Ney

 

Entrée de la poterne principale du fort. Le nom allemand en lettres rouges "General Fransecky) a été ajouté lors de l'installation du laboratoire secret nazi vers 1943. (Photographie © MJR Août 2005)



Gallerie photos : aucune photo à l'heure actuelle

Galerie de photos : Fort I - Fort Fransecky (Ney)

/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20060411-d05966r8-s2200-stb-fort-ney-jpg1/ Chemin en digue traversant la douve jusqu'à l'entrée de la poterne principale au niveau de la gorge. Les grilles de défense ont disparu. (Photographie MJR Avril 2006). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13883r8l1-mjr-stb-ft-ney-entree-jpg1/ Au niveau de gorge, l'entrée du fort et ses blocs de défense rapprochée (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13884rl8-mjr-stb-ft-ney-entree-jpg1/ Au niveau de gorge, l'entrée du fort et ses blocs de défense rapprochée (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13885rl8-mjr-stb-ft-ney-entree-jpg1/ Au niveau de gorge, l'entrée du fort et ses blocs de défense rapprochée (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13887rl8-mjr-stb-ft-ney-entree-aile-d-jpg1/ Au niveau de gorge, l'entrée du fort et ses blocs de défense rapprochée (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13876r9-ph-mjr-stb-ft-ney-entree-aile-d-jpg/ Front de gorge, aile droite : latrines (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d07838r4l1-bp-stb-ft-ney-gorge-entree-latrine-gauche-exter-travee-jpg/ Front de gorge, aile gauche : latrines (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13936r8-mjr-stb-ft-ney-capg-p99-100-101-102-jpg/ Flanc gauche, caponnière flanquant le fossé et la berme de l’escarpe (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13934r8-mjr-stb-ft-ney-capg-p99-100-101-102-jpg/ Flanc gauche, caponnière (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13938r8-mjr-stb-ft-ney-capg-p99-100-jpg/ Caponnière du flanc gauche, caponnière, à droite les embrasures à fusil pour flanquer la caponnière (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d06754r4l1-bp-stb-ft-ney-aile-g-cap-ext-embr-detail-jpg/ Caponnière du flanc gauche (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13945r8-mjr-stb-ft-ney-capg-p100-101-102-jpg/ Caponnière du flanc gauche : il reste des piquets du réseau de fils (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13954r8l1-mjr-stb-ft-ney-fosse-face-g-jpg/ Face gauche, fossé et berme sur l’escarpe (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13960r5-mjr-stb-ft-ney-captete-flancg-jpg/ Face gauche et caponnière de tête du saillant (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d06797r4l1-bp-stb-ft-ney-cap-tete-ext-facade-gauche-jpg/ Flanc droit de la caponnière de tête du saillant (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d06796r4l1-bp-stb-ft-ney-cap-tete-ext-facade-droite-jpg/ Flanc gauche de la caponnière de tête du saillant (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a13986r8-mjr-stb-ft-ney-captete-flancd-jpg/ Flanc gauche de la caponnière de tête du saillant (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14007r8-mjr-stb-ft-ney-capon-flancd-jpg/ Caponnière du flanc droit (Photographie MJR Janvier 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14029r8-mjr-stb-ft-ney-capon-flancd-jpg/ Caponnière du flanc droit (Photographie MJR Janvier 2010). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100403-a19929r8l1-mjr-stb-ft-ney-entree-gorge-jpg/ Entrée de la poterne principale : il reste le pont-levis et les portes blindées (Photographie MJR Avril 2010).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14058r8-mjr-stb-ft-ney-p65-poterne-cren-flanq-g-jpg/ Gorge. Bloc gauche. Créneau de défense de l'entrée avec volet blindé (Photographie © MJR Janvier 2010) /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14060r8-mjr-stb-ft-ney-p65-insigne-grp-motocycl-fr-g-jpg/ Gorge. Bloc gauche. Dessins d'une unité motocycliste française 1939-1940 (Photographie © MJR Janvier 2010)
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14062r10-mjr-stb-ft-ney-p65-latrines-jpg/ Gorge. Bloc gauche. Couloir des latrines (Photographie © MJR Janvier 2010) /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14070r9-mjr-stb-ft-ney-p67-latrines-jpg/ Gorge. Bloc gauche. Latrines (Photographie © MJR Janvier 2010)
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100102-a14086r9-mjr-stb-ft-ney-p73-chaudiere-jpg/ Gorge. Poterne principale côté gauche. Chaudière chauffage central de 1943-1944 (Photographie © MJR Janvier 2010) /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100403-a19892r9-ph-mjr-stb-ft-ney-gorged-n0-p060-gorge-latrines-2-d-jpg/ Gorge. Bloc droit. Latrines (Photographie © MJR Janvier 2010)
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d07758r5-burtscher-philippe-stb-ft-ney-n1-entree-poterne-proviantraum-jpg/ Gorge. Poterne principale. 1er étage. Magasin à vivres (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20011213-d07757r5-burtscher-philippe-stb-ft-ney-n1-entree-poterne-proviantraum-jpg/ Gorge. Poterne principale.. Magasin à vivres (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001).
/album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a200112-1-jpg/ Gorge. Poterne. Couloir de sable autour du magasin à vivres (Photographie Philippe Burtscher Novembre 2001). /album/galerie-de-photos-fort-i-fort-fransecky-ney/a20100403-a42624r9l-mjr-stb-ft-ney-n0-p082-poterne-sous-traverse-en-capitale-jpg/ Vue de la poterne principale en direction de la gorge © MJR Avril 2010
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